‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 4)Chapitre 48 sur 58 · SUR LES F O IN C T 1 0 M S · texte numérisé non relu

SUR LES F O IN C T 1 0 M S

porte scs regards de tous cotes, cherchant à découvrir des coliines et des buissons ; enlin, obéissant à la seule angoisse, il tente de se faire jour à travers les chasseurs et les traqueurs. J’ai vu une martre qui, poursuivie dans un grenier à foin, suivait la meme méthode; elle 11c m’avait pas aperçu; tantôt elle levait la tête et portait les yeux de côté et d’autre avec sollicitude; tantôt, lorsqu’elle s’apercevait qu’011 l'approchait de plus près, elle s’éloignait en se traînant a platventre. L’on peut observer la même pantomime chez le lièvre, chez l’écureuil , et même chez les oiseaux circonspects, par exemple chez le pivert.

Mimique du sens des hauteurs et de la fierté.

L’organe de la hauteur a son siège dans la ligne médiane à la partie supérieure-postérieure de la tête. Par conséquent, lors de son action énergique, il doit faire redresser la tête et la porter un peu en arrière.

Voyez l’homme lier se rengorger, se redresser, porter la tète haute. Voyez comme tantôt il porte les bras en avant, dans l’altitude du commandement, comme tantôt s’admirant lui-même

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il les élève , puis jetant , du haut de sa grandeur, un regard de mépris sur toutce qui l’environne, il les croise sur sa poitrine, ou bien gesticulant en l'air de la droite, ilappuie le plat delà gauche sur le flanc, le coude avancé, PI. XCV1I, fig. 7. Demandez à cet homme de s’intéresser pour vous auprès du souverain : il vous protégera d’un regard, il portera sur sa poitrine l’une de ses mains, témoin de sa puissante influence, il se dressera sur la pointe des pieds , et un gracieux mouvement de sa tcle, dirigée en haut et en arrière, vous dira : Laissez-moi faire . Plus le sentiment de l’orgueil est profond, plus l’homme se gonfle et sc dresse avec audace ; plus le regard qu’il promène autour de lui exprime la suffisance et le mépris, plus il parcourt d’espace dans sa solennelle démarche. L’homme qui a la connaissance de son mérite, de son talent, relève également sa tète avec dignité en redressant tout le corps, PI. XCVII, flg. 8. Une dame très vive se plaignit à moi avec confusion d’avoir fait par orgueil une démarche inconsidérée : « Maudite fierté! » s’écria-t-elle enportant la main entre-ouverte sur l’organe de la hauteur. Eu général le cas n’est pas rare où, dans le moment de l’activité extrême d’un organe, on porte brusquement la main à la région où il a son siège.

Ainsi donc, dans la pantomime de l’orgueil,

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Ions les gestes indiquent une tendance à s’élever , a s agrandir, a allonger sa stature. « Je ne connais, dit Engel, aucun peuple, aucune race d hommes chez lesquels l’orgueil ne porte pas la télé en l’air, ne fasse pas relever tout le corps et ne fasse dresser l’homme sur la pointe des pieds pour le faire paraître plus grand. »

J’ai parle' de la mimique des maniaques par orgueil, en parlant delà hauteur comme qualité fondamentale. Cette mimique est, quant à l’essentiel, la même chez le maniaque que chez l’orgueilleux en santé, seulement , à raison de l’état de surirrita! ion qui a lieu dans la manie, tous les gestes sont outrés jusqu’à la caricature.

L’attitude du fier coursier magnifiquement caparaçonné, du coq qui vient de terrasser son adversaire , coïncident avec l’attitude de l’homme orgueilleux, autant que le permet le rapport de la conformation de ces animaux avec celle de rhomme. Partout tête haute, démarche grave et mesurée.

Lorsque nous voulons exprimer l’humilité , la soumission, le respect, notre pantomime est précisément l’inverse. La tête et le corps se penchent en avant; tout tend à rapetisser notre personne; depuis la profonde révérence jusqu’à la génuflexion, jusqu’au salut oriental à plat-

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ventre, toutes les démonstrations de respect ne sont que 1 expression vraie ou simulée de l’absence de tout orgueil , de tout sentiment de son propre mérite , expression dictée par l’intention de Faire paraître un dévouement sans bornes, une soumission entière, une humilité sans égale, un respect profond. Partout rapetissement de la stature , raccourcissement du corps en le portant en avant, PI. XCVII, fig. 9. Cette pantomime est un langage généralement reçu, et par conséquent naturel, et fondé dans la nature de l'homme ; elle ne peut s’expliquer que par l’inaction absolue et l’apathie complète de l’organe de la hauteur. Jamais et dans aucun pays un homme n’exprimera le respect, l’obéissance, la soumission, en relevant la tète et en la portant en arrière.

La confusion résulte d’un orgueil blessé. Aussi l’homme confus se relire, non-seulement avec la pantomime de l’humilité, mais il couvre encore son visage; il s’efforce de se dérober à tous les regards; il voudrait se cacher au centre de la terre.

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Mimique de la vanité.

L'organe de la vanité est placé un peu plus en arrière que celui de la hauteur et plus sur le côté. Par conséquent, par l’action énergique de cet organe , la tète et le corps doivent être relevés et portés en arrière, et comme les deux organes congénères sont plus écartés l’un de l’autre que ceux delà hauteur, le corps et la tête doivent cire tournés alternativement, tantôt d’un côté, tantôt de l'autre; il en résulte un balancement de tout le corps. Tant que la vanité se manifeste tranquillement, l’homme vain comme la femme vaine, tiennent la tète levée; ils marchent en se balançant et en portant les yeux de côté et d’autre pour voir si on les admire.

Le lat, entiché des avantages les plus frivoles, se rengorge, écarte les jambes , coupe l’air de gestes qu'il fait à droite et à gauche , se carre, retire la tète en arrière , et s’avance d’un air avantageux en se portant autant de côté qu'en avant, Pi. XCVII, fig. 10.

En traitant de l’organe de la vanité, j’ai fait remarquer combien les animaux sont sensibles tant à la louange qu'aux marques d’improbation. Observez dans sa cage, soit un serin, soit un chardonneret , pendant que vous lui parlez

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d’un Ion caressant , vous le verrez se tourner de côté et d’autre , et vous répondre par des accens affectueux, expression de son contentement. Je rappelle ici au lecteur l’intéressante pantomime de ma petite chienne, lorsqu’on lui faisait des éloges, tandis quelle portait ma pantoufle dans sa gueule, et je l’engage à revoir tout l’article de l’orffane de la vanité. Partout il verra des mou-

venions qui partent de la région où l’organe de la vanité a son siège, ou qui se rapportent à cette région.

Mimique de l’organe de la mémoire des noms et des mots.

Cet organe a son siège au-dessus et derrière les yeux. Lorsqu’une personne est embarrassée pour se rappeler un nom, elle tient les yeux flvés et levés, passe le plat de la main sur les sourcils, se presse et se frotte la partie inférieure du front, comme pour exciter l’activité de la partie cérébrale subjacenle. L’on fait d’ordinaire la même pantomime lorsqu’on s’efforce de réciter un morceau que l’on avait appris par cœur autrefois. Il y a des personnes qui accompagnent de plusieurs autres mou venions la tension des

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yeux et l’action de se frotter le front: elles sc mordent les doigts, se frappent les cuisses avec les mains, etc. Mais ces geslcs-lA ne sont qu’individuels. Le mouvement des yeux, au contraire, et l’action de porter la main au-dessus des sourcils et de se frotter le front, se voient constamment.

Mimique de l organe des arts.

Cet organe a son siège dans les tempes, à-peu-près à la hauteur des arcs superciliaires. Lors de l’action énergique, alternative de chacun des organes congénères, la lèle et le corps doivent donc être portés tantôt d’un côté, tantôt de l'autre, et faire un mouvement semblable à celui de l’oiseau qui considère un objet, tantôt d’un œil, tantôt de l’autre, ou à celui du chien qui , en guettant, prêle tantôt l’oreille droite et tantôt la gauche. Que l’on observe une ouvrière en modes qui fait un chapeau; pour juger s’il réussit bien , jamais elle ne le placera droit devant elle, elle le tient obliquement, penche la tête en avant et, le considère ainsi alternativement tantôt d’un côté , tantôt de l’autre ; elle en rapproche donc tantôt l’organe droit, tantôt l'organe gauche. Ceci est manifeste, car pour-

quoi, sans cela, ne tiendrait-elle pas le chapeau droit devant elle et ne le regarderait-elle pas des deux yeux à-la-fois?

Pl.XCVII,fig. 2. Un sculpteur examine ses ouvrages d’un œil attentif; il est placé un peu obliquement; de la main gauche il soutient le coude du bras droit, et, avec l’expression de la réflexion, il pose les deux doigts de la main précisément sur l’organe des arts. Sa tête eslobliquement penchée de coté. Lorsqu’il s’est fatigué à se tenir ainsi, il prend la même altitude du coté opposé.

On voit sur le tombeau de Piranesi une belle statue qui représente cet artiste réfléchissant sur son art; elle a la pose que je viens de décrire.

M iinique de la musique.

L’organe de la musique étant placé au bord antérieur-inférieur du front, son action énergique doit imprimer à la tête et à tout le corps un mouvement d’oscillation d’arrière en avant et d’un coté à l’autre. Tout le monde connaît la pantomime cl’un amateur passionné qui écoule une belle musique. Il bat en quelque façon la mesure avec la tête et avec tout le corps; et à chaque

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bonne pensée il incline la tête et la balance à droite et à gauche.

Lorsque je vois une personne jouer d’un instrument quelconque , le corps immobile, je suis sûr que son jeu est sans âme. Lorsqu’au contraire tantôt elle semble vouloir se coucher mollement au travers de son instrument , tantôt elle se relève les yeux dirigés obliquement dcbasen liant et en se balançant, c’est une preuve qu’elle est pénétrée de son sujet.

Un musicien de ma connaissance, passionné; pour son art, presque au point d’ètrc maniaque, parcourt, en fredonnant, sa chambre et même les rues presque sans connaissance ; d’ordinaire d lient la tête penchée en avant, quelquefois il la redresse brusquement et tenant les yeux immobiles, le regard obliquement dirigé vers le ciel j c’est toujours là le moment de l’inspiration.

Nous avons quelques portraits de musiciens qui les représentent dans cette attitude. La gravure de Dussek, entre autres, rend le moment de l’inspiration, PI. LXXXVI , fig. i.

Je connais un compositeur qui , en composant, se frappe sans cesse de son doigt précisément la région de l’organe delà musique. Lorsqu'il se livre à une contention d’esprit d’un autre genre, il fait une pantomime toute différente.

On pria, on ma présence , M. Garai tic chanter. Au moment tle commencer il passa la main d'abord sur l’organe droit des Ions, et ensuite sur le gauche. Faisait-il ce mouvement pour animer l’organe ? ou l’organe déjà eu action donnait-il celte direction à la main? Dans une société, madame Catalani ne trouvait pas d’expression pour rendre la jouissance que lui procure le chant ; dans celle espèce d’embarras elle porta de chaque coté le plat de la main sur l’organe des tons, en se flottant avec l’expression du plaisir le plus vif. Voilà sans contredit des mouvcmens qui partent de l’organe des tons et qui réagissent sur lui.

Mimique du sens des localités.

L’organe du sens des localités est placé dans la partie anlérieure-inféricure du front, à cote de l’organe de l’éducabi li lé. On n’a que bien rarement l’occasion d’observer sa pantomime. Voilà cependant ce que j’ai été à même d ' ii voir. Un jour que je m’entretenais avec un savant au sujet de Vienne, celui-ci ne pouvant pas se rappeler l’une des rues de celle ville, plaça devant scs yeux le doigt indicateur et le doigt annulaire qu’il tenait écartés et qu’il agitait

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doucement , puis l’œil fixe il passa en revue les différons quartiers de Yienne. L’on lait à-peuprès la meme pantomime lorsqu’on est indécis à l’entrée d’un carrefour.

Mimique cle la poésie.

L’organe delà poésie est placé dans la partie supérieure latéralede la tèteau-dessus des tempeset s’étend obliquement de bas en liant et en arrière. Le meme homme ci-dessus qui, lorsqu’ilcompose delamusique,agitcson doigtsur l’organedes tons; lorsqu’il compose un poème, dans son extase se redresse obliquement vers le ciel. Jamais on ne verra un poète dans une autre attitude au moment où son génie l’inspire. C’était là tellement l’altitude favorite de Pope et de Schiller, que les artistes les ont représentés dans cette pose, PI. XCVII, fig. 12. D’ordinaire le poète met en meme temps la main sur l’organe poétique. Que l’on ne me dise pas que la main est là pour supporter la tête; nous avons vu que, lors de l’activité d’autres facultés, elle se porte sur une autre région.

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