‹ Sur le vieux clavier; poèmesChapitre 61 sur 63 · L'ENFANT · texte numérisé non relu

L'ENFANT

Je suis le gueux qui passe et ma besace est vide. Je vais par le sentier des rêves abolis, Par les lois de la vie, et mon âme est avide D'un pain pétri de chair, de baisers et de lys.

Mon orgueil est vivace et rien ne l'humilie ; Je ne frapperai pas aux portes du Bonheur ; Je sais où reposer : ma fatigue s'oublie Dans un temple de bronze où veille la Douleur.

Je connais des jardins drapés de chèvrefeuilles Où la gamme des verts éclate comme un chant Sous l'archet du soleil qui caresse les feuilles, Et je vais y bercer mes souvenirs d'enfant.

Car l'enfant est en moi, qui sonde l'eau limpide Des ruisseaux, retrouvant des mirages lointains : Les gloires du hochet et la marche rapide De l'Innocence vers de troublants lendemains.

Et je fais une halte à l'ombre de ces heures Où l'âme ne sait pas discerner ses bourreaux ; De l'homme j'ai mis bas le masque, et les oiseaux Egaient la solitude où j'enfouis mes leurres !

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