‹ Sur Mérimée; notes bibliographiques et critiquesChapitre 48 sur 66 · Balzac, La Peau de Chagrin · texte numérisé non relu

Balzac, La Peau de Chagrin

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soiïiljlanrc comme un fils de Jean-Jacques' aurait

passionné le monde, et je ne pense pas qu'on rencon-

g' dant d'un héros de Balzac

Ce que j'ai dit de Mérimée amoureux n'a pas plu à tous les Mériméistes. On m'a reproché de parler du dieu avec irrévérence. Peut-être, en effet, était-il tenq^s que je m'arrête ; ma ferveur tournait à l'apostasie ; j'étais comme ces anciens dévots que l'exégèse a rendus incrédules. Mais ceci sur un point de la biographie seulement, et très secondaire. Je n'ai pas songé à rabaisser en Mérimée l'écrivain, le styliste, le conteur incomparable, qu'un maître cette fois trop sévère appelait récemment « le sec et prétentieux auteur de Carmen et de Colomba ' »; — ni l'historien, ni Tarchéologue : — ni le philologue, ni même l'helléniste, quoique sur ce dernier point je sais que de bons juges font des réserves. J'ai seulement osé toucher à une légende qui commençait, semble-t-il, à s'établir, et que lui-même il eût dédaigneusement répudiée, la légende de l'homme à bonnes fortunes, ce que j'appelais la légende de Mérimée don Juan. N'est pas don Juan qui semble. Des aventures comme celles qu'enregistrent les Lettres à

1. On l'a essayé, mais sans vraiseniblanco; voir AnnaU-a di' In Société Jean-Jacques Rousseau, t. 111, Genève-Paris-Leipziir. 1907. p. 286.

2. Brunelière. Honoré de Bahac. Paris, Calniann-Lévy, (191)0), in-lll, p. 29r». Cf. pp. 90, 15(1, 254, 2G4. Brnnetière, dans le passage cité, met Balzac, comme écrivain, au-dessus de Mérimée !

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Pdiiizzi sont moins ([uc rien oL sont navrantes'. .1 ai parlé creutourage féminin. Mais un entourage leniinin n'est pas une caution de don juanisme, je dirais presque au contraire, car si le héros n'a pas à son actif quelque méfait bien authentique, il ne tarde pas à sentir autour de lui la légère humiliation d'une confiance sans hornes, les femmes étant très fines sur ce ])oint et discernant très vite ce qu'a d'incomplet le prestige des grands généraux sans victoires. Mais tant d'hommes, et parfois de ceux qui montrent l'enseigne de la vertu, sont jaloux au fond de succès qu'ils n'ont pas connus, ou sentent la tristesse secrète d'une destinée manquée ])our ne les avoir pas connus alors qu'ils s'en jugeaient si dignes, que si un homme a éveillé autour de lui la sympathie féminine, l'opinion est portée à voir en lui ce qu'on appelle d'un vilain mot (un ^vilain mot pour exprimer une vilaine chose), « un homme à femmes ». Je le répète, Mérimée n'aurait pas voulu de cette auréole. La lui retirer, c'est faire justice à son caractère et honorer sa mémoire.

Il reste l'ami de l'Inconnue, ami sincère jusqu'à dédaigner de pallier pour elle les défauts de son caractère, ami dévoué et fidèle jusqu'à l'instant suprême. A elle seule, cette fidélité donnerait à sa vie une sorte d'unité morale et nous défendrait de suivre un éminent orateur qui mettait récemment en parallèle, sur la foi de Renan, la fin de Mérimée et celle de Pétrone^! Et,

I. Leltirs à Paniiti. I. I. i.].. Ii:.-li7 (novembre 1 SCO) : r>l S. r.'2'2, .720 (mai-juin 18(>3).

'2. Discours prononcé par M. rjilot, fie l'Académie française, à la distribulion des prix du lycée de Saint-Omer, le âO juillet I90S.

i9.<) ST'R MKRIMKE.

Cil vcrilé, je ne connais pas dans lliistoirc litLcrairc crépisodc plus toucliant que celui-ci : cet liomnie, qui a écrit tant de lettres, traçant avec effort, deux heures avant de mourir, accablé par la douleur et déjà mourant, un dernier billet à l'amie de toute sa vie'. Vous étiez loin alors, jours des rendez-vous dans les salles austères du Louvre ou des promenades rieuses, sous un parapluie, dans les bois de Verrières. l']t pourtant, que la vie doit sembler brève, lorsque aux approches de la mort notre pensée remonte le cours des ans ! C/est ainsi que Rousseau évoquait le souvenir de sa ]H-emière rencontre avec Mme de Warens quand la plume échappa à sa main défaillante-....

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