OBSERVATION I
(due à l’obligeance de M. le professeur RoQuE ; examens électriques et mensurations communiqués par M. le docteur CHEVALLIER). 4
Robert M..., 33 ans, est amené à l'Hôtel-Dieu le 28 novembre 1922, pour paralysies des deux jambes et du bras gauche, avec sensations douloureuses vives au niveau des membres paralysés.
Le 8 octobre précédent, après quelques jours de vagues malaises, il avait dû s’aliter, avec de la fièvre, des céphalées et une rachialgie intense. Les choses étaient restées dans cet état pendant quatre jours durant lesquels le malade avait présenté, en outre, de l’incontinence du sphincter anal et de la rétention vésicale.
Le 12 octobre était apparue une paralysie du bras gauche et les jours suivants seulement, les jambes avaient été prises à leur tour.
A l'entrée, plus de troubles généraux. |
Paralysie complète du membre sup. gauche sauf au niveau des doigts et des deux membres inf.
Réflexes rotuliens et olécraniens abolis ou douteux à droite et à gauche.
Douleur provoquée par la pression profonde des masses musculaires.
La ponction lombaire ne révèle que de rares lymphocytes à l’examen cytologique et pas de microbe à l’examen bactériologique. |
Le 4 décembre, l'examen électrique montre
a) Pour les membres supérieurs
A droite, excitabilité normale (à 3 milliampères) des nerfs radial, médian, cubital, au galvanique (NF).
age
A gauche, hypoexcitabilité (18 à 25 m. A) des mêmes nerfs dans les mêmes conditions, sans secousse musculaire lente : donc RD partielle.
b) Pour les membres inférieurs
A droite, inexcitabilité absolue des nerfs sciatique pop. int. et sciatique pop. ext. ; secousse lente du quadriceps, des péroniers latéraux et des jumeaux : donc R D totale de ces muscles.
A gauche, hypoexcitabilité considérable des troncs nerveux
(25 mA pour le crural, 20 mA pour le sciatique pop. int. 20 mA pour le sciatique pop. ext.)
Les mensurations donnent pour les membres inférieurs cuisse gauche, 43 cm. ; cuisse droite, 42 cm (à 15 cm au-dessus du bord supérieur de la rotule). — Mollet gauche, 30 cm.; mollet droit, 30 cm. 5 (à 15 cm. au-dessous de la pointe de la rotule).
La force musculaire, mesurée au dynamomètre, est de 35 kilogs pour la main droite, de O0 pour la main gauche.
Entre temps, une enquête dans la ville d’origine du malade (Bourg) a révélé un certain nombre de cas de paralysies infantiles depuis le début de l’année en cours.
Le professeur Cordier porte le diagnostic de poliomyélite antérieure de l’adulte.
Le 13 décembre 1922, on institue le traitement électrique sous forme de galvanisation continue : l’électrode positive est placée sous la colonne cervicale, l’électrode négative sur la région plantaire et l’on fait passer dans le circuit environ 12 imilliampères, à raison d'une séance d'une demi-heure tous les jours.
Le 5 mars 1923, le patient peut détacher ses talons du plan du lit à une hauteur de 40 cm.
Tous les mouvements volontaires du membre inférieur gauche sont permis, à l'exception des mouvements d'abduction.
La force musculaire est passée de Q à 8 kilogs du côté atteint.
Les réactions électriques sont peu modifiées.
Le 4 juin 1923, le malade commence à marcher avec des béquilles et S'asseoit spontanément sur son lit.
Le 29 octobre 1923, l’électro-diagnostie montre que les
— Ale
réactions électriques des divers groupes musculaires du membre sup. gauche sont redevenues normales sauf en ce qui concerne le muscle deltoïde, qui présente une RD persistante.
Le membre inférieur gauche a recouvré également des réactions normales.
Au membre inférieur droit, la RD du nerf sciatique poplité interne et celle du crural sont devenues partielles ;; seul le sciatique pop. ext. est demeuré inexcitable au courant galvanique.
Le 26 novembre 1923, la main gauche donne 15 kilogs au dynamomètre.
Le périmètre des cuisses est passé depuis le début du traitement : de 42 à 46 cm. pour la cuisse droite ; de 43 à 50 cm. pour la gauche ; de 30 cm. 5 à 32 cm. pour le mollet droit et de 30 à 35 cm. pour le mollet gauche.
Le 4 avril 1924, le malade a retrouvé en grande partie les mouvements de son bras gauche, à l’exception de l’abduction et de l'élévation du membre rendues impossibles par l’atrophie du deltoïde, qui semble devoir être définitive. Il peut maintenant marcher sans canne, mais en steppant du côté droit.
Le traitement a été continué pendant un an encore, en faisant suivre chaque séance de courant continu de quelques minutes de courant interrompu au métronome. Le patient a été, de ce fait, notablement amélioré au point de vue de la valeur fonctionnelle de ses muscles déjà régénérés, mais il conserve l’impotence de son deltoïde gauche et de ses péroniers droits.