‹ Sur les méfaits du biberonChapitre 2 sur 13 · MON P · texte numérisé non relu

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Lors de notre stage à la Clinique Baudelocque, nous avons maintes fois entendu notre maître M. le professeur Pinard, se plaindre des méfaits du biberon, et vanter les salutaires effets de l’allaitement maternel.

Plusieurs thèses, destinées à répandre ces généreuses idées, ont été soutenues depuis quelques années, et ferme, on y défendait «le droit de l’enfant à sa mère »!

Nous croyons cependant qu’un tel sujet est toujours d'actualité, puisqu'il s’agit de conserver à la vie un nombre considérable d'enfants. ;

Nous nous proposons.dans ce travail, de montrer par la statistique des six dernières années à Paris, les tristes résultats de l'allaitement artificiel, tel qu’on le pratique encore aujourd’hui.

: Nous exposerons en regard les chiffres de la mortalité des enfants nourris au sein.

Dans un court aperçu nous établirons que l’usage croissant du lait stérilisé à Paris, n’à pas encore diminué la mortalité par gastro-entérite.

Quelques détails sur les différents laits employés pour l'allaitement artificiel, sur certaines causes d’em-

pêchement de l'allaitement maternel, viendront ensuite.

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La France se dépeuple, c’est certain. A considérer les statistiques et les chiffres moyens des naissances et des décès, le péril est grand pour notre pays. Les peuples allemands et anglo-saxons, au contraire, s’accroissent chaque année dans une proportion alarmante.

Le danger qui nous menace ne nous semble pas irrémédiable.

Si l’on sauvait d’une mort certaine tous les enfants qui naissent viables et que le biberon tue, on rendrait, c'est évident, leur plus-value immédiate aux forces vives de la nation.

Le corps médical, à plus d’un point de vue, est plus influent que tous les pouvons publics et que toutes les lois, pour résoudre cette grave question. Que tous les médecins prodiguent leurs conseils, prêchent d'exemple, emploient leur grande puissance moralisatrice, et l’on arrivera très probablement à enrayer le fléau. Les progrès incessants de l’hygiène ont augmentéla moyenne de la vie humainé. Nous pouvons l’augmenter encore en encourageant de tous nos eftorts les mères à nourrir leurs enfants, et en proscrivant de plus en plus l'usage néfaste du biberon et de l’alimentation artifi-

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Les principales causes de la diminution de la population ne sont pas seulement la grande mortalité de la première enfance.

Chacun sait que les funestes théories de Malthus et les exigences de la vie sociale sont de bien plus redoutables ennemis que le biberon.

Les faiseuses d’anges et les gens qui, pour mieux vivre, ne veulent pas avoir d'enfants, voilà la plaie.

Contre les premières et leurs complices nous avons les gendarmes et des peines légères. Contre les seconds, dont les sens jouisseurs vibrent encore, mais dont le sens moral est banni, nous sommes désarmés.

= Si la sanction pénale ne peut atteindre de pareils coupables, espérons beaucoup de l’œuvre moralisatrice du médecin. On nous taxera peut-être ici de candeur d'âme, mais toutes les nobles causes sont défendables !

On a proposé des primes aux familles nombreuses. Les promesses, faute d’argent, ont élé rarement tenues, les secours illusoires. Les pupilles de l'Etat sont un leurre, car 1l y a trop peu d’élus parmi tant de familles de plus de sept enfants.

Les charges, au contraire, ne manquent pas dans rs grandes familles. Avant d’être une source de prospé-

rité et d’aisance, les enfants coûtent beaucoup à élever.

Quand ils sont grands et capables de produire un tra=

vail utile, qui récompenserait un peu les parents des fatigues du premier âge, le service militaire s’en empare.

Et c’est alors qu’on voit les vieux célibataires et les

29 = gens mariés sans enfants, se frotter joyeusement les mains |

Combien donc de parents n'acceptent la naissance d’un enfant que comme un mal nécessaire, la conséquence d’un oubli momentané des habituelles précautions ! Nous avons fréquemment constaté ce fait à l'hôpital et dans le public.

Une ferame vient consulter pour un arrêt de ses règles ; nous découvrons, à l'examen, une grossesse de trois mois environ. « C’est impossible que je sois enceinte, nous dit la femme. J’ai fait lenécessaire pour ne pas être prise! »

‘Une autre fois, c’est pour une soi-disant tumeur du ventre. La femme était enceinte de près de quatre mois et Jurait ses grands diables que ce ne pouvait être, attendu que son mari se retirait toujours au moment voulu !

Nous ne pourrions citer toutes les réponses que nous avons entendues. Elles paraïtraient déplacées, voire inconvenantes ; mais elles montreraient à quelles complaisances conjugales ane femme, qui se dit bien élevée, peut se prêter, par crainte de la maternité !

Que de fois aussi des hommes mariés, occupant une bonne situation sociale, nous ont demandé si nous ne connaissions pas un bon moyen de ne pas avoir d'enfants!

Par contre, quelques parents désirent ardemment un

rejeton. Ils consultent pour cela les plus éminents spé-

cialistes, les tireuses de cartes les plus en vue, font des pélerinages et prononcent des vœux. Un bébé survient. Leur désir s'arrête là. Un enfant, quel bonheur ! Mais un seul! Si le hasard veut que d’autres viennent au monde, ce sont des pleurs et des regrets ; encore heureux si ce n’est pas une cause de discorde dans le

ménage, ou de brouille avec la belle-mère !

Pour l’honneur de notre pays; il n’en est heureusement pas toujours ainsi. Si ces pratiques se rencontrent dans une partie de la classe aisée, particulièrement dans les villes, où les conditions de la vie sont plus chères, en général on ne triche guère dans les campagnes et au sein de la population ouvrière. Le souci de la dot n’empêche pas autant lPéclosion des enfants, et lorsque ceux-ci arrivent, si l’on ne dit pas toujours : tant mieux ! on tâche du moins de les élever.

Sans sortir du cadre de notre sujet, nous ne pouvons

nous étendre plus loin sur ce chapitre.

Quelles que soient les causes qui aient présidé à la naissance d’un enfant, quels sont les droits de cet enfant ?

Les anciens en faisaient la propriété du père. Le pater familias avait énorme pouvoir de disposer de la vie de ses enfants. Aujourd’hui la société moderne reconnaît au petit être le droit à l'existence. Au besoin elle le défend contre ceux qui l’ont mis au monde. En France particulièrement on a fait beaucoup pour la

protection de lenfance. La loi Roussel a sauvé bon

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nombre de nourrissons; mais cette loi humanitaire, appliquée irrégulièrement, d’une façon insuffisamment sévère, et n’embrassant pas la généralité des jeunes enfants, est malheureusement incomplète. D'autre part la meilleure loi ne prévaudra jamais contre le mauvais vouloir des parents. C’est la cause de la démoralisation qu’il faudrait guérir, l’égoïsme universel qu’il faudrait déraciner !

Sans nous mêler des grandes réformes sociales qui n’ont que faire ici, nous nous contenterons d'indiquer, avec les auteurs qui nous ont précédé sur ce chapitre, la meilleure manière de protéger la première enfance. En deux mots nous la résumerons : Suppression de V’alimentation artificielle des nouveaux nés; le sein de sa mère à l'enfant qui vient de naître et pendant au moins

un an.

Le 16 mars 1869, le ministre de l’Intérieur publiait dans un rapport documenté, que « les enfants conservés et nourris dans les familles échappent à la plupart des causes de la mortalité qui décnnent au eontraire les en= fants envoyés en nourrice. » |

À Strasbourg, dans la clinique de Stolz, il mourait pendant leur première année 19 p. 0/0 des enfants allaïtés au sein, et 87 p. 0/0 de ceux qui furent allaitésarüficiellement.

Selon les observations de Villemin il mourut à Paris 19 p. 0/0 des enfants allaités par leurs mères qui étaient en prison, tandis que chez les enfants qui étaient élevés en liberté, mais furent allaités arüficiellement, la mortalité fut de 43 p. 0/0. à

En 1868, 1869 et 1870, Franc, à Munich, a recueilli les chiffres suivants, pour les enfants décédés de un Jour à un an : Le

En 1868, sur 2,808 décès, 10,6 p. 0/0 des enfants étaient élevés au sein, et 89,4 p. 0/0 nourris artificiellement.

En 1869, sur 2,539 décès, 16,1 p. 0/0 des enfants étaient élevés au sein et 83,9 p. 0/0, nourris artificiellement ;

En 1870, sur 2,988 décès, 17,6 p. 0/0 des enfants étaient élevés au sein et 82,4 p. 0/0, nourris ar tificiellement.

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Les chiffres rassemblés dans sa thèse par le docteur Petit à la Clinique Baudelocque, ne sont pas moins navrants. Nous ne pouvons mieux faire que de les citer :

& 1,000 femmes ont eu ensemble 1,896 enfants ; 667 «€ sont morts dans la première année, soit une morta- __ «& lité de 35 p. 0/0. 3 © 1,084 de ces enfants élevés au sein par la mère ont « donné 165 morts; soit 15 p. 0/0 de décès.

€ 1/42 mis en nourrice au sein loin de Ja famille « donnent 71 décès ; soit 50 p. 0/0.

« 302 élevés au biberon loin de la mère laissent 238 | « morts; soit 63 0/0 p. de décès. |

« Enfin, 308 nourris au biberon ou au verre dans

€ leur famille donnent 99 morts ; soit 32 p. 0/0. »

M. le professeur Brouardel dans son cours de médecine légale et ses leçons sur l’infanticide, disait cette année : & Il n’y a guère que les « filles honnêtes » qui tuent leurs enfants à la naissance. Les « filles moins comme :l faut » se gardent bien d’une pareille conduite. Elles se contentent de mettre leur petit en nourrice au biberon ; car elles savent qu’au bout de quelques semaines, quelques mois au plus, elles en seront débarrassées. »

Dans le Nord et en général dans les départements limitrophes de la Belgique, une phrase terrible s’ap- plique aux parents peu soucieux de leur progéniture : « Ils ont placé leur enfant en nourrice en Belgique. » Ce qui signifie : I n’en reviendra pas.

Les statisticiens ne sont donc plus seuls à connaître l'influence néfaste de l'alimentation artificielle. Le public, et quel public, hélas! encourage cette sinistre in-

/ dustrie, qui lui permet de commettre en toute sécurité le crime de suppression d’enfant.

Sans doute il est fort difficile de prouver lintention

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