‹ Sur le traitment de la déformation dans la coxalgieChapitre 3 sur 3 · MÉMOIRES ORIGINAUX · texte numérisé non relu

MÉMOIRES ORIGINAUX

SUil LE TRAITEMENT DE LA DÉFORMATION DANS LA COXALGIE

Par A. -B. Judson.

Le désir d’empêcher ou de corriger la déformation dans la coxalgie a donné naissance aune grande variété d’opérations et de traitements mécaniques. Parmi ces derniers, j’ai appliiiué avec un très grand succès une méthode ([ui consiste à faire l’éducation du malade au l)oint de vue du rythme de la marche, en même temps ([iTil porte l’attelle américaine (1). Cette méthode a été l)rièvement exposée dans la Lmiceite du 22 décembre 1888, p. 22(), 227. Ayant pu contrôler la valeur de ce traitement par de nouvelles expériences, je désire traiter de nouveau ce sujet avec plus de détails.

La déformation et le raccourcissement apparent (qu’il ne faut pas confondre avec le raccourcissement réel) peuvent être considérés comme causés parles efforts du malade pour tenir le membre atteint éloigné du sol en élevant le bassin de ce côté, phénomène (pii s’accompagne nécessairement de raccourcissement apparent et d’adduction.' (Nous considérons ici la flexion et l’adduction comme étant de même nature.) Le malade prend cette attitude pour empêcher le contact inattendu du pied du côté malade avec le sol, et pour éloigner le membre tout entier de terre en faveur du membre sain qui s’efforce à chaque pas d’assumer la plus grande jiart de travail comme point d’appui du corps.

(1) Mémoires du /AT® Congrès internat ion ul de Médecine., 1887, vol. III, p. 642-m.ô.

HEVUB D’onTHOPÉDIK. — X

JUDSON

Il en résullc (j[uo le pied malade ne reste sur le sol qu’un instant, tandis ({ue le bon pied s’y maintient longtemps, et que le ryllime naturel de la marche estd<5lruit.

Gag I. — Durée de la maladie avant le début du traitement, 19 mois. Durée du traitement, 2 ans et 6 mois. Photographie faite en 1879, après 6 mois de traitement. Age de l’enfant, 9 ans.

La mesure musicale vraie de la maj’clie iiourrait être exprimée de la façon suivante :

. un -deux - un -deux - un - deux; et le rythme défectueux comme suit :

un - deux un - deux un - deux un -

deux.

On constate que si le malade ahandonne sa marche défectueuse pour reprendre la bonne, soit par un effort de la volonté, soit sous l’influence de l’éducation faite dans ce sens, le membre malade perd un peu de son adduction

Fio. 1.

Fig. 2.

et de sa flexion pour atteindre pins régulièrement le sol et pour prendre sa part de travail. Grâce à cela, le bassin se redresse et le raccourcissement diminue.

Les modificafions du rythme de la marche et la défor-

Fig. 3. Fig. 4.

Cax I. — Photographie faite oq 20 ans après le traitement.

Age, 29 ans.

mation semblent être des incidents naturels destinés à protéger rarticulation malade tle tout choc en transmettant une grande part du ti-avail de la locomotion au côté sain. Un des grands avantages de l’attelle américaine est iiu’elle Iburnit une protection complète et ({u’elle ramène le rythme naturel de la marche. Ceci demande une force

JubSON

sufflsanlo pour l’appareil, alln qu’il puisse louriiir au corps le point d’appui ([u’il est liabilué à trouver dans un membre sain.

Les malades qui i^mh’issent avec une inlirmité grave, quand ils sont guidés de cette façon, arrivent à vaincre une grande part de celte imperfection, en s’elforçant de

Fig. 5.

Fio. G.

Ca» II. — Durée de la maladie avaut le traitement, 1 an. Durée du traitement, 2 ans et 7 mois. Photographié en 188U, après 8 mois de traitement. Age de l’enfant, 6 ans. E.\aminé en 1899, 20 ans après le traitement : Age, 20 ans. Son état était semblable i\ celui du Cas III eu 1899, sauf qu’il existait un raccourcissement osseux de 1 pouce 1/4.

marcher naturellement, modilication qui, il faut bien le dire, ne peut pas s’obtenir s’il existe une ankylosé osseuse. C’est un fait intéressant (|ue pendant toutes les premières périodes de la maladie, la position du membre cède facilement et sans douleur une Ibrce légère,

mais continue. Même après guérison, il n’y a pas encore d’immobilisation ni de fixité absolues.

On peut dire par cela même, que le rythme de la locomotion humaine est un sujet qui n’a probablement pas reçu l’attention qu’il mérite. La grande simplicité de ce rythme normal rend une légère altération très facile à remarquer, comme au début d’une infirmité chez un enfant qui accentue simplement le choc sur le sol en hâtant l’arrivée du pied du côté sain. La violation de ce rythme est un des éléments constitutifs de la claudication. La claudication en général, est essentiellement une démarche asymétrique, la symétrie dans la marche nécessitant deux membres semblables, non seulement comme longueur et comme rapports avec le reste du corps, mais aussi comme mouvements. 11 y a un point qu’il faut bien connaitre, c’est (|ue les boiteux augmentent inutilement leur claudication, en négligeant déporter correctement leurs pieds à terre. Une personne normale peut sembler boiteuse simplement parce qu’elle maintient un pied plus longlemps à terre que l’autre, et une autre, qui est sérieusement boiteuse, peut ne pas le paraître en conservant le rythme normal de la marche.

Une question intéressante et pratiiiue se pose ainsi. Pourquoi deux malades, atteints de la même façon et traités semblablement, guérissent-ils avec des degrés de déformation si dilférents ? La méthode que nous présentons ici a cherché à donner une réponse à celle question en s’aidant des indications que peuvent donner des faits semblables aux suivants :

Une jeune lille était arrivée à la troisième période de la coxalgie avant cpie 1 on ne commence le traitement. Elle guérit cependant sans

adduction, prcscpie sans flexion et une très légère claudication, résultat dù probablement à ce fait (pi’elle était seule fille et qu’elle était constamment sous la surveillance d’une mère anxieuse, de telle sorte qu à chaque pas qu’elle faisait, avec son attelle de hanche, elle s’effon;ait de paraître aussi bien qu’elle pouvait. Elle faisait des pas

JUDSüX

«•Kiuix ol le moml)rc iiialiulo pronnil (*t consi'rvail iiiia i)nsilioii rnpal)lc (le faiic, aiilaiii (pic possiltia, la iiioiliâ du Inivail do mairlio.

Un garçon guôrit d’uiio forme modérée, mais il marchait 1res mal, avec une adduclion de 20» et une flexion de 50«, position mauvaise qui I)eut s’exi)li(iuer par ce fait que la mère, femme accomplie et soigneuse, n’était jamais à la maison, oiTupée (|u’cllc était au dehors, laissant seule sa famille, composée de quatre enfants. Comme le garçon en (ineslion était toujours bien i)ortant, il [lartageail tous les jeux de ses frères et dévedoppait sa honne jamho aux dépims de la mauvaise, qu’il maintenait dans la flexion et l’adduction pour la soulager.

Une autre malade, guérie après une sn|)iuiration ])rolongée, était une jeune fille douée d’une beauté remarquable et qui, bien que n’élant pas du tout docile, et étant très peu surveillée à la maison, trouva dans la vanité le désir de paraîire aussi ]>eu infirme (jiie possible, (!t s’efforça de marcher correctement. Klb? n’a mainicnant (|u’une très légère claudication, une flexion (jui ne déi>asse pas 10® et i>as d’adduction .

Kii loiiaiil cnmi)to do ces lails ol do l)eancoiip d'aii- Iros soinl)lahlos, il me seml)le rationnel de supposer que si nn malade dvite la ddrormalion en marchant naturellement et gracieusement, par l’etlet du hasard on (rnne heureuse chance, d’antres malades obtiendraient le même résultat en adoptant la même façon de marcher qu’on leur aurait enseignée. En api)li({uanl celle pensée à la pratique, on admet (|ue l’attelle de hanche est un excellent remède. On peut dire : 1" qu’elle assure l’immobilisation et soulage la jointure en exerçant la traction; 2'’ qu’elle protège rarliculation contre les traumatismes dus à la marche ; d” ({u’elle i)ormet au malade de sortir de sa chambre ; 4" (pi’elle permet une démarche régulière en réduisant la déformation. Dans ces circonstances, il arrive quelquefois que des malades, peu avancés comme lésions, guérissent avec des mouvements normaux de l’arliculalion. Dans ces cas, la question du traitement de la déformation n’existe pas.

Les ficîurcs rei)réscntent l’état de trois malades guéris

à la suite d’un traitement de cette nature. Tous les trois étaient à une période fort avancée avant le traitement, et la sévérité de la maladie est démontrée par les cicatrices et le raccourcissement osseux. Le raccourcissement dû à une position vicieuse du membre n’existe

Fig. 7.

Eig. 8.

Cax III. — Durée de la maladie avant le traitement, 4 ans. Durée du traitement, 4 ans. Photographié en 1879 après un traitement de 18 mois. Age, 13 ans.

pour ainsi dire pas. Les mêmes résultats ont été observés dans des cas moins graves, et nombre d’entre eux ont été publiés.

Pour appliquer cette méthode dans la pratique privée, il faut attacher une attention spéciale à la façon de marcher du malade. On apportera à la marche la précision d’un exercice militaire. Les jeunes tilles surveil-

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leront leur alliliulo devant une f^lace, et les parents seront inlbrinds (jn’il y n j)onr les enfants nno grande

Fig. 9. Fio. 10.

Cu* II f. — ^lloto^'raphie faite en 1899, 21 an.s après le traitement.

Age, 33 ans.

importance ii adopter, dans tontes les circonstances des mouvements gracieu.x; et étudiés. Dans les établissements orthopédiques, les malades, pourvus d’attelles de hanche, seront disposés en groupes et une discipline militaire assurera dans la majorité des cas une bonne position de la jambe, en se rappelant (pie le succès complet dépend beaucoup do l'application de l'appareil.

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