‹ Sur le peuplement entomologique de l'Asie CentraleChapitre 36 sur 74 · SCHÉMA DES PEUPLEMENTS DE L'ASIE CENTRALE · texte numérisé non relu

SCHÉMA DES PEUPLEMENTS DE L'ASIE CENTRALE

Le Schéma des peuplements de l'Asie Centrale pourrait ainsi se concevoir en trois temps principaux :

Le temps : le bloc continental du continent boréal (bloc de l’Angara) est séparé du bloc austral (Gondwanien) par le large fossé mésogéen du géosynclinal Himalayano-alpin et les faunes boréales et australes évoluent séparément pour leur propre compte.

II temps : aussi bien dans l'hypothèse de Wegener, que dans celle de Haug, ou celles du serrage d'Argan, ces deux masses continentales, dérivant l’une vers l’autre, arrivent à venir au contact. Ce contact a dû se produire notamment dans la région de l'Iran où le bloc austral aurait pris contact par l'Arabie avec les régions iraniennes. D'autre part, le serrage s’accentuant, cet isthme se serait trouvé élargi par la surrexion des grandes masses montagneuses : Caucase, Tian Chan, Pamir, Faisceau Himalayano-Thibétain, émergeant d’abord comme des îles, puis peu à peu surgissant en masses de plus en plus importantes et dont le peuplement aurait commencé dès leur émersion tant par la voie angariene que par la voie australe. Une grande partie de la faune autochtone du Thibet verrait son origine remonter à ce deuxième temps du peuplement.

IF temps : le serrage s’accentuant gagnerait progressivement vers l'ouest, englobant la région méditerranéenne (paroxysme alpin), le bloc africain venant au contact de l'Europe (Wegener) et la chevauchant en partie (Argan, hypothèse de formation des nappes alpines). La Méditerranée serait, en tant que mer, extrêmement réduite, et chassée vers le nord au front septentrional des nappes alpines, et les régions de la Méditerranée actuelle (blocs Thyrrénien et Égéen), mises en continuité avec les régions mésogéennes de l'Asie, se verraient envahies par une faune abondante provenant de l'Asie Centrale et qui reste la faune des groupes

communs à ces deux régions (Blaptinae, Pimeliinae, Akidinae, Tentyriinae.

À partir de cette période s’amorceraient les derniers grands mouvements post-alpins qui conduisent aux données actuelles de la géographie et de la biogéographie de notre époque.

Distension pontienne : Après le dernier paroxysme alpin, le bloc africain s’écarte des régions européennes. C’est l’époque de la dissociation des ensembles Thyrrénien et Égéen, et aboutissant à l'isolement des îles Canaries, de la Corse, de la Sardaigne, des îles Baléares d'une part, de la Crète, de Chypre et des îles de la mer Égée de l’autre. La mer Méditerranée prend ses contours actuels, gardant sur ses rivages et sur ses îles les faunes provenant du peuplement de la période précédente, faune que l'évolution et la différenciation des aptères (isolement insulaire, séparation des faunes continentales) va tendre à différencier en races et en espèces locales. Nous entrons dans les dernières époques du peuplement de l'Eurasie, celles où les grandes variations de distribution des terres et des mers ont cessé pour ne laisser, comme éléments d'évolution, que les variations climatiques.

| Ces variations climatiques principales seront les suivantes :

; Une phase préglaciaire, caractérisée par l’existence d’un climat tem- ; péré humide sur l’Asie Centrale : grande étendue au pleistocène de la 1 mer Aralo-Caspienne, grands nors pleistocènes en Mongolie, phase de $ continuité dans les peuplements eurosibériens, une large zone de steppes É humides mettant en contact les chaînes du Thibet arrasées en plateau | par l'érosion intense, et les steppes de la Sibérie méridionale, de la Mongolie et de la région Caspienne, peuplements envahissant largement par | le Nord la continuité de la plaine de l'Europe Centrale : France, Alle- | magne, Russie moyenne et méridionale, phase du type boréo-alpin | dont parle Semenow au sujet du peuplement du Thibet (article paru au

Bulletin de la Société entomologique de France).

A cette phase de continuité boréo-alpine fait suite une nouvelle phase de dissociation à l’époque glaciaire, détruisant la faune des régions envahies par les glaces, la chassant vers le Sud, ou la contraignant à s’isoler dans les massifs refuges (Massifs refuges de Holdaus, peuplement des hautes montagnes et étude des faunes cavernicoles par le Professeur René Jeannel), à laquelle succède une phase de continuité boréale froide dans la période immédiatement post-glaciaire caractérisée par une reprise des extensions des faunes boréo-alpines sur l’Europe, et par une nouvelle

hase d'extension de la faune eurosibérienne sur les massifs centraux

de l'Asie (Altaï, Tian Chan, Thibet).

C'est l’époque marquée par la continuité des peuplements des hautes chaînes de l'Asie Centrale, et. par là dernière invasion des espèces eurosibériennes froides dans les Monts Célestes, nous conduisant enfin à. la période actuelle qui est celle de l’évolution des grandes zones chimatiques contemporaines qui expliquent l'état présent des distributions caractérisées essentiellement :

a) par la continuité climatique eurosibérienne qui se manifeste par le grand nombre de formes spécifiques communes à l'ensemble des régions tempérées froides de l’ancien continent de l'Atlantique au Pacifique ;

b) par la dissociation désertique des peuplements du bassin du Tarim, de la Mongolie et de la région Aralo-caspienne : déserts et steppes du Turkestan ;

c) par la constitution d’une continuité xérothermique sur la province méditerranéenne de i’Ancien Monde {sous-région méditerranéenne de Wallace) ettendance à une unité mésogéenne de peuplements des régions à climat xérothermique des côtes de la mer Méditerranée ou des régions désertiques occupant le bassin des anciens lacs d'Asie Centrale, disparus (lacs fossiles de Mongolie), réduits (Aral et mer Caspienne) ou en voie de disparition (Lob Nor), prolongeant en Asie Centrale par une Méditerranée terrestre les facies xérothermiques des côtes de la Méditerranée maritime.

C'est l'époque de la différenciation actuelle en provinces séparées des grands peuplements continus de l'Asie Centrale, achevant l'isolement des bassins fermés {Province du Tarim) ou entamant la dissociation des aires continues : Steppe Mongole, plaine du Turkestan Russe de plus en plus envahies parles éléments méditerranéens venus d'Occident Jusqu'en Dzoungarie, ou d'Orient, influence chinoise au Kan-su et sur les contreforts orientaux du Thibet.

C'est enfin la phase de la constitution des frontières climatiques actuelles opposant d’un versant à l'autre des chaînes de montagne les faunes d'affinités tempérées (Chine du Nord), avec les faunes d’origine tropicale (Chine du Sud) sur les versants septentrionaux ou méridionaux

des Tsin Ling (R. P. Licent et Teilhard du Chardin).

Phase également temporaire, caractérisée par d’abondantes remontées des faunes méridionales vers le Nord (extension de la faune méditerranéenne en France, extension de la faune indo-malaise en Chine du Sud), nous permettant d'envisager un nouveau stade dans l'étude des variations faunistiques sous l'influence des climats et un progrès prochain -dans la recherche des grands balancements de la faune par un progrès de nos connaissances des oscillations climatiques aboutissant peut-être à envisager certaines périodicités.

TNT

La.

Il n’en reste pas moins que l'étude actuelle des peuplements de l'Asie, telle qu’elle peut être esquissée dans ses grandes lignes, nous conduit surtout à la notion majeure de la prééminence de l'événement géologique, suivi pas à pas par les extensions des peuplements animaux et végétaux et nous amène à considérer de plus en plus qu'à côté du fossile, l'animal vivant, la plante, l'insecte sont des arguments, et parmiles moins négligeables et les plus souples de l'analyse de détail pour venir à l'appui des synthèses géologiques d'ensemble qui pourront en profiter de plus en plus dans la mesure même où se précisera l’étude des lignées.

Mais si la biogéographie actuelle vient à l’appui des synthèses géologiques, c’est toutefois la géologie qui reste le guide et l'argument suprême, le fil directeur de l'étude des peuplements et la clef des disciplines annexes. La plante et l'animal ont occupé le terrain, le marquant et le datant de leur présence actuelle ou de leurs vestiges, et l'histoire des êtres vivants calque l'histoire de la Terre.

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