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Sur le traitement de la trypanosomiase humaine

Une des principales préoccupations de la mission française d’études de la maladie du sommeil a été la recherche d’un traitement efficace de la Trypanosomiase humaine. Nous donnerons dans une des prochaines réunions de la Société de Pathologie exotique nos résultats obtenus avec l’atoxyl employé, à différentes doses, soit seul, soit associé aux couleurs de benzidine et au mercure. Nous voulons seulement aujourd’hui attirer l’attention : 1° sur la médication de l’orpiment, conseillée par MM. LaA- VERAN et THIROUX (1)et, 2° sur celle de l’émétique, que M. MEs- NIL nous a conseillée et que nous avons pratiquée, comme BRODEN et RODHAIN, en injections intra-veineuses.

1° Dans leur rapport sur la prophylaxie de la maladie du sommeil, MM. LAVERAN et KERMORGANT ont insisté sur l’emploi de l’orpiment qui, se prenant en pilules et ne coûtant pas cher, pouvait facilement et largement être administré aux indigènes. L’orpiment, s’il faisait disparaître les Trypanosomes de la grande circulation, supprimait par suite les dangers de contamination.

M. LEBŒUEF a utilisé l’orpiment seul, d’abord à des doses quotidiennes de o gr. 10, Oo gr. 15 et o gr. 20; chez trois premiers malades, il y eut disparition des Tryp. des ganglions; ces succès n'ayant pu être reproduits chez deux autres malades (aucun changement dans le nombre des Tryp. des ganglions), LEBŒUF pensa que les premiers résultats pouvaient être dus à des coïncidences, et sur les conseils de M. LAVERAN d’augmenter les doses,

(1) LAVERAN et THiRoux. Ann. Inst. Pasteur, février 1908.

il donna des quantités journalières de o gr. 30 à o gr. 40, puis de O gr. 50 à O gr. 80.

Ces doses, qui semblent amener une certaine amélioration de l’état général du malade provoquent souvent de la diarrhée, mais les Trypanosomes disparaissent généralement du sang et du liquide ganglionnaire.

Des recherches continuent dans ce sens. Plusieurs malades ont été mis au traitement mixte atoxyl-orpiment, mais les doses de ce dernier médicament ont été jusqu’à présent trop faibles pour qu’on puisse lui attribuer les bons effets que peut expliquer l’emploi judicieux de doses d’atoxyl régulièrement administrées.

2° Sans connaître l’intéressant travail de BRODEN et RODHAIN, sur leurs premiers résultats obtenus par les injections intra-veineuses d’émétique (1), le D' LEBŒUF avait commencé par 1 cgr. d’émétique, puis 2 et 3 cgr., et était arrivé à 10 Cgr. sans provoquer le moindre phénomène général réactionnel. Il emploie une solution à 1 %, soit dans l’eau ordinaire, soit dans l’eau physiologique à 7 0/00. L’injection à la seringue dans des conditions de rigoureuse asepsie ne lui a jamais causé d’accidents. L’injection est indolore ou presque indolore. Quelquefois, pendant une à deux minutes, il existe une très légère douleur sur le trajet des veines jusqu'à l’aisselle. Les noirs qui supportent si difficilement les injections sous-cutanées d’atoxyl acceptent assez volontiers les injections intra-veineuses d’émétique. On ne saurait trop insister sur la grande valeur d’une médication qui pourrait être tolérée par l’indigène.

Les malades paraissent rapidement améliorés par ces injections d’émétique, mais l’avenir seul nous renseignera sur leur réelle valeur.

Les Trypanosomes disparaissent vite, non seulement du sang, mais des ganglions.

Une femme (Toumba, originaire de Kassaï) a des Tryp. assez nombreux

dans les ganglions cervicaux. Une injection de $ cgr. d’émétique en solution à 1 % (soit 5 cmc.) est faite dans une veine du pli du coude à 9 h. 30 du ma-

tin. Trois ganglions cervicaux pouctionnés à 10 h. 40 ne laissent voir aucun parasite dans leur lymphe.

N’Zali de race bondjo dont les ganglions cervicaux montrent des Tryp. assez nombreux, reçoit à 2 h. 50 une injection intraveineuse de 5 cgr. d’émétique en solution à 1 %. Les recherches les plus minutieuses à 3 h. 20 ne

(1) Archiv für Schiffs und Tropen-Hygiene, n°14, juillet. 1908...

permettent pas de déceler la présence du moindre Tryp. dans les ganglions cervicaux.

Rapprochons de ces observations celle d’un bœuf trypanosomé (T. congolense) qui présentait de très nombreux parasites dans le sang (10 par champ) le 15 septembre à 9 h. du matin.

À 11 heures une injection intraveineuse de 40 cgr. d’émétique en solution à 1 % soit 40 cmc. est très bien supportée par l’animal dont le sang examiné quinze minutes après montre encore des T. non rares (9 en cinq minutes).

À 11 h. 30 les Tryp. sont presque tous en boule et peu agiles. À 11 h. 45 trois formes seulement sont vues, à peine mobiles (deux lames examinées par deux observateurs différents). À 12 h. 5 deux lames examinées par deux observateurs ne montrent aucune forme de Trypanosomes.

Le lendemain il n’y avait pas de T. dans le sang circulant.

Ces différentes recherches sur la valeur de l’orpiment et de l’émétique en injections intra-veineuses, soit employés seuls, soit associés à l’atoxyl, méritent donc d’être poursuivies avec persévérance.

(Mission d'Etudes de la Maladie du Sommeil.)

LAVAL. — JMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET Ci°

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