‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 2)Chapitre 32 sur 54 · S U H L ES FO ]S ETIONS · texte numérisé non relu

S U H L ES FO ]S ETIONS

le monde ; « c’esl la même cause, continua-t-il, » qui produit les apparitions. Les apparitions » et les visions sont rares à la vérité ; mais il » en existe indubitablement, et je connais les » lois d'après lesquelles elles ont lieu. » Et moi je me dis à moi-même: ici encore l’organologie n’a pas été en défaut!

J’.ii aussi parlé plus baut d’un certain Ilallerau de Vienne. Cet bomme était continuellement accompagné de son génie familier; il le voyait et s’entretenait avec lui. Lorsqu’il eut atteint sa soixantième année , il sembla que son génie voulût le quitter. 11 n’y avait plus que certains jours dans le mois où il eût le bonheur de le voir.

J’ai connu à Gersbach, près Dnrlacli , dans le grand duché de Bade, un curé que l’on renferma , parce qu’il avait également un esprit familier. Il y a à Manheim un homme qui se voit toujours accompagné de plusieurs esprits. Quelquefois ils marchent à coté de lui sous des formes visibles; d’autres fois ils ne l’accompagnent que sous terre. Pinel parle d’un maniaque très dangereux, qui est ordinairement calme pendant le jour; mais qui, durant la nuit, se croit toujours entouré de revenans et de fantômes, qui s’entretient lour-à-lour avec de bons ou de mauvais anges , cl qui , suivant le caractère de ses visions , est bienfaisant ou dangereux , porté à

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des actes de douceur ou à des traits d’une cruauté barbare (1).

L’histoire, tant ancienne que moderne, fournit un grand nombre d’exemples du même genre.

S’il est ridicule d’admettre la réalité des apparitions, des démons ou des esprits familiers, il est aussi injuste d’accuser d’imposture ceux qui prétendent en avoir eu. Il y a peu de personnes à qui l’on puisse supposer assez d’adresse et de méchanceté pour contrefaire frauduleusement ces phénomènes, que l’observateur seul connaît dans toutes leurs nuances. Je vais faire voir que ces hommes sont le jouet d’une activité trop énergique d’une partie de leur cerveau.

Organisation cjui dispose aux visions.

Dès le premier fanatique que je vis, je fus frappé de la saillie arrondie de la partie supérieure de l’os frontal. Cette sadlie ne forme point au milieu de la tête une protubérance allongée, comme l'organe de la bonté; ce n’est pas non plus la protubérance surbaissée de la mimique. Ici toute la partie de l’os lronlal est bombée en segment de sphère.

(1) Sur l’Aliénation mentale, 2e. édit. , p. 1 18.

s U K LES FONCTIONS

Luire les circonvolutions xxv , <jui conslilucnt le talent poétique , et celles xxvi , qui lorment celui de la mimique, est placée uncautre circonvolution, PI. VIII, PI. IX, PI. X , dont le développement considérable entraîne très probablen vent la disposition aux visions. Celte circonvolution la i t-elle partie de l’organe de la mimique, et son développement excessif exaltet-il le talent pour la mimique au point d’en faire la faculté de personnifier les simples idées , et de les transporter, ainsi métamorphosées, hors de nous ? ou bien celte circonvolution fait-elle partie a-la-fois de la poésie et de la mimique ! ou enfin constitue-t-elje un organe particulier ? Voda ce que des recherches ultérieures sur les cerveaux des visionnaires pourront seules décider.

Comme il est très possible que les visions ne soient qu’un résultat nuancé d’une action exaltée de l’un de ces deux organes, ou îles deux ensemble , je n’ai pas cru devoir le considérer comme un organe particulier.

Maintenant que le lecteur examine les tètes de toutes les personnes qui, sans être attaquées d’une maladie mentale, étaient particulièrement disposées aux visions. Qu’il compare les portraits et les bustes de Socrate, PI. XC1I, lig. r; 'le Gabrino, PI. XC1II , lig. j; de Jeanne d’Arc,

tic St. Ignace, fig. (>; du Tasse, lig. 7; de Cromwell, PI. XCV, lig. 4; de Swedenborg, etc.; la même organisation qu’ils y remarquent se trouve également chez Jung Slilling , chez Hallerau , chez M. de F et M. le docteur W

Jusqu’ici je n’ai rapporté que des laits, et dans tout ce que j’ai dit j'ai eu la nature seule pour guide. Maintenant je vais proposer une explication dont le lecteur jugera le prix.

Explication des Visions et des Inspirations .

L’explication que j’ai donnée des reves , tome II, p. 5o6, nous fraye la route pour l’explication des visions et des inspirations. 1 endant le rêve, tout ce que nous voyons, tout ce que nous entendons , comme se passant dans le monde extérieur, se passe dans notre intérieur. Les chevaux fougueux et la voiture avec laquelle nous nous précipitons dans l’abîme , le torrent qui entraîne notre enfant, c’est nousmême. Ce qui, dans l’état de veille, serait une vive impression , une idée claire, devient, pendant le sommeil , 1 objet même qui produit 1 im- I cession que fait naître l’idée. C’est ainsi que 1 homme qui rêve, devient jour lui-même le

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comédien le plus parlait. L’animal el l’homme ont, pendant la veille, la faculté' de distinguer l’impression et l’ide'e de l’objet extérieur qui la produit. Cette faculté se perd pendant le sommeil. Or, comme nous ne pouvons pas avoir la conscience de ces objets , comme exislans dans nous en vertu d’une loi de la nature, nous les plaçons hors de nous. Dans ce sens , tout rêve est une vision, une apparition.

Toutes les fois que, tant dans l’état de santé • pie dans l’état de maladie , les sentimens el les idées sont produits avec une promptitude et une vivacité telles, que nous ne sommes plus en état de les distinguer de l’objet qui les produit, en conséquence des lois de nos sentimens et de nos idées, nous les plaçons dans le monde extérieur, et nous avons une vision ou une apparition.

Lorsque cette extrême activité des sens intérieurs est passagère, lorsque la personne a le temps de se reconnaître, lorsque d’autres sentimens el d’autres idées viennent affaiblir les premières, lorsque certains mouvemens que l’on là il automatiquement, donnent un autre cours à la circulation du sang, et nous rappellent à nous-mêmes, la vision on l’apparition disparaît, nous distinguons de nouveau le sentiment ou l’idée de 1 objet qui les produit ; le rêve que

ni'* CERVEAU.

nous faisions, tout éveilles, cesse. Dans ce cas, cet état est une aliénation passagère qui , cependant le plus souvent , laisse une impression telle , qu’il est très difficile de détromper les personnes qui ont eu de semblables visions. Chez certaines personnes , les visions sont périodiques , et elles ont beu d’ordinaire a 1 époque d’une excitation de 1 irritabilité, des hémorroïdes, du Üux menstruel, etc.

Chez d autres, cet état est plus durable dans la meme proportion que l’incitation maladive l’est davantage. Une incitation nerveuse habituelle, une contention d’esprit trop long-temps continuée et fixée sur un même objet, les jeunes, les veilles prolongées, la pléthore, suffisent pour le provoquer. Les personnes nerveuses, ou pléthoriques, douées de l’organisation en question, sont d’ordinaire celles qui prétendent avoir un esprit familier. Comme elles ne se sentent pas malades, il est tout simple qu’elles placent dans le monde extérieur ce qui réellement n’existe qu’en elles-mêmes. Elles sont dans le cas des aliénés qui croient embrasser l’objet de leur amour, se battre contre des brigands ou contre le diable. Et tout aussi peu que l’on pourra convaincre un maniaque, tant que dure sa marne, qu’il est aliéné, tout aussi peu l’on pourra faire comprendre à un visionnaire qu’il est lunatique.

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Or, il paraîtrait qu’un développement extrême des circonvolutions placées entre l’organe de la mimique et celui de la poésie, dispose à celte incilabilité excessive. Et qu’y a-t-il en effet de plus analogue que le talent poétique et le talent de la mimique, et la disposition aux visions? Je ne serais pas éloigné de croire (pie l’exaltation de l’organe du penchant h la religion contribue, au moins dans plusieurs cas, beaucoup aux visions. Ces visions expliquent pourquoi tous les visionnaires portent dans leur extérieur l’empreinte de l’onction, de l’exaltation, de l’inspiration, de quelque chose de [tins qu’humain.

Il paraît que les inspirations ne doivent pas toujours être r pporlées à la même source. Dans beaucoup de cas , elles ne sont que l’effet de l'aciivité désordonnée et involontaire d’un seul organe, au moyen de laquelle l'homme sent une impulsion violente qui lui semble agir indépendamment de son moi, impulsion qu’il attribue à une force qui est autre chose que lui-même, et qu’il doit regarder, à cause de cela, comme une inspiration, comme un ordre, un commandement reçu d’ailleurs. Il faut pardonner tà l’ignorance et à la superstition qui cherchent dans l’impulsion d’esprits bienfaisans, ou de démons remplis de malice, ce que le naturaliste trouve dans l’action vicieuse d’un organe surirrité.

Dll C. KR VEAU.

Les visions ne sont pas rares dans la manie.

« Rien n’est plus ordinaire clans les hospices, dit M. Pinel , que les visions nocturnes ou diurnes qu’éprouvent certaines femmes attaquées de mélancolie religieuse. Une d’entre elles croit voir pendant la nuit la Ste.-\ icrge descendre dans sa loge, sous la forme de langues de feu. Elle demande qu’ou y construise un autel pour y recevoir dignement la souveraine des cieux, qui vient s’entretenir avec elle, et la consoler de ses peines. Une autre femme , d’un esprit cultivé, et que les événemens de la révolution ont jetée dans des chagrins profonds et un délire maniaque, va constamment se promener dans le jardin de l’hospice, s’avance gravement les yeux fixés vers le ciel , croit voir Jésus-Christ avec toute la cour céleste, marcher en ordre de procession au liant des airs , et entonner des cantiques accompagnés de sons mélodieux ; elle s’avance elle-même d’un pas grave pour suivre le cortège, elle le montre, pleinement convaincue de sa réalité, comme si l’objet lui-même frappait ses sens; elle se livre à des emportemens violens contre tous ceux qui veulent lui persuader le contraire (i).

(i) De l’Aliénation mentale, ■ i c. edi L. , p. 108 et 109, §. 122.

S U R h F. S F O N r. T IONS

Ce serait ici l’endroit de traiter le magnétisme animal; mais comme cette matière singulière ferait une trop longue interruption de l’exposition des organes, je la renverrai au sixième volume de cet ouvrage.

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