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Sur le processus de croissance des membres en voie de régénération chez les crustacés décapodes

Son LE PROCESSUS PE CROISSA \ce des membres EX VOIE DE RÉc,E\ERATIO\ chez les Crustacés décapodes ,

PAR M. E DMOND BoRDAdK.

Dans (pielques coiiununicalions faites à 1 Vcadémie «les Sciences, j ai élahli tpie, chez les Insectes, les appendices — ou parties <1 appendices — en voie de régénération se développaient à l'intérieur d'une poche protectrice formée par une dilatation presque imperceptible de la production cicatricielle d'aspect tégnnienlaire qui couvre la surface libre du moignon et oblige la partie en \oie de croissance à s'enrouler sur elle-même: ce qui se produit aussi chez les Vranéides et d'antres Arthropodes.

Désirant étendre aux quatre classes qui constituent le groupe des Arthropodes mes recherches sur la régénération des appendices, après autotomie et après des sections artificielles, j'ai abordé ensuite l'élude du groupe des Crustacés Décapodes. Le Muséum de I île de la Réunion étant trop éloigne de ta mer pour posséder «les aquariums on I ou puisse elever des animaux marins, j'ai dû songera tourner celle dilïicullé :j) suis parvenu facilement , car les Mascareignes possèdent des Brachyures terrestres et des Macroures d'eau douce.

Eu fait de Crabes terrestres, je pus me procurer des Cardisoma ntrnifeæ, des Ocypodu cordmunm et des (J. cerntophtulum, que j élevai aisément dans des cages, en leur donnant pour nourriture du riz et du manioc cuits, du pain et des bananes. Il m'a ainsi été permis de constater l'exactitude du travail de 11 . Goodsir. en ce qui concerne la présence d’une poche protectrice chez les Brach\lires, poche qui existe également chez le Bernard I Ermite et peut-être chez tous les Anomoures. Mais j'ai vérifié que Goodsir fait erreur lorsqu’il dit que. chez les Crustacés Décapodes Macroures, la poche protectrice semble bien exister également, bien que, chez ces Arthropodes, tels (pie le Homard, par exemple, les membres en voie de régénération croissent en ligue droite (,) . .fai pu m’assurer que. chez des Macroures obser-

(0 Harki Goodsir , Anatomicul and pathological Ohservnhons , Edimbourg, i8A5, P- 78.

\ és à la Réunion (Palæmon ornât us 9 vulgairement Camaron et P. hirthnanus ). qui vivent dans les eaux douces, la production cicatricielle d’apparence tégunieutaire ne formait jamais une poche protectrice, mais qu'elle était perforée dès le début du développement du membre en voie de régénération. Des recherches bibliographiques, qu'il m’avait été impossible de faire plus tôt, m'indiquent d’ailleurs, très nettement, que celte poche protectrice n’existe pas non plus chez le Parastacus Ht/ssleri, d’après Lônnberg^b Les dessins de cet auteur montrent le jeune membre libre, rectiligne et turgescent (voir notamment le dernier des six croquis composant la figure 3 , p. 35 s), et cela dès le début de sa formation. De meme. Derrick. dans sa belle monographie du Homard américain, après avoir parlé du mode de croissance en spirale des antennes en voie de régénération, ne parle pas du tout de la poche que Ooodsir avait cru voir sur les jeunes membres rectilignes en voie de régénération, ce qu’il aurait fait si cette poche avait réellement existé.

Sur les Crabes terrestres dont les noms sont cités plus haut, j’ai pu, comme je l’ai dit. vérifier l’exactitude (b 1 la description du processus de reproduction du membre après autotomie, donnée par 11. Coodsir. J’ai, de pins, constaté que la production cicatricielle l'estait intimement reliée à des conciles cuticulaires de la partie de l’enveloppe tégumenlaire qui sera exuviée lors de la plus prochaine mue. Sans pouvoir encore me prononcer sur son origine et sur sa nature exacte, je puis cependant dire qu’elle n'est nullement chitinisée, et que, par son aspect, elle se rapproche beaucoup des membranes interarticulaires, bien qu'elle paraisse douée d'une élasticité bien plus grande, et telle, que la coiffe ou poche protectrice à peu près cylindrique qu’elle forme peut atteindre une hauteur triple de son diamètre, qui est à peu près le diamètre de la section laissée par la mutilation. Cette élasticité est donc beaucoup plus marquée que celle que j’avais déjà observée pour les Insectes.

Chez les Ocypodes, la partie supérieure de la poche se couvre de petites taches pigmentaires, disposées avec assez de régularité, de couleur violacée, et semblables à celles qui ornent la partie inférieure des membres normaux.

L'enroulement — ou plutôt le reploiement —- du membre en voie de formation se fait avec articulation seulement, ce qui indique déjà une certaine turgescence de ce membre. 11 a lieu dans un plan vertical, tandis que, chez les Insectes et les Aranéides, il a a réellement enroulement en spirale dans un seul plan horizontal ou dans une succession de plans horizontaux. Lorsque la membrane protectrice est arrivée à son plus grand point d'extension, elle perd sa teinte grisâtre primitive et devient quelque peu transpa-

W Lônxberg, Some biological and analomical tacts concerning Parastacus ( Zoologischer Anzeiger, vol. XXI, juin 1898, p. 352 ).

rente, ce qui permet do distinguer un peu los détails du jeune membre. Elle adhère tellement à la surface de ce dernier, qu'il faut une réelle attention pour constater qu'elle existe réellement. Un obsenateur non prévenu de sa présence se demanderait d'abord par quel phénomène le membre reste ainsi replié, lorsque rien ne semble l'y contraindre. La production d'aspect légumenlaire en question ne correspond donc pas tout à fait à la description donnée par H. Goodsir. qui semble la comparer à une sorte de cicatrice grossière (pie Ton croirait due à la coagulation du sang. Elle est incomparablement plus élastique, plus transparente et de texture plus perfectionnée que celle que j'ai constatée chez les Insectes.

Les Crabes (pie j'ai pu me procurer étaient jeunes et subissaient des mues très rapprochées. Dans ces conditions, la poche protectrice n'était pas déchirée dans l'intervalle de deux mues consécutives. Elle n'était enlevée définiti\Piiient qu'au moment de l'une des mues. a\ec la \ieille enveloppe chitineuse du corps à laquelle elle est intimement reliée et dont elle semble être la continuation au-dessus de l’ancienne plaie. Mais il semble probable que. si le Crustacé était déjà âgé et si ses mues étaient espacées à des intervalles d'une année, comme cela se voit, le membre devrait être capable de se délivrer lui-même lorsque ses téguments sont suffisamment durs et «pie la poche protectrice distendue a atteint la limite de sa résistance et de son élasticité. Le cas se produit peut-être aussi chez Periplnneta orinUahs, s'il est vrai que certaines mues de cet Insecte sont espacées à des intervalles d'une année.

Chez les Crustacés .Macroures (Palénion). sur lesquels j'ai étudié la régénération des membres après autotomie et après sections artificielles en différentes régions, la production cicatricielle, d'une minceur de pellicule, est loin de posséder l'élasticité que nous venons de constater pour cette production chez les Braehvures. \ussi,à peine le bourgeon qui donnera naissance au jeune membre a-t-il exercé une légère traction sur cette sorte de tégument, que ce dernier se laisse immédiatement traverser par lui. Le rudiment de membre s’y découpe un passage, continue à croître d'une façon rectiligne et se montre turgescent dès le début de sa formation. Dans ce cas. il est donc impossible à la production cicatricielle de se distendre en forme de sac ou de poche protectrice. Le rudiment de membre est d’une transparence qui rappelle celle du cristal : il grandit rapidement et se subdivise en plusieurs articles.

Lorsque les Palémons sont très jeunes et de |ielite taille, à la place des membres déjà très grêles, apparaissent, après mutilation, des rudiments de membres encore plus ténus. Malgré cela, le bourgeon en voie de croissance a encore parfaitement la force nécessaire pour perforer la production cicatricielle, relativement pins mince que chez les spécimens de forte taille. Lejeune membre croit encore d'une façon rectiligne sur une longueur de 3 à h millimètres. Puis, quand il a atteint cette longueur, il est obligé de

s'infléchir sur le rôle. K cela parce que ses téguments, «l ime minceur de pellicule, ne constituent pas nu appareil de soutien suffisant pour qu'il puisse demeurer rigide. Maigre cela. il est toujours gonflé et transparent: ses muscles lui permettent d exécuter des mouvements variés, à la façon (Tune sorte de flagellum : ÎI peut même, pendant quelques instants, rester placé tout droit dans la direction de l'axe de la portion de l'ancien membre demeurée en place. Quand il s’est divisé en deux par une première articulation, la partie terminale peut s'infléchir sur la partie distale, puis se relever tour à tour. Plus lard, lorsque ses téguments seront de\enus plus résistants, il prendra sa situation normale. Détail curieux : sur nu jeune Palémon mort, le rudiment, de membre devient rigide et prend la position normale. Le fait est surtout très nel si on lue le Onslacé en le plongeai!I dans l’alcool ou dans une solution de formol.

\u point où j’en suis arrivé de mon travail sur la régénéra lion comparée des membres chez les quatre classes d’Arlliropndes, il est de loule nécessité pour moi d’avoir recours aux recherches histologiques. Ces recherches me permettront d’élucider certains points encore très obscurs sur le processus de formation du membre de remplacement; de voir, en outre, quelle est l'origine et la nature exacte de la production cicatricielle d'aspect légumenlaire qui vient recouvrir les sections pratiquées sur le membre. Je pourrai aussi constater si elle est simple ou si elle se compose de plusieurs couches. Ces éludes histologiques vont immédiatement être entreprises sur les différents types d’Arthropodes.

Si l'observation de M. H. Goodsir sur la prétendue présence d’une poche protectrice du jeune membre chez le Homard et les autres Décapodes Macroures, avait été exacte, on aurait pu songer — et j’v et iis d’abord porté — à considérer la règle comme générale pour tous les Vrthropodes ; mais les faits ([ne je viens de citer prouvent qu’il n’en est rien. Actuellement. nous savons que la poche protectrice existe chez les Insectes, les Aranéides, les Crustacés Décapodes Bracliyures et peut-être (d’après Goodsir) chez tous les Anomoures (1} . Il y a tout lieu de supposer qu’elle d )il exister également chez certains Myriapodes à membres très longs et très grêles, tels que les Sculigères. Il est probable que chez Ions les Vrthropodes qui la possèdent, elle doit obliger le jeune membre en voie de croissance à s’enrouler sur lui-même.

(lj Goodsir (loc. ait.) a établi L* fait pour 1rs Pagayes.

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