‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 4)Chapitre 17 sur 58 · I (JO · texte numérisé non relu

I (JO

concevoir que le petit cerveau de la fourmi , de l’abeille, de l’araignée, du mulot, de la penduline, ne suffisent pas seulement à leurs instincts mécaniques, mais aussi à tous leurs autres instincts si variés et si étonnans? Depuis quand un philosophe a-t-il cru pouvoir s’arroger le droit de demander à la nature, quelles doivent être les dimensions d’un tel ou tel organe, pour produire telle ou telle force?

Après avoir traité du sens des couleurs, du sens de la musique , du sens des arts, etc. , il me paraît superflu de faire remarquer fort au long, combien sont dans l’erreur ceux qui disent de la sensation de la vue, qu’elle devient pour l’homme la source d’idées sublimes, et de plusieurs arts libéraux, tels que la peinture, la sculpture, l’architecture, la mimique ou pantomime, etc. (1), et qui attribuent au loucher notre supériorité sur les brutes.

(1) Dictionnaire des Sciences médicales, T. XXI, p. 206.

Facultés intellectuelles et qualités morales dont la plupart distinguent essentiellement l’espece humaine d'avec toutes les autres especes d’animaux.

Les instincts, les pcnchans , les talens ouïes qualités morales et les facultés intellectuelles que j’ai traités jusqu’ici, se retrouvent toutes, au moins dans leurs rudimens, chez les animaux. Mais il n’y a que l’homme qui les réunisse toutes, quoique aucune ne soit exclusivement sa propriété. Tous les organes de ces facultés sont, comme je l’ai démontré, placés dans les parties inférieures-antérieures, et inférieures-anlérieures -latérales du cerveau , et quelqu’e'levés , relativement à l’étendue de leurs fonctions , qu’ils soient au-dessus de ceux des animaux, quelque merveilleux que soient leurs résultats, on ne peut encore les signaler que sous la dénomination d’organes de facultés intellectuelles inférieures, que l’homme partage avec un grand nombre de brutes.

Mes lecteurs, après avoir vu l’homme si longtemps associé aux animaux, seront enfin impatiens de savoir quelles sont donc les qualités morales et les facultés intellectuelles qui donnent à l’homme son immense supériorité sur les ani-

S ris LES FONCTIONS

maux; quelles sont les qualités elles facultés qui constituent le caractère essentiel, distinctif de l’humanité ?

Rien de si facile que la réponse à cette importante question pour ceux qui aiment encore à croire que les animaux ne sont que des machines , des automates, privés de tout sentiment, de toute conscience , de tout principe moral et intellectuel. Dans cette supposition , Fhomine seul est muni d’une substance immatérielle douée de volonté et de raison. C’est l’âme qui donne exclusivement à l'homme le caractère de l’humanité. Toute recherche ultérieure est interdite , et tendrait à ravaler la dignité de notre espèce.

On tranche la difficulté de la même manière , lorsqu’on veut bien accorder aux brutes de la conscience, des penchans, de la mémoire, du jugement, etc.; mais qu’on prétend que toutes leurs qualités et toutes leurs facultés sont ou des forces matérielles, ou le résultat d’un principe occulte, d’un principe vital, indépendant de l’organisme, Suppléant de l’âme, tandis que les mêmes forces chez l’homme émanent d’une substance spirituelle, également indépendante dans l'exercice de ses forces, de l’organisation.

Ceux , au contraire, qui scrutent les choses à fond , et qui désirent opposer la vérité à l’erreur et à la superstition , trouvent le problème sur le

nu C E R V E A U .

caractère distinctif de l’homme entouré de plus grandes diflieultés. Plus on a suivi les animaux dans l’exercice de leurs instincts, de leurs penchans et de leurs facultés , plus l’embarras de déterminer les bornes de leur intelligence augmente. Combien de fois l’étonnante perfectibilité et les actes muets du chien , de l’éléphant, de l’orang-outang , ne présentent-ils pas les images les plus illusoires de l’intelligence et de la moralité de l’homme! Plusieurs naturalistes philosophes n’ont pas craint de soutenir que l’espèce humaine ne diffère des autres espèces d’animaux, que par sa capacité de connaître et d’adorer un Dieu.

Pour arrêter une opinion raisonnable dans cette incertitude, et pour ne pas m’engager dans la recherche des premiers principes, ou dans des questions insolubles, obstacle éternel à toute découverte positive, je me borne encore aux conditions matérielles, ayant recours à l’anatomie et à la physiologie comparées du cerveau. Nous avons déjà vu combien le cerveau de l'homme est plus volumineux dans sa partie a niérieure-inférieurc que celui des animaux; nous avons vu aussi combien les fonctions de ces parties cérébrales sont plus étendues et plus parfaites dans l’homme, que ne le sont les fonctions de la même région cérébrale chez les brutes. Que

1 Çj4 S i: R LE S FONCTIONS

l’on compare maintenant la partie antérieure-supérieure du front de l’homme avec les tètes des animaux. Tandis que les parties anlérieures-infërieuresdu cerveau ne pèchent chez les animaux que parle défautd’un développement favorable, les parties antérieures-supérieures leur manquent tout-à-fait. Chez l’homme, le front s’élève à une hauteur beaucoup plus considérable que chez aucun des animaux les plus parfaits. En outre , les parties cérébrales de cette région, ainsi que le front , avancent plus ou moins au-delà des orbites. Quel avis frappant pour ceux qui sont convaincus du rapport intime qui existe entre le physique et le moral, entre l’organisation cérébrale et ses fonctions les plus nobles !

C’est cette région du cerveau que nous allons analyser; c’est là où nous découvrirons la cause matérielle du caractère distinctif de l’espèce humaine. Après avoir étudié, l’un après l’autre, chacun des fragmens dont l’ensemble du caractère moral et intellectuel de l’homme se compose; après avoir démontré matériellement que chaque nouvelle force morale ou intellectuelle est constamment et nécessairement accompagnée d’une nouvelle partie cérébrale propre à l’homme seul, nous pourrons dire avec la satisfaction de la plus haute probabilité : voici la barrière entre l’homme et l’animal ; voici où l’animalité finit, et

où l'humanité commence ! Et j’aurai prouve que la méthode la plus féconde et la plus sûre d’étudier l’homme, est l’étude successive des organes du cerveau.

Nous avons dit ailleurs que l’os frontal se divise en sa partie antérieure, en sa partie supérieure et en ses parties latérales. Les organes placés dans la partie antéric^e-inférieure , et antérieure-inférieure-latéralc, ont été exposés dans la section première. Il nous reste à examiner quels sont les organes placés dans la partie anlérieure-supérieure, et antérieure-supérieurelate'rale de l’os frontal. Je commence par l’examen de celui qui occupe la ligne médiane, et auquel, par conséquent, la nature paraît avoir attaché le plus d’importance.

Page 1