A MON AMI
Le Docreur PAUL COCHEZ Ne
DE
De longue date, des observations isolées ont signalé l'existence, chez les tuberculeux pulmonaires, de névrites diffuses indépendantes de lésions du centre nerveux : cette question des névrites des tuberculeux a, de tous temps, fait l’objet de nombreuses controverses et le problème se pose encore de savoir si la tuberculose y joue un rôle pathogénique réel ou si, au contraire, elle n’est que contingente.
Joffroy, en 1879, rapporte, dans le paragraphe qu'il consacre à l’étude de la névrite parenchymateuse
diffuse, l’observation d’un tuberculeux pulmonaire chez qui apparut une atrophie progressive des muscles des membres inférieurs, puis des membres supérieurs. À l’autopsie, il constata l’existence d’une névrite parenchymateuse diffuse : la moelle et les méninges spinales étaient saines.
Peu après, Eisenhorn cite l'observation d’un tuberculeux pulmonaire qui présenta, à la période termi-
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nale de sa maladie, des douleurs aiguës des membres inférieurs s’accompagnant de paralysie atrophique rapide des musclés de ces membrés : à l’autopsie, il constata la décénérescence des deux nerfs sciatiques.
En 1886, Pitres et Vaillard püblient leur mémoire sur ies névrites périphériques des tuberculeux où ils rapportent six cas personnels ; pour eux, l’existence de polynévrites tuberculeuses primitives est certaine ; celles-ci sont même une complication fréquente de la tuberculose pulmonaire; leur traduction clinique est extrêmement polymorphe : en maintes circonstances, elles restent absolument latentes et c’est seulement l’examen histologique des nerfs qui permet de les révéler.
Peu après le mémoire de Pitres et Vaillard, Klippél, dans sa thèse, insiste sur le rôle des lésions des troncs nerveux dans les amyotrophies qu’on observe au cours des affections chroniques : parmi celles-ci, il fait une large part à la tuberculose pulmonaire. R
Depuis, de nombreux auteurs se sont efforcés, se basant sur des résultats anatomo-pathologiques et physio-pathologiques, d'établir l’existence réelle des névrités périphériques tuberculéuses. Pal en Autriche, Jappa en Russie, décrivent les altérations des nerfs dans la tuberculose. Après Carrière, Grancher et Ledoux-Lébard en 1891 obtiennent des lésions typiques de polynévrite par injection à l’animal de toxine de tuberculose aviaire. Tous ces auteurs font remarquer que si, au niveau des lésions nerveuses,
AE Te on ne retrouve pas le bacille de Koch, c’est que le mécanisme pathogénique des névrites consiste essentiéllement dans l'atteinte des nerfs périphériques par les toxines que secrète le bacille de Koch : la névrite n’est pas une affection microbienne, mais toxinique. Signalons d’ailleurs que certains auteurs ont cependant décelé la présence du bacille de Koch au niveau des lésions nerveuses.
Pitres et Vaillard ont repris récemment l'étude des névrites tuberculeuses : ils en décrivent trois variétés cliniques : une forme motrice, une forme sensitive, une forme extenso-progressive. Rappelant leur mémoire de 1886, ils insistent sur leur fréquence: leurs manifestations sont fréquemment atypiques ; au premier plan, ils placent la tendance à l’amyotrophie qui est rapide et considérable,
Malgré la valeur de ces travaux, s'appuyant sur des vérifications anatomiques incontestables, il semble que la notion des polynévrites tuberculeuses soit méconnue à l’heure actuelle ; elle est mise en doute par d'éminents phtisiologues ; pour eux, la tuberculose n'est que contingente ; dans la plupart des observations publiées, ils montrent que l’étiologie, basée sur un interrogatoire serré, basée surtout sur un examen somatique approfondi, se ramène en réalité à une cause autre que la tuberculose.
Pourtant, malgré cette tendance moderne à nier Janévritetuberculeuse,maintes observations récentes semblent établir que, si cette affection est plus rare
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que le croient Pitres et Vaillard, elle n’en existe pas moins.
Lévy-Valensi, Crouzon et d’autres auteurs ont publié des observations de névrites périphériques survenant chez des tuberculeux avérés et dans lesquelles en l’absence de tout autre facteur pathogé- Anique, force est de ramener l’étiologie à la tuberculose.
Dans ce travail, qui nous a été inspiré par notre maître, le D’ Lévy-Valensi, à qui nous sommes heureux de témoigner ici notre profonde admiration, nous apportons quelques faits d'observation dans lesquels la tuberculose semble bien être la cause primitive de névrites périphériques. Je remercie mon maître, le D' Lévy-Valensi, de m'’autoriser à reproduire certaines observations, déjà publiées par lui, et recueillies dans son service du Sanatorium de Brévannes où j’eus l’honneur d’être son interne pendant plus d’une année.
Du cadre de ce travail, nous éliminerons tous les cas, d’étiologie douteuse, de névrites périphériques : tels ceux, assez fréquents, dans lesquels notre enquête étiologique nous a permis de découvrir une imprégnation alcoolique, füt-elle légère.
Nous éliminerons également diverses manifestations polymorphes : algies, douleurs provoquées ou spontanées sur le territoire d’un nerf, abolition des réflexes tendineux dans un segment demembre, qu'on peut constater à la phase terminale de la tuberculose pulmonaire, Le mécanisme de ces troubles est vrai-
Ki
r blablement très complexe : ils rentrent dans le
cadre des névrites cachectiques.
__ De même, nous éliminerons deux ordres de mani. D festations nerveuses au cours de la tuberculose : pulmonaire:les radiculites et les syndromes radiculoganglionnaires dont le zona est le type ; les névral- À gies intercostales, trop souvent liées en réalité à une irritation pleurale sous-jacente.