SOLITUDE
Nature, tes matins embaumés d'allégresses, Tes midis de fournaise et tes soirs de langueur Sont tristes lorsqu'en vain, au livre des tendresses, Je cherche une chanson pour endormir mon cœur.
Ah ! qui donc m'enseigna l'arrêt de l'Ecriture ? C'est vrai, toute existence est un tombeau fermé Où le cœur lentement se change en pourriture, Quand on est seul et vieux pour avoir trop aimé.
L'audace et les élans de mon âme inquiète Ont abouti, malgré ma croyance en l'Espoir, Au néant - et la nuit change mon ciel de fête En un désert où rien ne s'allume le soir.
Que je vous hais, raisons et sentiments de l'être, Et comme m'apparaît la vanité d'un cri, D'un geste ! - Il faut fermer, à présent, ta fenêtre, O mon âme, il fait noir - vois-tu -c'était écrit.
Solitude, est-ce vrai, que j'entre en agonie ? Dois-je épouser la mort, mon âme, avant la mort ? Est-ce vrai, pauvre chair, est-ce vrai, bon génie. Que je verrai pourrir les fruits de votre effort ?
Douceur des bois mouillés, ô pourpre des bruyères. Plaintes du cor au fond des vallons endormis, O couchants sur la mer, grâce des primevères. Sanglots de la fontaine et rire des taillis,
Rythme des blés courbés sous les brises ardentes^ Murmures de la pluie au bord des chaumes d'or, O vergers de tendresse, ô sources véhémentes, Rêves que fait un gueux que le silence endort,
Vous, qui vous confondez dans la sourde harmonie De la terre et baignez de forces le printemps. Votre égoïsme est sourd à ma plainte infinie. Oh ! laissez-moi jeter mon cœur aux quatre vents!
Il est sec et flétri, tel qu'une feuille morte. Qui sait où l'ouragan, demain, le portera ? Dans un cloaque ou bien sur le seuil d'une porte Qui peut-être, à ce cœur, doucement, s'ouvrira...
A Eddy-Levis,