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LA LEISHMANIOSE NATURELLE DU CHIEN

Lä sensibilité du chien au virus humain et du chien seul parmi les animaux expérimentés (le singe excepté) nous a conduit à penser que le Kala Azar pouvait avoir une origine canine. La persistance d'une affection aussi rare en Tunisie s'explique mal si l’on n’admet point l'existence auprès de l'enfant d’un animal plus fréquemment atteint et jouant vis-à-vis de lui le

rôle de réservoir de virus. 1l nous avait semblé en outre que les premiers de nos malades avaient été en contact avec des chiens mal portants.

Aussi, dès le lendemain de la constatation de l'infection de notre premier chien d'expérience, avons-nous commencé une enquête afin de découvrir sur les chiens de la fourrière du Tunis l'existence d’une leishmaniose naturelle. Les faits n'ont pas tardé à prouver le bien fondé de notre hypothèse.

Sur 222 chiens de Tunis examinés pendant les mois de mars, avril et mai 1908, nous en avons rencontré quatre qui présentaient à l'autopsie les lésions ordinaires du Kala Azar avec présence et localisation dans les organes d'élection de leishmania. Une culture pratiquée avec la pulpe splénique d’un de ces chiens donna un résultat positif. L'étude de l'infection ne fat pas alors poussée plus avant ; nousl'avons reprise aujourd'hui. L'existence d’une leishmaniose spontanée du chien a été constatée ensuite à Alger (Sergent), Malte /Critien) en Italie méridionale et en Sicile et même à Rome (Gabbi, Basile;, enfin à Lisbonne (Alvarez) ; dans tous les pays méditerranéens en un mot où la maladie a été rencontrée déjà chez l'enfant. Partout, elle se présente avec les mêmes caractères que l'infection expérimentale de cet animal.

Les preuves définitives de l'identité des leishmanioses infantile et canine n’ont pas élé encore apportées; néanmoins l'existence des deux infections dans les mêmes contrées et la sensibilité du chien au virus humain, alors que tous les autres animaux expérimentés (sauf le singe si voisin de l’homme) y sont réfractaires, ne permettent guère le doute.

Il n'en est point de même jusqu’à présent du moins, du Kala Azar des Indes. D'après Patton et Christophers, le chien ne serait pas sensible au virus indou et ni Christophers ni Donovan sur plus de deux mille examens de chiens de Madras n'ont rencontré un seul cas de leishmaniose naturelle. Ces résultats, contradictoires des nôtres et de ceux qui, opérant comme nous dans le bassin méditerranéen, ont confirmé nos constatations, semblent montrer que le Kala Azar des Indes et celui de la Méditerranée diffèrent. Leur identité en tout cas ne pourra être affirmée que le jour où la maladie aura pu être reproduite chez le chien avec le virus indou.

Nous ignorons encore dans l'hypothèse si séduisante de l'origine canine de la leishmaniose méditerranéenne comment se fait le passage de l'enfant au chien. Des expériences récentes de Basile paraissent démontrer le rôle de la puce (Pulex serra-

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ticeps); elles ont besoin cependant d’être confirmées. Aux Indes anglaises, Palton a .incriminé une punaise (Cimex macrocephalus); son hypothèse ne repose que sur des constatations discutables et ses collègues anglais même n’en sont point convainCus.

L'étiologie du bouton d'Orient présente actuellement une obscurité encore plus grande. La localisation de la maladie à une bande de territoire assez limitée semble indiquer que l’un des facteurs nécessite des conditions de température étroites. Il s'agit probablement d’un invertébré piqueur ; et de fait, dans beaucoup d'observations, on note comme point de départ de la lésion une piqûre de moustique. Il faut reconnaitre que l'élément initial du bouton d'Orient ressemble à s’y méprendre à cet accident banal. La sensibilité du chien, démontrée par nous, est une indication de laquelle il faudra sans doute tenir compile.

Le problème étiologique est rendu particulièrement difficile par l’incubation si variable et souvent si longue (sept mois) du bouton d'Orient. Une étude systématique des invertébrés piqueurs dans les régions à boulons s'impose; et il se peut qu'il existe en dehors de l’homme un autre être qui serve de réservoir de virus.

Quoi qu'il en soit de ces obscurités, le chapitre des leishma-

nioses, encore inconnu en pathologie, il y a six ans, est riche déjà d'enseignements et de faits.

Paris. — L. MARETHEUX, imprimeur, 1, rue Cassette. — 8624,

MASSON ET Gi, ÉDITEURS

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