I. — Didosaurus mauritianus Günther
Les publications, déjà mentionnées, de A. Günther et de H'. Gadow, ont fait connaître cette espèce par les pièces suivantes : mandibule, frontal, capsule occipito-otique, vertèbres diverses, bassin, fémur, humérus et ulna. Il faut en séparer l’atlas figuré par H. Gadow (fîg. & sup.), qui est une pièce mammalienne et ne peut donc appartenir à Didosaurus.
La collection Carié m’a fourni des restes provenant de nombreux individus (il existe notamment 58 frontaux) et comprenant des échantillons de presque toutes les pièces du squelette. Seuls ont échappé à la récolte quelques-uns des os les plus petits ou les **
1. R. Hoffstetter. Bull . Muséum (2) 16, p' 547-553, Paris, 1944.
2. À. Günther. Journ . Linn. Soc. ZooL , 13, p. 322-324, fig. 1-2 ; London, 1877.
3. H. Gadow. Trans. ZooL Soc . London , 13, p. 323-324, pl. XLV1, fig. 1-16 ; London, w 1894.
Bulletin du Muséum , 2 e séiie, t. XVII, n° 1, 1945.
moins caractérisés. Les cartilages n’ont pas été fossilisés. Par contre, deux œufs ont été conservés partiellement. »
L’étude de ce riche matériel démontre indiscutablement que Didosaurus est bien un Scincidé. On peut souligner les caractères suivants, comme les plus significatifs : prémaxillaire pair ; arc postorbital et arc postfrontotemporal complets ; columella cranii présente ; pariétal simple portant un foramen pariétale et des processus descendentes anteriores ; palatins fermés de deux lames superposées, roupies par leur, bord externe ; présence • de plaques dermiques partiellement soudées au frontal et au pariétal ; denraire refermé dans sa partie antérieure autour du-cartilage de' Meckel qui, de ce fait, est. logé dans un canalis Meckeli ; processus coronoideus du dentaire chevauchant lè coronoïde sur la face externe ; splénia! court, ne s’étendant pas vers l’avant au-delà du foramen interne de sortie du,nerf alvéolaire inférieur; fossa Meckeli réduite, n’atteignant pas le coronoïde ; processus retroarticularis élargi en forme d’oreille ourlée vers le haut ; interclavicule cruciforme ; clavicule dilatée proximalement et percée par des fenêtres irrég;ulières. Tous les autres os du crâne, du rachis, des ceintures et des membres possèdent le style qui caractérise les Scincidés. On peut d’ailleurs reconnaître quelques-uns de ces caractères sur les figures déjà données par H. Gadow ; d’autres apparaissent dans la tentative de reconstitution du crâne de Didosaurus , que je figure ici. (Fig. 1).
Il s’agissait d’un animal pouvant atteindre une grande taille, dépassant celle de tous les Scincidés actuels. Cependant il faut remarquer que les pièces figurées jusqu’ici appartiennent à des individus âgés, présentant leur maximum de développement. Celui-ci n’était atteint > qu’exceptionnellement, et la grosse majorité des os recueillis à la Mare aux Songes indiquent des individus plus petits.
Cette taille remarquable a conduit les auteurs à rapprocher Didosaurus des grands .Scincidés australiens et notamment de Tiliqua (= Cyclodus). Un tel rapprochement, bien que légitime, soulève quelques réserves que Ch.-L. Camp 1923 semble avoir pressenties. Par contre, une comparaison attentive m’a convaincu que Didosaurus est étroitement apparenté au genre actuel Macroscincus, dont l’espèce unique, -M. Coctei Duméril et Bibron est cantonnée aujourd’hui dans une des Iles du Cap Vert.
Tous les détails ostéologiques parlent en faveur de cette parenté. Particulièrement le prévomer, le pariétal, le jugal et l’cctoptérygoïde montrent une analogie -frappante entre Macroscincus et Didosaurus , al ors. que les mêmes os sont bien différents chez Tiliqua et Trachydosaurus. Le nombre des dents est très comparable chez les deux premiers genres : la fréquence maximum correspond
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à 29 par demi-mâchoire chez Didosaurus, avec tendance à une légère réduction lorsque la taille croît. Le développement d£s pattes est beaucoup plus marqué chez Macroscincus et Didosaurus que
Fig, 1. — Schéma, du crâne restitué de Didosaurus mauritianus } X 1.
À. — face dorsale*
B, — face ventrale.
chez les formes australiennes : ainsi le fémur représente plus des 7 /10 de la mandibule, tandis qu’il n’atteint pas les 5/10 chez Tiliqua et Trachydosaurus. Les rapports des membres parlent dans le même sens : le fémur est nettement plus grand que l’humérus
chez Macroscincus et Didosaurus, tandis que les deux os sont égaux dans les deux genres australiens.
D’autre part, l’armure ostéodermique, si remarquablement développée chez Tiliqua et plus encore chez Trachydosaurus semble également réduite chez les deux genres comparés. Chez Macroscincus, en effet, en dehors des plaques céphaliques, relativement faibles, on ne trouve que des ostéodermes petits et minces, qui ne sont développés que dans les régions nuchale et ventrale. Or il est frappant de constater quç chez Didosaurus, on ne connaît que les plaques frontale, frontopariétales, interpariétale et pariétales, souvent incomplètes et très minces ; on n’a retrouvé aucun ostéoderme libre, bien que le matériel-étudié ait été récolté avec soin et comprenne des pièces de très petite taille. Ces observations me conduisent à admettre, chez Didosaurus, une réduction du système ostéodermique, qui devait être très comparable à celui de Macroscincus.
Un dernier caractère, celùi-ci éthologique," vient encore souligner la ressemblance entre les deux genres. Je suis persuadé, en effet, que Didosaurus habitait encore récemment l’Ile Rodriguez, et que c’est dè lui que F. Léguât, qui a séjourné dans l’île de 1691 à 1693, parlait en ces termes 1 : <c II y a une autre espèce de Lézards nocturnes de couleur grisâtre, dont la figure est fort vilaine : ils sont gros et longs comme le -bras, et la chair n’en est pas mauvaise. Ils aiment beaucoup les Lataniers. » Didosaurus aurait donc été un .animal nocturne,, comme l’est également Macroscincus, d’après L. Vaillant 1882 2 .
Tous ces caractères établissent si indiscutablement la parenté entre les deux formes qu’on serait presque tenté de les placer dans le même genre. Il me semble cependant qu’on peut maintenir Didosaurus comme distinct, en notant les particularités suivantes qui le séparent de Macroscincus.
Les dents à couronne arrondie, montrent une légère tendance, à l’amblyodontie, tandis que celles de Macroscincus, en liaison avec un régime herbivore, possèdent une couronne finement denticulée, comme chez les Iguanes. Le ptérygoïde participe au contour de la fenêtre infraorbitaire, par suite d’une réduction de l’ectoptérygoïde qui ne touche plus le palatin. Il porte typiquement 2, parfois 3 dents ptérygoïdiennes ; cependant ces dents sont souvent absentes chez les individus de petite taille. Les lames ventrales des palatins sont longuement en contact sur la ligne médiane du palais. Le dentaire est plus longuement refermé autour du canalis Meckeli, et, corrélativement, le splénial est plus réduit vers l’avant. Les
ir F. Léguât. Voyages et Aventures, I, p. 108 ; Amsterdam (et Londres), 1708.