SUR LES NÉMÀTOÏDES EN GÉNÉRAL
De tous les faits qui précèdent , on peut en conclure l’extrême ressemblance de tous les représentants de l’ordre des Nématoïdes. Le système nerveux et le système vasculaire ne nous présentent rien de spécial pour les divers groupes de cet ordre de la classe des Helminthes. L’appareil digestif lui-même fournit peu de caractères , si l’on en excepte les Oxyures et le Strongle , dont le canal intestinal nous a offert certaines particularités caractéristiques. Ailleurs, nous n’observons que de bien légères
(1 ) Lnr rif . } fi£. I .
t. BLANCHARD, — SL J; l’oKU AMSATIOX DES Mills. \\)1
différences clans la forme de la bouche , et les proportions de l’œsophage et de l’intestin.
Les organes génitaux sont eux-mèmcs très peu variables dans leur forme et dans leur disposition. Les organes males peuvent assez souvent fournir des caractères génériques , mais ce sont ordinairement des caractères peu prononcés. Les organes femelles présentent à la vérité quelques différences plus importantes; cependant elles sont encore fort légères: elles consistent dans le volume et Informe des ovaires, et la position de l’orifice extérieur ; ce sont donc pour la plupart de bien faibles modifications.
Néanmoins ces différences , si légères qu’elles soient , méritent l’attention des zoologistes. Les espèces de Nématoïdes ne peuvent être bien groupées qu’autant que les parties internes sont parfaitement connues.
L’étude de ces Helminthes est loin d’être sans difficulté. Poulies grosses espèces, il suffit de fendre longitudinalement la peau dans toute sa longueur, et de la fixer de chaque côté pour mettre en évidence le canal intestinal et les organes génitaux ; mais les Nématoïdes de grande taille sont bien peu nombreux , la plupart sont petits ; beaucoup sont d’une extrême ténuité. Pour ceux-là, on rencontre des difficultés énormes ; quand on veut ouvrir le corps, on coupe ou l’on déchire les parties intérieures, et encore ne parvient-on guère à ouvrir l’animal dans toute sa longueur. C’est seulement avec des quantités considérables d’individus qu’on peut réussir à la fin, à voir ces parties délicates qui se brisent si souvent lorsqu’on vient à les disséquer. Ces difficultés expliquent l’absence de connaissances positives sur les véritables caractères de la plupart des Nématoïdes.
Les observations par transparence ont fourni fort peu de résultats ; en effet , par ce procédé d’investigation ^ on peut souvent suivre assez bien le canal digestif; mais il n’en est pas de même des organes génitaux , qui sont en général contournés , repliés ou pelotonnés.
Aussi jusqu’à présent dans les ouvrages d’helminthologie , on a peu tenu compte de la forme de ces parties ; on ne les trouve pas représentées ni même décrites, cl, à l’égard des descriptions,
VOYAGE EN SICILE
quand elles ne sont pas accompagnées défigurés, on ne peut ordinairement y attacher beaucoup d’importance. 11 est difficile de représenter un objet mal observé, car alors l'insuffisance de l’observation demeure manifeste ; il n’en est pas de même d’une vague description, qui souvent paraît mériter plus d'attention qu’elle n’en mérite en effet ; aussi certains observateurs comprennent cela parfaitement : ils donnent des descriptions , mais ils se dispensent de donner des figures.
Je suis arrivé à reconnaître les différences entre les divers types de Nématoïdes; mais c’est en y consacrant un temps déjà très considérable , et néanmoins le nombre des espèces étudiées est-il encore fort limité. La difficulté qu’on éprouve pour beaucoup de ces Helminthes, de se procurer des individus en grande quantité , m’a empêché d’en décrire davantage. Les naturalistes s’adonnant à l’étude des Vers comprendront l’intérêt qu’il y aurait aujourd’hui à faire des monographies anatomiques des différents groupes de Nématoïdes; ce n’est même que par une suite de travaux de cette nature que les espèces seront vraiment bien connues. Ce sont là des sujets de recherches exigeant beaucoup de patience , mais très accessibles pour tous les observateurs scrupuleux.
Ces diverses remarques suffisent pour montrer l’intérêt qui s’attacherait à l’étude sérieuse des organes génitaux et même du canal digestif dans les espèces de chacun des genres de l’ordre des Nématoïdes. Il y a là de nombreux sujets d’observations que nous signalons à l’attention de ceux qui voudront s’occuper de l’étude des Vers (1).
(I) Outre les ouvrages généraux et les articles du Dictionnaire des Sciences nalurclles } par RI. de Blainville, de VAUgcmeinc Encgclopœdic , par RI. Creplin, et les Observations ( Obscrv . de Entoz.) de eel auteur ; les art. delà Cyclopœd. of Anat. and Phys., par RI. Owen, et ses Lectures on the comparut. Anatomy; de Leuckart, Zool. Bruchstücke , etc., voyez encore, pour les Nématoïdes, les ouvrages suivants:
Nordmann , JiJikrogruph. Beilrœgc sur Naturgeschichtc der Wirbellosen Thiere
(1832). Traduct., in Rayer, Archives de médecine comparée , part. 2.
Owen, Description nf a microscopie Enlozoon infesting the muscles of the human
bodg. Trans. ofthe zoolog. Society , t. I, p. 31 5, pl. il , fig. 1-9 (1835). (Trichinà spiràlis.)
É. — SI K 1.0 UGA.MSATIOA DBS MiRS. 199
U Bryen BelÜngham, Jscflris alala el Strongylus truchealis. Fronep's neue Notizen, p. 175 et p. 200 (1839).
Catalogue of Irish Enlozoa with observations . Annals and Mcigaz of mit, hist. t.XÏV, p. 175 (1 8 44).
Hannover, Développement de V Ascaris nigrovenosa. Farhamllingor vid de Skandanaviske naturforskarne tredje mote (Stockholm 1 8 12).
Nathusius , Vebcr eintge Eingeweidewurmer des Schwarzen Storchs. Filaria labiata, Creplin. et Strongylus trachealis (Svngamus Siebold), in IViegmonns Archiv . 3 jarg Bd. 1, s. 52 (1837).
Siebold, Zusatz zum Vorhergehenden Aufsatze , loc. cil , 1, 66.
Siebold, Ceber geschelechtslose Nematoiden, in ir/egmcum’s Arc/»t>., s. 302 (1838).
Owen, New genus of Enlozoa (Gnathostoma). Procecdings of the zoolog . Society, part. 4, p. 123 (1836).
Leuckart , Trichosoma. Oxyvris in Froricp’s noue Notizen, n° 46, p. 88 (1838).
Curling, On thc Dactylius aculeatus. Case of a girl who voided from the urethra a number of entozootic ivorms not hitherto described.
Médico-chirurgical Transactions, l. XXII, p. 274 (1839).
Dufour, Notice sur la Filaria forficulæ, in Annales des sciences naturelles, 1 r * série, t. XIII. p. 66 (1840).
— Otseruutionssur une nouvelle espèce dit genre Filaria. Ann. sc. nat., 1 rc série, t. XIV, p. 222 (1840).
Postans, Filaria medinensis. Froriep's nette Notizen, p. 304 (1840).
Delle Chiaje, Descrizionc e Notomiadcgli animali invertebrati del regno diNapoli (Filaria loliginis et aphroditæ. Ascaris totari), t. V (1841).
Mayer, Beitrage zur Anatomie der Entozoen (1841). (Trichocephalus. Oxyuris.)
Observations on the anatomy of Trichocephalus disparu Trichocephalus affinis. The London and Edinburg monthly Journal of medical sciences, 1 8 41 , p. 33, et 1842, p. 529.
M'Clelland, Bemarks ou Dracunculus. The Calcutta Journal of nat. history, t. I, p. 359 (1841).
Hermann et Diesing , Onchoccra reticulata, in Osterrcichische medizin. Uoc/iejKchrift, n° 7, p. 199 (1841).
Vogt , Beitrage zur Entwickelungsgeschichte der Fi larimin Muller s Archiv., s. 189, tab. X.fig. 8-15 (1841).
Bayer, Archives de médecine comparée , n° 1 (octobre 1842), p. 1 . Strongylus armatus .
Gluge, OEufs de l'Ascaris nigrovenosa. Journal l'Institut , 18 42, p. 231 , el Archives gén. de médecine , t. XIV, p. 36 4 (1 8 42).
Bayer, Des vers qu’on a rencontrés dans le sang de certains animaux Archives de médecine comp., J, p. 40 (l 842).
— Note additionnelle sur les vers uüservés dans iail et dans l’orbite des animaux vertébrés, loc. cil., 11, p. 1 1 3 (18 43).
— Sur les tubercules vermineux de l’oisophage, loc. cil , p 171 (1843).
unA(.ii i:.\ Sicile.
— Sur des Trichosumes observés dans la vessie du Surmulot (Mus decumanus) , et dans le Henard commun (Cunis vulpes), loc. cil. , p. 480 (1843).
Dujardin, Trichosoma. Amh. des sc. nat. f 2 e série, t XX, p. 332, pl. 16 (1843). Delle Chiaje, Sut Tricocefalo disparo . ausiliario del choiera asiatico osservato in Xapul . , 1836. (sis, p. 557 (18 43).
Esehrichl, Slrongglus inflexus (du Dauphin). Isis . von Oken, p. 280 (1843). Valenciennes, Sur des tumeurs vermineuses de l'estomac du cheval et sur les En tozoaires quelles contiennent. Comptes rendus de l’Académie des sciences , p. 171 (18 43).
kocllikcr. Cuculktnus vlcgans. Muller's Archiv , p. 60 (1843).
— JscuWs dentata et Slrongylns auricularis. Entiuickdungsgeschichlc, p. 21, et Milliers Archiv., p. 69 (1843).
Eeker, Ucber ein Gcftessystcm in cingepupplen Filarien. Muller's Archiv. (1845), s. 506, tab. XV, fig. 34.
Keichert, Beitrage sur Enlivickclungsgcscliichte. der Sttamcnkorpcrhen bei den Xemalodcn , in Muller's Arch. (1847), s. 88, tab. VI.
Chaussât, Sur une nouvelle espèce de Trichina observé dans la grenouille commune, et sur le Strongledes bronches du porc (Sus scrofa). Société de biologie. Gazette médicale, t. IV, p. 493 (1849).
Pour les diverses publications faites sur les Helminthes, consultez encore les rapports sur lllehni lithologie de M. Siebold , in fur Na(urgcsdiichtc, von
Wieguiann und Eriehson, (iSift), p. 185; (1841), p. 289; (18 42), p. 338; ( 1 8 i 3\ p. 400; (1845), p. 200.
Et une foule dénotés sur divers Nénialuïdes consignées dans tuus les journaux de médecine.
Outre les Némaloïdes qui sc rattachent aux groupes que nous avons admis dans ce travail , il en est plusieurs autres que I on ne peut classer définitivement, faute de connaître leur organisation, ot même leurs caractères zoologiqucs. M . Dujardin les ayant mentionnés dans un chapitre particulier, je m’abstiens de les énumérer ici. Parmi eux se trouvent quelques espèces qui nécessiteraient une attention particulière, mais qu’on n'a pu se procurer depuis longtemps, comme les Eiorynchus de Hudolphi, comme le Prionoderma observé par Goeze, et qui présenle des caractères si singuliers, qu’on ne peut savoir, dans l’état actuel, à quel ordre il doit sc rattacher.
KM’LICATIOX DES FIGLKES Plaaciie G,
l-’ig. » Appareil digestif et organes générateurs mâles de I'Ascaride de l'Ours (Ascaris Iransfnga). — «, bouche. — b, l’œsophage. — e, l'intestin, — d, le testicule. — e , tube séminal.
É. BLA ACUA ItlK — SDK l/OKUAMSAXlO.N DES \ LltS. 201
Fig. 2. Appareil digestif et organes générateurs mâles de FAscaride des Pqissdns. — a, œsophage. — b, intestin. — c, ovaires. — d, utérus. — e, utérus commun. — g, vulve.
Fig. 3. Fil.mre du Cheval (Filaria Equi). Femelle de grandeur naturelle.
Fig. 3". Système nerveux — «, collier œsophagéen. — b , cordons latéraux.
— c, vulve
Fig. 3*. Collier nerveux plus grossi.
Fig. 3 e . Appareil génital femelle. — «, œsophage. — b, intestin. — c, portion grêle des ovaires. — d, la portion élargie. — e , utérus commun. — e , oviducte. — f, vulve.
Fig. i. Appareil digestif et organes générateurs femelles de la Filaire atténuée (. Filuria altenuala). — «, œsophage. — b, intestin. — c, ovaire. — d, utérus. — e , vulve.
Planche 7.
Fig. 1. Spiroptêre du Chien (Spiroplera sanguinolenla). Un peu grossi.
Fig. l a . Extrémité antérieure très grossie. — a , bouche. — b , œsophage. — c, intestin. — d, vaisseaux longitudinaux et leurs ramifications.
Fig. O. Appareil digestif et appareil générateur femelle. — «.œsophage. — b, intestin. — c . ovaires. — d, leur portion large ou les utérus. — c , l’oviductc. — f, la vulve.
Fig. 2. Appareil générateur mâle du SrinunE de la Taupe ( Spiruru Talpœ). — a, testicule. — b, tube séminal. — c, le spiculé principal ou pénis. — d, spiculé accessoire. — e, aile membraneuse striée.
Fig. 2*. Apparcii digestif et appareil générateur femelle du même. — a , œsophage. — b, intestin. — c, ovaire. — d, leur portion élargie, ou les utérus.
e , l’oviductc.
Fig. 3. Appareil digestif et appareil générateur femelle de I’Oxyure de l’Homme (Oxyuris vermiculuris). — a, les stries du tégument. — b , la bouche. — c, l’œsophage. — d, le ventriculeou l’estomac. — c, l’intestin. — f, le rectum. — g, l’anus. — h, les ovaires. — i, leur portion élargie, ou les utérus. — k t l’oviducte.
Fig. 4. Appareil générateur mâle duCucuLLAN de la Perche (Cucullanus Percœ).
— a, le testicule. — b, sa portion grêle* — c. tube séminal. — d, le spiculé. Fig. 4*. Spiculé très grossi.
Fig. i". Appareil digestif et appareil générateur femelle du même. — «, bouche et capsule pharyngienne. — b, œsophage. — c, intestin. — d, anus. — c, ovaires.
f, leur portion élargie ou les utérus. — g, l’oviducto commun.
Fig. 5. Ovaires du Cyatuostdmk de la mouette ( Çyathostoma Lari ). — a, ovaires.
— b , oviductc commun.
Planche 8.
Fig 1 Appareil digestif et appareil générateur mâle du Stronlle çéam (Nfrow-
202 4, DE QUATBEFAGES.
gylus gigas). — a, la bouche. — b , l’œsophage, — c l intestin. — d , anus, e, l'ovaire. — f, l’utérus. — g, l’oviducte. — A, la vulve.
Fig. 2. Les diverses couches musculaires isolées. — a, la peau. — b , la couche sous-cutanée. — c, les fibres longitudinales Fig. 3. Une portion de l’un des cordons nerveux.
ÉTUDES EMBRYOGÉN1QUES,
Far M. A. DE ÇUATREFAGES.