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Sur le parcours du chemin de fer du Lac St.-Jean [microforme]

Si c'est un effort trop grand pour la faiblesse ou pour la sagesse humaine que de se connaître soi-même, il n’en est plus ainsi lorsqu'il s'agit de se faire connaître des autres. Or, nous avons le double désavantage de nous connaître fort peu nous-mêmes ct d’être encore moins connus des autres peuples ; c’est à peine. si, depuis quelques années seulement, on fait du Canada français de temps à autre quelque mention passagère, quand des circonstances exceptionnelles attirent forcément le regard et l’attention de l'étranger. Quant à nous, nous négligeons notre propre pays d'une façon absolument déplorable; l'étude géographique surtout en est à peu près nulle, et, cependant, cette étude, à notre époque d'expansion rapide et de relations multipliées, est indispensable même au plus humble des lecteurs. Hélas ! messieurs, co qui est pis eucore, c'est qu'il y a parmi nous des écrivains canadiens de talent qui dédaignent de s'occuper du seul pays auquel ils tiennent par tous les liens de la naissance, de l'éducation, des affections premières, de la raison, du sentiment et de l'intérêt. Ces écrivains, quand ils s'adressent à notre public, ne l’entretiennent que de sujets qui lui sont relativement fort in-

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différents, ou qui ont été traités mille fois avant eux par des auteurs, j'oserai dire d’une compétence presque égale à la leur, et pourtant, comme le dit Onésyme Reclus, dans son admirable tableau de l'univers qui a pour titre LA TERRE A VOL D'OISEAU, ‘ le Canada est un des beaux pays du monde ”; et moi, messieurs, moi qui ai beaucoup voyagé, qui ai promené mon incurable bohême sous bien des climats divers, je dirai plus, je dirai qu’il n’y a pas de pays plus beau que le Canada durant les mois d'été, Il y en a de plus connus, de plus vantés, et en bon nombre même ; l'Italie, la Suisse, le midi de la France, Les rudes mais incomparables paysages de l’'Ecosse, la patrie ensoleillée du Cid, les rivages classiques et les vallées et les monts, habités par les dieux, du pays des Hellènes, ont tour à tour inspiré les peintres et les poëtes. Que de fois le Danube, le Bosphore et le Rhin n'ont-ils pas mêlé des chants harmonieux à la cadence de leurs ondes! Le Mississippi et plus tard l’'Hudson lui-même sont entrés à leur tour dans ce concert de l'imagination enchantée, mais où est le poëte du St-Laurent ? Qui donc chantera jamais en strophes dignes de lui ce roi des fleuves qui semble comme un bras d’oeéan soulevé, puis retombé de tout son poids sur la terre qu’il a entr'ouverte ; qui a gardé de ‘a mer la majesté terrible ou souriante, tumultueuse ou assoupie, qui a pour bordure une chaîne de montagnes ondulant comme ses. flots, les colorant des reflets de leurs longues pentes, azurées, et pour lit de repos une. vallée de cinq cents lieues où la nature a entassé ses plus précieux dons, multiplié ces plus saisissants aspects. vide

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Mais, messieurs, ce n’est pas le fleuve que nous avons à suivre ce soir ‘en chantant; nous avons à percer l’épais et profond rempatt de montagnes qui s’échelonnent sur sa rive nord les unes derrière les autres, comme un plissement répété de paupières de granit ; toutefois, avant d'aborder le sujet qui nous réunit, avant de creuser l'avenir pour voir ce qu'il réserve aux colons futurs, jetons un coup d'œil rapide sur ce que nous sommes aujourd’hui, nous verrons mieux par là ce que nous serons plus tard, et, bien renseignés sur nous-mêmes, nous pourrons gisément renseigner l'étranger. |

Il y a aujourd’hui environ 1,800,000 franco-canadiens dans la province de Québec; il y en a aux Etats-Unis près de cinq cent mille, les uns disent beaucoup plus, mais je crois que le patriotisme leur enfle l'imagination. Ce qui est certain, dans tous les cas, c’est que les seuls Etats de New-York, du Connecticut, du Massachusseis, du Rhode Isiand, du Maine, du New-Hampshire et du Vermont, d’après un relévé fait l’année dernière même, contiennent 338,000 canadiens-français, avec 130 prêtres canadiens, et trente couvents dirigés par des communautés canadiennes. Jusqu'à présent, la plupart des paroisses catholiques des Etats-Unis, où les Canadiens sont nombreux, ont dû être desservies par des prêtres de nationalité différente de la leur; mais le nombre des prêtres canadiens augmente de jour en jour et le temps est proche où l’on verra des éyêques canadiens même à la tête des diocèses. Ilyg tel diocèse des Etats-Unis, comme celui de Buxlington, Etat du Vermont, qui renferme

jusqu'à 57,000 canadiens, c'està-dire presque autant que le Canada tout entier en comptaità l’époque de la conquête, Dans Ontario, l’on compte aujourd’hui environ 120,006 canadiens-français ; des comtés, comme ceux de Prescott et d'Esex, situés l’un à l'extrémité ouest, l’autre à l'extrémité est de la province, en possèdent, à eux seuls, chacun une quinzaine de mille. Et dire que c’est ce dernier chiffre qui exprimait ce que la province d’Ontario tout entière renfermait de francocanadiens, il n’y a pas plus de trente ans |

Si nous passons aux Provinces Maritimes, nous y trouvons 110,00 habitants de langue française. Dans le Manitoba et le Nord-Ouest, il y en a environ 15,000, Voilà bien deux millions d'êtres appartenant à la même famille, à la même nationalité, répandus sur la surface du continent américain, non pas diss‘minés, mais groupés, formant un élément distinct, lib'e dans son action, libre dans son expansion. Or, deux millions d'hommes unis par la parenté de la langue et du sang, par une origine et par des aspirations communes, et par le même instinct d’un aveuir longtemps pressenti qui, aujourd’hui, se dessine de plus en plus nettement, c’est là une force prodigieuse, une force unique sur ce continent où toutes les nationalités, excepté la nôtre, se fractionnent, s'altèrent ou s’effcent plus ou moins dans l’ensemble général ; et cette force devient insurmontable, lorsqu'elle est cimentée par un sentiment surhumain, par un sentiment relissicux assez intense pour-.rendre notre nationalité capable de résister à tous les courants qui l’entraîneraient en dehors de s1 voie providentielle,

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