ANGES POUR NOËL
Le vent souffle dans les lointains.
Il apporte, avec la tourmente, Les clameurs, les cris incertains D'un peuple entier qui se lamente!
2o6 Sur lu Route
C'est décembre. Et, dans les journaux.
On raconte des faits étranges Que commentent les tribunaux...
Voilà Noël... Il faut des anges!
Et le vent souffle. La cité S'emplit de cris. De parla ville, On refait la virginité Des filles qui par cent, par mille, Se livrent, un soir, à l'amant, Au mâle, en rut, qui les féconde.
— Pour la fille, il est infamant De mettre son enfant au monde. -
Le vent redouble et l'on entend Les cris redoubler dans les antres, — Officines de charlatan... — Les bourreaux charcutent les ventres :
Ils amènent les chérubins Sanglants et meurtris dans les langes!
Ohé!... Messieurs les carabins, Voilà Noël... Il faut des anges!
Et le vent souffle sur les flois, Emportant, avec lui, les âmes Des angelets dont les sanglots Viennent réveiller les infâmes Qui les extirpent du saint lieu Et les foutent dans les vidanges...
Pour les envoyer au bon Dieu.
Voilà Noël... Il faut des anges!
Décembre, 1896
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PQ Bruant, Aristide