‹ Sur la tombe de HuysmansChapitre 3 sur 5 · chapitre, a découvert, à son propre insu, le moyen · texte numérisé non relu

chapitre, a découvert, à son propre insu, le moyen

de ridiculiser jusqu'au paradoxe et jusqu'à la chie-

en-Iit, les confidences religieuses du plus douloureux espoir !

C'est pousser fort avant, je crois, l'abus du calepin documentaire et je ne sais pas si même l'inqualifiable méfait d'avoir publié simplement des lettres de femme (1) qu'il n'eût pas été capable d'inventer est plus odieux et démontre un cœur plus bas que l'innocence affreuse de cette imbécile profanation.

1) Mme H. M., maîtresse de Péladan.

'jor. 59 ss~.

Arrivons maintenant à l'Adverbe.

Le goût passionné de Huysmans pour cette partie du discours est étrangement et protondément caractéristique.

Pour qui cherche dans les œuvres des écrivains autre chose qu'un délassement ou une trépidation nerveuse, le titre d'un livre a l'importance d'un ostensoir de grandeur et de vanité.

Qu'il le veuille ou non, l'auteur est forcé d'étaler là son espèce que ne consacre pas toujours le ravissement du lecteur.

A ce point de vue, les titres de Huysmans sont peut-être les plus étonnants qui existent: En Ménage, ?\ Rebours, En Rade, ¥\ vau-l'eau, Là-Bas. Remarquez bien que ce n'est pas même l'adverbe, c'est la locution adverbiale,

Le dynamomètre de son esprit, c'est la locution adverbiale. Le simple adverbe serait encore trop précis, trop mâle, trop dogmatique et trop tranchant pour un appareil cérébral incapable de fonctionner autrement que dans un mode subjonctif et satellitaire. La pensée de cet homme a l'évolution triste et lointaine de la planète des calamités.

L'adverbe, selon la grammaire, est un mot invariable qui modifie le verbe, l'adjectif ou un

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autre adverbe par une idée de lieu, de temps, de circonstances, etc. Ce dangereux subalterne est le chien du troupeau des phrases. Quand il commande, c'est pour dévorer.

Le même adverbe, selon la littérature saturnienne, est un vocable de crépuscule qui se charge d'inféconder I Affirmation, d'estomper à la plombagine les contours de la Parole et de favoriser d'un brouillard les monstrueux accouplements de I'Antimonie. C'est le bienfaiteur du Néant.

C'est pourquoi Huysmans idolâtre si jalousement jusqu'au simulacre de l'Adverbe, qu'il lui a bâti des chapelles où ne peuvent entrer qu'en tremblant les génitives Prépositions ou les Conjonctions obscènes, mais d'où sont bannies avec rage les patibulaires Interjections.

Un jour Emile Zola, dont l'esprit graisseux n'est huilé que pour glisser sur les surfaces, s'avisa de peindre Huysmans.

Le fantomatique « Souvarine » de Germinal est le portrait physique, ressemblant à faire peur, de ce virtuose de fascination. Triais ce n'est qu'un portrait physique, le seul dont Emile Zola soit capable.

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Or, le nihiliste silencieux et inhumain du puits Voreux est un spectre d'action qui opère fort bien lui-même, dans les ténèbres, et qui n'envoie pas les autres en son lieu. II extermine tant qu'il peut, mais en exposant sa carcasse qui ne lui paraît pas un meuble précieux, et il ne prendrait pas des airs olympiens avec tel ou tel qui se serait fait assommer pour lui- C'est un désespéré sans couture, celui-là, qui ne farde pas ses exécra» tions. Enfin, il a surtout, à défaut de vertus cardinales ou théologales, cette noblesse intellectuelle d'obéir à une pensée fixe et d'en épouser toutes les conséquences.

Croirait-on qu'un seul mot de ce personnage fictif a su^i pour déterminer l'insomnie de des Esseintes ?

Lorsque Souvarine, ayant accompli son éventrement du cuvelage de la fosse, est sur le point de porter ailleurs le typhon de ses fureurs de sectaire, sans s'attarder à l'oiseuse contemplation de la catastrophe qu'il a déchaînée, quelqu'un lui demande où il va. C'est alors qu'étendant le bras dans un geste vague, il répond simplement : Là-Bas.

Cet unique mot, ce semblant d'adverbe a décidé l'éclosion du semblant de livre que

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voici où Huysmans, abrité par l'athéisme de son époque, peut impunément réaliser sur les intelligences privées de gardiens, le programme d'immolation que le fanatique de Germinal exécutait sur les corps, au hasard de sa propre peau.

Et cependant, il ne s'arrête pas de le vomir, ce complaisant siècle. On est tenté de se demander si c'est bien sincère et si son chagrin de ne pas vivre en plein "Moyen Age est autre chose qu'une lamentation de phraseur. C'est l'histoire des orchidées- II aurait alors exigé le siècle de Périclès ou la période fabuleuse des dynasties égyptiennes.

Ce Moyen Age qu'il pleure eût été, je crois, fortement inhospitalier aux oscillations et aux amphibologies de son art. Les hommes de ce temps étaient vraiment hommes et ne rougissaient ni de l'amour, ni de I innocence, ni de la prière.

Ils ne disaient pas odieusement comme lui : « Ma patrie, c'est où je suis bien », mais : Je suis bien où est ma patrie, et c'est pour cela qu'on se faisait tuer sous les yeux de cette Pucelle d'entre les Archanges qu'il ose accuser d'avoir été funeste à la France (pages 65 et 66).

Les enthousiastes qui se crucifiaient de fatigues et de pénitences pour le Saint Tombeau auraient

peu co npris la chiassc devant l'ennemi, dont il est parlé dans Sac au dos, et moins encore, s'il se peut, l'étonnante assimilation du vœu monastique à ce besoin de sécurité bordelière qui discipline ordinairement les prostituées vagabondes (p. 16).

Cette société vaillante ayant le cœur pur, la gaîté de ses Bienheureux ne la scandalisait pas, car elle pensait, au contraire du mélancolique auteur de Là-Bas, que la tristesse coutumière est un signe de turpitude.

Pour tout dire, le Verbi: seul était adoré, — l'adverbe et le sous-adverbe n'ayant encore, en ces temps anciens, qu'une existence grammaticale.

Je suis donc inébranlablement persuadé que la Providence n'a pas commis cette impardonnable erreur de fourrer l'âme d'un contemporain des Croisades sous \& flanelle d'un contemporain de TM. Zola et j'estime que Huysmans eût vécu sans consolation dans un monde où l'on torréfiait si bien les profanateurs.

« Et il s'accusa justement à la fîn. C'était sa faute, à lui, si tout ratait. II manquait d'appétit, n'était réellement tourmenté que par I'éréthisme de sa cervelle. II était usé de corps, élimé d'âme,

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inapte à aimer, las de tendresses avant même qu'il ne les reçût et si dégoûté après qu'il les avait subies! II avait le coeur en friche et rien ne poussait. Puis quelle maladie que celle-là : se souiller d'avance par la réjîexion tous les plaisirs, se salir tout idéal dès qu'on l'atteint ! // ne pouvait plus toucher à rien, sans le gâter- Dans cette misère d âme, tout, sauf l'art, n'était plus qu'une récréation plus ou moins fastidieuse, qu'une diversion plus ou moins vaine. »

Ainsi se drape lui-même notre auteur, à la page 272.

Une Théologie sublime nous déclare qu'aussitôt après la mort, les âmes se jugent elles-mêmes dans l'essentielle clarté qui les inonde, qu elles se précipitent spontanément, avec la plus enrayante liberté, dans l'abîme qui leur convient et que c'est ainsi qu'il faut concevoir le redoutable Tribunal de Dieu.

Est-il donc déjà mort, cet infortuné Huysmans, pour nous faire entendre un si funèbre sanglot ?

« Inapte à aimer! » Inapte, par conséquent, à l'admiration et ne reflétant jamais que sa propre image dans les œuvres d art qu il croit contempler.

Ce morose dégustateur de l'insolite et du nonpareil, m'avouait, un jour, que, jamais, dans un

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roman, il ne ferait dire à personne : Je vous aime, — sacrifiant ainsi l'exactitude matérielle dont se glorifie le naturalisme à la ténébreuse injonction d un T*laître qu il ne connaît pas.

Cette parole a quelque chose de panique, Iorsqu on y songe.

Mais je ne crois pas qu'il écrive beaucoup, désormais. Après Là-Bas, il doit être épuisé de notes, comme on est épuisé de sang, et que diable voulez-vous qu'il dise quand il n'en a pas ?

Schopenhauer n'est pas infîni et ce n'est vraiment pas une destinée littéraire de ressasser et de retaper éternellement les épiphonèmes sentencieux de ce très bas cuistre.

La mosaïque des mots ou des phrases, quelque surfine et compliquée qu'on la suppose, ne mène pas non plus infiniment loin, surtout quand fesprit d'un écrivain n'a ni vestibule ni paroi.

Et puis, d'ailleurs, quoi profaner maintenant? Que reste-t-il à polluer et à gâter ? Je ne suis pas bégueule, mais il y a vraiment trop d'ordures et la dégoûtation surabonde en ce bréviaire de suggestions sacrilèges que le Moyen Age aurait fait brûler avec des copeaux fangeux !

Quand on pense à la tache ajreuse que ce livre

laissera sur certains esprits, c'est égarant àé se dire que le fratricide auteur avait reçu de quelqu'un I électuaire de la Vérité, l'élixir du suprême Espoir ... et qu'il en a fait un poison mortel, pour que son âme de sépulcre ne fût point en péril de joie et que son esthétique de galérien ne le réprimandât pas !

Copenhague, 14 mai 1891 .

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L'Expiation n s »

n il de Jocrisse

O^N présume qu'aussitôt après la mort de l'abbé BouIIan, le célèbre mage de Lyon, les fidèles de l'Eglise du Carmel, réunis en une sorte de conclave, ont, d'une voix unanime et par de bruyantes acclamations, désigné M. Joris-Karl Huysmans pour son successeur.

L'auteur de Là-Bas serait désormais Souverain Pontife selon l'ordre ae Melchissédec et l'unique sublunaire en possession de célébrer le « Sacrifice de gloire » .

En dépit de la prostration financière déterminée par la crise du Panama, de notables sommes, sans doute, vont affluer pour l'érection d'un temple sublime exclusivement affecté aux cérémonies du nouveau culte, où les moins

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ésotériqucs écrivains pourront admirer, en robe de cachemire vermillon serrée a la taille et en manteau blanc découpé sur la poitrine en forme de croix renversée, le Grand-Prêtre qui fut un des leurs.

Pour tout dire, Huysmans « est missionné par ie Ciel pour briser les manigances infectieuses du Satanisme et pour prêcher la venue du Christ glorieux et du divin Paraclet ».

C'est pourquoi j'intitule ce propos V Expiation de Jocrisse.

Mais tout cela est, en vérité, d'une tristesse profonde. J'étais bien paisible, ma foi ! dans mon petit donjon catholique, en train de récupérer mes souvenirs militaires (1). On vient me demander mon avis sur les potins sataniques. On me tait l'honneur de supposer que mon sentiment sur les mages contemporains s'exprimerait efficacement pour l'édification ou la recouvrance de quelques brebis égarées.

J'y consens donc. Toutefois, j'espère n'étonner personne, en déclarant, au préalable, qu'il vaudrait beaucoup mieux, peut-être, consulter simplement le Pape, à moins qu'on ne préférât relire avec soin la médiocre transcription

(1) J'écrivais alors Sueur de Sang. L. B.

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du dictionnaire des hérésies que Flaubert a intitulée la Tentation de Saint Antoine.

Ce pauvre Huysmans ! II avait si heureusement commencé avec ies Sœurs Vatard et 7^ vau-l'eau. On le voyait si bien parti. Déjà même, il parvenait à copier assez proprement les adjectifs honorables de Lucien Descaves.

Pourquoi fallut-il qu'il rencontrât cet abbé Boullan, ce docteur Baptiste si peu tranquille, dont l'atroce bondieuserie aurait dû le mettre en garde ?

Au nom du ciel, qu'est venu faire Vintras, prédécesseur de Boullan et garçon meunier plein d'apocalypses, dans la caime destinée de ce descriptif des banlieues ?

Hélas ! le malheureux avait écrit R Rebours, Obsédé de cette locution adverbiale, il se trouva sans défense contre une horrible chasuble de carnaval où la croix était figurée la tête en bas.

Peu documenté sur l'histoire universelle, il dut croire que le contre-pied de l'Eglise Catholique et la désobéissance ou la turpitude sacerdotales étaient des nouveautés foudroyantes, et il se persuada qu'un Carmel où l'on

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dévoile que « le Paraclet descend dans les génitoires » devait abriter nécessairement un plausible Dieu.

Le révélateur Vintras, ayant d'ailleurs enseigné lui - même que « l'acte de l'amour sexuel est, de tous les hommages, le plus agréable à Dieu », cette gymnastique agréable aux hommes ne pouvait pas ne pas attirer un grand nombre de sectateurs.

Huysmans dut s'engluer d'autant mieux à une telle doctrine que le naturalisme dont il fut champion y pensait trouver un débouché vers le ciel. Incapable d'intuition et prodigieusement dénué de la faculté de synthèse, tout plein d yeux et privé d oreilles; ignorant, dès lors, quant aux choses religieuses, de la plus épaisse ignorance il était inévitable que les sales profanations d'un prêtre ignoble lui parussent des pratiques saintes.

On a lu, dans les journaux, l'effarant détail des guérisons de matrice par « l'imposition sur les ovaires, d hosties consacrées ».

C'est en voyant de tels actes que l'infortuné contempteur du matérialisme de l'école a cru s'élancer à la spiritualité la plus transcendante.

Car il est certain et de tradition constante

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qu'une religion cochonne est l'objectif de tout désobéissant à l'autorité surnaturelle du Vicaire de Jésus-Christ. C'est à quoi se réduit, j'en ai bien peur, le mouvement de renaissance religieuse, dont il est parlé depuis quelques ans.

Remarquez bien que je n'ai pas en vue précisément les saltimbanques, arlequins ou scaramouches de l'occultisme. Je signale un gobeur sincère autour duquel on mène grand bruit, ces derniers jours, un avaleur inconscient des plus vieux sabres de la magie et j'aurais, plus que beaucoup d'autres assurément, le droit de pousser des cris — ayant été pendant des saisons, le puits bénévole où les idées et les documents essentiels de Là-Bas ont été puisés.

Je ne fus pas le seul consulté, oh ! non, les documentistes prennent de toutes mains. Mais le fond même du livre, le sens des réalités surnaturelles qui lui manquait éperdument, Dieu fut témoin de mes e|forts et de ma patience pour le faire pénétrer lentement en lui...

J'ai raconté, dans le chapitre précédent, cette aventure déplorable dont le souvenir ne me soûle d'aucun orgueil, je vous prie de le croire.

Je pense même qu'il est enrayant de se trom-

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per aussi longtemps, aussi complètement sur un homme, et je demande continuellement à Dieu qu'il me pardonne mon incomparable bêtise (1).

Tel est le pontife, tel est le sorcier actuel du chaudron magique et central où l'on voit écumer, depuis quelques jours, tous les divergents satanismes nouveau-nés dont le monstrueux amalgame se nomme ridiculement occultisme ou ésotérisme.

Qu'ils le maudissent ou l'adorent, il faut bien qu'il soit leur chef, puisqu'ils ne peuvent s'agiter et vivre qu'autour de son nom.

J'eusse mieux aimé vraiment qu'il ne s'appelât pas Jocrisse. Je me serais alors dérangé pour quelque chose. Ce que j'aperçois de plus satanique en ces jeunes gens, c'est leur sottise et leur ânerie profonde. Pour n'en donner qu'un exemple saisissant, il ne s'est pas trouvé jusqu'à présent, je le crois, du moins, un seul d'entre eux pour se demander si Vintras, le fondateur des nouveaux Carmes ou Johannites, or-

(1) Etenim homo pacis mese, in quo speravi: qui edebat panes meos, magnificavit super me supplantationem. — Psalm. XL, 10.

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