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Sur les résultats de la section et de la galvanisation du nerf grand sympathique au cou

Lauréat de IMnstllut (Académie des «ciences) - ex-.ecré.alre de» sociétés Philomatiqne et de Biologie, membre de l'Académie des sciences naturelles de Philadelphie, etc.

Je me propose dé communiquer successivement à l'Académie les prmcipaux résultats de nombreuses recherches sur les dilTéiÏn es e ressernblances physiologiques que l'on croit exister ent^îe no grand sympathique et le système nerveux cérébro-spinal

Uans le mémoire que j'ai l'honneur de soumettre aujourd'hui au

«eclion et ceux de la galvanisation du nerf grand sympathique au cou

Mes expériences oui été l'ailes sur des animaux d'espèces Irès-difTérentes, le chien, le clial, le lapin, le cobaye, le loir et la marmotte {arctomys vionax, Bull'.). Presque toujours, surtout chez les lapins et les chats, j'ai extirpé le ganglion cervical supérieur au lieu de couper seulement le nerf.

Les phénomènes qui suivent la section ou la galvanisation du grand sympatliique sont excessivement nombreux, et je ne puis m' empêcher ■de faire remarquer, à ce propos, combien est grand en général lenom- 'bre de faits à' observer dans toutes les expérimentations physiologiques, et combien en conséquence il y a de découvertes ("quelquefois très-importantes) faciles à faire par ce mode de recherche. La variété • et le nombre de phénomènes déjà connus ou que j'ai récemment découverts, et que l'on peut observer après deux opératigns très-faciles à faire, sur le nerf grand sympathique, montrent combien de très-simples expériences, étudiéegi avec soin, peuvent fburnir de résidteta intéressants et imprévus.

Je diviserai ce mémoire en trois parties : dans la premièré, je traiterai des effets de la cessation d'action (ou, en d'autres termes, de la ■paralysie) du nerf grand sympathique cervical , tels qu'on les observe :après la section de ce nerf, ou mieux après l'ablation du ganglion cer- Tical supérieur-, dans la seconde et danala, troisième partie, j'exposerai les effets de l'augmentation d'action de ce nerf, tels qu'on les observe .quand on l'ex-cite par le galvanisme.

1. — EFFETS UE LA PARALYSIE OU CESSATION D' ACTION DU NEUF GRAND SYM- PATHIQUE CERVICAL , APRÈS SA SECTION OU APRÈS L'EXTIRPATION DU GANGLION CERVICAL SUPÉRIEUR.

Je dois dire tout d'abord que pour ce nerf, de même que pour tous les autres nerfs, il y a deux sortes d'effets à observer successivement après la section : les ims sont inunédiats, et en général très-peu durables : ce sont des effets de l'excitation qu'on produit sur le nerf pendant qu'on le coupe. Ils ressemblent aux effets delà galvanisation, parce qu'ils sont, comme eux, les conséquences de la mise en actign des propriétés du nerf; mais ils diffèrent des effets de l'excitation galvaoique prolongée en ce que, résultant d'une ex,citation mécanique comparativement légère, ils n'ont que peu d'intensité et une, très-courte durée. Ils font bientôt place aux seconds effets de la section du nerf, c'esl-à-

dire aux effets de paralijsie, de cessation d'action. Ces derniers efl"ets sont les seuls dont j'aie à m'occuper maintenant (1).

Tous les faits que je vais exposer ont été observés sur la moitié de la tète du côté où le nerf a été coupé ou le ganglion cervical supérieur extirpé.

lo La pupille se resserre, ainsi que Pourfour du Petit l"a découvert. Bien que resserrée, elle n'est pas rendue immobile; ainsi que John Reid l'a vu, elle change encore de diamètre , suivant que l'œil est exposé à la lumière ou non. Je ferai voir dans un autre travail que l'explication de ce resserrement, donnée par Valentin et admise depuis par Ruete, Radclyffe Hall, Morganti, Biffi, Budge et Waller, n'est pas parfaitement Yvaie, et que l'abondance du sang en circulation dans l'œil

(1) Les principes élémentaires de physiologie qui se rapportent à ce c[ue je viens de dire peuvent être énoncés brièvement, ainsi qu'U suit :

1" Pendant qu'on coupe un nerf , comme pendant qu'on le galvanise , on l'excite.

2" Quand on excite un nerf, on le fait agir, et l'on obtient, à un degré plus ou moins considérable, les effets de son action.

3° Les effets cpi'on observe, quelcjue temps après la section d'un nerf, sont les consécpiences de sa paralysie ou cessation d'action.

Je n'am-ais pas cru devoir rappeler ces principes véritablement élémentaires, s'ils n'avaient été complètement méconnus à plusieurs reprises, et surtout récemment dans ce journal, par M. Cl. Bernard. C'est effectivement pai'ce qu'il a oublié que lorsqu'un nerf a été coupé, le bout périphérique se trouve paralysé et cesse d'agir, qu'il a considéré le grand sympathique comme servant à la production de la chaleur animale. L'expérimentation monire , an contraire, que lorsque le grand sympathique cesse d'agir (ce qui a lieu peu après sa section), la température s'élève, et que lorsqu'on exagère l'action de ce nerf en le galvanisant, on voit, ainsi que je l'ai découvert, la température s'abaisser : de sorte que si, en présence de phénomènes nombreux , on voulait conclure d'après deux faits seuls (d'une part, la paralysie du grand sympaithique et l'élévation de température , d'une autre , l'action augmentée de ce ■nerf et la diminution de température), sans tenir compte des faits intermc- ■diaires (état des vaisseaux sanguins et quantité de sang en ci],-culation, etc.), on arriverait à dire que lorsque le grand syn^palhique agit vivement, 7 abaisse la température, et que lorsqu'à cesse d'agir, la températiue s'éève : d'où l'on conclurait en dernier lieu et très-logic[uement que la foncion normale du grand sympathique est d'empèchcr la çhaleur animale de trop 'élever.

"esl cil grande partie lu cause de la coutraclion des libres musculairescirculaires de l'iris.

2" En môme temps que ces fibres circulaires se conlraclenl, beaucoup, . sinon même la plupart, des muscles du globe oculaire, des paupières et de la face se contractent aussi.

Les effets de la contraction des muscles de l'œil, déjà observés par Petit, Molinelli, Dupuy et d'autres, ont surtout été bien étudiés par John Reid. Le globe oculaire est tiré en arrière surtout par la contrac- '■ lion de son muscle rétracteur, et un peu, comme je l'ai trouvé, par celle des muscles -droits interne, supérieur et inférieur. De plus, l'œil ■se porte en dedans, et c'est à la fois par suite de ce mouvement et de l'enfoncement du globe oculaire dans l'orbite que la troisième paupière se trouve projetée sur la conjonctive et sur la cornée , dont elle couvre quelquefois une notable partie. C'est par ce mécanisme que Jolm Reid a expliqué la projection de la troisième paupière.

L'orbiculaire palpébral se contracte à demi. Petit avait déjà observé •le rapprochement des paupières , et John Reid l'a vu dans toutes ses expériences, sur les chiens et les chats. La forme de l'ouverture palipébrale est changée, ainsi que M. Cl. Bernard l'a fait remarquer. J'ai 'trouvé que ce changement de forme dépend de la cou traction d'un autre nn\iscle, TélÊvateùr dela paupière supérieure.

Plusieurs muscles se contractent à la face, surtout au voisinage du nez et de la bouche , ainsi que M. Bernard l'a trouvé. J'ajouterai que les muscles qui tiennent l'oreille dressée, surtout chez le lapin, se contractent aussi , et qu'en conséquence l'oreille se tient manifestement plus droite qu'à l'ordinaire. 11 est probable aussi que ce redressement de l'oreille dépend en partie de l'afflux considérable de sang qui s'y fait.

3' La sécrétion des larmes et celle du mucus palpébral sont augmentées. Biffl a prétendu, relativement à la sécrétion lacrymale, qu'elle n'est pas modifiée , et que c'est seulement par suite de la position du globe oculaire que les larmes coulent sur les joues et paraissent être plus abondantes. Je me suis assui'é que les sécrétions de mucus et de larmes sont réellement augmentées.

4» Diverses altérations pathologiques se produisent quelquefois : Petit Molinelli, Dupuv,Maver (de Bonn), John Reid les ont signalées ; mais cjmme elles ne sont pas constantes, je me bornerai à énumérer les principales d'entre elles. La cornée perd de son brillant; elle s'aplatit.

elle sulcère (ce qui. est extrèmemenl rare, quoi qu'eu dise Mayer); Vins rliange de couleur; le mucus palp6bral devicut purulent-, la conjonctive s'enflamme. De tous ces faits, ce dernier est celui qui s'observe le plus fréquemment; il est même constant chez les chiens, suivant John Reid Cette inflammation ne se montre ordinairement que quelques heures après l'opération, et elle disparait en général après une ou deux semaines.

5» Si l'on tue l'animal, on remarque, ainsi que M. Bernard l'a trouvé, que les mouvements réflexes peuvent avoir lieu plus longtemps dans hi moitié de la face du côté où le nerf a été coupé que dans l'autre moitié, .l'ai observé que, pour les derniers mouvements volontaires et respiratoires, il en est de même que pour les mouvements réflexes.

6° Les vaisseaux sanguins se dilatent dans toute la moitié delà tète; le sang y afflue et la température s'y élève. Ces faits entrevus par Dupuy, et dont il ne paraît pas avoir compris l'importance , ont été retrouvés par M. Cl. Bernard, qui a attiré sur eux l'attention des physiologistes et qui les a étudiés avec infiniment de soin et do talent. INéanmoins il leur a donné, à mon avis, une très-fausse interprétation, eli j'essayerai de faire voir dans un mémoire spécial, contrairement à son., opinion, que l'élévation de température dépend uniquement de l'afflux de sang, et que cet afflux résulte de ce que les vaisseaux sanguins étant . paralysés, ouvrent au sang une plus large voie.

7» Les propriétés vitales du nerf optique, du nerf auditif et des nerfs sensitifs de la face paraissent.notablement augmentées. M. Bernard a découvert l'hypérestésie delà face; j'ai trouvé les deux autres faits (1). Cependant je dois dire q^ue John Reid avait déjà, supposé que c'était probablement parce que la lumière affecte désagréablement l'auimal opéré que l'œil est tiré en arrière et que les paupières sont tenues, . demi-closes.

(l)Toul le monde connaît le remarquable mémoh-c dans lequel M. Landouzy a (Habli (pie la paralysie du nerf facial s'accompagne fréquemment d'une exagération de la sensibilité auditive, .l'ai constaté nombre de fois que l'arrachcincnt du nerf facial (surtout chez les lapins) est suivie d'une exagération. des sensibilités auditive et visuelle, comme l'extirpation du ganglion cervical supérieur. Dans tous ces cas, je crois que l'augmentation de sensibilité est duo, à la mémo cause, c'esl-à-dive un plus grand niïlnx de sang qu'à l'étal normal. r,'c«l rc que j'essayrrai do prouver ailleurs.

S" Après la mort, les nerl's moteurs et les muscles de la l'ace et dé l'œil, en y comprenant l'iris, conservent leurs propriétés vitales plus longtemps du côté de l'opération que de l'autre côté. J'ai vu quelquefois l'irritabilité musculaire durer un (juart d'heure et même une demi-heure de pins que de l'autre côté.

9» La rigidité cadavérique à la face survient plus tard que du côté sain, et elle dure plus longtemps. Je dois dire qu'il faut que la température de l'air ambiant ne soit pas très-basse pour que ce résultat s'observe d'une manière indubitable. De plus, j'ai trouvé nombre de fois que la putréfaction tarde plus à se montrer et paraît moins rapide dans le côté de la face correspondant au nerf coupé que dans l'autre côté.

En nous résumant à l'égard des résultats de la section du sympathique au cou, ou mieux, de l'ablation du ganglion cervical supérieur, nous dirons que l'on observe , comme conséquence de la paralysie du grand sympathique , qui alors existe : 1° la dilatation des vaisseaux sanguins , 2° un afllux considérable de sang , 3° une élévation de température , 4° une augmentation d'énergie des propriétés vitales des muscles et des nerfs moteurs , sensitifs et scnsoriaux. J'essayerai de montrer prochainement que l'augmentation de température et de vitalité dépend de l'afflux du sang, qui est dù lui-même à la dilatation paralytique des vaisseaux.

Je vais maintenant exposer les résultats de la mise en action du grand sympathique par l'excitation galvanique , et l'on verra que la rontraclion des vaisseaux, qui est le premier phénomène produit, est suivie d'une série de T)hénomènes inverses de ceux qu'on observe après leur dilatation.

II. — EFFETS DEL ACTION ÉNEWirQllE DU NEUF GRAND SYMPATHIQUE , PRO- DUITE PAR l'application DU (Î.VLVANISME QUELQUE TEMPS APRÈS QUE CE NERF A ÉTÉ COUPÉ AU COU.

1° La pupille se dilate, ainsi que Bifli et Morganti l'ont trouvé.

2» Le globe oculaire , qui était tourné en dedans et enfoncé dans forbite, reprend sa situation normale, ainsi que M. Bernard, M.WalIrr et moi-même l'avons vu.

S-» Les paupières s'ouvrent et les contractions des- muscles de la no-

fine, de la bouche et de l'oreille cessent d'exister, ainsi que M. Bernard et moi l'avons vu.

4° La vascularisalion diminue, ainsi que je l'ai découvert. Quelquefois les vaisseaux se contractent à ce point que le calibre des petites artères et des veinules disparaît complètement. Si alors on coupe ces vaisseaux, ils ne donnent pas de sang. Chez les animaux vigoureux, la vitesse de la contraction est beaucoup plus grande quelquefois que l'on ne pourrait l'imaginer : j'ai vu, en un tiers de minute, une artère f[ui avait au moins trois fois son calibre ordinaire, revenir à ce calibre. Dans quelc[ues cas, la contraction des vaisseaux a déjà commencé à se manifester en moins de deux secondes de galvanisation. Je crois que les .grosses veines se contractent comme les artères.

Quand on cesse la galvanisation , les vaisseaux ne tardent pas à se dilater de nouveau, et souvent le degré de leur dilatation est bien plus grand que celui qui existait avant l'application du galvanisme. Si cette application est continuée pendant un temps très-long , surtout si elle est énergique, les vaisseaux, après être restés contractés cinq , six minutes ou un peu plus , commencent à se dilater lentement, et malgré la persistance de l'excitation , on les voit se dilater notablement. Les propriétés vitales dm nerf et des fibres musculaires des vaisseaux s'épuisent alors, sous l'influence d'une excitation et d'une action énergiques et prolongées. Je montrerai ailleurs que, dans ce cas , les autres ellets de la galvanisation du nerf 'cessent aussi d'exister, ce qui est une preuve de plus qu'ils dépendent de l'état des vaisseaux.

5» Ainsi que je l'ai découvert , la température s'abaisse en même temps que les vaisseaux se contractent pendant la galvanisation. La narine , et surtout l'oreille , après avoir repris la même température que celles du côté sain, perdent encore de 1 à 2° centigr. Si l'air ambiant est à une température très-basse, l'oreille à.son extrémité, surtout chez les lapins, peut s'abaisser de 38 à SO"' centigrades. J'ai trouvé que la température est en proportion directe avec la quantité de sang circulant ou ayant circulé dans la face et l'oreille.

6" Ainsi que je l'ai découvert, la sensibilité diminue; cependant cette diminution est moins facile à constater que la perte de chaleur (1).

étatîU qiie javais rublié, au moins trois mois avant M. Bernard, que

m. — EFFETS DE L' ACTION ÉNERGIQUE DU GRAND SYMPATHIQUE, PRODUITE PAR l'excitation GALVANIQUE DE CE NERF NON COUPÉ OU AUSSITÔT APRÈS SA SECTION.

Je dois dire tout d'abord que plusieurs des effets qui suivent la galvanisation du nerf, quand il a été coupé depuis quelque temps, se montrent aussi quand on le galvanise sans le couper. La seule différence est que quelques-uns des effets sont moins marqués dans ce dernier cas. Au contraire, les effets suivants sont alors plus manifestes.

1° Si on asphyxie l'animal, les derniers mouvements volontaires, respiratoires, convulsifs et réflexes se montrent successivement du côté sain; je veux dire que tous ces mouvements cessent l'un après l'autre dans le côté opéré avant de cesser dans le côté sain.

2° Pendant l'asphyxie, la sensibilité disparaît dans le côté opéré avant de cesser dans le côté sain.

3° Après la mort, l'excitabilité des nerfs moteurs et la contractiUté musculaire disparaissent plus tôt du côté opéré que de l'autre côté.

4° La rétine et l'iris perdent leurs propriétés vitales plus vite du côté de l'opération que de l'autre.

5" La rigidité cadavérique vient plus tôt dans les muscles du côté opéré que dans ceux de l'autre côté.

6° La rigidité dure moins et la putréfaction paraît plus rapide dans le côté opéré que dans l'autre.

Quand on galvanise les filets du grand sympathique qui, des ganglions abdominaux, vont aux artères et aux veines de l'un des membres abdominaux, on produit des effets tout à fait semblables à ceux que l'on produit à la tète quand on galvanise le grand sympathique au cou.

Dans un prochain mémoire, jo reprendrai un à un chacun des résultats rapportés dans celui-ci, et je ferai voir qu'il n'en est pas un seul, dont on ne puisse trouver l'aualogue, après la lésion de certaines parties des centres nerveux ou après la section ou la galvanisation des

lagaivanisatioadu grand sympalliique, au cou, produit la conU-aclion des vaisseaux sanguins de la face et de loreiUe, une diminution de la température de ces parties cl une diminution de leur sensibilité. (\oy. le n" 2 de GA7.CTTE i\IÉDicALK, p. 1 4 janv.

nerfs cérébro-spinaux, et j'en tirerai la conséquence qu'il n'y a dans ces résultats rien de spécial au nerf grand sympathique.

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