‹ Sur les caractères des cranes basquesChapitre 5 sur 12 · BAS- QUES · texte numérisé non relu

BAS- QUES

Ainsi, soit que Ton compare les moyennes générales des indices céphaliques, soit que Ton décompose les séries, on trouve non-seulement que les Basques ne sont pas brachycéphales, mais encore qu'ils sont beaucoup plus dolicho* céphales que les Parisiens anciens ou modernes.

Ce premier point une fois établi, M. Broca a étudié les crânes basques sous le rapport de leur capacité. Les trois plus petits mesurent 1,163, 1,195 et 1,200 centimètres cubes, les trois plus grands mesurent 1 ,876, 1 ,673 et 1 ,664 cent, cubes, et la capacité moyenne s'élève à 1 ,486 c. c. 88.

Or, si Ton fait abstraction dçs crânes de la Morgue, dont Tampleur est exceptionnelle, on trouve que la capacité moyenne des crânes des Basques est plus considérable que celle des crânes de toutes les séries parisiennes. M. Broca, renvoyant pour plus de détails à sa communication du 20 février dernier {Bulletins, t. III, p. 106 à 115), met sous les yeux de la Société le tableau suivant :

NOMBRB CAPACITÉ

de crânes, moyenne.

Crânes de la Cité 116 1,427.57(1)

Crânes des Innocents 117 1 ,409 .23

Crânes du jSépult". partie^» 90 1,484.23

XIX* siècle ( Fosse commune 35 1 ,403 . 1 4

Les deux séries précédentes 125 1 ,461 . 53

Crânes de la Morgue 17 1 ,517 .29

Tous les crânes parisiens réunis. . . 384 1,437.24 Crânesdes Basques 60 1 ,486.88

La capacité moyenne des crânes des Basques l'emporte donc de 49.64 cent. c. sur celle des crânes parisiens considérés dans leur ensemble. Inférieure seulement à celle des crânes de la Morgue, elle surpasse de près de 60 c. c. celle des crânes aristocratiques du moyen âge, déplus de 77 c. c. celle des crânes des Innocents, de plus de 83 c. c. celle des crânes des prolétaires modernes, enfin elle est même supérieure de 2.65 cent. c. à la capacité des crânes de la bourgeoisie du xix* siècle.

Quelles sont les causes qui ont pu amener ce résultat inattendu? Les crânes de toutes ces séries ayant été recueillis sans aucun choix, la proportion relative des crânes des deux sexes doit être à peu près la même dans chaque série. La comparaison des séries parisiennes a montré l'influence de la caste ou de la position sociale sur le volume de la tête. Le crâne des bourgeois modernes est plus volumineux que c(îlui des prolétaires ; il est plus volumineux que celui des aristocrates du moyen âge ; cela paraît établir

(1) La capacité moyenne des 115 crânes de la Cité qu'on avait pu mesurer Tannée dernière était seulement de 1^425.98 cent, cubes. Mais depuis lors on a consolidé Vm des cr&nes, qui avait d*abordparu trop fragile pour être cubé. La série des crftnes mesurés se compose donc aujourd'hui de 116 crânes, dont la capacité moyenne s'élève k 1,427.57. La capacité des crânes des Innocents, par suite de la vérification des calculs, est deseenduede 1,409.31 à 1,409.23; cette correction est insignifiante.

— laque, dans la même race, les progrès de la civilisation, Taisance et l'éducation coïncident avec Taccroissement du cerveau. Mais ce n*est évidemment pas à cette cause qu'est due la plus grande capacité des crânes des Basques. Ces crânes proviennent d'un pauvre cimetière de village, d'une population arriérée et ignorante qui végétait dans l'obscurité, lorsque, il y a six ans à peine, l'industrie et le commerce y pénétrèrent pour la première fois.

La capacité considérable du crâne des Basques est donc un caractère naturel de cette race. M. Broca est loin d'en conclure que les Basques soient plus intelligents que les Parisiens. L'intelligence, en effet, ne dépend pas seulement du volume absolu de l'encéphale ; elle dépend aussi du développement relatif des diverses régions du cerveau. Le cerveau des Basques, en moyenne, est plus grand que le nôtre; mais ce ne serait un caractère de supériorité que s'il avait la même forme, si, par exemple, la région frontale était absolument ou relativement aussi développée qu'elle Test chez nous. Or, H. Broca a mesuré séparément les principales régions de la tête, et il a reconnu que le crâne antérieur est y absolument par tant, plus petit chez les Basques qw chez les Parisiens. C'est au développement considérable de la région occipitale qu'est due la grande capacité des crânes des Basques.

L'heure avancée ne permet pas de donner aujourd'hui la preuve de cette proposition ; ce sera l'objet d'une communication prochaine, mais en terminant, M. Broca veut appeler l'attention sur un détail anatomique qui ne sera peut-être pas sans intérêt.

On sait que le degré de saillie do la protubérance occipitale externe varie beaucoup suivant les individus et suivant les races. Elle est moindre ordinairement chez la femme que chez l'homme , comme la plupart des saillies osseuses qui servent aux insertions des muscles. Chez certains sujets elle forme une véritable apophyse, une sorte de crochet qui

descend à plus d'un centimètre au-dessous de la ligne deïnicirculaire supérieure de l'occipital; d'autres fois elle se réduit à un très-petit tubercule, ou à une simple trace qu'on retrouve sur le milieu de la ligne demi-circulaire ; d'autres fois enfin cette dernière ligne manque entièrement, et la sur^ face du crâne, parfaitement lisse à ce niveau, ne conserve aucune empreinte, aucun vestige des insertions musculaires. Dans ce dernier cas la détermination du point occipital serait tout à fait impossible si l'on n'avait recourt à un moyen que M. Broca a fait connaître dans une communication précédente, et qui consiste à marquer sur la surface extérieure du crâne le niveau de la protubérance occipitale interne (Bull, de la Sœ. d'AnthropoL, t. III, p. 19j.

En déterminant à l'avance, pour les dessins crâniographiques, la situation de ce point, M. Broca a reconnu que le nombre des crânes Basques sur lesquels il n'existait aucune trace de la protubérance occipitale était relativement très-considérable. Et il lui a paru d'une manière générale que l'empreinte des muscles de la nuque était en moyenne beaucoup moins prononcée chez les Basques que chez les Français. Mais, ayant pour principe de ne pas s'en rapporter à de simples appréciations, il a cherché à étudier ce caractère d'une manière plus précise et plus méthodique.

Pour cela, il a passé en revue tous les crânes des collections de la Société, en pointant pour chacun d'eux, par une notation numérique, le degré de saillie de la ligne courbe occipitale el de la protubérance externe. Le n"" indique les crânes où il n'y a absolument aucune trace de cette ligne ou de cette protubérance; le n** 1 indique ceux où la protubérance fait entièrement défaut, mais où Ton aperçoit plus ou moins nettement la ligne demi-circulaire ; le n® 2 indique les crânes où la protubérance fait une saillie très-petite ; le n® 3, ceux où elle fait une saillie moyenne; len"* 4, ceux où elle fait une saillie très-considérable, et le n"" 5, ceux où elle

fait une saillie large, rugueuse, et un relief de plus d'un centimètre. Avec un peu d'habitude, on arrive très-aisément à répartir les crânes dans ces diverses catégories, et, quoique la détermination de certaines nuances soit quelque peu arbitraire, on peut être certain de ne pas se tromper de plus d'un numéro, ce qui est une approximation parfaitement suffisante Gela posé, M. Broca a pointé successivement les 60 crânes basques et les 384 crânes parisiens du musée de la Société, et, relevant le nombre de crânes qui correspond à chaque p(»nt, il a dressé le tableau suivant :

Page 1