‹ Sur quelques animaux hybridesChapitre 2 sur 11 · VT · texte numérisé non relu

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En se décidant à publier les Annales generales des Sciences physiques , les rédacteurs ont pensé que cet ouvrage pouvait devenir, non-seulenient un moyen de propager les connaissances humaines , mais encore, pour eux , l’occasion d’offrir un tribut de gratitude aux savans qui contribuèrent le plus aux progrès de ces connaissances. Dans l’intention où ils sont de faire toujours paraître, sous les auspices des savans du premier ordre, chacun de leur volume, M. Alexandre de Humboîdt a reçu l’hommage de la première livraison , M. Van Swinden de la seconde, M. le lieutenant-général Carnot de la troisième, M. 33ancks de la quatrième, M. Zéa de la cinquième, M. de Lacépède de la sixième. Chaque livraison (ou volume) composée de trois cahiers , sera désormais précédée du portrait du savant auquel en sera offerte la dédicace..

Les savans qui, pendant le cours d’une année, enverraient aux Annales six articles où seraient jointes des planches, ou dix sans figures , recevront , pour l’année suivante , les Annales gratuitement et sans frais.

Les auteurs d’articles qui , non contens de les voir insérés dans les Annales , désireraient qu’on en tirât à part un certain nombre, voudront bien en prévenir l’éditeur, qui se conformera à leurs désirs.

Les Annales paraissent par cahiers de huit feuilles, mêmes format et caractère que ceux qui ont paru jusqu’ici , le dernier jour de chaque mois ; ces cahiers seront disposés de manière que, réunis par trimestre, ils formeront un volume ou livraison de 4°° pages * non compris les planches et tables.

Chaque cahier contiendra , de rigueur , quatre planches , représentant des appareils ou instrumens propres aux sciences , des cartes ou vues nécessaires a l’intelligence des mémoires , ou des figures coloriées de plantes, animaux ,

substances minérales, etc Ces planches, qui ne seront

jamais en moindrç nombre que douze par volume, pourront être accumulées dans un numéro aux dépens d’un

Par M. G. Sv JRÀFINESQUE ,

Professeur de botanique et d'histoire naturelle dans V Université de Lexington en Kentuky.

L’hybridité animale est un des plus singuliers phénomènes zoologi.ques ; elle nous prouve surtout que nous sommes bien loin de connaître tous les faits qui ont rapport à l’histoire naturelle des animaux. 11 est à-peu- J)rès reçu maintenant comme axiome, par les naturalistes, que les seuls quadrupèdes analogues et de même genre* peuvent produire des mulets. Je vais établir, par deux faits nouveaux, en contradiction avec cette règle, des exceptions bien remarquables ; j’en indiquerai en outre quelques autres qui pourront également contrarier un autre axiome généralement admis, savoir : que les animaux qui produisent des mulets féconds sont toujours d'espèce identique.

Voici le premier fait qui est bien avéré. Une chatte fut laissée dans une cabane dans les bois du Kentuky, laquelle fut abandonnée pendant plusieurs mois. Cette cabane était parfaitement isolée et éloignée de plusieurs lieues de toute autre , et il n’y avait pas de chats dans le voisinage à la distance de i5 à 1 8 inities. Le propriétaire de la cabane trouva , à son retour, sa chatte encore dans là cabane et allaitant une portée de cinq petits monstres , semblables aux chats par le corps et le poil , mais ayant la tête, les pattes et la queue semblables à ceux du didelphe commun des Etats-Unis , nommé ici Opossum ( le Didelphis Virginianus des naturalistes ). Ces animaux vécurent et furent montrés comme curiosité dans tous lès environs 5 mais ils sont morts jeunes et sans s’être propagés. On a conjecturé avec fondement que cette chatte, ainsi isolée, abandonnée , et qui a vécu d’oiseaux, de souris

«t de taupes dans l’intervalle , aura agacé un didelphe

mâle durant la période ordinaire de chaleur, à défaut de mâle d’espèce analogue, car il n’y a pas même de chats sauvages dans le Kentuky , ( ceux qu’on nomme ainsi sont des lynx ) et aura été fécondée par lui. Mais il est bien singulier qu’une union entre des animaux aussi différens , puisqu’ils appartiennent non - seulement à des genres , mais même à des familles et à des ordres dissemblables , ait été productive ; la seule analogie entr’eux consiste peut-être dans une similitude de taille.

Le second fait quoique moins avéré , ne laisse cependant que quelques faibles doutes. Les chasseurs aborigènes de l’Amérique septentrionale croient que le raton ou raccoon ( Procyon Loter , des naturalistes), peut s’unir avec le renard rouge. 11 y a deux espèces au moins de ce nom à l’est du Mississipi ( et plusieurs au- delà ) , le Canis virgi nianus , et mon Canis leucurus qui diffère du précédent par sa queue blanche , etc. , je l’ai décrit dans Western revieuw , vol. i , pag. 236 ; tous deux ont long-temps été confondus

sous le nom de Canis vulpes . j’ai vu la dépouille complète

d’un des produits de cette union ; il ressemblait beaucoup plus au raton qu’au renard; il en avait la tête, les dents , les pattes , etc. ; mais il avait l’encolure , la taille, et la couleur du renard rouge à queue noire. La bande noire du yisage, si remarquable dans le raton, avait disparu; elle était remplacée par une faible teinte foncée : il en était de même des anneaux noirs de la queue. 11 est donc probable que cet animal, qui était parfaitement adulte, avait été produit par l’union d’un raton avec un renard , animaux tous deux sauvages, et de genre, famille et ordre différens ; cependant l’on pourrait soupçonner que c’était peut-être une simple variété du raton, si le témoignage des aborigènes qui connaissent si bien les moeurs des animaux dés forêts , n’était contraire à cette opinion.

A l’égard des mulets féconds , il est reconnu depuis long temps que le bison d’Amérique ( Taurus amerieanus des

naturalistes ) , ne peut produire avec le taureau et la vaclie domestiques , et Buffbn s’est prévalu de ce fait pour conclure que ces espèces sont identiques , nonobstant que ces animaux diffèrent bien plus entr’eux que l’âne et îe cheval ou le buffle et le «taureau. Le bison d’Amérique qui était commun dans toute l’Amérique septentrionale et particulièrement en Kentuly il y a 3o et 4° ans , a maintenant entièrement disparu de toute la région à l’orient du Mississipi , où il était trop harcelé ; on le trouve encore en immenses troupeaux dans les vastes prairies ou stepes des plaines du haut Missouri 5 cependant il se retire continuellement vers l’occident et le nouveau Mexique, à mesure qu’on îe harcèle avec les armes à feu. Au reste cet utile animal, qui fournit une chair délicate et une si belle toison , commence à exister en domesticité dans le Kentucky et dans plusieurs autres. , états occidentaux, il . est devenu presqu’aussi traitable que le taureau et la vache, il aime leur compagnie, et s’unit sans difficulté avec la vache, tandis que le taureau domestique a souvent delà répugnance pour la femelle du bison. Les métis qui en résultent , nommés en anglais Ncialf-breed'Buffalves , participent des deux animaux, obtenant la forme de la vache, mais conservent la couleur, et la bête du bison, ainsi qu’une demi-toison ; ils perdent la bosse, mais ils ont encore le dos incliné. Ils s’unissent indifféremment entr’eux ou avec leurs pères et mères , produisent des nouvelles races et fournissent du bon lait comme la vache (i). Nonobstant ces faits, il me semble bien difficile de croire que les bisons d’Amérique soient identiques avec nos vaches et nos taureaux : ils en diffèrent par le squelette , la tête, les cornes, la barbe, la crinière, la toison , la bosse, le dos incliné, la queue courte , etc. Ne serait-il pas possible que des * espèces originairement différentes, donnassent dans certaines circonstances, des produits féconds?

(i) La gestation et parfmilion cfe la vache couverte par le bison, est pffis pénible qu’à l’ordinaire.

Nous en avons déjà quelques exemples dans le renard et 1$ phien , Pané et le zèbre, etc., et plusieurs parmi les oiseaux, auxquels je vais en ajouter un nouveau , qui s’ap* piique parfaitement au cas en question , à moins que l’on $>e veuille admettre une plus grande facilité d’union et un plus grand penchant à la fécondité , parmi les oiseaux que parmi les quadrupèdes.

L’oie du Canada ou oie à cravatte (Anser canadensis ) a été complètement apprivoisée dans les Etats-Unis, où elle légiste en parfaite domesticité. Elle s’est unie presqu’aussitôt avec Poie domestique, et a produit des individus féconds , lesquels ont produit cîe nouveaux métis féconds , par le «croisement des races; ils participent plus ou moins de la nature des espèces dont ils proviennent , à mesure qu’ils s’éloignent des types originels. Cependant l’oie à cravatte a été regardée comme une espèce distincte par tous les naturalistes, et même par Buffon , quoiqu’il fût si porté à restreindre le nombre des espèces par esprit de système.

La même union féconde a lieu entre le canard dospestiqùe et le canard musqué, quoique ce dernier diffère si essentiellement du premier, qu’il devrait peutêtre former un genre , ou sous-genre à part , à cause Surtout de sa tête caronculée. Ils diffèrent entr’eux certainement autant ou plus que les aras ne diffèrent des perroquets dont ils ont été séparés.

Nomenclature synandrique ou descriptions des

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