‹ Sur le vieux clavier; poèmesChapitre 1 sur 63 · TOUS DROITS RESERVES · texte numérisé non relu

TOUS DROITS RESERVES

A Henriette M AU MONT

Le Mécène est un mythe. Son souvenir ne persiste que dans l'imagination d'incorrigibles rêveurs. Mais il y a — sublimes exceptions — des Femmes capables de se dévouer et de se sacrifier dans l'intérêt d'une œuvre. Vous êtes de celles-là et j'ai plaisir à vous en rendre grâce.

Vous partagez mon culte pour notre terre de France, mon respect des traditions et vous ne vous étonnerez pas que j'aie usé de mots très simples pour traduire mes sentiments. Je sais qu'en parlant le langage de nos Pères, en me servant de leur vieux clavier, je risque fort d'être malmené par les Vedettes de la Poétique d'avant-garde. Qu'importe ! J'aime mon sang ; j'aime ce qu'aimaient ma mère, mes ancêtres. Et c'est quelque chose que d'avoir, à notre époque, un amour déterminé. Je n'ai aucune vénération pour les idoles modernes. Mais cela se paie.

Nous ne sommes plus à Athènes, pas même à Rome, mais à Paris.

Le matérialisme nous dévore. On n'ose plus croire aux Forces qui ennoblissaient, autrefois, la

destinée de l'Homme. On aspire à jouir et les Idéalistes apparaissent comme les bouffons du Progrès. Les temps ont changé et il devient difficile de garder toute une vie son cœur de Poète. Mais l'artiste doit attendre patiemment son heure et conserver sa foi en l'avenir. Ne sommes-nous pas à rage de V Aile ? Et les aviateurs de la Pensée ne doivent-ils pas collaborer à l'essor d'une Race qui réalise le rêve d'Icare et brûle les cieux de son

génie .''

Sous les beaux arbres de votre Daudie, lorsque pleureront les vents dans la vallée et que le ciel mettra sa robe d'ombre, lisez mes poèmes. Les sanglots, les cris, les enthousiasmes et l'orgueil qui s'y reflètent s'accorderont avec les harmonies du crépuscule. Ils vous diront aussi que toute souffrance se double d'un invincible Espoir.

Francis Bœuf.

Paris 191 1.

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