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OBSERVATIONS FAITES DANS D’AUTRES PATS

Je viens d’exposer rapidement les résultats donnés par l'électricité de l'air à l’état statique et à l'élut dynamique. J’étais désireux de pouvoir comparer ces nombres à ceux obtenus dans d’autres pays ; malheureusement ce genre de recherches, comme nous l’avons vu, est encore peu répandu, et des causes, qui n’ont pas été suffisamment étudiées, tendent jusqu’à présent à donner des résultats trés-differents, même chez des observateurs habiles.

Des recherches avaient été faites anciennement par De Saussure, Voila , Sehüblcr, etc., mais quoique dirigées avec prudence et talent, elles ne présentent pas de résultats assez suivis pour être comparés à ceux obtenus dans ces derniers temps. M. Kæmtz qui les a mentionnées dans sa Météorologie (*), a été dans le cas de faire lui-méme des observations électriques très-intéressantes sur les sommets des Alpes: mais ses différents travaux, faits dans des positions exceptionnelles, deviennent par là même moins comparables à ceux faits dans des pays de plaines.

Des études intéressantes à cet égard sont dues à M. Lamont , directeur de l'Observatoire

O Pages 338 et suivantes, traduction de M. Martin*, édition de 4843.

de Munich ; les résultats de ce savant montrent, comme les miens, que l'électricité à l’heure de midi est moindre en été qu’en hiver; mais lu différence qu'il trouve est beaucoup plus faible. La série des recherches faites à Kew, en Angleterre, par M. Ronalds, s’accorde mieux avec les nombres que j'ai trouves. Je connais malheureusement peu le détail de ces observations; elles ont été faites pendant les années 1845 à 1847 : celles de Munich sont de 1850 et de 1851. Je les donne ci-après. Elles ont été rendues comparables dans trois colonnes spéciales, en prenant pour unité la valeur moyenne d’un mois de l'année (').

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II résulte de ces nombres que les tensions électriques, pendant les mois extrêmes de l’hiver et de l'été, sont comme 9 à 1 pour Bruxelles , comme 6 à 1 pour Kew, et comme 2 à 1 seulement pour Munich. Des différences aussi grandes, si elles existent réellement, intéressent la science au plus haut point; qu’elles tiennent à l'imperfection des instruments ou à celle des méthodes, elles n‘cn méritent pas moins une grande attention.

Dans tous les eas, les observations de Kew cl de Munich, comme celles de Bruxelles, font voir que l'électricité statique de l'air est plus forte en hiver qu'en été; c'est aussi le résultat que donnent les observations faites à Garni par M. le professeur Duprez. Des

(*) Sur l'Électricité de l'air , rtc., lettre de M. Quctelet à M. Lamont, page 490 de la 2* partie du tome XIX des Bulletins de l'Académie royale de Belgique , 1899.

observations sur le même sujet ont commencé à être faites en Prusse, en Hollande, aui États-Unis et dans d'autres pays; mais je ne saurais trop recommander de n’observer les instruments que dans des points qui ne sont dominés par aucun autre, et avec des instruments parfaitement mobiles et dégagés de toute humidité.

Après différents essais, j’avais cru nécessaire de comparer les valeurs de Bruxelles à celles obtenues dans les villes avoisinantes, avec des instruments et des méthodes d’observation absolument les mêmes. Mais je me suis aperçu bientôt qu’il ne suffit pas même de la similitude des instruments ni du savoir et de l’exactitude des observateurs pour obtenir des résultats exactement comparables : il faut encore des stations bien découvertes et qui ne soient influencées par aucun obstacle voisin. Je connaissais ccs conditions; mais je ne les croyais pas aussi fortement prononcées dans les résultats. M. Pellicr qui m'avait aidé à organiser ce genre d'observations, m'assurai! que, dans Paris, il lui avait été impossible de songer à l'observation de l’électricité de l'air, à cause des obstacles de toute espèce que lui opposaient les toits et les cheminées des bâtiments voisins. Ses craintes, je l'avoue, me semblaient exagérées; je me suis assuré depuis que la condition d’observer dans un lieu qui domine tous les autres, du moins dans des distances rapprochées, forme une dis conditions essentielles. Plusieurs éleclroinètres furent distribués en Belgique; je n'ai pu obtenirdes valeurs régulières que de la seule ville de Gand. M. Duprez. avec une obligeance extrême, a bien voulu se livrer à des observations pénibles. Depuis le commencement de 1 835 , il n étudié l'électricité avec un soin dont on ne saurait trop Ipi tenir compte. Voici comment il s’exprime au sujet de sa manière d’observer. « L’électricité atmosphérique a été observée au moyen de l'éleetromètre de Pellicr. Dans les observations, cet instrument est placé sur une tablette qui est fixée à f",3 au-dessus de la base d’une ouverture rectangulaire, pratiquée dans un toit dont la pente est telle, que la hauteur du sommet au-dessus de la ligne horizontale menée par la base de l'ouverture est, à 6 mètres de distance de celte base, égale â 5 mètres; ce même toit est surmonté d'une cheminée d'environ 1 mètre de hauteur. Aucun autre objet environnant ne domine la tablette, et celle-ci est élevée de 10'". fi au-dessus du niveau du sol. 11 résulte de cette disposition que l’électricité atmosphérique n'agit point librement SUT l'éleetromètre et que, par conséquent, les nombres obtenus sont trop petits : aussi ne faut-il considérer que les valeurs relatives de ces derniers. » Du reste le mode de calcul, adopté par 11. Duprez, est exactement le même que pour Bruxelles. « Les nombres qui se rapportent aux observations d'électricité atmosphérique négative n'ont point été comptés dans le calcul des moyennes du tableau, et lorsque les indications de l'éleetromètre dépassaient 7 2 degrés d'électricité positive, on n’a fait entrer dans le calcul des moyennes des nombres proportionnels que le nombre 2000, qui correspond à environ 72 degrés de l'instrument. >■ La

manière d’observer et les moyens d'appréciation sont donc les mêmes qu’à Bruxelles. Cela posé, voici quels ont été les résultats obtenus pendant quatre années.

Electricité de l'air à Gand, de 4855 à 1858, d'après les observations faites à midi.

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On peut voir combien ces résultats diffèrent individuellement de ceux de Bruxelles que nous avons donnés plus haut. Mais, si les valeurs individuelles sont dissemblables, la prépondérance de l'hiver sur l’été, pour la quantité d'électricité plus ou moins grande qu’on recueille, est la même. Ainsi, je trouve que, pour Bruxelles et pour les mêmes années, les nombres des degrés observés en janvier et en juin sont i ü cl 44 , tandis que ces nombres pour Gand sont 83 et 8 seulement, c’est-à-dire environ cinq fois moindres; et il en est à peu prés de même pour tous les nombres correspondants des divers mois de l’année.

Il est remarquable, d’une autre part, que lis mêmes rapports s’observent dis deux côtés: ainsi , à Bruxelles, le maxim uni est au Minimum à peu près comme 10 est à I: et

l'on obtient la même valeur à Garni. Cependant les appareils sont exactement les mêmes, sont directement coin pu rallies : seulement la charge entière de. l’électricité ne peut être recueillie à Gand , à cause des obstacles environnants.

Je pense , du reste, qu’il conviendrait d’avoir bien examiné les appareils et l'emplacement des instruments de Munich et de Kew, avant de rien conclure sur les résultats des observations. La prépondérance des nombres de l'hiver sur ceux de l’été s'observe aussi dis deux côtés, mais avec moins d'énergie.

Les mêmes observations qui tendent a donner la quantité d'électricité dans les différents pays, se font en général avec des instruments et des méthodes tout à fait différentes; elles n’ont aucune relation entre elles ; il semble en quelque sorte qu'on évite de se communiquer la manière d’observer, tandis qu'il faudrait s'entendre et s'attacher, avant tout, à observer d’une manière, absolument identique. Nous sommes persuadé que l'électricité de l'air est un des éléments les plus importants et qui mérite le plus l'attention des observateurs des différents pays; mais en même temps c’est un des cléments de l'atmosphère les plus difficiles à observer, si l’on veut parvenir à des résultats comparables. On sera sans doute étonné, dans quelques années, du vide qui existe encore dans la météorologie et de la discordance qui se trouve entre les observateurs les plus exercés.

Je ne parlerai point ici des comparaisons faites avec les valeurs obtenues sur le sommet du Vésuve. J'ai eu occasion d’en parler déjà dans l’ouvrage sur le Climat de la Belgique et spécialement dans le chapitre qui concerne l'hygrométrie ('). Il serait difficile d'assimiler nos climats aux terrains volcaniques de l'Italie, surtout pour tout ce qui concerne les phénomènes électriques de la terre et de l'atmosphère. Je ne puis que m'en rapporter aux appréciations déjà exprimées antérieurement; les phénomènes exceptionnels qu'on observe sur les volcans en action, sont d'une nature toute spéciale, et méritent la plus active attention du physicien, sans qu’on puisse les assimiler à ceux qu'on observe dans nos climats.

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