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COMBAT DANS LE PAYS DE LOLTÉTÉ, RIVE SUD DU CONGO, PRÈS DE MANYANGA

Extrait cVune lettre de Vangele, qui donne une idée des usages guerriers des populations de cette contrée.

Loiitété, 18 février 1883.

Loutété, en vertu du traité qu'il a avec moi, vient demander aide contre trois villages qui ont insulté son neveu et l'ont lardé de coups de couteau, parce que son oncle est l'ami du blanc.

Je pars avec vingt-cinq Zanzibarites tenus dans la main, après inspection d'armes et distribution de cartouches. Nous rencontrons la troupe de Loutété. Figure-toi une bande de noirs, le visage et le corps tout couverts de différentes couleurs où le rouge domine et dans le désordre le plus complet. Quelques-uns sont des enfants, d'autres n'ont pas de fusil. Tous font un bruit étourdissant, les uns soufflant à pleins poumons dans des clairons semblables aux nôtres, achetés sans doute à la côte ; les autres battant le tambour indigène ou jouant d'un instrument barbare quelconque.

Ils crient, sifflent, gesticulent. Tous marchent à la queue leu-leu, la fde indienne étant la seule formation possible, — les chemins n'étant que d'étroits sentiers bordés d'herbes de trois à quatre mètres de haut, épaisses d'un centimètre. Dans ces pays de montagnes, les bruits

s'entendent à une énorme distance. Aussi l'ennemi est-il prévenu. Quand les deux troupes ennemies sont en présence, un espace libre de cinquante mètres les sépare (portée du fusil à pierre). Alors ils s'insultent, tirent des coups de feu inoffensifs, vu la distance.

L'attaquant a bien soin de ne pas avancer et comme le défenseur n'a aucun motif pour reculer, la journée s'écoule ainsi sans effusion de sang. Alors, les deux partis fatigués s'en retournent chez eux, quitte à recommencer le lendemain. Voilà leur méthode de guerre. Tu comprends que ce ne fut pas la mienne. Je voulus agir d'une manière indépendante. Pour bien comprendre mon action, une description sonmiaire du terrain est nécessaire. Suppose le dessus d'une solution d'amidon bouillante, qui tout à coup a été solidifiée. Voilà la topographie de ce pays des environs du N'Gombé. Rien que des mamelons, pas de chaînes de collines continues. Par suite, les villages étant situés sur les mamelons herbus sont tous entourés de ravins profonds et très boisés. C'est dans ces ravins que se tiennent les défenseurs ; ils y sont parfaitement à l'abri des vues et des projectiles, à cause des grands arbres.

Je voulus passer le ravin gardé par nos ennemis en un point inoccupé. Je demandai des guides à mon allié Loutété, mais au lieu de cela il vint avec la moitié de sa troupe, ce qui empêcha ma marche de rester secrète. Aussi, je fus reçu au passage de la gorge par des coups de feu qui mirent cinq Zanzibarites à terre, mais comme j'avançais quand même, l'ennemi se sauva.

Le ravin traversé, la bataille était gagnée, car l'indigène n'ose pas lutter en terrain découvert, et il a parfaitement raison avec son armement inférieur.

Immédiatement, je me dirigeai sur le premier village ; il était désert et fat incendié conformément au droit du pays. Les deux autres eurent le même sort. Après quoi, nous prîmes le chemin de nos foyers. Je n'eus pas la coquetterie de coucher sur le champ de bataille et j'eus tort, vu ma fatigue extrême. Harassé, je pris, pour franchir les quelques lieues qui me séparaient de la station, une monture originale. Un nègre dévoué me porta à cheval sur ses épaules.

Depuis lors, le M'Foumou Katchéché ( le chef l'Ecureuil ) (l)est fameux dans le pays et l'on vient me voir de quinze lieues à la ronde.

( i ) Vangelc.

Annexe n° 2.

Le lieutenant Avaert m'adressa en quittant le Congo en 1883, une lettre dont je donne ici les plus intéressants passages; ils permettront au lecteur de se faire une idée de la région du cours inférieur du fleuve et des travaux d'un chef de station dans ces parages à cette époque.

Banana, o septembre 1883.

Te voilà sûrement étonné, mon cher Coquilhat, de me savoir à Banana. Ma dernière lettre ne te faisait pas prévoir mon départ d'Isangila. Au contraire!

Depuis, obéissant aux avis du docteur Allart, homme aimable autant que savant dont je te souhaite de faire la connaissance, j'ai dû quitter ma chère station, le 16 août, pour prendre le chemin d'Europe.

Je me croyais acclimaté, car il y aura bientôt un an que j'ai subi ce maudit typhus, à Manyanga. Mais non : malgré mon voyage au Quillou-Niadi, en février, malgré quinze jours de bonne table chez notre généreux compatriote, A. Delcommune, à Boma, je suis resté, assure le docteur Allart, un pauvre anémique, un gastralgique, que sais-je ! Le fait est que je ne pèse pas lourd.

Je dois avoir pris le germe de mon mal, soit au Niger, soit au Gabon, là où le typhus des tropiques sévit. Au Congo, on le dit pour ainsi dire inconnu. Ma déveine a voulu que la maladie se soit déclarée à Manyanga.

Vers la tin de mon séjour dans cette insalubre station, il y faisait

pauvre comme confort. Notre bon collègue Nilis me soignait généreusement de ses médicaments personnels ; mais ses maigres chèvres, ses S0ÎISS021 (1), sa chikwanga, ses patates douces et son eau claire, toutes ces choses dont j'aurais été très satisfait en bonne santé, ne convenaient pas pour un malade.

Il m'eût fallu du thé, un peu de lait, quelque panade, de quoi flatter, enfin, un estomac rebelle.

Je serais mort, sinon du typhus, du moins d'inanition. Je dois ajouter que Nilis, bien que souvent malade lui-même, se coupait en quatre.

Nous avons dû quelques douceurs à la générosité du révérend Comber, chef de la Mission anglaise.

Un matin, je suis revenu à moi, après quelques jours d'un coma que l'on avait cru mortel. J'étais à la Mission. Le révérend Bentley m'avait sauvé à coups d'injections sous-cutanées de morphine et de quinine. On m'y a offert des œufs, des biscuits, de la confiture, du vin, etc., ce qui m'a mis sur pied en quelques jours.

Je m'étends sur ces détails, car j'ai appris par notre ami Orban, descendu avec moi à Banana, que quelques Européens ont cru mon moral plus atteint que mon physique. Nilis n'était pas de cet avis quand, ayant reçu du révérend Bentley l'invitation écrite de se rendre en hâte à la Mission pour assister à mes derniers moments, avant de partir il ordonna, en homme pratique, de creuser ma fosse. Ce n'était j)as, ce me semble, pour enterrer mon moral.

Huit jours plus tard, à bord du Royal, ]ç renouvelais, mais en sens inverse, notre superbe mais émouvant voyage à travers les rapides. Embarqué à sept heures du matin, j'étais à Isangila dès trois heures de relevée, soit en huit heures, alors que nous avions mis quatre jours, ou trente-six heures de vapeur pour monter! Dans cette descente vertigineuse, Andersen était plus admirable encore ([u'à la montée. A Rouballa et aux Flamini notamment, dans des courants de six milles, il mettait la barre sur un bout de roc à fleur d'eau. Ce caillou dangereux était son point de repère. Puis, d'un coup savant donné juste à point, il enlevait positivement le petit steamer. On passait à toute vapeur à quelques pouces du roc, tandis que de l'autre côté on rasait un tourbillon en s'y engageant juste assez pour en

(1) Poules. (Note de l'auteur.)

ressortir au plus vite par la tangente. Une fausse manœuvre, et notre Royal était écrase ou englouti. Dans ces passages, l'embarcation à vapeur se penche brusquement sur un bord. Pour empêcher notre steamer-joujou de faire une cabriole fantasque, le mécanicien, les deux Zanzibarites et moi, à un signal du capitaine, nous nous jetions du côté convenable pour faire équilibre.

Stanley a supprimé cette navigation pittoresque. Trois allèges en acier, à rames et à la voile, font le service avec beaucoup plus de calme; leur faible tirant d'eau leur permet de suivre les bords du fleuve.

Je t'ai déjà parlé du pauvre Parfonry*. Il avait très bien emmanché les affaires à Isangila, où je me suis attaché à être son continuateur. Je rêvais de faire un Éden du pittoresque petit plateau rocheux où nous campâmes, et d'où l'on domine les imposants rapides devant lesquels Stanley, vainqueur du grand fleuve, s'arrêta pour achever par terre sa traversée du continent mystérieux.

A ce propos, j'ai demandé souvent aux indigènes, notamment au roi Salamapouya qui a vu Stanley en 1877, l'endroit exact où notre chef actuel déposa sa Lad y Alice. Mais je n'ai rien pu obtenir de précis. Il n'y a pas de doute qu'à peine Stanley parti, l'illustre embarcation aura été démontée, les planches et les clous emportés et utilisés pour quelque chimbêque de chef.

Je ne t'étonnerai pas en te confessant qu'en quittant Isangila j'ai reçu avec émotion les adieux des gens du pays, malgré ma conviction qu'une arrière-pensée de «nopce» était pour une forte part dans leur gracieuse démarche. Ils ont bien fait les choses, les vassaux du Comité : il y eut grande palabre avec échange de cadeaux et surtout avec circulation active de calebasses de malafou (1). Les grands chefs, les petits chefs, et, par exception, à cause de la circonstance, le vulgum des derniers rangs même en eut son soûl. Je n'avais jamais \'u le nègre aussi prodigue du sang de ses palmiers.

Je te. fais grâce des chants et aussi des danses.

Le jour de mon départ, de bon matin, je reçus une dernière démonstration d'amitié consistant en batteries de mains exécutées avec une énergie et un ensemble étonnants. Il n'y avait pas de conscrit parmi les amis.

{ 1 ) Vin de palme. (Note de l'auteur.)

Je passerai aussi mon voyage jusqu'à Vivi; tu connais cela. Toutefois, apprends qu'instruit par l'expérience, j'ai fait la route d'Isangila au grand éperon que le Congo coupe à pic et traverse dans une gorge profonde sous Yellala, en évitant les trois quarts des montées où nous nous sommes tant essoufflés en octobre dernier.

Une vraie promenade, cette fois.

Ayant tiré deux antilopes et un buffle, j.'ai fait faire chère lie à ma petite caravane et je n'ai pas dépensé un yard d'étoffe pour notre nourriture. Tu sais combien les nègres sont amateurs de viande; j'échangeais donc notre excès de venaison contre des poules, des œufs, des bananes et de la chikwanga.

Les pauvres diables ne chassent guère, faute d'armes convenables pour la grosse bête, telle que l'hippopotame ou le buffle. Avec leurs meutes de petits chiens, ils courent la petite antilope ou de jeunes bêtes. Le chien chef de meute porte une sonnette ou des grelots au cou. Généralement, les chiens servent à faire débusquer le gibier des taillis où il se met à l'abri du soleil. Les chasseurs attendent à l'affût. Le chien fiote ne peut remplir sérieusement le rôle de chien courant ; il 71 'a pas de voix.

Les nègres de la région des chutes se mettent donc rarement de la viande rouge sous la dent, car ils ne sont pas ou ne sont plus anthropophages comme chez toi.

En vue de Ganghila, j'ai rencontré, à ma grande surprise, le docteur Allart qui allait également à Isangila pour voir Van Kerckhoven et aussi pour ramener un ancien officier allemand devenu fou. Le docteur Allart accomplissait un pénible voyage pour remplir son ministère.

C'est au camarade Van Kerckhovcn qu'est échu le commandement d'Isangila. Il n'aura pas à s'y reposer. Comme travaux, je lui laisse à achever une grande maison ; la charpente est faite et une quinzaine d'indigènes sont sur le toit, qui peut être couvert en quelques jours. Cette habitation a quinze mètres de long, six de large et huit de haut. Tous les bois ont été taillés à l'herminette par mon unique charpentier kabinda. Ces données te feront une idée de la somme de travail dépensée ; sache aussi que chacun de ces bois est tiré d'un tronc d'arbre, amené péniblement de plusieurs kilomètres de la station. Il y a sur la terrasse quelques milliers de briques

séchées au soleil et aussi une forte quantité de bonnes pierres arrachées dans les cataractes pendant les basses eaux.

J'ai obtenu, sciées par mes hommes, des planches passablement droites, suffisantes en tout cas pour en faire un plancher préférable au primitif sol d'argile battue.

Avaert.

Je n'ai pu faire davantage, n'ayant que quatorze travailleurs kabinda et Krou-boys. J'attendais impatiemment des Chinois que Stanley m'avait promis, mais jusqu'à présent on n'a pas vu au Congo l'ombre d'une queue orientale. Tant pis pour les jardins et les cultures !

Outro, la direction do ces travaux, le chef d'Isangila a encore à embaucher les hommes pour Vivi ; puis il doit recevoir les caravanes chargées qui en viennent, parfois quatre, cinq en un jour. Il s'agit de vérifier, de peser, d'emmagasiner, en rangeant le tout de façon à s'y retrouver rapidement lorsqu'il faudra charger les allèges pour Manyanga.

Voilà bien des occupations diverses pour un seul homme !

Pendant le deuxième trimestre, il est arrivé à Isangila des quantités considérables d'étoffes en ballots, des mitakou, des perles, des cauries, etc., etc., tout cela avec des marques inconnues jusqu'ici, telles que Equateur, Ba-Ngala, Arouwimi, Falls. Si jamais tu reçois ta part de cela, tu seras bien pourvu.

J'ai passé sous silence la fastidieuse comptabilité qui prend pas mal de temps. L'ordre est indispensable pour s'y retrouver après toutes les manipulations, les réceptions, les envois, les payements, les achats, etc., etc. ; il faut de l'œil pour n'être pas volé!

Il convient également de trouver le temps de rendre raison aux natifs, pour ne pas perdre le marché.

Sans compter les palabres interminables avec les chefs à propos de tout et de rien. Car le blanc doit absolument, pour le bien de la chose, paraître tenir beaucoup à ces longs « chaouris » pendant lesquels l'orateur déverse des flots de paroles inutiles, tout bonnement pour en arriver à un enrouement qui justifiera une demande de matabiche (1 ).

Ceux qui n'ont pas desserré les dents ont, toutefois, la même prétention. On s'en tire difficilement sans distribuer plusieurs rasades de gin ou de tafia. Chez les Fiotes, une palabre n'aboutit pas sans matabiche. Aussi ce que je rageais quand Vivi oubliait de me ravitailler !

De même, par son irrégularité à me faire parvenir le payement des mokandes (2) dues aux chefs avec lesquels j'avais des contrats, Vivi a été cause de querelles avec les gens du pays. A part ces affaires, vile arrangées, les chefs fiotes, bassoundi et l'homme blanc sont d'excellents amis.

Il n'en peut guère être autrement, car nous payons pour nos traités une redevance mensuelle en étoffes et en gin ; le noir y trouve son

(1 ) Rasade tle genièvre. { JSvte de l'auteur.)

(2) Bons signés donnant droit à des marchandises; un vrai papier-monnaie. (Note de l'auteur.)

intérêt, seul sentiment dont le bon nègre, du moins dans le bas-Congo, a la perception nette.

Une station est un débouché pour les produits du pays. C'est ainsi qu'à Isangila les indigènes offrent en vente : des patates douces, du mais, de la canne à sucre, du vin de palme, des ananas, des melons, des tomates, des ignames, des papayes du Brésil, des citrons, du pourpier, du tabac, du piment, des bananes, des haricots, des arachides, du manioc, une sorte d'épinard, des amandes de palme pour la mohamba (4), du poisson frais, des poules et des œufs, des chèvres, de jeunes porcs, parfois des canards, mais rarement un mouton, amené alors de chez les Bakala de la vallée du Quillou-Niadi.

Tu vois qu'on peut vivre à Isangila ; d'autant mieux que le climat y est relativement sain, à condition de prendre garde aux brusques variations de température. Le matin, à l'appel de six heures et un quart, juste au jour, il fait froid sur le plateau à cause du vent du nord-est. Il y a alors 13*' ou 14« centigrades. J'ai vu l^° et 11° aussi, la nuit, en juin et juillet. Vers deux heures après midi, pendant la saison chaude, j'ai relevé en moyenne 28° dans ma maison et 3o° en plein air à l'ombre.

Je te disais que le blanc est bien vu à Isangila. C'est à cette bonne entente que mon prédécesseur et moi-même nous avons dû l'acquisition des territoires composant les districts des environs d'Isangila.

En ces derniers temps, je cherchais à obtenir le raccordement avec Stéphanieville, au confluent du Quillou et de la Loudima, où commande l'ami Destrain. Nous avons pu conmmniquer déjà, mais la route n'est pas sûre.

La station d'Isangila possède des traités avec Kinsala, Kionzo, N'Goma, Banza-Yanga, Kinkassa, Kaïnzalou, Banza-N'Gombi,N'ïamboukélé et Kintamba, villages situés à l'est sur la rive gauche de la rivière N'Tombi; au nord, avec M'Binda, N'Kélo, Nzé-Didi, N'Fouana-Sandi, N'Joko-Malélé; à l'ouest, avec N'Goma, N'Dambi-M'Bongo, Kounia-M'Bongo, etc., jusqu'à la rivière Loulou.

De la Loulou à la Boundi, la rive droite du Congo n'est revendiquée par aucun chef. Il s'y trouve un marché neutre appelé Pama-

(l)Plat spécial de viande étuvée avec des ignames dans l'huile de palme. (Tolède l'auteur. )

Ngoiilou (foire aux porcs), où se réunissent quatre fois l'an les gens des deux rives et ceux de N'Gombé, c'est-à-dire de l'intérieur des terres.

Les villages fiotes cités plus haut ont en moyenne quarante à cinquante cases, à quatre personnes généralement par case.

Ces cases ou paillottes sont rectangulaires, à toits aigus en chaume. La porte, toujours à cinquante centimètres au moins du sol, est sur l'un des pignons, sous une vérandah formée par le toit prolongé.

Les villages bassoundi, sur la rive gauche de la N'Tombi, dont l'embouchure est à quinze cents mètres à l'est d'Isangila, sont plus peuplés et mieux cultivés. Leurs approches sont presque toujours ménagées en vue de la défense; on n'y pénètre que par des circuits nombreux.

Beaucoup de villages bassoundi sont établis dans des sites bas, très fertiles à cause de l'humus ; mais les tacticiens de l'endroit ont surtout entendu se mettre à l'abri d'une surprise en couvrant leurs villages par un ruisseau rendu marécageux. Des cactus enchevêtrés, hauts de plusieurs mètres, défendent les points les plus exposés et forment parfois de véritables enceintes.

On doit s'incliner devant la supériorité de race des Bassoundi, comparés aux Fiotes dégénérés. Ils sont braves, intelligents, mais très superstitieux, et d'assez mauvaise foi en affaires.

Leur superstition outrée, qui cadre mal avec leur intelligence, me paraît être une frime leur permettant, à un moment donné, de briser une convention sous prétexte que les fétiches ne l'ont pas ratifiée. Chez les Bassoundi, mieux encore que partout en ce monde, la raison du plus fort triomphe toujours.

Le vieux chef de Kionzo, qui a toujours été pour moi des plus aimables, m'a assuré que des villages de l'intérieur lèvent cinq cents fusils, ce qui suppose des agglomérations de deux mille cinq cents âmes, savoir : 1/5 mâles, armés à partir de douze ans; 2/5 femmes; 2/5 enfants.

Au nord-est d'Isangila, le sol est moins tourmenté, et souvent n'est même qu'ondulé. Les vallées, plus larges, mieux dessinées, y donnent un régime à leurs eaux; de vraies rivières, moins torrentueuses, y prennent naissance, tandis que de Banana à la N'Tombi, le Congo ne reçoit, à droite, que des torrents — à sec, ou à peu près, durant cinq mois de l'année.

ANNEXES 49o

La Boundi seule, pendant la saison sèche, a toujours environ deux pieds d'eau au gué des caravanes, près de son embouchure. Mais c'est le Congo lui-même qui, en cette saison, alimente son propre affluent, le niveau du fleuve étant plus élevé que le lit du cours inférieur de la Boundi. Et c'est ainsi qu'on peut voir la basse- Boundi couler alternativement vers sa source et vice-versa. Ce pseudo-phénomène est dû aux mouvements d'ascension et de dépression subis par les eaux du fleuve, sous l'influence des barrages naturels de la région des chutes.

Dans cette région si tourmentée, les villages sont presque invariablement juchés sur des plateaux élevés. Le voyageur qui n'est plus novice devine à grande distance les lieux habités ; ils sont reconnaissablés à l'aspect spécial de la végétation : le vert plus clair des bananiers tranche vivement sur le vert sombre des élaïs et des innombrables essences, parmi lesquelles l'acacia flamboyant perce avec sa fleur d'un rouge éclatant.

Chaque village a toujours au moins une source à proximité, dans la vallée voisme. Là, une épaisse couche d'humus recouvre le sol; aussi graminées et légumineuses y croissent à l'envi. Les champs de maïs, etc., y sont établis, sauf le manioc, qui aime un terrain moins riche.

Dans le bas-Congo, il faut trois ans pour que la plante de manioc fournisse tout son rendement.

Dans la région des chutes, le sol est stérilisé partout où l'eau fait défaut. Les montagnes, lavées par les grandes pluies de la mi-novembre au lo mai, laissent percer la roche. Il y pousse une herbe maigre et dure qui va se fortifiant en descendant les coteaux, à mesure que le limon se présente en couches plus épaisses.

C'est ainsi qu'au pied de la station d'Isangila des centaines d'hectares sont envahis par la jungle, cachant une fertilité qui attend impatiemment la main de l'homme.

Des essais de culture ont donné là de bons résultats avec des semences apportées d'Europe. Mais les semences de ces semences n'ont pas reproduit.

Dans le bas-Congo, il faut semer à la fin de la saison des pluies, alors que la terre, bien humectée, peut se passer d'arrosages fréquents.

Plus tard, de fin juillet à novembre, le sol desséché ne donne plus

qu'à force de soins et d'eau, eau toujours jetée avant le lever et après le coucher du soleil; encore faut-il abriter les jeunes pousses sous des nattes, si l'on ne veut pas les voir rôtir.

Il faut avoir beaucoup de temps pour jardiner dans cette saison. Cela devient une sorte de sport : il n'est pas pratique d'élever des radis à cinquante centimes la pièce. Il convient alors de se passer de salades, de petits pois, de radis, de carottes, et de s'en tenir aux quelques légumes indigènes. Avec un peu de conviction, on peut manger la feuille de manioc en guise d'épinard, surtout si l'on a du beurre d'Europe.

Les produits végétaux du pays croissent, pour ainsi dire, naturellement. Les habitants se bornent à gratter superficiellement le sol pour en arracher le plus gros des plantes parasites et leur substituer sans méthode tout ce qui doit les faire vivre.

Le travail des champs est chose indigne des hommes ; les femmes seules en sont chargées.

Les Bakala (ce qui veut dire hommes, guerriers, mâles) vont aux foires, qui se tiennent périodiquement en des lieux déterminés, et passent leur temps en palabres interminables. Ils aiment la guerre et généralement toutes les circonstances où leur goût pour la rapine peut se donner libre cours.

Les naturels du bas-Congo, surtout les Fiotes et les Babouendé, sont cependant commerçants d'instinct. Ils sont âpres au gain et discutent leurs intérêts avec un entêtement qui rend les transactions interminables.

Les Fiotes habitent la rive droite du Congo depuis les environs de Banana jusqu'à la N'Tombi.

Ils peuplent également la rive gauche vers Fétiche-Roc jusqu'à la M'Pozo. C'est, du moins, ce qu'ils prétendent; et, de fait, ces populations parlent la même langue, tandis que les Kabinda et les Moussourongo parlent une langue sensiblement différente. De môme, les Bassoundi, sur la rive droite, entre la N'Tombi et la Mata, et les Babouendé, sur les deux rives du Congo, entre la Mata et le Djoué au nord, la M'Pozo et le Pool au sud, possèdent un dialecte dans lequel se sont glissés, surtout chez les Babouendé, beaucoup de mots batéké.

Toutes les populations du bas-Congo appartiennent à la grande famille bantou.

Les îles boisées et marécageuses du Congo vers son embouchure, ainsi que la rive gauche, de Fétiche-Roc au cap Padraô, sont habitées par les Moussourongo, fameux encore il y a une dizaine d'années par leur piraterie. Presque nus dans leurs pirogues, armés de mauvais fusils, ils attaquaient, la nuit, les voiliers ancrés dans la rivière. Ils sont demeurés d'excellents marins.

Les Moussourongo des îles vivent misérablement de la pèche. Trop paresseux — eux disent trop libres — pour travailler, ils regardent de haut les Kabinda, les Krou-boys et les Fiotes qui louent leurs services aux blancs des factoreries établies sur le fleuve de Banana à Nokki. Il faudra cependant que les Moussourongo les imitent un jour sous peine de s'éteindre misérablement (1).

Ceux de la terre ferme cultivent et commercent.

A deux kilomètres au nord de Banana est une hauteur au pied de laquelle roule un bras du Congo, bras auquel Banana doit sa crique et sa prospérité. Là s'est établie une colonie de Moussourongo adonnés à l'agriculture. Le sol est fertile, bien cultivé.

Caressés dès midi par la brise de mer, leurs villages sont agréables de fraîcheur. On s'y délecte à l'ombre d'une végétation superbe, car le site est couvert de bouquets de bois. On s'y repose surtout des sables et des marécages de Banana, qui n'a pour lui que la vue sur l'Océan.

Le chef de ces Moussourongo, nommé Nemlaô, est un vieillard pour le moins centenaire, très droit encore dans sa peau ridée et écailleuse. Son visage parcheminé est éclairés d'yeux moins grands que d'ordinaire chez le nègre, mais d'un éclat étonnant.

C'est un type intéressant.

Une particularité curieuse de leurs mœurs est qu'à l'instar des Chinois, ils renvoient leurs morts chez leurs compatriotes de la rive gauche ou des îles, pour y être enterrés sur le sol de leur patrie.

Ces Moussourongo cultivateurs et marchands, forment un contraste saisissant avec leurs frères qui pèchent pour vivre. Ceux-ci, vrais parias, végètent en des lieux inhabitables. Ils vivent comme des brutes à deux pas de Banana, en fuyant la civilisation. Au Congo, la civilisation marchera de pair avec l'agriculture.

(1) En effet, deux ans après que M. Avaert écrivait ceci, le lieutenant Taunt, de la marine américaine, réussissait à engager un certain nombre de ces Moussourongo pour la SatiJ'ord Explorina Expédition. Depuis lors quelques-uns servent à Banana. f jVofe de l'auteur.)

Le régime politique des Fiotes n'est pas compliqué. Les chefs sont indépendants, qu'ils commandent soit à un seul village, soit à plusieurs. Dans ce dernier cas, des sous-chefs administrent au nom du chef.

Le chef a le titre de M'Foumou.

Chaque sous-chef est Manilombe, ce qui pourrait se traduire par ministre, conseiller. Ils sont souvent lingster (1 ) du chef; ce sont eux qui traitent directement avec les factoreries. Ils veillent, notamment, à ce que 1' « assiette du roi» soit payée par les commerçants. C'est le tribut en nature prélevé sur les produits achetés aux caravanes. C'est une dîme, en un mot, une contribution payée aux chefs indigènes en échange du droit accordé aux blancs de trafiquer dans la contrée.

Le droit de résidence est consigné dans les mokanda, ou contrats passés entre les factoreries et les chefs propriétaires du sol.

A proprement parler, il n'y a jamais vente du terrain, mais location à perpétuité, car le titre de M'Foumou implique la propriété du sol. Pas de terres, pas de titre.

Dans les districts ou tribus, les M'Foumou se confédèrent, non en vue de la guerre qui peut se faire de village à village, mais pour régler les questions religieuses ou d'intérêt commun. Tout se traite en réunions plénières, appelées « palabres » , dans lesquelles on bat le fétiche.

On bat le fétiche, c'est-à-dire qu'on le consulte, à tous propos, que la patrie soit en danger ou qu'on veuille vendre une poule.

Chaque confédération a son roi, qui préside aux grandes solennités et qui semble être, avec le féticheur, le conservateur des traditions. Aussi, la personne royale est-elle entourée d'une vénération superstitieuse. Toutefois, sa puissance n'est que nominale sur les M'Foumou, qui le surveillent et s'entendent parfaitement pour le faire disparaître quand il est trop riche ou trop entreprenant.

Un roi ne peut sous aucun prétexte s'approcher des rives du Congo, dont la vue le ferait mourir sur-le-champ.

Toutes les palabres entre les blancs et les rois doivent donc se faire par intermédiaires. Ce système fait perdre beaucoup de temps; mais le temps n'a pas de valeur pour les indigènes, qui aiment à longuement réfléchir et à beaucoup tergiverser. Ce sont de bons politiques.

(1) Factotum-iulcrprète. (Note de l'auteur.)

ANNEXES 4yy

Il est entendu qu'un chef ne peut mourir que victime de maléfices. A sa mort, le ganga, ou féticheur, se charge de découvrir celui ou ceux qui ont jeté le mauvais sort.

Le village étant réuni,- un féticheur badigeonné, peinturé, des plumes sur la tête, une peau de singe autour des reins en guise de pagne, couvert d'amulettes, de sonnettes, d'un attirail sans nom, aux trois quarts ivre, invoque le fétiche. Il saute, gesticule, gambade, se contorsionne, vocifère et semble s'enivrer davantage aux battements de plus en plus précipités des tambours qui accompagnent le chant des spectateurs.

Le féticheur, écumant, n'ayant plus rien d'humain, s'arrête net et désigne dans la foule le ou les coupables : le fétiche a parlé.

Les malheureux sont saisis et conduits au milieu du cercle, oti le féticheur leur présente des calebasses contenant un liquide empoisonné. Ils vident sans hésitation la potion qui leur est présentée, car, forts de leur innocence, ils sont convaincus de la complète innocuité du poison.

Mais il est évident que le féticheur, qui a choisi ses victimes, a soigné la dose, et les fétiches qu'il a fait parler doivent être infaillibles.

Après quelques minutes, les effets stupéfiants du poison ingéré se manifestent.

On ordonne aux patients assis en ligne de se lever et d'atteindre un endroit quelconque, ce qui prouverait leur innocence. Ils se soulèvent, font quelques pas chancelants, s'affaissent, se relèvent, puis tombent lourdement comme assommés.

Alors se passe une scène horrible. La galerie, énervée par les chants et les danses, ivre de malafou se précipite sur les misérables et c'est à qui, à l'aide d'une machette mal aiguisée, frappera le plus fort pour arracher les têtes de leurs troncs.

Un homme influent ou riche n'a pas à craindre l'épreuve de la casque (1). S'il faut absolument qu'il la subisse, à cause de la rumeur publique qui l'accuse d'un méfait, le féticheur — qui a peut-être suscité l'accusation — le tirera d'affaire moyennant payement. Il n'administrera qu'un breuvage anodin et son client sortira vainqueur de l'épreuve. Quelque misérable payera pour lui et l'opinion publique sera satisfaite.

(1) Corruptioa du mot Kaska. Le n'kassa du haut-Congo. (Note de l'auteur.)

Indépendamment des fétiches de haute marque gardés par les ganga et que l'on ne sort (ju'aux grandes palabres, chaque case a ses dieux lares et chaque individu a ses fétiches personnels. Il y en a pour tous les goûts et pour toutes les circonstances de la vie. Les femmes ont même des fétiches pour avoir des garçons ou des filles à volonté.

Toutefois, le nègre est pratique. Si un fétiche ne le satisfait pas, il s'en défait ou le vend à un blanc collectionneur, puis il a bientôt fait de s'en choisir un autre.

Les fétiches affectent toutes les formes. Ce sont souvent des bonshommes en bois ou en ivoire ou de petits sachets portés au cou, à la ceinture ou en sautoir. Les petits sachets renferment des dents de vipère, des crins d'éléphant, un bout de corne d'antilope, une griffe de panthère ou quelque débris humain.

Mais les objets les plus hétéroclites, surtout s'ils proviennent du M'Poutou (1 ), peuvent faire des fétiches de choix; une vieille douille de cartouche, par exemple, ou un bout de papier portant de l'écriture, voire môme un morceau de vieux journal.

Ici, les noirs expliquent tout par les fétiches. Ainsi, un blanc tire une antilope à cent pas. Cela n'est pas étonnant pour le bon nègre, qui manquerait son coup à quinze pas : le fusil du blanc est fétiche. Même explication pour nos bateaux à vapeur, pour nos produits d'Europe, et pour tout ce qui ne leur tombe pas immédiatement sous le sens.

C'est pure insouciance de leur part, car ils ne manquent pas de compréhension et saisissent môme rapidement les explications qu'ils veulent bien se donner la peine d'écouter.

Des boijs ( 2 ) m'ont assuré que les Fiotes immolent parfois des esclaves ou des condamnés à leurs idoles. Je n'ai jamais pu vérifier le fait.

A proprement parler, les indigènes n'ont pas d'idoles; ils n'adorent pas leurs fétiches, mais les consultent personnellement ou par le ministère des ganga. Ils s'en servent le plus souvent comme talismans ou porte-bonheur.

Certains villages possèdent des fétiches réputés très puissants et

(1) De l'Europe. (Note de Hauteur.)

(2) Jeunes domestiques. (Idem.)

auprès desquels les natifs vont en pèlerinage. Inutile de te dire que les présents offerts par les naïfs fidèles constituent grasse prébende pour les ganga.

Le ganga a généralement fait un stage parmi les N'Kissi.

Les N'Kissi sont des fils d'hommes libres, de quinze à dix-huit ans, choisis parmi les plus intelligents et désignés solennellement dans une palabre.

Certains villages sacrés ont la spécialité de les héberger; ils habitent en dehors de l'agglomération une grande case commune dont l'entrée est interdite aux profanes sous peine de mort.

Ils se badigeonnent entièrement le corps en blanc et n'ont pour vêtement qu'une sorte de crinoline en herbe sèche, allant de la ceinture aux genoux.

La durée de l'épreuve est d'une année, durant laquelle les N'Kissi ne peuvent communiquer qu'entre eux et à l'aide d'un langage spécial connu des seuls initiés (1). L'usage de la viande est interdit et les ablutions sont proscrites. Les gens qui rencontrent un N'Kissi, les femmes surtout, doivent se détourner du chemin. Les N'Kissi, d'ailleurs, avertissent de leur présence en jetant de petits cris : « Brrr... brrr... ».

L'année écoulée, les néophytes retournent dans leurs villages et reprennent la vie profane.

Je n'ai jamais pu percer le secret de leurs pratiques. Le traître serait empalé et brûlé.

Te souvieus-tu de ce personnage sale, blanchi à la terre de pipe, rencontré par nous près de Ganghila, l'an dernier? C'était un N'Kissi du séminaire fiote de Ganghila.

Les lois, très compliquées, sont conservées par tradition ; il n'y a ni écriture, ni signes, ni hiéroglyphes d'aucune sorte.

Certaines de ces lois sont très judicieuses.

Ainsi, le fils du M'Foumou ne succède pas à son père; c'est le fils aîné de la sœur du chef, qui est l'héritier présomptif de l'oncle. Et ainsi, sans erreur, le sang royal se perpétue sur le trône.

Dans tout le bas-Congo, l'esclavage domestique existe. C'est plutôt une servitude, cependant.

Les hommes libres ne travaillent pas. Ils prennent autant de

(1) Peut-être sont-ce des adeptes du N'Dembo. (Note de l'auteur.)

o02 ANNEXES

femmes qu'ils en peuvent acheter; les esclaves reçoivent leurs compagnes des mains de leurs maîtres; ceux-ci en font une spéculation. Certains chefs, même aux environs de Vivi, font périr les femmes qui, au bout de deux années, n'ont pas donné d'enfants.

Aussitôt mariées, les femmes s'aplatissent les seins, de façon à les faire descendre très bas ; ce système facilite l'allaitement du bébé que la mère porte fixé sur le dos ou sur la hanche ; elle peut pourvoir à tous ses désirs sans interrompre ses occupations.

Les petits Fiotes sont presque blancs à leur naissance, mais ils ne tardent pas à noircir ou, plus exactement, à bronzer. Beaucoup prennent encore le sein à l'âge de trois ans. Ils sont l'objet d'une grande tendresse de la pai't de la mère. Le père ne s'en occupe pas.

L'adultère est puni de mort. Le complice devient l'esclave du mari, qui en dispose à sa guise. Cependant, l'adultère, de même que tous les autres délits, peut se liquider par l'amende.

Si l'adultère est sévèrement puni, c'est parce qu'il est considéré coimne un vol commis au préjudice de l'époux ; car tout peut s'acheter ou se louer, môme les droits du mari.

Les Fiotes ne se tatouent pas le visage ; à peine ont-ils sur le dos ou sur la poitrine quelques protubérances représentant des traits et des points plus ou moins régulièrement espacés.

Les femmes sont toutes marquées sur le torse, à la manière des hommes, mais beaucoup montrent des dessins en formes de rectangles et de losanges. Je les crois d'origine étrangère.

J'ai vu, à Isangila, des gens marqués de trois raies, sur chaque joue. Ce sont évidemment des esclaves batéké amenés du nord-est.

Il me reste à te reparler d'une observation topographique que nous avions faite ensemble lorsque nous traversâmes la premièi'e fois la région des chutes; je veux parler de la chaîne de hauteurs qui, en certains endroits, borne l'horizon au nord, sur la rive droite du Congo.

A deux journées au nord-ouest d'Isangila, j'ai aperçu une crête courant, à perte de vue, de l'ouest à l'est. Ce doit être la même que celle qui se voit plusieurs fois pendant le trajet de Vivi à Isangila et qui disparaît aux regards à partir de la vallée de la Boundi. Celte crête s'aperçoit encore des hauteurs au nord de N'Dambi-M'Bongo. Je la considère comme la ligne de faîte séparant les bassins du Chiloango et du Quillou-Niadi d'avec celui du bas-Congo.

Cette chaîne est la seule suite de hauteurs régulières. Hors cela, l'œil ne découvre que cônes et ravins ou hauteurs se coupant en tous sens.

Un chaos que cette région des chutes ; mais cette nature sauvage a bien son charme, tant elle est capricieusement tourmentée.

Et maintenant, mon cher Coquilhat, je t'ai dit en courant tout ce que j'ai cru être intéressant pour toi en ce qui concerne le bas-Congo. Tu pourras faire une étude comparée, comme tu dis.

Écris-moi encore en Europe tout comme tu le faisais ici. Je te rendrai la pareille.

Au revoir et à bientôt peut-être, si je me rétablis. Que la santé te soit conservée, et le succès couronnera tes efforts.

oOo

Annexe n° 3.

Tableau de la population du pays Ba-Ngala et des environs.

En aval de la station :

Sur la rive droite à Bongata

âmes

Mokomila

lo,000

Lobengo

Monsembé

Sur la rive gauche à Loulanga

Bolombo

Mobounga } et Dondo )

Confédération sous

Mata-Buiké

Au nord et à l'ouest j Mokolo

de cette ,' Bonkoula

confédération. / Ibinza

En amont de la station :

Rive droite : M'Binga

Moutembo

Bossoyapos

Lousengo

Mobéka

Ikounoungou

Rive gauche : Boukoumbi

Oukatouraka

Tnt.,1 .

8,000 A ^7 ana

(Probablement - plus nombreux;

Il est bien entendu que ce relevé n'est que le résultat d'une estimation à la shuple vue.

Annexe n" 4.

Type de traité fait dans le haut-Congo avec les chefs indigènes.

ce Le 14 octobre 1884, nous soussignés, chefs du district de Djaliembi, agissant au nom des chefs et des peuplades de ce district, en considération des bienfaits, des avantages et des marchandises reçus du lieutenant A. -M. Wester, avons résolu que :

)) Nous conserverons pour toujours le territoire ou district de Djaliembi libre et indépendant de toute puissance d'une nationalité étrangère, soit européenne, soit africaine, et nous empêcherons tout étranger de quelque nationalité ou couleur qu'il soit de s'établir, d'occuper, de semer, ou de planter, de couper du bois, de faire des routes ou d'améliorer du terrain sur n'importe quelle partie du territoire ou du district ci-dessus mentionné, à moins toutefois que la dite puissance ou nationalité ou le dit étranger ne nous soit régulièrement recommandé par le représentant du Comité d'études du haut-Congo résidant à la station des Stanley-Falls. Nous avons également pris la résolution de nous placer nous-mêmes sous la protection et le patronage du Comité d'études du haut-Congo et nous autorisons le représentant du Comité à la station des Stanley- Falls à résoudre toutes les questions, les disputes ou les litiges qui peuvent survenir entre nous et tout étranger de quelque district ou territoire que ce soit, afin que des étrangers arrivant ici et ignorant nos coutumes ne puissent pas nous entraîner dans des inquiétudes et des embarras et mettre en danger les biens et l'indépendance dont nous jouissons actuellement.

« Par la présente, nous prenons également la résolution d'accepter le drapeau du Comité d'études du haut-Congo conmie preuve adressée à tous que nous sonmies sous son patronage et sous sa protection.

« Nous déclarons aussi par la présente que ce contrat est le seul

que nous ayons fait ou que nous ferons avec un Européen ou un Africain quelconque, sans la pleine et entière -approbation et le consentement du représentant du Comité d'études du haut-Congo.

» Nous déclarons, en outre, que nous n'avons fait avec qui que ce soit aucun contrat verbal qui nous enlèverait le droit de prendre les susdites résolutions en faveur du Comité d'études du haut-Congo.

« Aux susdites résolutions, nous apposons volontairement et librement nos marques :

)> -I- Baita. (Sa marque.)

)) -}- Batiambali. »

» + N'Gira. «

» + Loufafou. «

» Témoins : A. -M. Wester.

» Mohamed-i-ben-Ali. «

Annexe n" 5.

Vivi. LoNver Congo, 4G avril 188r>.

Cher Monsieur,

J'aurais répondu à la vôtre du 21 janviei' plus tôt si elle ne s était pas malheureusement égarée

J'ai foit une commande de cartouches (1).

Je regrette de vous dire que les vols de marchandises en route ont été très communs dernièrement. A Manyanga, on m'assure qu'une caisse portant votre nom avait été ouverte et j'ai trouvé que plusieurs articles y manquaient. Cela est arrivé bientôt après mon arrivée et depuis j'ai foit de mon mieux pour mettre fin à ces procédés. Je crois que cette caisse a été enfoncée à N'Congolo par un blanc qui n'est plus dans l'expédition.

J'espère que lorsque le transport du Stauleij sera achevé, l'approvisionnement des stations sur le haut-Congo sera foit plus focilement qu'à présent et par conséquent avec plus de régularité...

DE WiXTON, Col.

Administrateur général.

Monsieur le lieutenant Coquilhat, Bangala.

(Note de V auteur. — En effet, depuis lors, l'ensemble du ravitaillement des stations du haut-fleuve s'est considérablement amélioré. Aujourd'hui, elles ont véritablement l'abondance, à côté de la misère du début. De plus, l'administration est devenue régulière et les perles de colis et les vols sont exceptionnels.)

(1) Réponse à mes plaintes de janvier de la mèiiic année sur le mauvais élat des munitions.

Annexe n" 6.

(Via- Lisbonne ) Bruxelles, rue Bréderode, 7

ASSOCIATION INTERNATIONALE le 30 mai 488o.

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