‹ Sur la séparation des méthylamines Au point de vue analytiqueChapitre 2 sur 26 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les alcalis organiques sont connus depuis un siècle environ : c’est de cette époque que date sinon la détermination exacte de leur nature, du moins la découverte de principes naturels végétaux, tels que la morphine et la strychnine, désignés ensuite, à cause de leur alcalinité, sous le nom d’alcaloïdes.

L'histoire de ces corps s’est rapidement développée à la suite des nombreux travaux dont ils furent l’objet, notamment de la part de Würtz et d’'Hofmann, travaux qui permirent de les préparer et d'établir leurs rapports avec d’autres composés connus.

Incontestablement, les plus importants des alcalis organiques sont les termes les plus simples, c’est-à-dire les méthylamines, les éthylamines et les termes voisins : la monométhylamine est le type de la fonction amine en chimie organique.

Ces premiers termes ressemblent beaucoup par leurs propriétés à l’ammoniaque dont ils dérivent, par substitution de restes alcooliques à l'hydrogène. Ils sont très volatils ; ce sont des bases fortes déplaçant les oxydes dans leurs sels et fréquemment les redissolvant, tout comme le fait l’'ammoniaque.

Ces analogies étroites expliquent la difficulté de séparer entre eux des corps si voisins et de les doser dans leurs mélanges.

Parmi ces alcalis, les amines méthylées ou méthylamines,

dont nous nous occuperons uniquement dans ce travail, méritent de retenir tout particulièrement l'attention.

On les rencontre parfois à l’état naturel dans certains végétaux, soit à l’état libre, soit à l’état de sels; telle est la monométhylamine trouvée dans la mercuriale, d’où le nom de mercurialine qui lui avait été donné au début, telle est surtout la triméthylamine dont la présence a été signalée dans plusieurs plantes, notamment dans les fleurs de Cratægus Oxyacantha, d’Arnica, de Camomille, dans les feuilles de Chenopodium vulvaria et de divers autres Chenopodium.

Mais, le plus souvent, ces bases tirent leur origine de la décomposition pyrogénée de substances animales et végétales ou de la destruction de produits naturels, sous l’influence de ferments.

Dans le groupe des substances fournissant des méthylamines par pyrogénation, il faut citer au premier rang les vinasses de betterave, dont la composition complexe a été établie par Duvillier et Buisine (1), l'huile animale de Dippel et l’acide pyroligneux brut.

Plus important encore est le groupe des produits animaux et végétaux susceptibles de fournir des méthylamines par fermentation. On en a indiqué un grand nombre parmi lesquels nous citerons : la saumure de harengs, où l’on trouve les trois amines, l’eau de suint, qui, d’après les analyses de M. Buisine (2), contient de la monométhylamine et de la triméthylamine, la levure de bière et la farine de froment putréfiées, le guano, etc.

Pour être complet, nous devons ajouter que l’on a signalé également la présence des méthylamines, ou plus exactement de la triméthylamine, dans des produits d’origine animale tels que l'huile de foie de morue, le sang de veau et l’urine de l’homme. Toutefois, jusqu’à ce que des expériences pré-

qe Duvinuer et A. Bursixe. C. R., t. LXXXIX, 1879, pages 48 et suiv.

(2) À. Buisine. C. R., t. CIV, p. 1292, 1887,

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cises aient été faites, la préexistence de ces divers produits ne nous paraît pas suffisamment établie. Les alcalis énergiques, tels que la potasse ou la soude, que l’on emploie pour mettre les amines en liberté, sont parfaitement capables de détruire certains principes naturels azotés, analogues à la bétaïne par exemple et qui fournissent de la triméthylamine par leur décomposition. Nous en connaissons déjà d’ailleurs un certain nombre dans ce cas ; ce sont, pour ne citer que les principaux : la narcotine, la codéine, la névrine.

Quoi qu’il en soit, il faut reconnaître, qu’à l'heure actuelle, la question de la recherche des amines, dans les produits d’excrétion en particulier, préoccupe les physiologistes et les médecins.

Des liens de parenté très étroits rattachent en effet des corps très répandus dans l’organisme, tels que la choline et les lécithines, à la triméthylamine dont elles dérivent et il y aurait un très grand intérêt, en ce qui concerne cette dernière base, à connaître sa présence possible, normale ou pathologique, tant dans les divers liquides physiologiques que dans les produits d’excrétion.

L'importance des méthylamines dans la littérature chimique, jointe à l'intérêt d'actualité qui s’attache aujourd’hui à la question, fait ressortir nettement l'utilité qu’il y a de pouvoir caractériser et séparer d’une façon certaine ces bases mélangées. Si un certain nombre de procédés ont été donnés qui permettent de séparer assez exactement de grosses quantités de ces amines (Hofmann, Delépine), il n'existe point, par contre, de méthodes, parfaitement inattaquables, permettant d’opérer le dosage de ces bases mélangées, sur une quantité minime, cas qui se présente le plus fréquemment. Les discussions qui ont eu lieu entre M. Vincent et MM. Duvillier et Buisine (1), le démontrent largement. Cepen-

(1) Comptes rendus Ac. des Sciences, t. LXXXIX, p. 48, 238, 709, 788. |

Bertheaume 9

dant il serait très désirable de posséder à cet égard une méthode rigoureuse, tant au point de vue scientifique qu’au point de vue industriel et commercial.

Convaincu des services que pourraient rendre des données exactes sur ce sujet, nous nous sommes appliqué, dans ce travail, à déterminer d’abord la valeur des principales méthodes de séparation et de dosage des méthylamines et de l’ammoniaque, proposées jusqu'ici, à en dégager les avantages et les inconvénients, enfin à rechercher une méthode permettant de doser avec exactitude l’ammoniaque, la monométhylamine, la diméthylamine et la triméthylamine, à l’état de mélange.

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