‹ Sur la statue antique de Venus decouverte dans l'ile de Milo en 1820, transportee a Paris par le marquis de RiviereChapitre 1 sur 1 · Sur la statue antique de Venus decouverte dans l'ile de Milo en 1820, transportee a Paris par le marquis de Riviere · texte numérisé non relu

Sur la statue antique de Venus decouverte dans l'ile de Milo en 1820, transportee a Paris par le marquis de Riviere

L'apparition d'un nouvel ouvrage da génie des Grecs est toujours un événement dans l'empire des arts, sur«tOttt lorsque des témoifpia^es irrécusables sur l'authenticité ou l'originalité présuniable de cet ouvraoje, virnncnt ajouter le poids de leur autorité aux juireuieuls et aux suffrages du goût. C'est ainsi (|ue 1 heureuse expatriation des fragments de statues restées sur les frontons du Parthénou d'Athènes a produit poui' lliibloii'e de l'art en Gi'èce, d anciens témoins, qui ont déjà détruit plus d'une théorie et ruiué plus d'un système moderne. Le mérite de ces prédeux morceaux n'y a pas seul contrilmé. D ne faut pas douter que la certitude du lieu doit ils ont été tirés, de l'époque où ib ont été faits, n'ait donné dvate part au connaisseur un appui, de Tautre au public un motif de confiance, que ne sauraient fournir la

plupart de cps restes d'antiqtiités , venus jusqu'à nous sans titre , sans date, sans noia d auteur ou de paya, sans aucun certificat de leur origfine.

Lu Grèce fut bien , si l'on veut, la mère -patrie de tous les ouvrages d'art que le» minet de Rome et d'autres villes antiques nous ont transmis. Mais que de dififêienoes et com- Inen de degrés de mérite divers entre tons ces monuments, dont les générations, ai l'on peut dire, se «>nt succédé dans un intervalle de dix sièdes! Depuis, sur-tout, que le luxe des statues fut devenu aussi un besoin dans toutes les parties de l'empire romain , il arriva , oomme on peut le croire, que le nombre soit des ouvrages médiocres, soit des copies redites d'autres copies, devint mille fois plus conaidérable que celui des grands modèles et des originaux. Ces derniers furent encore ceux dont le temps nous a le plus envié la conservation. Naturellement ceux de ces originaux (et ce fut le plus grand nomlïrei <|iu hniv matière rendait précieux, durent le plus inlaillibiemcnt subir les elTets de la barbarie. A l'égard des ouvrages en marbre , les seuls à-p€U-près qiie le ^émc de la destruction nous ait laissé piirvenir, on saiL assez, quil s'en était fait jxjur Rome en Grèce, et par des Grecs à Rome, une prodigieuse fabrication, et cela dans dea temps irèa-pûstôrieurB aux beaux nèdes de Vart.

Si c'est , sans aucun doute, à cette classe qu appartient ce noidbre toujours croissant de statues que des recherches continuelles k Rome ne cesaent pas de reproduire, c'est dire aasea que Fimnieiue majorité de ces ouvrages doit être de

productions dégénérées , de copies ou r\e ]>étitions , dont toutefois on est très -éloigné de prétendre contester linfluence , rintérk et f atilité , sous toutes sortes de ports,

li.-i multiplicité des productions antiques en a propagé le goût chez toutes les nations, et la propagation de ce goût a contnlmé à reoâre encore ks déeouveitea de pli»^ en plus nombreuses en Italie. Mais de là aussi est résulté un nouvdl effet sur lopinimi et sur 1» critique. CeUe-ci est devenue plus difficile dans ses jugements. Au- conmencement on fiûsait de chaque ouvrage découvert un original , et chaam était lépnté le cbef-dTcnivre dun célMue statuaire grec Mais plus , avec les dikxmvertes nouvelles, les parallèles se sont multipliés à Rome, plus l'opinion sur foriginalifé des meilleurs ouvrages et des plus beaux est devenue problématique. Le sol même de Rome, loin d'offrir une garantie du mérite en questi<m , a semblé élever contre ce mérite une objection , ou du moins une présomption défavorable. Dans l'esprit de quelquesuns, l'Italie ne parut plus être qu'une sorte de marché secondaire des ouvrages grecs. On avisa aux moyens de s'en procurer de la première main , si l'on peut dire, eu remontant aux source» mêmes de iart.

Bientôt, en effet, la passion de» déoowrertes étendit le cercle de se» recbeédiefr. Diqpuis quelques années, d^es com* pagnies se sont formées, des* voyages ont étsé entrepris , pour àQtr fouiller la Grèce et ses iles, les côtes des- FAsie mineure et les rives du NiL Déjà d'alwndantes récoltes <Hit payé les avances et le lèle des investigateurs. On les a vus , partis

des divers pays de l'Europe , se disputer le sol de rEt,'ypte , et le privilège d'en remuer les débris; comme on vit. dans d'autres temps , d'autres sortes de conquérants se disputer les terrains du nouveau inonde. Puisse l'esprit de conquête ne jama» produire de plus sérieuies cxmtestationa !

Toutefois Ton aiin«rait mieux que ces disputes eussent Ueu sur le sol de la Grèce. L'£g}7)te, en £iit d'art, (îit et sera tou^ jours stérile. Un plus grand nombre de monuments n'ajouta jamais rien à ce qu'un plus petit nombre nous peut apprendre, sous le rapport de l'invention et de l'iroitation de la nature. De fait (la chose entendue dans le stau moral) il ny eut et il n'y a en Egypte qu'une seule figure , une seule un seul édifice, un seul bas-i-elief, une seule peinture. L'Egypte en tout fut condamnée à l'uniformité ; et les seules différences qu'un œil exercé puisse apercevoir entrt» ses ouvrages, sf l éduisent à un plus ou à uu moins de fini dans le travail mécanique.

Il en fut tout autrt'nu nt des ouvrages de l'art des Grecs. Quand nous aurions et tu mille statues, cent mille morceaux, émanés directement ou indirectement de leurs écoles, demain ou peut eu découvrir un qui nous révélera, dans un genre ou dans un autre , une manière de voir ou d iinitw la nature, différente de ce qu'on connaissait , et supérieure à la manière des ouvrages qu'on possédait; sans compter ce que peuvent toiqouTS offinr de nouveau les innombrables variétés du génie, pour ce qui concerne la composition des sujets, le dévdoppement des actions, et l'expresnon des passions ou des sentiments de Famé, par les mouvements du corps et du visage.

Cest qu'en Grèce Tartiste avait toute la mesure de liberté ttéceaflaire pour rendre ses propres pensées , et imprimer k son ouvragé lempreinte de sa fitçon de voir la nature. Cest enfin qu en Grèce lés ouvrages- de Fart étaient des images de la nature, et qu'en Egypte ils n'étaient que les signes obligés d'une écriture consacrée et aujourdliuî illisible.

Ce sentiment sur fart des Grecs vient, ce me temble, ^être confirmé par la découverte £ùte dans File de Mihf en i8ao, d'une statue de Vénus , achetée sur le lieu même par les soins de l'ambassadeur de France à la porte ottomane, M. le marquis de Rivière, qui Fa &it transporter à Paris, où elle est arrivée vers le milieu de février i8ai , et qui l'a offerte au rci le i** mars dernier (i).

Je pense que cette statue est propre à nous faire prendre , sur le genre de beauté idéale qui appartient à l'imitation de la nature féminine, une idée de l'art des Grecs supérieure peutêtre à celle que les statues déjà connues de cette nature nous

(i) n &ut nusi payer un iribat 4» Momotimnce I M. île Huedlus, fils de Hiononble député de ce iioiit| 4( McrteiK de M. l'aïubajcadcurf pour le zélt^, l adretse et l'actinté qu'il a mis à coaHUmncr cette acquisitioii , rt son habileté i triompher des ektacfei que k politique asiuciMwe et intÀ«M«e d< $ gen» du pays oppo«èrent à l'en* lèrt iiiriit Je la «telne. I. intérêt «le* Gnes «M aujourd'hui finit éveillé aur k valeur de

ces objets; et ils ont appris que ce commerce des pierres, comme on l'appelle ;i Cons- Untinopk, est souvent fort lucratif. U» l'auraient éprouvé encore, si M. de Marccllus

n'imHpM ttfmri i pcétciir le* ooncnmatt d'mtce» MMiow, qui m pRMotèmit irap lenL

( lo)

avaient donnée jusqu à-présent. Je pense quelle nous révèle un style, un camdlÀre, et une manière de £ûre, qui dut être oeUe d'un des plus cabres maîtres de la Grèce ou de son école. Je crois i en outre, que certains parallèles et quelques analogies pourront nous porter à désigner, avec le plus haut degré de vraisemblance , et ce maître et cette école.

Il faut auparavant dire deux mots du lieu où s'est faite la découverte de cette Statue. 11 faut ensuite lui rendre par des autorités et des preuves incontestables son ancienne intégrité, rVst-à-Hirc , fnire voir ce qu'elle fut originairement. Quand je parle de lui rendre son intégrité, je veux fiirc par le moyen du discours; car je crois (jiic nou-seuleineut on doit la laisser dans l'état de muiilailon on elle se trouve, mais même quil serait impossible de la restaurer; ce dont j'espère que l'on sera d'accord , aprèsi qu'on aura lu cet écrit.

Le baron de llaller avait découvert en i8i4) dans l'Ile de au milieu d'un terrain jonché de ruines, les restes d'un théâtre , qui , de conctnt avec de grands d^ris de constructions et quelques traces de remparts, adievèrent de détei^ miner la position de l'antique ville de Mélos , sur une colline qui regarde l'entrée de la rade et qui est au sud de Castro , village moderne , élevé au haut du pic qui domine l'Ue.

En bêchant dans un jardin que renferme cette enceinte de ruines , un paysan grec , vers la fin du mois de février l8ao, découvrit une sorte de renfonretn nt outenain, dont la construction était enfouie de six à huit pieds au-dessous du sol actuel. Il déblaya cette ruine, et il y trouva, |)èle-mèle et confusément couchés, trois petits Hermès da-peu-près trob

( It )

pktis de haul ; une statue de V énus, drapée à mi-corps et séparée en deux blocs; un fragment de marbre, qui ne peut, 80U8 attcan rapport, avoir appartenu originaîremait à la figure de Véniu , ni à m plinthe , et cjui pcnrte une inscription à demi altérée, (i) , plus quelques autres débris insignifiants.

Voici maintenant quel est l'état dans lequel nous est parvemie celte statue, qui est évidemment celle d'une Véaus.

Sa hauteur est de six pieds trois pouces. Elle se compose de deux nioreeaux de marbre, qui, au moyen d'un joint pratiqué dans les plis de la draperie dont est couverte la partie inférieure du corps, sajustairait avec une teUe précision, que Ion ne pouvait, en aucune sorte, s'apercevoir de cette réunion de deux blocs. Par un bonheur asses rare, la tête de la figure na point été détachée du corps, et% seule extrémité du nés ayant été cassée , on ne saurait regaiv

^i) C« morceau de marbre fut miu douM, à F^poque de la retlauration , laiUé en bûcni poor reAnmer, du oôtê de b jeinbe «4i ia jmà fmébt, ira appui à h lUlnc, (jui , par reiilèveiiu iit ou l,i |Hr(e ilv celle dont elle étall accompagnée (comnic un le verra), «e trouTa, de ce côte, prirée du support d'une plinthe commune. On ne petit tiver de flueriptioB de ee noreeau de mailiM meniM induclion par rapport à l'aiMenr de l'oam^. C'eat le hasani qui le lit employer là.

D |Mnlt encore, par une entaille qtudrangulaire pceiiqiiée lor ce moroeau de nar» bre, «olaille dont h largeur correapond i «die da Micle d'un dei petit* Hermte dont on a parlé, qm dans le rétablissement qui eut lieu de Mlle statue, on sentit le besoin d'en aooompegner le côté gauche d'un objet quelconque, et qu'on j pla^ un de ces petits Heiinia{ mais tout dénonce ces rapports et ces rajustements comme faits aprw coup, c oM B ie apoccypIlCf et mm liiiioii avec h fifuea

tler la restauration tjui en a étt'' faite comme capable daffccter le moinâ du monde l'intégrité de cette tête. Sa oonstation est entière, sanf la toafife de cbereux par derrière, dont un fil du marine a pu opérer la désunion-, dans les secousses que le bloc aura éprouvées. Cette touffe ayant été consolidée 4 sa place, la désunion est imperceptible. Quelques petites fractures ont eu lieu aux bouts des oreines, pour en arracher les pendants dont on les orna, de même que celles de la Vénus de Médicis et d'autres semblables.

Ainsi la téte est intègre. La beauté du marbre, sans doute de Paros , ne peut être comparée qu'à celle du marbre des plus belles statues antiques et les mieux oonser^ vées. Son ton ressemble à celui de l'ivoire, et tout annonce que la matière avait reçu jadis ces préparations fjui ont si puissamment contribué à défendre les marbres des injures de l'air et de l'huTnidité.

Le corps lie la statue est également bien conservé, sauf quelques jMîtites lésions que le moindre soin peut faire disparaître. La plus «;rave cependant est celle d'un trou j)raticjué au côté droit du slernu/n poui- lecevoii* un crampon qui devait soutenir le bras droit , dont il a été fait une restitution si malhabile, à une époque inconnue, qu'on n'a pas cru pouvoir le reproduire.

Le bras gauche de la statue parait aussi avoir été fiiit jadis ou restauré d'un morceau rapporté, ce que témoignent le trou de scdlement , pratiqué dans le haut du bras , le fragment de biceps quon a trouvé, et une main tenant une pomme. Ces fragments qui paraissent d'un travail an>

liqiie , bien qumférieur, et qui dès-lors ne firent, pas originairement partie de la statue, ont pu être le résultat d'une restauration anciennement faite. Cette c^inion a acquis plus de vraiaemUanoe enccwe par finspection du pied gauche, qui s'est trouvé aussi être une pièce de rapport , mais sans proportion , et d'un travaQ tettemoit au-dessous de cduî du [ned droit , qu'où n'a pas jugé à propos de le replacer en son joint.

Tout porte à penser que crtte statue, jadis mutilée, fiit, on ne saurait dire k quelle époque, restaurée et rétablie grossièrement par quelqnc artiste d'un mérite vulgaire.

Le reste des dégradations consiste dans les cassures des angles formés par les plis, et que les plus légers soins peuvent faire disparaître, sans porter atteinte à la légitimité de l'ouvrage antique.

Je crois fort inutile de se livrer à la moindre recherche sur les causes qui ont pu produire la destruction de ce iriMiitiment , et contribuer aussi à l'espèf'c de rétabh^&einent qui la défii^^uré. Deux nulle ans et plus ont causé assez de changements dans la Grèce , puur rendre vaine toute tentalive à cet égard. La connaissance même , quand on pourrait l'acquérir , du local où ces débris ont été trouvés , ne serait guère propre k uous apprendre ce qu'on désirerait savoir. La saine critique a pour objet de restreindre de plus en plus le champ des conjectures.

n s'agit d'établir maintenant ce qu'est cette statue , c'est-

à-dire quel nom die dmt portor, et ce qu'dk fut jadis daus son état pnmitif.

Nous lui avons déjà donné le nom de liiénus, et peiv sonne n'a pu ni dû hésiter un instant à le lui donner, tant le caractère de la tete et sa conformité avec le grand nombre de statues antiques de Vénus, reconnues pour telles , mettwt cette désignation hon dé doute. Il y a ainsi sur les caractères des principales divinités, dans l'antique, une notoriété qu'il n'est plus permis de mettre en question. On sait que cela provient de .ce que certains t^s avaient été consacrés par un usage constant , et dont l'artiste n'aurait pu s'éoarter , sans courir le risque de faire prendre le change sur Folijet de sou imitation. Pareille chose a eu lieu che7> les modernes , à 1 égard des personnages qui entrent habituellrment dans les représentations des sujets rehgieux.

Mais quelle fut cette Vénus ? Quel en fut le caractère distinctif ? Car beaucoup de variétés dans k t ulie de cette divinité lui fii-ent imposer des surnoms différents, et en modifièroit les attributs et la composition.

En fiût d'antiquités ou d'archéologie , il n'y a quWe régie de critique, qui, au reste, est la même en hkn d'autres genres; cest de procédcar du connu à Tinconnu. Si cette méthode ne donne pas toiqoum une certitude absolue , elle donne au moins , dans bien des cas , cette vraisemblance, dont il est raisonnable de se oontentor.

Cest par les rapprodiemraits que la oonnaissanœ des monuments nous met à portée de faire , entre telle figure bien connue et bien désignée, et telle autre qui lui rcs-

semble, raad» tara dési^ation, que nous arrivons à expliquer les ouvrages incomplets ou mutilés que le temps nous a transmb , et que de nouvelles découvertes nous procurent.

n existait depuis long-temps au muséum du Vatican une statue de Vénus, qui avait été ou méconnue ou mal désignée. On en a rapproché une médaille des Cnidiens, sur laquelle se trouve l'image d'une Vénus, dans la même position et avec les mêmes acommpagnenuaits que ceux de la statue. On n donc très-raisonnablement conclu de là que cette statue était unp répétition de la c;élcbrc Vénus de Praxitèle à Cnide , vt dès - lors on a pu se former une idéf approximative du talent , du ^^oiit et de la manière de ce célèbre statuaire ou de son é< die.

S'il existe de même entre des ouvrages bien connus de lantiquité, et dont le sujet soit clairement désigné, quelcjue Vénus, qui ait avec celle de Tile de Mâos une conformité parfaite, la critique sera bien tans doute autorisée à donner à cette statue le nom et la désignation qui sont encore en question.

Il faut se demanda, d*abord, ce qu'indiquent le mouvement général, faction et la pose de la Vénus de Mélos. Or , tous ceux qui l'ont vue , ont oondiu de son attitude , ainsi que de l'indication des bras, de la tournure du corps, de la position et de rexpresâon de la tête, que cette figure avait été mise en rapport avec quelque objet extérieur à elle. Quelques-uns ont été jusqu'à dire que son action s'accorderait assex avec celle d'une figure qui tirerait

de rare. Tout 1« monde enfin a reconnu ^'dle n'était pas du nombre de ces Vénus représenlées dans la simple atti* tude du repos.

¥omi moi je fus également frappé an premier conp^'cdl de la nécessité de cette bypotlièse. Le seul mouvement de la figure me fit souvenir à l'instant que j'avais vu plus d'une statue de ce genre faisant partie d'un groupe. En examinant oioore celle-ci du càté gauche , où les draprrif^ sont par en bs» moins soignées, en considérant l'eftet beaucoup moins heureux de la figure de ce côté, qui annonce qu'il y manque quelque chose, en voyant le défaut de pliiilhe à cef cndioil, je me permis de pro?ioiircr que cette Véiiuî» était ongniaireTnent groupée avec une anti*e (igure , telle que Paris, Adonis ou Mars, avec laquelle elle était représentée, connue ou le dit, en colloque.

Je crois celte conjecture pleinement justifiée par les autorités, et les points de couiparabon que je vais rapporter.

Il existe dans la galerie de Florence un groupe en marbre, appdé Fénus et Mon, dont on trouve la gravure pl. 36, toro. 3 du Muséum Flmvntànum (Voy. n* I. de la plandie enjointe). Ma ménuHre ne me rappelle point, et la gravure ne saurait nous découvrir ce qu'il peut y avoir eu de restauré. Le texte explicatif qui y correspond ne donne non plus sur ce point aucun renseignement. Toutefois, quelque supposition qu'on veuille se permettre à cet égard, il n'en s^

pas moins indubitable la figure de Vénus» qui Ciit partie de ce groupe, est absolument la même «pie celle de Mélos. Même attitude générale , même position des bras , même élévation de la jambe gauche , même partie d'ajustement dans la draperie, sauf une variété dans la chute des plis du côté gauche.

Je ne m'étendrai pas sur les explications qui furent autrefois dotinées de ce groupe , où les uns prétendaient voir Coriolrm HésnrnK' par sa mère, d'autres Faustine et M.irc Auiclt . jj.iK e (jiie le même groupe se trouve sur les médailles de Faustine, dont nous parlerons plus bas, et qui constatiTont le vrai sujet de l;i corn position dont il s'agit.

Je pastse à une seconde autorité que nous foui*nit la même galerie de Florence.

Parmi les pierres gravées de cette collection on trouve , tom. I", pag. 73 du Muséum Fhmtiôium (Voy. n* 3 de la planche ci>jointe), une belle prime d'émeraude, où le sujet de Mars et Vénus , groupés ensonble , se voit composé comme celui du groupe en maibre dont <mi vient de parler, et avec les mêmes attitudes. Vénus est également nue à mi-corps, les I)ras sont dans la même position, et Faction du bras droit ofiBre la même intention. La jambe gauche porte aussi sur un accessoire qui l'élève , et le parti de la draperie est tuut-à-fait semblable. Ceux qui ont expliqué ce groupe s'accordent à y reconnaitre Vénus airétant ou fléchissant le dieu de la guerre.

Voici un tioisiènie. point de ])arallèle.

On admire dans le Muséum du Capitole à Borne un groupe

de marbre, haut de six pieds, aemUaUe aux précédents pour la composition, pour le motif général, pour lattis tude, la pose et Faction de la figure de femme, mise en rapport avec le guerrier qui l'accompagne. Cette figure dif^ fère toutefois en un seul point; c'est qu'au lieu d'avoir le haut du corps et les bras nus, elle est vêtue dune tunique à manches , ce qui ne change rien au mouvement des deux bras, dont le gauche s'appuie aussi sur l'épaule du guerrier, et dont le droit exprime par le même geste la même idée d'allocution.

Les interprètes de ce groupe, gravé pl. 20, tnm. 3 du Museo Cnpiiolino fVoy. w" 1 de la planche ci-jointe), n'ont pas hésité à y reconnaître Mars et Vénus. Vu le silence du commentateur sur ce qu'il peut y avoir de lestauration dans ce morceau, je ne saurais dire encore si les tètes , et sur^tottt celle de la femme , sont antiques , ou sont bien celles de leurs figures ; si encore , dans le cas de leur audienticité, elles ne seraient pas des portraits, ce «pie la gravure pourrait fiûre soupçonner. Je ne mets, au reste, ces soupçons en avant que pour prévenir une olqectbn qui aurait peu dTimportance dans Tobjet qui m'occupe. Tout le monde sait que beaucoup de statues, portraits d'onpereurs on d'impératrices, ont été Êdts sous le nom et avec le caractère ou les attiibuts de différentes divinités.

Ainsi le groupe du Mtiseo CapîtoUno n'en aura^ pas moins été r elui de Vénus et Mars , et ne serait pas moins réputé tel , (|uand les têtes des figures seraient ce que la gravure peut les faire croire. Pour ce qui r^;arde l'ajuste-

ment de la femme, il ne faudrait pas non plus se faire nu motif d'y méconnaitre Vénus de cda seul quelle est toute drapée, puisqu'on sait que l'usage de la représenter nue ne fut ni général , ni même des plus anciens.

VoUà donc trois ouvrages antiques où nous voyons Vénus en. rapport avec une figure de guerrier, dans les mêmes attitudes des bras et des jambes, dans la même action .et avec le même ajustement de draperie que la Vénus de Mélos. Nous avons vu encore que tous les interprètiM se sont trouvés d'accord" pour donner à la composition de chacun de ces ouvrages le nom de Grwqte de Vm.ya et Mars.

Voici maititenant l'autorité décisive sur laquelle s'appuient cette interprétation et cette Hénomination.

J'ai déjà parlé dune médaille de FausUiK la Jeune, femme de Marc Aurèle. Sur le revers de cette médaille «m voit un groupe semblable à ceux qu'on vient de citer (\o>. n" 5 de la planche ci -jointe}. Il repré&eute Vénus drapée a inicorps, la jambe gauche un peu relevée. Elle appuie son

(t) Oatre d'wMm oiMa|ioi>tio«ia cenliUlilM, j« dois eitv aneon on froupe Ai

Miist-H my.il , soiw le n* aja, intitulé, Penoruta^es romains dans !e costume de F'énus et Mars. Ce gnxipei d'uoe pliu petite proportion que le précédent, vient de b viU» Bti^kmt, Il «t d'«n uiMédioêre KidptaK. Ob n'en ftit aMMioB que |Mnr nmirar maliwB ce Hqct fnt vJpM, tongonr* dm It bIiim çps, pr In wulpiMai» «ntifUM.

bras gauche sur IVp.iiiU de Mars; du bras (lit>it elle bcuihle YOuloir arrêter le dieu, qui a le casque en tctc et le bouclier au bras. Ici point dlnoerlîlude, la légende de la médaille porte ces mot» : Vcnbiu vtcrnici , A Fénm vietonètue.

Vénus était depuis long-temps adorée k Rome sous ce titre; car Pline nous apprend que, dès le second consulat de Pompée, un temple avait été dédié à Veau* victnx. (Plin. lÎT. 8, chap. 7.) Cette divinité, la première patrone des Romains , si Ton peut dire , puisque Lucrèce rappelle jSaeadum grnt'tnx, coinnie mère d'Enée, auquel Rome se vantait de devoir l'origine, dut partager avec Mars le culte et les hommages du peuple conquérant. On ne saurait guère douter qu'il n'ait, dès ses premières conquêtes en Grèce, trans|)ort<'- quelques-uns de ces groupes, dans lesquels le .génie alléf^oriqne avait associé Vénus au dieu de la guerre.

Ce nesl pas que la mythologie grec que n'ait pu encore représenter Vénus viiinn use sous un aiiiu 1 ([ipurt : sa vicluire sur le mont Ida put sans doute donner lieu à lu réunion de sa figure avec celle de Paris. Rien n'empêche de croire qu'un sonUable groupe ait existé. Mais la mythologie nous présente sous tant et de si divers rapports fasaociation de Mars et Vénus , qu'on est plus porté à croire que l'image de Fentts vtetriXf dans les temples de ce nom, se trouvait groupée avec celle, du dieu de la guerre.

Ce sera «f après une semblable composition que Lucrèce, inspiré par le génie de Tart, aura peut-être fiiit sa belle invocation à Vénus. Sur une inscription antique rapportée par Gruter (pag. 60, n* 4)» 1« poète, mettant dans la

bouche de la déesse le récit de ses victoires , le teniiiiie par ces mots qui rappellent son triomphe sur Mars : Martem sine marte subegi.

Gomme les artistes monétaires , dans les types des revers des médaill<», répétaient volontiers les sujets hisbuiqttes oa allégoriques des statues les plus célèbres , il est permis de soupçonner que le px>iq»e de la f^mus victrix de la médaille de Faustine la Jeune, est une redite d'un simulacre placé dans le temple de ce nom. Il n'est pas même fort difficile de deviner jwurquoi cette allégorie aura été empreinte sur une des médailles de cette impératrice. On sait quelle accompagna Marc Aurèle dans toutes ses guerres, qu'elle eut sur son époux une influence poHtifpie très-particulit'ie . (ju elle en eut aussi une semblable sui' les armées, puisqu'elle est désijifnée dans dautres médailles sous le titre de Mater Castrorum. 1 "austine aura sans doute contribué , dans quelque ciicouslance , à inspirer des dispositions pacifiques à Marc Aurèle : on lui aura .lUi ibué l'honneur d'une pacification; et l'emblème de Vénus désarmant ou appaisant le dieu des batailles aura été, de la part du sénat qui fit frapper la médaille dont il sagit, l'expression tout à-la-fbis la plus ingénieuse de l'opinion fuiblique, et la plus flatteuse pour Timpératrice.

Ainsi, d'après le témoignage figuré et littéral de la mé> daille citée, on a le droit d'affirmer que les groupes de différents genres qui nous restait, et qui représentent toiir jours. dans la même action, dans le même mouvement, et avec la même otmiposition , une figure de femme avec un

guenier quelle semble retenir par le geste et le discours, sont les reprfaentatioiis de yiauu vieirùe 'foiclorKuse)*

Si la oonfixmtatîon que nous avons fiiite de la Vénus de Mélos avec tous les groupes qu'on vient d'énumérer (Voyez la planche placée en tete de cet écrit) nous f<wce de reconnaître, dans son ensemble et ses particularités, une «tacte ressemblance avec les Vénus de ces groupes ; si les observations de détail , qui résultent du marbre et de la plinthe de la figure, sans parler de l'attitude et de l'action, ajoutent à la conviction qu'elle fit partie d'un j^roupe semblable aux précédents, peut-on lu siler à reconnaître qu'elle fut aussi une I tmus vicir/x ou victorieuse , cest-à-dire qu'elle ftit aussi jadis associée au dieu Mars?

J'ai déjà dit qu'en avouant quelle fit partie d'un groupe et même sous le nom de fV/utf vidonauef on pourrait se permettre quelque doute sur le caiâctère et le nom de la figure avec laqudle on la groupa. J'ai de plus indiqué parmi les fragments trouvés dans la fouille avec cette statue une main tenant la pomme , qui paraît à quelques-uns n'avoir pas été trop indigne de liii appartenir. Or, s'il en Ait ainsi, la pomme , dit- on , aurait rapport à la victoire de Vénus . sur Junon et Minerve , et semblerait appeler de préférence P&rîs à faire partie du groupe.

Ce qu'il faut dire d'abord de cette hypothèse, fondée sur la main qui tient une pomme, <*'est que très-ccrtainement, comme nous le confirment le» deux blocs de la statue,

tout cet ouvrage fat fait par moroeaiix. d'assemblage. La B^urc , quelle quelle ait été , qui aocompagiu Véniu , fut d*un morceau de marbre séparé. Mais, d'après les groupes dont nous offrons le rapprochement, il est visible que le Jxnis gaudie de la déesse passait derrière le col, et que la main de ce Ivas sappuyait sur Tépaulë gauche de Mars. D'après cela il est facile de concevoir qu'il y aurait eu une fort grande difficulté d'exécution , et sur- tout d'assemblage, si Ton eût fait le bras gauche de Vénus du même bloc que le reste. Dès que le groupe était composé d'une réunion de morceaux assemblés , le bm gauche dut être aussi d'un morceau de rapport. Ce qui prouve que cela fut ainsi , c'est moins encore le trou de scellement , dont on a déjà parlé , dans t cite partie supérieure du hr:\'< tjui t'wnt au corps, et (|u'oii pourrait supposer fait temps de la restauration , que la manière dont vc trou est pratiqué. Or on y remarque le même travail dévidement, et l'emploi, si l'on peut dire, des mêmes outils, qu'aux trous perforés dans un des deux blocs du c»rps pour recevoir les tenons de l'autre bloc. Je présume donc qu'à une époque quelooiiF que, on détacha du groupe la figure de Mars , qu'alors le bras gauche fut cassé dans le descellement qu'on en fit , que la statue de Vénus resta mutilée, jusqu'à ce que quelque ciroonstance ait donné occasion de la restaurer. L'état d'isolenumt où die se trouvait réduite, aura în^iré de lui donner un attribut qu'on trouve souvent dans la main de Vénus, et le bras qu'on lui rendit aura tenu la pomme. Si cette main, comme je le pense, nonobstant son état de d^radation,

est, pour le tfttvail et h beauté, infièrieure au reste de la figure, cette opinion, en déclarant fott'vnige un oeuvre de restauration, enlève au symbofe de la pomme toute autiMité dans l'explication de la figure. Dès-lors l'hypothèse de Fâris groupé ayec Vénus est tout-à-fait gratuite.

Mais , en admettant l'opinion de ceux qui pourraient croire le travail de la main tenant la pomme , égal au travail du reste, et en supposant cet aiiiibut originairement placé dans la main de notre Vénus , je dois dire encore que cette concession n'exclut pas l'idée de Mars groupé avec elle. Je ne saurais penser que la pomme tejiue par la déesse ait pu vtrc un objet inconciliable avec ce sujpt. Dans ce cas, comme dans beaucoup d'autres , ce n'eût été qu'un de ces symboles dont le sens <^tait connu de tout le moiule , et n'était destiné' (ju'à écrire selon le langage figuré, et à rendre plus lisible le nom du personnage.

Je persiste donc à penser que la Vénus de Mélos lut, sous le nom et , si l'on vent , avec un des attributs de Vénus victorieuse^ associée dans un groupe avec Mars, dont elle paraissait fléchir rhumeur ferouche. Vénus, déesse de tous les sentiments toidres, triomphant de la passion sanguinaire du dieu des combats , fut , dans la langue métaphorique de la mythologie, l'équivalent de la paix succédant à la guerre. Comment une telle métaphore aurait-elle échappé au génie de l'art? Quelle idée plus facile et plus heureuse

à penoimififfl'? Et doit-on sétonn» que les images s'en soient singulièrement miiltif^ées?

Maintenant , lorsque nous voyons , dans tout genre d'art , un ouvrage antique répété, copié et rqjMToduit avec des degrés différents de mérite ou d'habileté , nous sommes autorisés à soupçonner qu'il en exista jadis un célèbre original , qui aura donné lieu à ces redites. Je ne citerai pas d'cxrmples à l'appui de ce» i . tant il y eu a, de laveu de tous ceux (|ui ont quelque connaissance de l'antiquité ; et le j;roupe dont il s'agit peut être compté parmi ces exemples , quoique aucune mention d'aucun écrivain ancien ne nous en ait désigné l'originaL Mais comliien d'exGcHents ouvrages et de diefi»-d'œttvre sont restés sans mention, dans le petit nombre d'écrits qui se sont conservés sur ces objets I

S'il est constant que, dans une Ile de la Grèce, une des Cyclades, vobine de Paros, et distante d'Atb^es environ de trente lieues , on ait découvert la même Vénus qui fait partie de différents groupes représentant Vénus et Mars; si cette Vénus ne se distingue de ces denûères que par une supériorité évidente en beauté comme en mérite d'exécution , sera-t>il déraisonnable de penser qu'on a trouvé là l'original d'un ouvrage remarqué jadis parmi les plus célèbres , et que sa célébrité , comme nous vov*>ns que la chose arriva très-souvent , aura fait plus d une fois reproduire sous la main de divers co[)i8tes ou imitateurs ?

Une considération de détail pourrait affaiblir, dans l'esprit de quelques-uns , cette présomption du caractère d'originalité, que la supériorité du la V enus de Mélos sur les Vénus

des groupes {wécédenunent cités sembleniit devoir lui assurer. La statue que nous examinons fut , oonuDe on l'a déjà £iit observer ) formée de plusieurs morceaux. Sans pai l< i de ceux qii'une restauration ancienne a pu y ajouter, il rst m- , contestable que le corps se composait de deux blocs dont le joint se carli;iit dans les plis de ia draperie. Cette espèce dVcononiip dr 1» dt'-pense du marbre, dans un lieu voisin de Paros , SI It oupe fut exécuté à Mélos , et même dans tout autre endroit de la Grèce qu'on voudra dire, ne donne-telle pas lieu de supposer que ce fut 1 ouvrage d uu copiste parcimonieux? Cette épargne s'accorde-t-elle avec l'idée qu'on se forme de llmpostance qa*im artiste cd^re devait mettre jusqu'à la matière de son travail?

J'ai exposé l'dbjection sans laffidblir, et pour ne rien dissimuler. Toutefois, sans prétendre «i contester jusqu'à un certain point la valeur , je suis fort loin de penser qu'il y ait là une -raison bioi péreraptxnre contre l'originaUté dun ouvrage en - nûurbre. Je ne serais pas même en peine démontrer, par beaucoup d'autorités et d'exemples, que Ton fit autrefois plus d usa^e qu'on ne pense , de l'art des morceaux de rapport dans les figures ; que l'habitude des statues où deux matières, comme l'or, l'ivoire ou le marbre, se partageaient le nu et les draperies d une figure , avait rendu très-familière la pratique de découper et de décomposer les modèles, et par conséquent aussi les marbres et les bronzes.

Du reste, Li question dt^ 1 1»! iginalité (ce mot enieiidu dans un sens absolu) restera piubtiblement long-temps, et peutêtre toujours sans solution à l'égard des plus beaux antiques

cpe nous admirons. Faut'îl s'en étonner, piitt<|ue la niéine question est également un {nobléme à Tégard d'un ootaîn nombre d'ouvrages modernes, ou de tableaux que leur céldbcité a fiiit aussi multiplier, soit par leur auteurs, sent

par les élèves de ceux<^, soit par d'babiles copistes contemporains? Divers morceaux 'antiques avaient été réputés originaux, avant qu'une critique plus éclairée, et la découverte de la même figure, mais traitée par un ciseau plus

liabile , leî5 eût fait reconnaître pour des copies. Voilà ce qui (joit nous empêcher de prrmoiirer dans un sens absolu le mot original, à la vue même des plus beaux ouvrages.

Si cependant on veut entendre ce mot dans im sens relatif à la supériorité de mérite entre les doubles d'un même ouvrage, il ny aura, je pense, aucun lieu de douter que la Vénus de Mélos , dans le groupe dont elle fit partie, n'ait été Toriginal de cdles que nous avcms citées. La distance qui les sépare est sans mesure.

Ce serait le cas d'étendre ici le parallèle, et de le faire porter aussi sur toutes les "Vénus antiqoM qui nous sont parvenues , si une semblable critique ne devait noua conduire trop loin. Comment d'ailleurs établir, par le simple discours , une comparaison de beauté entre des objets quisont de nature à ne pouvoir être appréciés que par les yenx. et tjui , pour l'être encore convenablement, devraient être tous rapprochés les uns des autres?

Je me bornerai donc à exprimer l'iiopression que j'ai reçue de la figure qu'il s'agit de jujjer, et l'idée qu'elle m'a fait concevoir sur l'âge, le pays, le ni;iitrc ou l'^^cole auxquels il me semble ((u'oii doit en attribuer la sculpture.

Quant à 1 iMijM<..>sioii que la vue de cet ouvraîje a produite sur moi , je dois avouer qu'elle a été du genre de celle que m'a fait éprouver tout morceau qui révèle une manière supérieure, dans un genre donné, à celle de tous les morceaux du même genre. Développer lea raisona àt cette impression, ce serait prétendre analyser les causes de Tactioii de la beauté en général. Ce ne saurait être ki le lieu. H y a, je le sais, une autre manière de £iiie passer dans l'esprit des lecteurs, sinon 1 image , au moins une idée vague de lunprrasion du beau. Un sentiment vif ou profond peut inspirer à Fécrivain de ces descriptions brillantes qui saisissent fimagination. Toutefois j'ai remarqué que les plus belles phrases ne sont jamais , en de telles matières , que d'inutiles équivalents des sensations qu'on voudrait rendre ; et j'avoue que ces prétendues transpositions d'un genre d'imitation dans un autre, ne me paraissent être que îles méprises sur la véritable liaison des différents arts cotre eux, et sur leurs limites respectives.

Je ne m'exposerai ()as non plus au hasard d'un jugement dans lequel on préteudiait établir entre toutes les statues de Vénus antiques une primauté absolue, (|uc les variétés de leur ensemble , de leur composition , de l'intention de leurs auteurs, etc., pourraient rendre j^us ou mmns contestable. Je me bornerai à dire qu'en considérant la Vàius de

Mélos, Te1ativcra«tit à ces genres de mérite que les artiste» définissent ordinairement par les mots grandi iu de stj^le^ largeur de formes , caracti're idéal ^ pureté de dessin , vérité', vie et mom'ement , el em ore sous le rapport d une be//e exécution, y !if' balancerais pas à lui donner la première pince entre toutes relies que j'ai vues; et j'ai reconnu avec plaisir que l'impression dont je viens de rendre très- impartuitenient le résultat avait été éprouvée par tous les counaisseors , et par tous les artistes dont j'ai eu occasion d'înter^ roger le goût et de connaître le suffinage.

Mais, en même temps que tous ces mérites me jaisirent dans cette statue, je fus encore frappé de la ressemblance de sa têle avec edie d'une Vénus qui est au Muséum du Vatican à Rmne, et dont j*ai déjà parlée Un buste de la même figure (c'est- À -dire d'une autre antique) a été transporté dans notre Muséum , où l'on peut le voir; et des empreintes en plâtre ont multiplié cette téte. Je la mis en parallèle avec la statue de Mélos , et l'on eut de la peine à trouver entre elles quelque variété. La plus sensible appartient à la coifFurc , c'est-à-dire à l'ajusteuu^nt . qui , bien que pareil dans tout le reste des détails, offre (îans l'une des deux ceUc de Home les contours de deux rubans au lieu d'un.

Il faut dire enfin que c'est évidemment la même tête, sauf plus de vivacité de travad , et d'originalité d'exécution dans celle de Mélos; ce sont les mêmes traits, les mêmes contours; c'est la même grâce dans la bouche, la même douceur dans les yeux, et c'est encore le même col. Toutefois les deux

fi<]jiires étaient , dans le reste , fort différeuteii pour la pose, l action , rajustement et la cuuiposittou.

Je ne sais si je me trompe; mais cette parfaite conformité dégoût, de manière, de caractère, entre deux Vénus, cette répétition prescjue identique dans deux ouvrages d'ailleurs fort éloignés de donna* fidée d'un plagiat stérile et mécanique, cet air de famille, ne sauraient-ils nous faire aaapfpaaer dans fantiquey ce que nous apprennent des similitudes du même grave dans les œuvres des grands maîtres modernes? Ne reconnait-on pas en effet la manière où Fécole de chai|ue maître a une certaine uniformité de caractères de tkies, surtout s'il s'agit de ces sujets <{ui, comme des Saintes-Vietgeti lurent plusieurs fois répétés par eux? Ainsi diaque artiste se fait un type qui trahit sur-le-champ sa manière et son style. Qui est-ce qui ne dit pas, à la première vue de certaines têtes : C'est de Raphaël , c'est du Guide ?

Nous ne devons pas douter qu'il en ait été de même chez les Grecs; et nous devons d autant plus le croire, qu'en général nous savons qu'il régna , dans ce qui constitua la physionomie des maîtres et de leurs écoles, beaucoup moins de tendance ches eux que çhiez les , modernes à l'indépendance et à k diversité.

Je reviens à la ressemblance de la tête de la Vénus de Miélos avec celle de la Vénus de Rome.

Cette Vénus se trouve répétée deux fois dans le Muséum du Vatican. (Vciy, Museo Pio QemeMmo^ tom. I, pl. ii.) Sur Funo de ces statues a été jadis moulée et fondue en bvonae ' la figure que Ton voit dans le jardin des Tuileries, sur U

terrasse da bord de l'eau. Il est reconnu depuis Iong4)empé » Comme on Fa dit plus haut , que ce sont des répétitions de h Vénus de Praxitèle à Cnide (on dit répétitions, parce que , selon Cédrénus , l'original périt dans l'incendie du palais Lausus à Constantinople). Le grand nombre de copies qui existent de cette célèbre statue, soit en entier, soit en fragments, offre encore une induction en faveui' de cette opinion, t;ir nri sait que les marbres de Praxitèle eurent une trèsgrande vogue dans l'antiquité. C'est dans le travail du marbre que cet artiste s'était paiiit uln i nnent distingué. Marmore Jelîcior^ a dit Pline, liv. 34, c. 8. ir'ariai les statues dont on trouve le plus de répétitions dans l'antique , est \ Apollon SauntOùnosy qui fut sibement l'ouvrage de Fraoûtèle; et kss antiquaires sont très-portés à lui attribuer Toriginal de oe Cupidon avec tare, et du Faune en tcçMj dont il existe de très^iombreuses répétitions.

Dès que la Vénus de Mélos nous fait voir une grande supériorité dans le tracvail du marbre , dès que sa tête nous présente une ressemblance - presque identique avec les tètes des statues qtii furent , sans aucun doute . des répétitions de la Vénus de Praxitèle à Cnide, il îi'v a, ce me semble, aucune témérité à tirer la conséquence de ces rapproch&> ments.

Cette conséquence , la voici : C'est qu'un ouvrage qui nous of&e, avec la plus iiaute idée de limitation de la nature

fiSminine , le plus grand caractère de formes, k plus heureux mâange de la vérité et de la grandeur du s^le, de la grâce et de la noblease, d«»t être sorti de l'atelier ou de l'école àe Fkaxit^e.

D'après ces considérations, je pense que la figure ne saurait comporter une véritable restauration , puisqu'on ne pourrait en compléter l'ensemble qu'en lui associant , selon l'indication expresse des groupes qui en sont des répétitions , une autre statue, placée avec elle dans le rapport indi(jiié par ces groupes. Quand même on se contenterait d'y restituer les bras d'après les ouvrages qtii servirai«Mit de inodrie à la restitution, r«^la ne in. ni que mieux sentir eiicorc le vide et l'absence de la hgure qui lui était jtniile; la slatne, restant toujours isolée , ne ferait que rendre équivoques un mouvement et une action que rien n'expliquoait au spectateur.

Je pense que, sans exclure quelques-uns de ces petits rac^ ooids de détail que quelques parties nécessitent, la statue doit rester dans l'état de mutilation où elle se trouve.

Je pense que dam cet état elle ne laissera pas de nous révéler le style et le goût d'une des plus célèbres écoles de la sculpture antique ; qu'elle n'en sera ni moins instructive pour les artistes, ni moins précieuse aux véiitables amateurs, qui peut-être y verront le morceau le plus rare et le plus précieux de notre Muséum , où elle pourra mériter encore, sous un autre rapport, le titre de Fenus la victorieuse.

ONB

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