‹ Sur la véritable théorie des mouvements du cœurChapitre 1 sur 3 · DES · texte numérisé non relu

DES

1. Il est permis de s’étonner de la longue durée de cette discussion, quand on réfléchit qu’elle roule sur une question, de fait, savoir celle de mouven ents et de bruits dans un organe parfaitement détermine, il semble, en effet, qu avec de bons yeux et de bonnes oreilles, rien ne soit pins facile à décider. Aussi, messieurs, depuis deux siècles, la question qui s’agite aujourd’hui dans cette enceinte reposait-elle en paix, au nombre de celles qu’on appelle jugées, lorsqu’il vint à l'esprit de M. Beau de se révolter eu quelque sorte contre la chose jugee.

Vainement, depuis trente ans qu’il a, pour la p emière fois, proclame une théorie diamétralement opposée a celle de Harvey, universellement adoptée dans son tond, notre collègue a cherche d>s ; artisan.*, il n’en a trouve que trois gui méritent l'honneur d'etre nommes, mais dont i un ne vit plus aujo'iird hui, et dont les deux autres n ont peut eue pas conserve intacte leur toi à Sa nouvelle theone.

Quoi qu’il en soit, si M . Beau compte encore quelques disciples, certes c’est bien pour eux le cas de se montrer. En effet, M. Beau combat seul contre tous. Cette position a même, j’en conviens, quelque chose d’tnleressant, de dramatique. Je suis de ceux qui seraient tentés de voler au secours d un tel combattant, si la cause qu’il defend était moins radicale-

k DISCUSSION SUR LA THÉORIE DES MOUVEMENTS DU CŒUR.

ment, moins profondément mauvaise. 11 me répugne donc de recommencer le combat. Que M. Beau, dont le courage était digne d’une meilleure cause, rende enfin son épee, et je suis prêt à descendre de cette tribune. Mais non; M. Beau me répond par un signe énergiquement négatif. Croisons donc de nouveau le fer de la discussion, et, puisque la nouvelle théorie veut absolument son coup de grâce, elle l’aura.

On vient cependant de prédire à cette contre-révolution en matière de physiologie du cœur, une bien brillante destinée; savoir que, « avant cinquante ans, elle sera la doctrine générale. » La contre-révolution dont il s’agit méritera donc au moins le prix de la course. On avait dit de la révolution française, qui pourtant marchait au pas accéléré, ou plutôt au pas de course, que dans cent ans seulement elle aurait fait le tour du monde, et la contre-révolution de M. Beau le fera en moitié moins de temps. 11 est vrai qu’à l’époque de la révolution française, on n avait pas encore inventé ni la vapeur ni les chemins de fer.Gi àceaceUe invention, on ne sera pas surpris, en effet, si la systole de l’oreillette, victorieuse de la systole ventriculaire, courant à toute vapeur, accomplit en moins de cinquante ans son tour du monde. Admettons un instant par la pensée que, à la même époque, toutes les autres choses de cette terre auront subi la même contre-révolution, alors on aura sous les yeux le plus étonnant des charivaris, le spectacle enfin du monde renversé. La terre aura cessé de tourner autour du soleil, et le soleil, en vertu d’une nouvelle théorie de la gravitation, ou plutôt par une nouvelle méthode de faire de l'astronomie, cette sorte de circulation céleste, et le soleil, dis-je, comme au temps de Josué et aux autres siècles primitifs, jusqu’au fatal avènement de Galilée, reprendra majestueusement sa rotation autour de la terre; alors, les fleuves remonteront vers leur source, l’eau montera dans les pompes, non plus par la pression atmosphérique, mais par l’horreur du vide ou la vis à teryo de M. Beau; alors, aussi, les statues des Galiiee, des Harvev et des Newton tomberont comme d’elles-mêmes de

leur piédestal et seront remplacées par .

Mais c’est trop insister sur une prédiction que nous aurions

M. BOUILLAÜD.

pu prendre pour une plaisanterie, si l’on ne se fût empressé de nous dire que le nouveau Calchas était un savant et honorable confière.

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