‹ Sur Mérimée; notes bibliographiques et critiquesChapitre 20 sur 66 · EST MORT, LE 23 SEPTEMBRE 187O · texte numérisé non relu

EST MORT, LE 23 SEPTEMBRE 187O

DAKS CETTE MAISOxN OÙ IL PASSAIT CHAQUE HIVER

DEPUIS l858.

Et dans le square voisin, qui, depuis longtemps déjà, porte le nom de l'illustre écrivain, on inaugurait un buste de Mérimée, réplique de l'œuvre d'Isclin qui est conservée au Musée municipal de Cannes. Après une allocution de M. Capron, maire de Cannes, des discours furent prononcés par M. Augustin Filon, président du Comité des Débats, et par M. Héron de Villefosse, délégué de l'Institut, où Mérimée a occupé une double place, à l'Académie française et à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

Le premier discours faisait un nouvel appel à des souvenirs personnels, qui ne sauraient plus fournir grand'chose d'inédit, mais auxquels le nom seul de Korateur donne de l'intérêt : « Je suis assez âgé pour avoir pu connaître Mérimée et, en effet, je l'ai connu. Je ne vous dirai pas que j'ai été son ami. Oh! non. J'étais très jeune à cette époque, et il se méfiait des jeunes gens. S'il avait pu se douter que je serais un

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jour son biographe, quel art raffiné, quelle persévérance ingénieuse il eût mis à m'éviter ou à se taire devant moi Mais si je n'ai pas pénétré dans l'intimité de Mérimée, j'ai été l'ami de ses amis, j'ai respiré la même almosplière que lui, et j'ai recueilli de lui des impressions encore toutes chaudes et toutes vibrantes. Peut-être ai-je été ainsi mis à même de pénétrer assez avant dans cette àme qui restera une des curiosités du xix^ siècle. » M. Filon s'est.-il amusé à faire un pastiche? Voici qui est bien dans la manière de celui dont il parlait : « Mesdames, je vous engage, quand on lira dans votre salon des lettres de Mérimée, à envoyer mesdemoiselles vos filles chercher sur la table du jardin votre broderie que vous y aurez oubliée. »

Le discours de M. Héron de Villefosse était un éloge, appuyé d'anecdotes intéressantes et le plus autorisé qui se put rencontrer, de Mérimée archéologue : « L'hommage que nous venons lui apporter aujourd'hui, disait l'orateur en concluant, montre assez que le temps, loin d'affaiblir la renommée de son talent et de son esprit, loin de faire oublier l'ardeur généreuse avec laquelle il a défendu pendant toute sa vie la cause de nos antiquités nationales, apporte chaque jour à notre admiration quelque chose à la fois de plus profond et de plus ineffaçable. »

Au banquet qui eut lieu le soir, on lut une lettre de M. de Nalèche, directeur du Journal des Déùa/s, qui annonçait l'apparition prochaine d'une plaquette : En r/ionneur (h Prosper Merinièe. Celle-ci n'est, en quelque sorte, que la préface d'une publication de luxe actuellement en préparation, et où l'on trouvera des

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reproductions d'autograplies, de portraits et de dessins de Mérimée non encore connus. Mais c'est une préface déjà très intéressante pour les Mériméistes. Je voudrais, en leur en parlant, qu'il me fût permis de revenir sur diverses questions concernant l'écrivain qui leur est cher.

En F honneur de Prosper Mcrinuc^ est une brochure in-4", illustrée de l\è pp.. imprimées sur deux colonnes. Elle contient trois parties : une excellente notice sur Mérimée (pp. 2-i5) par M. Félix Chambon ; — des lettres inédites (pp. 17-38), procurées et annotées par M. Chambon; — les discours prononcés à la cérémonie de Cannes (pp. 4t>-48^-

J^a correspondance se divise elle-même en deux parties. H y a d'abord trente-trois lettres, écrites de 1841 à 1868 au poète Pierre Lebrun, l'auteur de M(/ric Stuart^ le directeur du Journal des Savants^ l'ami de Mérimée et son collègue au Sénat et à l'Académie française. Puis viennent vingt-neuf lettres diverses, adressées de 1825 à 1870 : à Albert Stapfer (celles-là mêmes dont M. Filon avait eu connaissance ou dont il avait lu les principales, et l'on peut voir qu'il y avait bien pris tout ce qu'elles contiennent d'important); — au duc Decazes ; — à Charles d'Aragon ; — à Villemain ; — à

1. Paris t'Hlaiine.s. -'8 avril 1007; on vente dans los huroaux ilu Journal des Débuts.

Grille de Beuzelin ; — à Lcnormant; — à Bixio; — à M. de Guisard; — au vicomte de Cormenin; — à M. de Vatry. Pages d'un intérêt forcément inégal et écrites dans des circonstances très diverses, mais où Tauteur se retrouve toujours au naturel. Veut-on des potins de théâtre? Qu'on lise Thistoriette de la Mombelli'. Des confidences? « Je suis profondément affligé de vieillir. Ce pays-ci [l'Espagne] a quelque chose de ravissant pour la jeunesse et d'affligeant pour les vieux. Tous ces yeux noirs me désolent. Ce sont des perdrix qu'on rencontre à chaque pas lorsque la chasse est fermée*... » De la politique? « Nous allons donner la liberté de la presse. Que pourra-t-on imprimer de plus libre que ce qu'on imprime aujourd'hui? Tout cela m'afflige profondément et je ne vois pas d'issue à la crise vers laquelle il me semble que nous marchons à grands pas. Il n'y a rien de si dangereux que de donner des lois libérales à un peuple qui n'a aucun respect pour les lois. C'est aussi fou que de laisser des enfants jouer avec de la poudre'... » l*]t nous retrouvons l'affaire des serinettes. Décidément elle passionnait Mérimée. On sait jusqu'où pouvait aller ce faux sceptique dans les questions où il avait engagé sa conscience. On verra donc autre chose que de la rhétorique dans les lignes suivantes : « Je tousse de façon à ne pas être très pressé de revenir dans vos brouillards. J'ai écrit à notre Président, et j'ai fait parlera M. Rouher des serinettes. L'un et l'autre m'ont fait dire que cela ne pressait pas. En effet, tantœ

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