PRÉFACE
Âvaxr retranché de cette édition, l’anatomie du système nerveux et du cerveau, je m'étais proposé de n’entrer dans aucune discussion sur les faits anatomiques.
Mais depuis que, par ma première impulsion, le système nerveux est devenu l’objet des recherches multipliées des anatomistes et des physiologistes, il n’est plus possible de traiter soit son anatomie » SOI sa physiologie, séparément. Les uns souuennent que les propositions anatomiques sont tellement liées aux propositions physiologiques, que la vérité ou la fausseté des unes entraîne nécessairement la vérité ou la fausseté des autres. Les autres, en confondant les fonctions vitales avec les fonce
Uons animales, spéciales, prétendent décou- VI. 7
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vrir les organes des fonctions spécifiques par la lésion et la mutilation de diverses parties du système nerveux et du cerveau.
Jai donc cru nécessaire de répondre aux principaux ouvrages qui s'occupent péle-méle de l'anatomie et de la physiologie du système nerveux, au moins autant qu'ils sont dirigés contre mes découvertes.
Les ouvrages de MM. Tiedemann , Carus, Rudolphi, Rolando, Flourens , Burdach, Serres, etc., etc., n'ont paru les plus dignes d'attention, vu que ce sont ceux-ci dont l'intention de renverser mes principes anatomiques et physiologiques est la plus manifeste.
Quant à l'anatomie comparée du cerveau dans les quatre classes des animaux vertébrés, de M. Serres, j'en ai critiqué le rapport inséré dans les Archives générales de Médecine, X. VIE, 1825. J'ai cru d'abord que l’auteur de ce rapport se rangeait du côté de M. Serres ; mais plus tard j'ai vu que M. Olivier à fait, entre autres excellentes remarques, plusieurs
PRÉFACE. vij des observations que j'avais faites moimême contre les assertions de M. Serres.
Dans un des volumes, j'ai reproché à MM. Chaussier et Adelon d’avoir copié mes idées sur les fonctions des cinq sens, sans m'avoir nommé, Il est de mon devoir de réparer le tort que j'ai fait à ces illustres professeurs: ils avaient indiqué la source de leurs idées dans des passages précédens.
Les objections que l’on a faites , depuis l'impression de mon grand ouvrage, contre la physiologie du cerveau, sont la répétition de celles que j'ai déjà si souvent réfuiées. Îl en est de même de celles de M. Bérard, la plupart d’une teneur purement métaphysique. Au reste, sa doctrine des rapports du physique et du moral est un ouvrage obligé de circonstance, et est, par conséquent, au-delà de l’atiention sérieuse d'un observateur des lois constantes de la nature. |
J'ai toujours eu la conscience de la diguité de mes recherches et de l'influence
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étendue qu'un jour ma doctrine exercérä sur toutes les branches des connaïssances humaines; c’est pourquoi je suis resté Indifférent à tout ce qu'on pouvait dire de bien ou de mal de mes travaux. Ils étaient trop éloignés des idées reçues pour qu'ils eussent pu être goûtés et approuvés d'abord. Leur connaissance exigeait une étude ‘profonde et suivie; cependant tout le monde voulait juger , et chacun me prétait des opinions et une intention selon la mesure de son intelligence.
Maintenant toute la doctrine est consacrée au public. Le jugement ne pourra plus rester long-temps équivoque. Les vues personnelles disparaîtront; les passions se tairont, et la critique ne portera plus que sur sa valeur intrinsèque. La postérité ne manquera pas d'établir un parallèle entre le point d’où je suis parti et celui où je me suis arrêté. Les adversaires ont trop bien signalé l'état où se trouvaient les divers objets qui font partie de mes travaux, pour qu'il soit difficile de reconnaitre ce que,
PRÉFACE. ix par mes découvertes, ils ont recu, ct ce qu'ils recevront d'amélioration. Quels progrès dans l'anatomie, dans la physiologie et dans la pathologie comparées du svsième nerveux! Quelle source féconde en principes irrécusables pour les études philosophiques, pour l'art de tirer le meilleur parti des dispositions des individus, pour l'art de diriger l'éducation de la jeunesse ! Quels précieux matériaux pour une législation criminelle, basée sur la connaissance complète des mobiles des actions humaines! Combien l’histoire ne devra-t-elle pas changer de face aux yeux de celui qui saura l'apprécier d’après les penchans et les facultés dominantes des personnages qui y ont joué les premiers rôles! ete., ete.
Le fondement de cette doctrine utile est posé, etil doit être aussi inébranlable que les matériaux, les faits dont il est construit. Mais que je suis loin de croire que l'éditice soit achevé! Ni la vie, ni la fortune d’un seul homme ne sauraient suffire à ce vaste projet. Jusqu'à présent j'ai été
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abandonné à mes propres moyens. Il faudrait encore un concours immense des circonstances les plus heureuses pour élever cette étude au degré de perfection dont elle est susceptible. IL faudrait une collection complète de crànes d'animaux, non pas seulement de diverses espèces, mais aussi d'individus dans lesquels on eüt reconnu des qualités ou des facultés particulièrement prononcées; il faudrait une collection complète de cerveaux d'animaux, modelés d’après nature en cire, pour en multiplier les moyens de co mparaison. Îl faudrait un grand nombre de crânes, où au moins de bustes coulés en plâtre, d'hommes et de femmes distingués par une qualité ou une faculté quelconques; enfin, il nous faudrait des connaissances beaucoup plus étendues en histoire naturelle, que ne sont celles que nous avons dans ce moment sur les instincts, les aputudes industrielles, sur les qualités et les facultés; en un mot, sur l'économie intérieure des animaux.
Espérons que biemôt lPuuiité et limpor-
PRÉFACE. xi tance de ces recherchesseront généralement reconnues; que bientôt on sentira la nécessité d'en faire un objet d'instruction publique ; que les gouvernemens voudront euxmêmes les favoriser; que d’autres savans m'aideront de leurs lumières, et qu'alors la physiologie morale et intellectuelle ne tardera pas à paraître dans un éclat que mes efforts isolés n’ont pas encore pu lui donner.
J'étais fort tenté de donner un extrait des ouvrages anglais de M. Combe et de diverses sociétés qui se sont formées à Londres, à Edimbourg, à Philadelphie, etc.
Mais ces travaux sont trop importans pour que le peu d'espace que j'aurais pu leur vouer , cüt sufli pour en rendre un compte satisfaisant à mes lecteurs. Ceux qui lisent l'anglais, et qui s'intéressent à la physiologie du cerveau, seront facilement convaincus combien ces hommes profonds ont déjà contribué à sa perfecuon.
Au moment où l'impression de ce volume a été terminée, un jeune et très ha-
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bile anatomiste, M. Fauville, a cru pouvoir réfuter mes idées sur l’origme de la substance blanche fibreuse, sur le double système divergent etconvergent, dans le cerveau, et sur la formation de la grande commissure des hémisphères. Sa manière de voir diffère de celle de M. Tiedemann, et ses préparations anatomiques présentent réellement un grand degré d'illusion, de manière que ceux qui ne sont pas familiarisés avec l'anatomie de cet organe si délicat et si compliqué, ou ceux qui sont inaccessibles aux preuves physiologiques, pourraient facilement être persuadés que la grande commussure est la continuation immédiate des faisceaux des corps striés. C'est pourquoi je vais présenter sous un seul point de vue les argumens principaux qui prouvent que la grande commissure est formée par les ibrilles nerveuses rentrantes de la surface des: circonvolutions divergentes et convergentes, pour former cette grande jonction des hémisphères. Mais la valeur de ces
preuves ne sera bien sentie qu après que le
PRÉFACE. xii] lecteur aura lu tout ce que j'ai dit sur cet objet dans le courant de ce volume.
L Il est démontré à l'œil que les faisceaux transversaux de la protubérance annulaire ou de la commissure des hémisphères du cervelet, sont la continuation des fibrilles nerveuses qui naissent à la surface des lamelles du cervelet, et qui, en convergeant et se joignant à celles du côté opposé, forment cette commissure,
IL. Il est encore démontré à l’œil que la commissure antérieure est formée par des librilles et des faisceaux qui sortent, en convergeant, de la partie antérieure intérieure des lobes moyens. Le gros cordon nerveux traverse les corps striés sans y être adhérent d'aucune manière. Certes, si aucune commissure devait être formée par les fusceaux des corps striés, ce scrait celle-ci.
HT. Le septum lucidum, également formé par des fibrilles nerveuses qui sorlent de Ja base du cerveau et qui se ren-
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contrent dans la ligne médiane de la grande commissure, n’est autre chose qu'une commissure, et n’a rien de commun avec les COrpS striés.
IV. Les piliers postérieurs de la voûte ct Ja lyre sont le résultat des filamens rentrans et sortans de la bandelette festonnée du tœnia, et dela corne d'Ammon. Tous ces appareils n’ont aucune liaison avec les corps striés , et font pourtant partie de la grande commissure.
V. Personne ne contestera que les replis antérieur ct postérieur ne soient des parties intégrantes de la grande commissure. Or, ces replis sont évidemment formés par les fibres nerveuses qui rentrent en convergeant des lobes antérieurs et postérieurs des hémisphères. La direction des libres qui forment ces replis, est évidemment opposée à la direction des faisceaux nerveux des corps striés. Il est impossible de concevoir cette disposition en admettant que les fibres des replis sont une con.
unuation des corps striés; tout, au con-
PRÉFACE. xv traire, s'explique dès que l’on reconnaît que les replis sont formés par les fibres rentrantes des hémisphères. Leur direction, qui va en biaisant et en croisant celle des faisceaux des corps striés, est nécessitée par l’évasement, ou la direction horizontale interrompue des lobes antérieurs et postérieurs des hémisphères. Si donc le septum lucidum , les piliers postérieurs , la lyre, les replis postérieur et antérieur, toutes les parties intégrantes de la grande commissure, sont formés par les fibres rentrantes des hémisphères; si toutes les autres commissures, celle des hémisphères du cervelec, la commissure antérieure, sont formées par les fibres rentrantes ou convergentes des hémispheres, comment peut-on admettre raisonnablement que la seule partie moyenne hori- zontale de la grande commissure fasse exception à cette loi générale ?
VI La grande commissure s'étend , dans sa partie postérieure, au-delà des corps striés par la raison que les lobes