EXPOSITION DU SUJET
L'infection des plaies de guerre par les microbes anaérobies a donné lieu à une série d'hypothèses relatives à la pathogénie de la gangrène gazeuse et du choc.
En particulier, de nombreux auteurs ont rattaché ces phénomènes à des digestions musculaires dont les produits de désintégration iraient par la voie sanguine intoxiquer l'organisme.
Dans la gangrène gazeuse, en effet, la fonte des masses musculaires s'accompagne d'une altération rapide de l’état général qui rappelle les symptômes du choc causé par les injections intra-veineuses de peptones.
Ces phénomènes ont été reproduits expérimentalement par P. Derrer en injectant à l'animal les produits d’autolyse musculaire.
D’autres auteurs, dosant l’azote dans le sang d'animaux traumatisés et de blessés en état de choc, ont constaté une augmentation de l'azote non protéique, produit ordinaire de la digestion des albumines.
La protéolyse dans les lésions de la gangrène gazeuse, et le passage des produits de digestion dans le sang sont donc indiscutables. Mais jusqu'à présent on ignorait à quel stade, peptones, acides aminés, ammoniaque, cette désintégration aboutissait, et
quelle était la nature endogène ou exogène des ferments en
cause. À-t-on affaire à des ferments d’origine musculaire ou bien à des ferments microbiens ?
À l'origine de notre travail, nous nous étions seulement
proposés de rechercher si les anaérobies digéraient le tissu musculaire dans les gangrènes gazeuses. Dans la négative nous devions nous demander quel était l'agent inconnu de la digestion. |
Nous avons d’abord étudié les meilleures conditions de eulture des microbes que nous avons pris pour types d’études. Nous avons fait varier la composition du milieu de culture et recherché dans quel cas la protéolyse des microbes sur le milieu était la plus grande.
Les microbes agissant par leurs ferments, nous avons ensuite essayé d'isoler les diastases contenues dans les cultures. En prenant pour tests de digestion la gélatine etles cubes de blanc d'œuf coagulé, nous avons mesuré grossièrement la protéolyse de ces ferments solubles, et déterminé ainsi la manière d’obteair le ferment le plus actif.
Ces conditions optima déterminées, nous avons essayé le pouvoir protéolytique de nos microbes et de leurs enzymes d'abord sur le musele vivant, en injectant l'animal, puissur le muscle séparé de l'organisme, 2x vitro.
Nous avons eu parfois des résultats négatifs, mais finalement, nous avons pu en regard des faits positifs placer l'explication des insuccès.
Nous aurions pu nous arrêter là. Mais la digestion du muscle cru sans le secours d’une dénaturation quelconque n’est pas un phénomène banal. Seuls les ferments végétaux du type papaïne agissent de la sorte. Les ferments des microbes anaérobies étaient-ils analogues ? IL était donc nécessaire de les définir plus complètement. Aussi avons-nous élargi notre étude.
Nous avons essayé de préciser quelles albumines attaquaient les ferments de l'Histolytique et du Sporogène, microbes choisis pour notre étude, sous quelle forme ils digéraient ces albumines, et quels étaient les produits de dégradation.
L'étude de la digestion des albumines du sérum, de l’œuf, et du lait, nous a permis ainsi de situer les ferments de ces deux microbes dans l’échelle des ferments protéolytiques clas-
siques.
Enfin, nous avons terminé notre travail par la recherche du degré de parenté des deux microbes. Nous avons pu démontrer que ces derniers, tout en sécrétant des enzymes très voisins, appartenaient cependant à deux familles microbiennes étrangères, du fait que leurs sérums antiprotéasiques étaient étroite
sent spécifiques.
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