SUPÉRIEURES DE L’HOMME
Messieurs ,
Chez tous les mammifères, les dents incisives supérieures sont implantées dans un os pair spécial, Y intermaxillaire ou os incisif. Galien (x) fut le premier qui signala la présence de cet os chez l’homme, découverte non contestée jusqu’à André Vésale. Ce grand réformateur de l’anatomie humaine montra que les travaux de Galien étaient uniquement basés sur des dissections de Singes et de Chiens et que l’homme ne possédait point l’os en question (2).
P) Galenus, lib. De ossibus, cap. III.
(2) Vesalius, De humani corporis fabrica, lib. I, cap. IX.
Cette idée de Vésale, de la non-existence de l’intermaxillaire chez l’homme, se soutint jusqu’au temps de Goethe et d’Okem Le premier montra que dans le double bec-de-lièvre les intermaxillaires restaient isolés (x), formant le « bourgeon, » tandis que d’ordinaire ils se soudent de bonne heure avec les mâchoires supérieures. La théorie de Goethe a été acceptée sans conteste jusque dans ces derniers temps. Cependant j’ai fait voir, dans une courte notice publiée en 1879 dans le Zoologischer Anzeiger (2), qu’il existe en réalité quatre os intermaxillaires, deux de chaque côté du plan médian, et que la fente du bec-de-lièvre ne passe pas entre l’intermaxillaire et la mâchoire supérieure, mais qu’elle est intraincisive, ou plutôt qu’elle passe entre les deux os intermaxillaires d’un côté.
Il y a donc, à mon avis, deux os intermaxillaires internes, qui se soudent sur la ligne médiane, et deux os inter maxillaires externes qui se soudent, dans l’état normal, avec l’os intermaxiilaire interne du côté interne et avec l’os maxillaire supérieur du côté externe. Comme dans le bec-de-lièvre, la fente, d’après ce que j’ai exposé, passe entre l’intermaxillaire interne et l’intermaxillaire externe, le bourgeon dans le bec-de-lièvre double est formé par les deux os intermaxillaires internes, tandis que les intermaxillaires externes se sont soudés avec la mâchoire supérieure de leur côté. Il y a donc la différence suivante entre la théorie de Goethe et la mienne :
i° D’après la théorie de Goethe, il y a deux os intermaxillaires (3) chez l’homme. Pour moi, il y en a quatre.
20 D’après la théorie de Goethe, le bourgeon (4) dans le bec-delièvre double est formé par les deux os intermaxillaires. D’après ma théorie, le bourgeon est formé par les deux os intermaxillaires internes.
(9 « Bei der doppelten (s c. Hasenscharte ) trennt sich der Zwischenknochen von der oberen Kinnlade. » Goethe, Dem Menschen wie den Thieren ist ein Zwischenknochen der oberen Kinnladen p iguschreiben . Ausgabe in 36 Bànden. Stuttgart, Cotta, 1868, Bd XXXII, p. j 59.
(2) P Albrecht, Die morphologische Bedentung der seiilichen Kieferspalte und die wahrscheinliche Existent von vier Zwischenkiefern bei den Sàugethieren. (Zool. Anzeiger, Leipzig, 1879, n° 2G P- 207.)
\) Goethe a très bien reconnu que son « Zwischenknochen » était un os pair, puisqu’il dit ( loc . cit ., p. i5o) : « Er ist selbst aus zwei Stücken zusammengesetzt, die in der Mitte des Gesichtes an einander stossen. x>
l4) Le « Bürzel » des chirurgiens allemands et le « Knobbel y> de M. W. Vrolik, Handboek der p iektekundige ontleedkunde, eerste deel, p. 453-
3° D’après la théorie de Goethe, la fente du bec-de-lièvre est située entre l’os intermaxillaire et la mâchoire supérieure. D’après ma théorie, ladite fente est située entre l’os intermaxillaire interne et l’os intermaxillaire externe.
4° D’après la théorie de Goethe et de ses partisans, il est impossible que la suture incisive et la fente du bec-de-lièvre coexistent du même côté. D’après ma théorie, la chose est très compréhensible et c’est même ce qu’on constate toujours tant que la suture incisive n’est pas oblitérée.
5° D’après les embryologistes qui admettent la théorie de Goethe, la fente du bec-de-lièvre correspond à la fente entre le bourgeon susmaxillaire et le bourgeon nasal interne. D’après ma théorie, la fente du bec-de-lièvre correspond à la fente primitive entre le bourgeon nasal interne et le bourgeon nasal externe.
6° D’après les embryologistes partisans de la théorie de Goethe, les bourgeons nasaux internes forment les os intermaxillaires, tandis que les bourgeons susmaxillaires donnent naissance aux mâchoires supérieures. D’après ma théorie, les bourgeons nasaux internes forment les intermaxillaires internes; les bourgeons nasaux externes les intermaxillaires externes; les bourgeons susmaxillaires les mâchoires supérieures.
Dans l’état normal, les quatre os intermaxillaires se soudent entre eux et avec les mâchoires supérieures en donnant naissance à un système assez compliqué de sutures. Pour pouvoir désigner ces sutures commodément, j’ai proposé, dans mon travail précité, des noms grecs pour les trois os qui portent les dents supérieures chez l’homme.
J’ai appelé l’os intermaxillaire interne, Y endognathion (r\ yvàOoç, la mâchoire); l’os intermaxillaire externe, le mésognathion ; la mâchoire supérieure, Y exognathion. Nous avons donc, comme le schéma que je place sous vos yeux, le fait voir :
i° Entre les deux os intermaxillaires internes, la suture interendognathique (fig. I, e);
2° Entre l’intermaxillaire interne et l’intermaxillaire externe, la suture endomésognctthique (fig. I ,/);
3° Entre l’intermaxillaire interne et la mâchoire supérieure, la suture endoexognathique (fig. I, h) ;
4° Entre l’internjaxillaire externe et la mâchoire supérieure, la suture mésoexognathique (fig. I, g)\
5° Entre les deux mâchoires supérieures la suture inter exognathique (fig. I, i).
Fig. i. — Les sutures intermaxillaires d'un enfant. — Schéma (I).
aa Endognathion droit et gauche.
bb Mésognatliion id.
ce Exognathion id.
e Suture interendognathique.
/ Id. endomésognathique gauche.
g Id. mésoexognathique id.
h Id. endoexognathique id.
i Suture interexognathique.
1 Incisive interne (dentition de lait).
\f Id. externe id.
2 Canine (dentition de lait).
3 ire molaire id.
3' id id.
A l’état normal, chez l’homme, la dent incisive supérieure interne se développe dans l’os intermaxillaire interne ou endognathion, et la dent incisive supérieure externe se développe dans l’os intermaxillaire externe ou mésognathion.
Dans ces derniers temps, le fils du grand embryologiste A. von Kolliker, M. Th. Kolliker, a publié un mémoire dans lequel il conteste vivement ma théorie émise en 1878, et tend à rétablir la théorie de Goethe : il n’accepte, par conséquent, que deux os intermaxillaires et maintient que dans le bec-de-lièvre la fente de l’apophyse alvéolaire est toujours entre l’intermaxillaire et la mâchoire supérieure (2).
Nous avons vu plus haut que tous les mammifères possèdent des intermaxillaires bien développés et distincts jusqu’à l’âge adulte, tandis que chez l’homme, où la face est réduite, ils sont assez peu volumineux, et se soudent déjà entre eux et à la mâchoire supé-
(x) Emprunté à mon travail précité, sauf que je désigne ici par la lettre h la suture endoexognathique gauche.*
(2) Th. Kolliker, Ueber das Os intermaxillare des Menschen und die Anatomie der Hasenscharte und des Wolfsrachens . (Nova Acta der Kaiserl. Leopoldinisch- Carolinischen Deutschen Akademie der Naturforscher. Halle, 1882, Band XLIII, p. 374, II et IV.)
neure dès la huitième semaine de la vie embryonnaire. Il est donc tout indiqué de commencer l’étude des intermaxillaires par les animaux chez lesquels ils sont bien développés et bien distincts. Tel est par exemple le Cheval, que nous choisirons d’abord.
Le crâne du Cheval a une certaine valeur historique pour l’étude des os intermaxillaires, puisque Goethe, dans son ouvrage cité (p. i5o), a précisément fait, avec l’aide du professeur Loder, la terminologie latine de los intermaxillaire d’après un crâne de Cheval. Or par une coïncidence étrange j’ai trouvé, en 1878, sur un crâne de Cheval, affecté de bec-de-lièvre double, l’existence des quatre os incisifs. Je vous montre ici le profil droit schématique de ce crâne (v. pi. I, fig. 4), en le comparant avec le même profil du crâne d’un Cheval normal (v. pl. I, fig. 3).
Chez le Cheval normal, les os intermaxillaires possèdent un corps volumineux et deux apophyses (*). L’une est l’apophyse palatine, qui, se joignant au même organe de l’autre côté, vient toucher les apophyses palatines des maxillaires supérieurs. L’autre, l’apophyse nasale (2), qui borde extérieurement l’ouverture pyriforme, se soude sur toute sa longueur avec le bord antérieur de la surface faciale de la mâchoire supérieure, arrivant jusqu’à l’os nasal avec lequel elle se soude également. Nous avons donc deux sutures avec l’apophyse nasale : une suture intermaxillo-susmaxillaire et une suture intermaxillo-nasale. Il est évident que la suture intermaxillosusmaxillaire n’est rien que la partie faciale de la suture incisive de l’anatomie humaine (3). Chaque os intermaxillaire chez le Cheval porte trois dents incisives, dont deux sont logées dans le corps et une là où l’apophyse nasale prend son origine.
Ceci posé, nous procéderons à l’examen du bec-de-lièvre du Cheval. J’ai eu la chance de trouver dans la collection tératologique de l’Institut anatomique de l’Université de Kônigsberg un crâne de Cheval avec bec-de-lièvre double. Comme à cette époque je partageais encore les théories généralement enseignées, j’ai été
(x) Je tiens à constater ici que la division de l’os intermaxillaire en un corps et deux apophyses est déjà dans Goethe (loc. cit., p. i5o).
(2) L’apophyse maxillaire de Goethe {loc. cit., p. 1 5o) ; l’apophyse faciale de M. Th. Kôlliker {loc. cit., p. 355).
(3) Je ne vois pas la raison pour laquelle M. Th. Kôlliker donne à la partie faciale de la fissure incisive un autre nom qu’à la partie palatine de cette fissure, restreignant de cette manière le nom de Jissure incisive à la partie palatine de la fissure intermaxillosusmaxillaire, et employant le nom de Jîssura intermedia pour la partie faciale de la même suture {loc. cit., p. 337).
fortement surpris de ne pas trouver la fente du bec-de-lièvre entre l’intermaxillaire et la mâchoire supérieure, mais entre le corps de l’intermaxillaire et son apophyse nasale. On voit, en effet, quand on regarde le profil droit schématique de ce Cheval, l’apophyse nasale se souder, tout à fait comme chez le Cheval normal, avec la mâchoire supérieure. On trouve donc, dans ce cas-ci , la suture intermaxillo-susmaxillaire et, en même temps et du même côté du crâne, la fente du bec-de-lièvre. Cette suture, compté du point où l’apophyse nasale de l’intermaxillaire, la mâchoire supérieure et l’os nasal se touchent jusqu’à son extrémité inférieure, mesure à gauche 80 millimètres, à droite 79 millimètres. La fente entre l’apophyse nasale et le corps de l’intermaxillaire, mesurée à la surface palatine de ces organes, est, à gauche, de 11 millimètres, à droite, de 20 millimètres. Il est donc incontestable que nous sommes ici aux deux côtés du crâne en présence d’une coexistence de la suture intermaxillo-susmaxillaire ou incisive (*) et de la fente du bec-delièvre. Puisque M. Th. Kôlliker dit (pp. 363 et 364) que la coexistence du même côté de la suture incisive avec la fente latérale maxillaire n’a jamais lieu, je ne puis que regretter avec lui qu’il n’ait pas été aussi heureux (3) que moi dans ses recherches. Je dis ceci avec d’autant plus d’assurance que la coexistence de ces deux organes est tout à fait incontestable dans notre crâne de Cheval et surtout que ces organes ne laissent rien à désirer au point de vue de leurs dimensions macroscopiques, les sutures incisives ayant, je le répète, à droite 79 millimètres, à gauche 80 millimètres de longueur.
Il n’est point douteux que la partie de l’intermaxillaire située latéralement à la fente et qui borde extérieurement l’ouverture pyriforme est notre intermaxillaire externe, le mésognathion. Cet intermaxillaire externe porte à gauche une quatrième dent incisive, c’est-à-dire une dent surnuméraire, puisque le corps en porte trois de chaque côté. A droite cette dent incisive ne prend pas racine dans l’os, mais est située immédiatement au-dessous de lui, implantée dans la muqueuse séchée.
(fi Je ferai encore observer que non-seulement la partie faciale mais aussi la partie palatine de la suture intermaxillo-susmaxillaire existe dans notre Cheval.
(2) Voici comme M. Th. Kôlliker s’exprime, page 363 : « Albrecht fand an den meisten seiner Pràparate die Sutura fncisiva noch erhalten und zwar zwischen dem lateralen Zwischenkiefer und dem Oberk.iefer. Und diese Coëxistenz ist der absolute Nachweis, dass es sich in solchen Fàllen um eine intraincisive Spalte handelt. — Ich bin bei meinen Untersuchungen nicht so glücklich gewezen. »
Du côté interne de la fente, nous trouvons les deux os intermaxillaires internes (endognathia) soudés du côté facial , mais encore réunis par suture sur la face palatine. Ces deux os intermaxillaires internes portent ensemble six dents incisives, trois de chaque côté. Les deux premières sont bien placées. Les deuxièmes et les troisièmes ont une direction anormale, surtout la deuxième droite dont le bord tranchant regarde extérieurement : cette dent a subi une rotation de 90° autour de l’axe de sa racine, puis s’est relevée de 90°. Nous avons donc ici huit dents incisives supérieures, chose assez rare chez le Cheval. L’explication et la valeur morphologique de ces dents nous seront données, ci-après, par deux crânes extrêmement remarquables conservés dans les collections de la Société anatomo-pathologique de Bruxelles.
Passons maintenant aux becs-de-lièvre chez l’homme. Généralement les becs-de-lièvre doubles chez l’homme se présentent sous la forme de ce schéma :
Fig. 2. — Schéma du bec-de-lièvre double che^ l'homme (avec double fente palatine),
a Les deux os intermaxillaires internes soudés ensemble sur la ligne médiane (Endognathion droit et gauche).
bb Les deux os intermaxillaires externes (Mésognathion droit et gauche). cc Les deux os maxillaires supérieurs (Exognathion droit et gauche).
// Fentes maxillaires latérales entre l’os intermaxillaire interne et l’os intermaxillaire externe (Fissure endomésognathique). gg Les deux sutures incisives entre l’os intermaxillaire externe et la mâchoire supérieure (Suture mésoexognathique).
k Vomer.
1 Incisive interne de lait.
1' Id. externe id,
2 Canine de lait.
3 ire molaire de lait.
3' 2e id.
Ce schéma, que j’emprunte à mon travail cité, a été fait, en 1878,
d’après le crâne d’enfant que voici (voir la vue ventrale de ce crâne sur la planche I, fig. i).
En regardant ce schéma, figure 2, nous avons au milieu le vomer très allongé en avant et portant antérieurement un os qui contient deux incisives de lait. Latéralement, par rapport à la fente, nous trouvons de chaque côté quatre dents dans leurs alvéoles : les deux molaires, la canine et une incisive de lait. La fente est donc entre la dent incisive médiane et la dent incisive latérale. La pièce qui contient la dent incisive latérale, est encore séparée par une suture très bien visible sur la face palatine. Il n’y a pas de doute que cette suture ne soit la suture entre la mâchoire supérieure et l’intermaxillaire externe, et que l’os ainsi séparé de la mâchoire supérieure ne soit l’intermaxillaire externe, tandis que l’os qui porte les deux incisives médianes nous représente les deux intermaxillaires internes soudés. Si nous regardons maintenant le crâne d’enfant lui-même (voir pl. I, fig. 1), nous voyons la preuve de ce que nous avons montré sur notre schéma. A droite et à gauche nous voyons la coexistence de la fente endomésognathique du bec-delièvre entre l’intermaxillaire interne et l’intermaxillaire externe et de la suture mésoexognathique ou incisive entre l’os intermaxillaire externe et la mâchoire supérieure. Voilà encore une fois prouvée pour l’homme la coexistence du même côté de la fente du bec-delièvre et de la suture incisive.
Dans un cas de bec-de-lièvre unilatéral chez l’homme, nous avons d’un côté seulement ce que nous venons de constater des deux côtés. C’est ce que le crâne que je fais passer maintenant, montre très nettement (voir fig. 3).
Je dois ce crâne remarquable à l’obligeance de M. le professeur Flemming, directeur de l’Institut anatomique de Kiel. Il provient d’un homme adulte ayant un bec-de-lièvre à droite et une fissure palatine du même côté. A cause du bec-de-lièvre et de la fente palatine unilatéraux, il y a eu des distorsions dans la face osseuse de cet homme; j’en signalerai pour le moment deux : i° le vomer est fortement dévié à gauche pour former avec les apophyses palatines de la mâchoire supérieure et de l’os palatin gauches la cavité nasale gauche ; 20 le cornet inférieur droit et le palais osseux droit descendent beaucoup plus bas que les mêmes parties à gauche.
La fente du bec-de-lièvre est, comme on peut le voir, entre l’alvéole de la dent incisive interne droite et l’alvéole de la dent incisive externe du même côté. Viennent alors l’alvéole de la canine
droite, les deux prémolaires et les deux premières molaires droites, tandis que la dent de sagesse droite est tombée pendant la vie et son alvéole est résorbée. A gauche nous avons les alvéoles de la dent incisive interne, de la dent incisive externe et de la canine,
Fig. 3. — Vue ventrale du palais d’un homme adulte affecté d’un bec-de-li'evre et de fissure palatine unilatéraux droits ( appartient à l’ Université de Kiel).
î Alvéole de la dent incisive interne gauche.
Id.
id.
externe id.
Id.
id.
interne droite.
Id.
id.
externe id.
Entre i' et 2' on voit la fente maxillaire. x Suture entre les deux os intermaxillaires internes (suture interendognathique). y Suture entre l’os intermaxillaire externe droit et la mâchoire supérieure droite (suture incisive ou mésoexognathique droite).
puis les deux prémolaires et les deux molaires; la dent de sagesse et son alvéole ont subi le même sort qu’à droite. Entre les alvéoles
de la dent incisive externe droite et de la canine du même côté, nous observons à la surface palatine une suture. C’est évidemment la suture incisive entre l’intermaxillaire externe droit et la mâchoire supérieure droite, ou suture mésoexognathique. Nous sommes donc encore une fois en présence de la coexistence de la suture incisive et de la fissure du bec-de-lièvre, fait si énergiquement contesté par M. Th. Kolliker.
L’os intermaxillaire interne droit, qui porte l’alvéole de la dent incisive droite, est relié sur la ligne médiane avec Vos intermaxillaire interne gauche par une suture qui lui laisse encore une certaine mobilité. Nous avons donc ici le cas d’un os endognathion {droit) tout à fait isolé. La suture interendognathique qui s’oblitère si rapidement dans les becs-de-lièvre doubles est donc restée ouverte chez cet homme adulte avec bec-de-lièvre unilatéral.
Non seulement je suis heureux de pouvoir démontrer dans le crâne de Kiel la présence d’un os intermaxillaire interne isolé, mais je puis encore ajouter que l’on trouve dans la littérature un cas dans lequel l’os intermaxillaire externe de chaque côté était isolé de la mâchoire supérieure. C’est le cas de M. J. -F. Meckel (x), et je ne crois pas de me tromper en interprétant ce qu’il dit, dans le sens que je viens d’indiquer.
Si on veut juger de l’effet considérable et désastreux exercé par la théorie de Goethe sur l’esprit de nos meilleurs anatomistes et chirurgiens, il suffit de comparer les figures et le texte de l’éminent chirurgien allemand M. Kœnig. Si nous prenons la seconde édition de son Manuel de chirurgie spéciale (2), nous lisons (t. I, p. 243) la phrase suivante :
« La fissure maxillaire simple passe toujours entre la dent incisive et 1a. dent canine, correspondant à l’endroit de la réunion fœtale de l’intermaxillaire avec les parties latérales. »
Cette phrase est accompagnée de deux figures d’après M. von
p) J. -F. Meckel, Handbuch der pathologischen Anatomie. Leipzig, 1812, Band I, p. 540. « In einem Falle konnte sogar ausser dem getrennten mittleren Stücke auch auf jeder Seite eines, welches den àusseren Schneidezahn enthielt, von dem Oberkiefer getrennt werden. »
(2) Franz Koenig, Lehrbuch der speciellen Chirurgie, 2e édition. Berlin, 1878. « Die einfache Kieferspalte verlauft stets zwischen Schneidezahn und Augenzahn entsprechend der fœtalen Vereinigungstelle des Zwischenkiefers mit den Seitentheilen. »
Bruns, nos 47 et 48, lesquelles montrent le désaccord le plus formel entre le texte de M. Kœnig et ses illustrations. En effet, aussi bien dans le bec-de-lièvre simple (fig. 47) que dans le bec-de-lièvre double (fig. 48), la fente ne passe point entre l’incisive et la canine, mais entre les deux dents incisives.
Fig. 4. — Analyse de la figure 48, p. 244, 1. 1, de la seconde édition du Manuel de Chirurgie spéciale de M. Koenig [bec-de-lièvre double che^ un enfant, d'après M. v. Bruns).
Alvéoles des dents incisives internes de lait
Id.
id.
externes id.
PP
Id.
des dents canines
de lait.
yY
Id.
des ires molaires
id.
Id.
des 2mes id.
id.
Vomer.
BB Maxillaires supérieurs soudés aux os intermaxillaires externes. AA Os intermaxillaires internes.
Il est évident que la première dent située en dehors de la fente n’est pas la canine, comme le veut M. Kœnig, mais l’incisive
externe : vous pourrez en juger par vous-mêmes; je fais passer ces figures (voir fig. 4 et 5).
Fig. 5. — Analyse de la figure 47 , p. 24?, t. I, de la seconde édition du Manuel de Chirurgie spéciale de M. Koenig ( bec - de -lièvre unilatéral gauche che p un enfant, d’apres M. v. Bruns).
a' cl' Alvéoles des dents incisives internes de lait.
Id. id. externes id.
Id. des dents canines de lait.
Id. des ires molaires id.
Id. des 2mes id. id.
BB Maxillaires supérieurs et os intermaxillaires externes soudés.
AA Os intermaxillaires internes.
On voit encore distinctement sur la figure la suture interendognathique et la suture endomésognathique droite.
On peut voir, par les exemples que nous venons de donner, combien la théorie de Goethe était enracinée dans les esprits les plus éminents.
M. Th. Kôlliker dit, dans son travail précité (p. 364), que ma théorie repose sur deux supports qu’il croit avoir détruits :
i° La coexistence de la suture incisive avec la fissure maxillaire latérale ;
20 La dépendance dans laquelle les dents se trouvent vis-à-vis des os.
Pour ce qui est de la coexistence de la suture incisive avec la fente maxillaire externe, je laisse aux personnes compétentes le soin de décider qui, de M. Kôlliker ou de moi, a raison. Nous
PP
yY
avons constaté cette coexistence des deux côtés dans le crâne de Cheval (pl. I, fig. 4) et chez l’homme (pl. I, fig. 1), d’un seul côté dans le bec-de-lièvre unilatéral de Kiel (fig. 3). Pour le Cheval, la suture incisive coexistante ne mesurait pas moins de 79 millimètres à droite et de 80 millimètres à gauche ! Sur les crânes humains, si elle n’était pas aussi large, elle était au moins aussi distincte.
Pour ce qui concerne maintenant la dépendance des dents par rapport aux os dans lesquels elles sont implantées, je maintiens l’opinion que j’ai émise dans mon précédent travail, M. Kôlliker n’ayant à mon avis absolument rien fait pour prouver l’indépendance de la dentition à l’égard des os qui la soutiennent (I). Je communiquerai cependant sur la dentition les résultats très intéressants auxquels j’ai été conduit par l’examen de deux précieuses préparations appartenant aux collections de la Société anatomopathologique de Bruxelles. Je saisis cette occasion pour exprimer mes meilleurs remercîments à M. Thiry, le président de cette Société, pour la permission qu’il m’a gracieusement octroyée de pouvoir les examiner et les faire reproduire.
Sur ces crânes, que voici, nous constatons la présence de quatre dents incisives de lait dans le bourgeon et encore une incisive supplémentaire de chaque côté de la fente du bec-de-lièvre. Nous avons donc ici six dents incisives (2).
L’un de ces deux crânes (voir le palais en vue ventrale dans la figure 2 de la planche I) nous montre dans le bourgeon les couronnes de quatre incisives de lait qui ne sont pas encore tout à fait percées, puis de chaque côté de la fente une troisième dent incisive de lait tout à fait percée; enfin, en dehors, les alvéoles de la canine, de la première et de la seconde prémolaires, avec les couronnes des dents de lait correspondantes non encore percées. Sur ce crâne, les sutures incisives ne se voient plus.
Sur la planche que vous voyez ici, j’ai fait représenter schématiquement le bec-de-lièvre double ordinaire avec quatre dents inci-
(x) Si je voulais préciser ici les contradictions qui existent entre M. Th. Kôlliker et moi, je pourrais les formuler comme suit : d’après M. Kôlliker, une dent incisive supérieure peut être implantée dans un os intermaxillaire ou dans l’os de la mâchoire supérieure; d’après mon opinion, une dent incisive supérieure ne peut être implantée que dans un os intermaxillaire.
(2) Des cas semblables, avec quatre incisives dans le bourgeon et une de chaque côté de la fente du bec-de-lièvre, sont publiés par M. Th. Kôlliker, qui a même reconnu ces six dents comme incisives ( loc . cit., p. 36g).
sives (voir pl. I, fig. 6) et la même affection, mais avec six dents incisives (voir pl. I , fig. 8).
Voici ce qui distingue ces deux cas :
Dans le bec-de-lièvre double à quatre dents incisives, chacun des quatre os intermaxillaires porte une dent incisive. Dans le bec-delièvre double à six dents incisives, les deux os intermaxillaires internes portent chacun deux incisives, les deux os intermaxillaires externes, chacun une incisive.
Donc les deux cas ont ceci de commun que l’os intermaxillaire externe porte toujours une seule incisive. Comme il n’y a pas de doute que l’os intermaxillaire externe du bec-de-lièvre à quatre incisives est l’homologue de l’os intermaxillaire externe du becde-lièvre à six incisives, il est certain que les dents incisives qu’ils contiennent de part et d’autre sont également homologues. Dans les deux cas, ces incisives sont situées devant la canine et séparées d’elles par la suture incisive ou mésoexognathique. Nous désignerons cette dent incisive, placée immédiatement en avant de la canine, sous le nom de précanine. Toujours les précanines sont situées dans les os intermaxillaires externes.
Quelle est maintenant l’homologie des incisives contenues dans les intermaxillaires internes ?
Ici se présente une difficulté. En effet, dans le cas de bec-delièvre à quatre incisives, l’intermaxillaire interne ne porte qu’une incisive, tandis que dans le cas de bec-de-lièvre avec six incisives le même os en porte deux. Mais en réfléchissant il devient évident que dans le bec-de-lièvre à six incisives, la dent incisive située le plus près de la ligne médiane, c’est-à-dire la plus interne des deux dents incisives contenues dans l’intermaxillaire interne, est l’homologue de la dent unique située dans l’intermaxillaire interne du bec-de-lièvre à quatre incisives. Nous appellerons la dent incisive la plus rapprochée de la ligne médiane ou de la symphyse des os intermaxillaires internes, la dent incisive par asymphy sienne.
Les dents incisives par asymphy siennes sont donc homologues.
La dent externe contenue dans l’os intermaxillaire interne du bec-de-lièvre à six dents que je propose d’appeler la pr opar asymphy sienne, ne trouve pas d’homologue dans le bec-de-lièvre à quatre dents.
Dans le bec-de-lièvre à quatre dents, la parasymphysienne est la première dent incisive; la précanine, la deuxième.
Dans le bec-de-lièvre à six dents, la parasymphysienne est la première dent incisive; la précanine, la troisième.
La théorie que j’établis dès à présent, sur la valeur morphologique des dents incisives supérieures de l’homme normal, est la suivante :
La dent incisive supérieure interne, ou parasymphysienne supérieure, est en réalité la première dent incisive;
La dent incisive supérieure externe, ou deuxième dent incisive supérieure de l’homme normal (précanine supérieure), est en réalité la troisième dent incisive .
La véritable deuxième dent incisive supérieure ne se développe plus dans l’état normal, mais, dans le cas de bec-de-lièvre à six incisives supérieures, elle fait sa réapparition. Cette réapparition de la deuxième dent incisive supérieure est, suivant moi, atavique . Cette dent, ayant été perdue phylogénétiquement et ontogénétiquement, peut réapparaître par atavisme dans le cas de bec-de-lièvre. On peut se demander la cause de cette réapparition. Cette cause doit être cherchée dans la nutrition favorable dont les os intermaxill aires internes jouissent dans le cas de bec-de-lièvre.
Pour démontrer ceci je fais remarquer, ce qui est connu parfaitement des chirurgiens, que, dans le double bec-de-lièvre combiné avec la double fente palatine {gnatho-uranoschisis duplex), le vomer, se développant beaucoup plus que dans l’état normal, devient un os de grande dureté et pousse fortement en avant, faisant faire de cette manière une proéminence au bourgeon, formé par les deux os intermaxillaires internes : c’est là la cause d’une très grande difficulté pour l’opération chirurgicale de ce vice de conformation.
M. W. Vrolik, dans son excellent Handboek der ziektekundige ontleedkunde , a été le premier à entrevoir la cause de la proéminence énorme de « l’intermaxillaire » dans la gnatho-uranoschisis double : il l’attribue à l’indépendance dont l’os intermaxillaire jouit dans cette monstruosité, puisqu’il n’est pas retenu par des sutures avec les os maxillaires supérieurs (I).
Je suis à même de pouvoir corriger et amplifier cette théorie au fond excellente de Vrolik. D’abord, dans le bec-de-lièvre double avec double fente palatine, le vomer n’étant pas arrêté par des
(I) Vrolik, loc. cit., t. I , p. 454 : De vraag blijft dan alleen : Hoe het kome, dat dit tusschenkaakbeen, als een vrij zittende knobbel, zoo verre aan de voorzijde van de bovenkaak uitpuile? Zoude de oplossing van deze niet gevonden worden in de vrije ontwikkeling, welke het tusschenkaakbeen moet verkrijgen, zoo het zich geheel buiten allen verband bevindt? Daaruit zal zich dan 00k wel laten verklaren waarom het bij de dubbele, maar niet bij de enkele hazenlip, naar voren uitsteekt.
sutures ni avec les parties horizontales des palatins, ni avec les apophyses palatines des mâchoires supérieures, les os intermaxillaires internes n’étant pas arrêtés par des sutures avec les os intermaxillaires externes, le vomer et avec lui les deux os intermaxillaires externes croissent vers le locus minoris resistentice , i. e . en avant. Dans cet accroissement, nous voyons précisément les mêmes causes et les mêmes effets comme dans l’accroissement des dents incisives des rongeurs, quand par hasard l’une ou l’autre de ces incisives ne se développe pas ou est cassée, et comme dans les cas de monstruosités cyclopes des mammifères, quand par complication les mâchoires supérieures et les intermaxillaires deviennent rudimentaires ( micrognathie supérieure ), et que la mâchoire inférieure se recourbe fortement vers le haut ( campylo gnathie inférieure) if ).
Dans la gnatho-uranoschisis simple, le vomer et les deux os intermaxillaires internes jouissent seulement du côté du bec-de-lièvre et de la fente palatine de la liberté qui leur est accordée des deux côtés dans la double fente palato-maxillaire, tandis que du côté opposé ils sont retenus par des sutures avec le palatin, la mâchoire supérieure et l’os intermaxillaire externe. L’effet de cette indépendance unilatérale n’est pas aussi grand que dans le cas de l’indépendance bilatérale, mais il est encore assez marqué; la grande ligne courbe, concave du côté normal, convexe du côté de la fente, que le vomer fait dans beaucoup de cas de gnatho-uranoschisis unilatérale résulte de ce que le vomer, a demi indépendant, n’est pas retenu par des sutures du côté de la fente.
J’ai souvent vu cette ligne courbe du vomer dans la simple fente palato-maxillaire, et j’ajouterai que, dans Vrolik, on voit la ligne courbée dont je parle, dans les figures 9 et 10 de la planche XXXIII.
Cette ligne courbe devient encore beaucoup plus forte quand la gnatho-uranoschisis unilatérale est combinée avec une uranoschisis sans bec-de-lièvre de l’autre côté (cf. la fig. 8 de la pl. XXXIII de Vrolik).
J’ai expliqué pourquoi dans la double fente palato-maxillaire le vomer pousse si fortement en avant, mais je n’ai pas encore parlé des causes qui produisent dans le même cas le grand développement de sa substance osseuse et sa grande dureté.
(x) J’ai publié un cas de cyclopie de Cochon avec micrognathie supérieure et campylognathie inférieure, et j’ai expliqué la dernière malformation dans le texte de mon Mémoire sur le basiotique, un nouvel os du crâne, dans la Presse médicale belge, 1 883, n° 16, p. 124.
Voici ma théorie à l’égard de ce phénomène.
Dans les becs-de-lièvre doubles avec doubles fentes palatines, les artères qui nourrissent le vomer et les deux os intermaxillaires internes, ne s’anastomosent pas directement avec les artères des mâchoires supérieures et des intermaxillaires externes. Voilà pourquoi le vomer et les os intermaxillaires internes deviennent généralement si grands dans ce vice de conformation. Je vais encore plus loin : par cet énorme accroissement de nourriture dans les os intermaxillaires internes, il peut se développer ataviquement des dents qui, a l’état normal , ne se développent plus dans ces os, précisément faute d’excès de nourriture et d’espace. Pour expliquer ceci il faut admettre , ce qui est démontré d’ailleurs , que l’homme descend d’êtres qui étaient plus que tétraprotodontes, ce qui veut dire, d’après la nomenclature du célèbre anatomiste Owen , qu’il descend d’êtres qui avaient plus que quatre dents incisives dans leurs os intermaxillaires. Eh bien, dans les crânes de PUniversité de Bruxelles, nous avons une hexaprotodontie , nous avons six dents incisives dans les intermaxillaires , deux dans chaque os intermaxillaire interne et une dans chaque os intermaxillaire externe. L’homme normal possède de ces six dents incisives les deux parasymphysiennes et les deux précanines. Les deux deuxièmes incisives ou les proparasymphysiennes des crânes de Bruxelles, il ne les possède plus. Cette deuxième dent incisive est donc d’après ma théorie une dent atavique , développée dans ces crânes par l’excès de nourriture et d’espace dont jouissent les deux os intermaxillaires internes par suite de la gnatho-uranoschisis double. Donc , si dans les crânes hexaprotodontes de Bruxelles la parasymphysienne est la première, la proparasymphysienne la deuxième, la précanine la troisième dent incisive, dans le crâne normal, la par asymphy sienne a également la valeur morphologique de la première et la précanine, celle de la troisième dent incisive. Donc, entre notre première et notre seconde incisive supérieure, il y a une incisive, la véritable deuxième incisive supérieure, perdue.
Regardons maintenant nos schémata (voir pi. I, fig. 5, 6, 7, 8, 9 et 10).
Le premier représente l’ancienne théorie des becs-de-lièvre : l’os « intermaxillaire » porte les dents incisives ; il est séparé de la mâchoire supérieure par la fente maxillaire.
Le deuxième représente ma théorie des becs-de-lièvre doubles avec quatre dents incisives, théorie émise en 1878 : l’os intermaxil-
laire interne de chaque côté porte la dent incisive interne, l’os intermaxillaire externe de chaque côté la dent incisive externe. La fente maxillaire ne sépare pas la mâchoire supérieure de l’intermaxillaire, mais l’os intermaxillaire externe de l’os intermaxillaire interne. De chaque côté, on voit la coexistence de la fente maxillaire (endomésognathique) avec la suture incisive (mésoexognathique).
Le troisième représente l’explication de M. Th. Kôlliker des becs-de-lièvre doubles : la fente passe de chaque côté entre la dent incisive interne et la dent incisive externe. D’après sa théorie, la fente sépare même dans ce cas l’« intermaxillaire » de la mâchoire supérieure ; seulement, par « l’indépendance de la formation des dents et de la formation des os », la dent incisive externe est placée dans le maxillaire supérieur.
Le quatrième représente ma théorie sur les doubles becs-de-liévre avec six dents incisives. L’os intermaxillaire interne de chaque côté porte deux dents incisives, la parasymphysienne et la proparcisymphy sienne; l’os intermaxillaire externe de chaque côté, une dent incisive, la précanine. La fente est entre l’os intermaxillaire interne et l’os intermaxillaire externe.
Le cinquième représente ma théorie sur la dentition de nos ancêtres hexaprotodontes , qui avaient la parasymphysienne et la proparasymphysienne dans l’os intermaxillaire interne , la précanine dans l’os intermaxillaire externe. J’ai fait dessiner une dentition de lait pour faciliter la comparaison avec les autres schémata.
Enfin le dernier donne la valeur morphologique des dents incisives supérieures de l’homme actuel normal, qui a perdu la proparasymphysienne et qui n’a plus que la parasymphysienne dans son os intermaxillaire interne et la précanine dans son os intermaxillaire externe. Après la perte de la véritable deuxième dent incisive ou proparasymphysienne, la précanine est devenue chez l’homme actuel normal la pseudoseconde.
Ce qui rend ma théorie sur la valeur morphologique de nos deux dents incisives encore plus vraisemblable, c’est que l’on constate le même processus chez les Lièvres et les Lapins : leurs dents incisives supérieures antérieures sont les premières, et les postérieures, les troisièmes ; les deuxièmes se perdent pendant le développement ontogénique.
Pour ce qui concerne le Cheval à bec-de-lièvre double, nous avons vu qu’il est octoprotodonte, tandis que le Cheval normal n’est que hexaprotodonte. Ce que j’ai dit pour l’homme peut
s’appliquer, mutatis mutandis, au Cheval. Le Cheval descend d’ancètres qui avaient un plus grand nombre de dents incisives supérieures que lui. Je rappelle ici qu’il y a encore actuellement des marsupiaux qui sont décaprotodontes (I). Dans le bec-de-lièvre double de notre Cheval, les intermaxillaires internes portent chacun trois incisives, tandis que dans l’état normal il ne s’y développe que deux incisives; l’os intermaxillaire externe nous présente, dans les deux cas, une incisive, la précanine. Il est donc évident que, chez ce Cheval, l’excès de nourriture et d’espace, dont jouissent les os intermaxillaires internes dans le bec-de-lièvre double, a aussi favorisé le développement d’une dent incisive surnuméraire atavistique dans ces os.
Nous pouvons donc résumer les cas d’hyperodontie , dans les becs-de-lièvre des chevaux et des hommes, dans la théorie suivante :
Dans le développement phylogénique des mammifères avec deux et plus de deux dents incisives supérieures de chaque côté, les dents incisives parasymphysiennes et précanines sont constantes, tandis que les dents incisives situées entre ces deux dents ne se développent plus. Chez tous ces mammifères la précanine est la dent incisive de l’os intermaxillaire externe ou la dent incisive mésognathique , tandis que les dents incisives qui se perdent sont toutes placées à côté de la parasymphysienne dans l’os intermaxiliaire interne ou l’endognathion des mammifères.
Si o ri prend les ancêtres hexaprotodontes les plus prochains de l’homme comme point de départ, la précanine ou la dent incisive externe de l’homme actuel normal n’est certainement pas la seconde, mais la troisième dent incisive. Mais si nous élargissons maintenant notre théorie jusqu’aux promammaux, dont le nombre des incisives supérieures n’est pas connu, nous pouvons dire que la dent incisive externe ou précanine de l’homme actuel normal est la nme dent incisive supérieure du promammal, en désignant par n le nombre des incisives supérieures dans les os intermaxillaires d’un côté du promammal.
{z) Par exemple, Perameles, Didclphys.