‹ Sur les leishmaniosesChapitre 8 sur 11 · I. — Culture des leishmania · texte numérisé non relu

I. — Culture des leishmania

Morphologie des leishmania en culture.

Nous avons réalisé successivement les cultures indéfiniment repiquables de la leishmania du Kala Azar infantile (1907), de celle de la leishmaniose spontanée du chien que nous pensons lui être identique (1908) et de celle du bouton d'Orient (1908). Toutes trois se développent de la même facon sur les mêmes milieux et s’y présentent avec des caractères morphologiques identiques. Dans ces conditions, une seule description sera suffisante pour les trois.

Le milieu utilisé d'abord par nous fut celui sur lequel Novy et Mac Neal avaient obtenu la cullure de plusieurs trypanosomes non pathogènes (eau de condensation de tubes d’agar ordinaire additionné d’un tiers de sang de lapin). Nous avons fait usage ensuile d’un milieu infiniment plus simple (milieu N N N). Ce milieu a la formule suivante :

CDÉIDSP RE en sole etes en ete 14 grammes.

DIET AT ID Sn en es CS Es US 6 — DOTE MES Mr PER RAN CTR NET UT CRE 900 cent. cubes.

On répartit en tubes à essais qu'on stérilise sans qu'il soit nécessaire de les neutraliser ou alcaliniser.

Ces tubes, liquéfiés à 52 degrés, sont additionnés ensuite d'un tiers de leur volume de sang de lapin prélevé par ponction aseptique du cœur. On les incline pendant une douzaine d'heures, puis on les porte un jour à l’étuve à 37 degrés. Ils conservent leurs qualités nutritives pendant un mois environ à condition d’être maintenus à une température moyenne peu élevée (température de la chambre).

La culture se fait dans l’eau de condensation des tubes, rarement à la surface de l'agar. La lempérature optima est 22 degrés (à 35 degrés le développement est nul).

Les formes de division paraissent dès le 4° ou le 5° jour; au 10°, la culture offre son abondance maxima; la vitalité ne dépasse guère un mois;les repiquages, pour réussir facilement, doivent être pratiqués tous les 10 à 15 jours. Ils sont indéfiniment posilifs.

L'aspect des leishmania en culture est celui d’infusoires flagellés; elles en présentent les éléments caractéristiques : protoplasma, membrane d’enveloppe, noyau, centrosome, rhizoplasle et flagelle. Le corps du parasite est plus ou moins

allongé ; à côté de formes en poire et trapues, on en voit de longues el aussi d’effilées et de très minces. Les dimensions, suivant ces formes, varient de 8 à 24 y de longueur sur 4 à 15 w de largeur. Le flagelle offre une longueur égale ou légèrement plus considérable que celle du corps. Les caractères des deux corps chromatiques, noyau et centrosome sont les mêmes en culture que dans les tissus. Ces deux éléments sont toujours disposés de la même manière, le centrosome du côté du flagelle, le noyau vers l'extrémité opposée; mais, dans cerapport constant, leur siège précis est des plus variables.

Les formes de multiplication sont très nombreuses dans les cultures; la division longitudinale en est le seul mode; elle peut se produire à tous les stades de développement du parasite. Elle commence tantôt par le noyau, tantôt par le centrosome ou le flagelle; il ne semble y avoir aucune règle à cet égard.

Dès le 7° ou le 8° jour de la culture, paraissent des formes en rosace; elles deviennent de plus en plus importantes à mesure que la culture vieillit. Dans ces rosaces, les parasites sont agglomérés, leur extrémité antérieure (c'est-à-dire le flagelle) dirigée vers le centre de l’amas.

A l'exception des parasites qui siègent au centre des rosaces ou des formes dégénérées qu'on trouve dans toute culture qui vieillit, les formes que nous venons de décrire sont mobiles. Leur déplacement se fait le flagelle en avant.

Le cil est animé d’un mouvement ondulatoire rapide qui lu donne, lorsqu'il s'agite, la forme d’une spire. Sur aucun parasite, on ne voit trace de membrane ondulante.

Nulle distinction d'ordre morphologique ne peut être donnée dans les cultures des leishmania du Kala Azar ou du bouton d'Orient. si

IT. — /noculations.

Nous ne connaissons actuellement d'êtres sensibles aux leishmanioses spontanées ou expérimentales que l’homme, le singe et le chien. Dans le péritoine des cobayes, rats et souris -inoculés avec le virus du Kala Azar infantile, Laveran et Pettit ont obtenu une culture momentanée des leishmania, mais sans infection générale.

Nous allons passer en revue successivement l'étude des infections expérimentales |occasionnées par le virus du Kala Azar et du bouton d'Orient et les cultures de leurs agents pathogènes, -

A. — Reproduction expérimentale du Kala A zar chez le singe et le chien. — Ges expériences ont été réalisées par nous avec lé virus du Kala Azar infantile de Tunisie. L'étude expérimen-

tale du Kala Azar indou n’est pas même ébauchée.

Le singe (Macacus sinicus, M. cynomolqus et M. rhesus) peut être facilement infecté par l’inoculation intrapéritonéale du virus humain ou du virus de passage par singe ou par chien (émulsion de rate et de moelle osseuse). Le mode d’inoculation le plus sévère est l'injection dans le foie. L’inoculation souscutanée ne donne qu’une lésion locale banale, non durable.

La maladie est chronique, insidieuse. Elle s'accompagne généralement d’accès fébriles irréguliers, d'amaigrissement et d’hypertrophie de la rate (l'organe devient facilement appréciable à la palpation). Tantôt les symptômes s'aggravent et l'animal en deux à trois mois succombe aux progrès de la cachexie ; tantôt et le plus souvent après une période de dépérissement et de fievre, l’état général devient meilleur et l'animal se rétablit progressivement. Dans ce cas, l'infection ne guérit pas cependant très vite; les ponctions du foie permettent de déceler longtemps la présence des parasites et si l’on sacrifie des animaux en apparence rélablis dans les premiers mois de leur guérison, on trouve généralement encore des leishmania nombreuses dans les organes où ces protozoaires se localisent de préférence (moelle osseuse, rate, foie).

Les lésions, les localisations des parasites, leurs caractères dans les lésions sont les mêmes chez le singe que chez l'enfant.

Le chien est l'animal réactif. Il peut être infecté facilement de a même facon que le singe. Chez lui, la maladie expérimentale est généralement, en apparence au moins et pendant longtemps, discrète. Elle dure un temps variable dont le maximum atteint quelquefois deux ans. Elle ne s'accompagne pour ainsi dire d'aucun symptôme, sauf dans les cas graves d'amaigrissement, de chute des poils et de fièvre pendant les dernières semaines. Elle tend à la guérison dans la plupart des cas; mais celle-ci est longtemps apparente et non réelle.

Sur un lot de chiens inoculés avec un même virus, de la même façon et à même dose, certains prennent une infection à marche assez rapide et y succombent, d’autres une infection lente et chronique tendant après un à deux ans à la guérison spontanée, d’autres enfin ne semblent point s’en ressentir. Tous cependant, quoique à des degrés différents, s’infectent (le résultat des ponctions du foie le démontre et si celles-ci

demeurent négatives, en sacrifiant les chiens qui paraissent avoir entièrement résisté, on s'aperçoit de leur infection).

A l’autopsie, lorsque les animaux ont succombé aux progrès de la maladie, on note un amaigrissement considérable, une hypertrophie plus ou moins nette de la rate (cet organe chez le chien n’est jamais appréciable à la palpation pendant la vie) dont la consistance peut être diminuée, une coloration rouge constante de la moelle des os.

Les passages de chien à chien, de singe à singe ou d'une espèce à l’autre sont facilement réalisables à condition de choisir des cas d'infection manifeste. Depuis décembre 1907, nous entretenons ainsi la maladie à l'Institut Pasteur de Tunis sur nos animaux d'expériences (chiens principalement).

L'inoculation des cultures, inoffensive à doses faibles (Nicolle) permet l'infection du chien lorsqu'on emploie des doses massives et répétées (Novy).

Patton et Christophers, opérant avec le virus du Kala Azar indou, n'ont pu réaliser l'infection des chiens de l'Inde. En Italie, au contraire, R. Jemma, Gabbi ont reproduit facilement la maladie chez le chien. |

B. — Reproduction expérimentale du bouton d'Orient chez l'homme, le singe, le chien. — Le bouton d'Orient peut être reproduit chez l’homme, le singe et le chien par l'inoculation du virus ou des cultures et l’on peut réaliser de singe à singe et de chien à chien des passages, -au moins en nombre limité (3 à 4 dans nos expériences). Les cultures sont virulentes pendant quelques générations tout au moins; nous avons obtenu deux résultats positifs sur l’homme avec un quatrième et un chez le chien avec un second repiquage.

Quelles que soient leurs origines, ces produits, virus ou cultures, déterminent la production de lésions identiques sur les trois espèces ou groupes d'êtres sensibles. Après une incubation variable suivant les cas (seize jours à sept mois), généralement longue et toujours silencieuse, se montrent au point d'inoculation des éléments papulotuberculeux durs, parfois sensibles, intéressant la peau, qui présente à leur niveau une coloration d'un rouge violacé. L'évolulion de ces éléments est variable, Tantôt ils se résorbent après s'être accrus pendant quelques semaines sans avoir montré autre chose qu'un peu de desquamation à leur surface; chez le chien, malgré une durée souvent longue, le bouton expérimental ne dépasse le stade de tubercule et ne s’ulcère point ; tantôt, chezle singe ou l'homme.

(354 SUR LES LEISAMANIOSES 17

soit spontanément soit du fait d’un frottement ou dn grattage, le sommet du bouton s’excorie et il en suinte un liquide teinté de jaure très clair; ce liquide, riche en leishmania, se concrète sous forme de croûtes jaunâtres au-dessous desquelles le derme paraît ulcéré. L'aspect est exactement celui du bouton d'Orient naturel de l’homme parvenu à la période d'état. Souvent alors, l'élément s’entoure d’une zone œdémateuse et rouge sur laquelle nous avons vu dans quelques cas se développer une éruption secondaire de petits tubercules. Puis, après une période d'état parfois très longue, mais toujours plus courte que chez l'homme, la lésion régresse et la guérisonse fait rapidement. Nous avons noté dans deux cas une récidive sur place. Dans l’observalion la plus longue, la durée totale du bouton expérimental n’a pas dépassé quatre-vingt-dix jours.

Les lésions, les localisations du parasite et sa morphologie en cultures sont identiques à ce que l’on observe sur le bouton d'Orient naturel de l'homme.

Pour obtenir des résultats positifs constants avec le virus expérimental, il est nécessaire de le prélever sur des boutons très jeunes. Il en est de même pour les expériences à pratiquer en partant des lésions naturelles de l’homme.

Le virus du bouton d'Orient est inactif pour la chèvre, le chat, le mouton, le rat blanc, le cheval et l’âne. Les cultures de Leishmania tropica inoculées même à doses fortes et répétées dans la cavité péritonéale se sont montrées dépourvues de virulence pour tous les animaux y compris le singe (60 cultures) et le chien (100). Chez les animaux sensibles, il est donc nécessaire pour obtenir un résultat positif de pratiquer l'inoculation au bon endroit, c’est-à-dire dans l'épaisseur ou au voisinage de la peau.

Page 1