‹ Sur quelques espèces de Mucorinées nouvelles ou peu connuesChapitre 17 sur 20 · XIV.— Phycomyces splendens Fries · texte numérisé non relu

XIV.— Phycomyces splendens Fries

Le Phycomyces splendens est un grand Mucor décrit pour la première fois par Fries et sur lequel les auteurs donnent très peu de renseignements.

J'ai trouvé cette plante sur de l’ergot de seigle venant de Russie. Cet ergot, placé dans un endroit humide au printemps, avait donné naissance à cinq ou six grands filaments verts surmontés d’un gros sporange. Les spores de cette plante déposées sur une bouillie épaisse de farine de lin germent très vite. On voit, dès le surlendemain, une saillie jaunâtre qui se couvre de duvet filamenteux. Ce mycélium aérien se développe de plus en plus, formant bientôt une épaisse couche de filaments plus ou moins ramifiés dont la hauteur peut dépasser un centimètre, et qui prennent insensiblement une belle couleur jaune d'or ou jaune orangé. Cette coloration est due à une quantité considérable de gouttelettes huileuses jaune d’or, renfermées dans des filaments incolores ou légèrement roses. Ce mycélium peut se propager par bouture ; il suffit d’en enlever une plaque avec un peu de son substratum et de la déposer sur une couche fraîche de farine de lin bouillie, pour le voir s’étendre et s'étaler à la surface sur une étendue très variable pouvant atteindre quinze à vingt centimètres carrés, puis les filaments fructifères prennent naissance. Dans quelques cas, à la surface du substratum, il se produit de plus, en grand nombre et côte à côte, des sortes de filaments renflés en massue, courts et droits, qui se cololorent en jaune, puis noircissent, mais je n’ai jamais rencontré

de chlamydospores aériennes. Le mycélium immergé est difficile à étudier dans les cultures sur farine de lin : il n’en est pas de même dans les cultures sur pain bouilli. Si on vient à enlever. avec une pince, un filament sporangifère adulte, il est facile d’entraîner avec lui une certaine quantité de ce mycélium, et on remarque très souvent qu’il donne naissance à des renflements en massue se produisant de préférence au milieu de filaments courts et remplis de gouttelettes huileuses jaunâtres. Ces sortes de massues se contractent, deviennent sphériques, s'entourent d'une membrane, emprisonnant un protoplasma contenant un très grand nombre de gouttelettes huileuses et deviennent des chlamydospores grisâtres.

Au milieu du mycélium aérien, un peu plus tôt en été, plus tard en hiver, les filaments sporangifères se dressent et se présentent dans les grandes cultures sous trois formes principales :

1° De longs filaments grêles et incolores portent à leur extrémité des sporanges grisâtres plus petits que ceux du Mucor Mucedo. Ces sporanges renferment une columelle incolore, globuleuse et un très grand nombre de petites spores légèrement jaunâtres à leur centre, ordinairement rondes, mais quelquefois ovales.

2* Des filaments courts et trapus portent d’assez gros sporanges qui se présentent à l’œil nu sous la forme de petits points noirs. Ces filaments sont tantôt teintés de couleurs vives indigo, violette ou bleue, tantôt incolores. D’autres sont légèrement bleuâtres, d’autres enfin présentent au sommet une teinte violette, puis une zone presque incolore suivie d’une teinte bleue ; en descendant, cette teinte devient vert clair, vert plus sombre, indigo, enfin la coloration s’atténue et le filament est incolore ou jaune a son point d attache sur le mycélium par suite des gouttelettes huileuses qu’il renferme. Le sporange qui le surmonte doit >a couleur noire à sa membrane bleu noir, à travers laquelle on distingue à peine la teinte légèrement jaune des spores. La columelle a la forme d’un bonnet, large au point d’insertion, elle se dilate encore un peu plu; liant puis s’atténue légèrement, et la partie supérieure forme une calotte

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hémisphérique. Sa couleur est bleu noir foncé et contribue à donner au sporange sa teinte noire. Les spores sont ovales et plus petites que dans les sporanges normaux.

3° Les filaments que Ton peut appeler normaux sont hauts de vingt à trente centimètres, larges de 0 ,um 075. Leur couleur varie suivant l'age de la culture ; les premiers sont incolores ; chez les autres*, la partie immédiatement au-dessous du sporange est incolore, quelquefois cependant elle présente une teinte rose violet en forme de zone qui diminue rapidement de couleur, puis vient la partie incolore assez étendue lorsque le sporange n’est pas mur. La coloration bleu ciel ou bleu vert se manifeste insensiblement, augmente d’intensité, devient nettement verte, se fonce en couleur, puis, vers le bas, prend une teinte indigo ou bleu violacé à l’endroit où le tube diminue de diamètre pour s’élargir ensuite et se recourber eu redevenant incolore ou légèrement jaune au point d’attache sur les filaments mycéliens. Cette partie dilatée du support donne naissance à des filaments de mycélium, dont le supérieur est coloré vers son point d’attache. Lorsque les filaments sont secs, ils sont d’un vert noir, brillants et peu résistants à la traction. Les sporanges normaux qui les surmontent mesurent environ un millimètre de diamètre ; leur couleur est, au début, déterminée par la masse de gouttelettes jaune d’or huileuses qu’ils contiennent, ils deviennent ensuite jaunâtres, puis grisâtres (mélange de terre de Sienne avec très peu de noir d’ivoire , enfin le sporange se tache de blanc légèrement bleuâtre lorsqu'il est très miïr. La membrane du sporange est ordinairement incolore, non hérissée d’aiguilles d’oxalate de chaux, mais grenue ; elle devient diffluente à la maturité et donne alors au sporange l’aspect blanc matou porcelaine. Si on vient à cueillir un sporange bien mur. en saisissant le support avec une pince et si on le pose sur une lamelle de verre, il s’y colle en s’écrasant, donnant une tache couleur terre d’ombre. Tandis que, lorqu’il n’est pas encore arrive à ce point, il faut un certain effort pour rompre, entre les mors de la pince, la membrane qui emprisonne les spores. Ces spores mesurent en moyenne de 0 mm 022 à 0 mm 030 et meme 0 ,,l,n 013 ; elles sont ovales. Nous avons vu que, dans les autres genres de sporanges, elles étaient de dimensions variables,

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mais beaucoup plus petites. Filles se forment simultanément, le protoplasma jaune d'or se séparant par des membranes. Klles conservent un certain temps cette coloration, puis leur membrane s’épaissit, laisse apercevoir un double contour et prend une couleur légèrement vert bleu ou azurée. On peut constater à l’intérieur une matière incolore au centre de laquelle se trouvent des gouttelettes ou des granulations jaune d'or formant un noyau ovale; en mûrissant, la substance jaune s’émulsionne et la spore devient très légèrement bleu vert ou presque incolore avec une très faible teinte jaune au centre. Ces spores conservent. pendant plusieurs mois, leur faculté germinative. La columelle e^l ovale, le plus souvent en forme de poire renversée ; elle est insérée un peu au-dessus du point où le sporange est fixé au filament, sa teinte est incolore ou légèrement jaunâtre ou quelquefois rose, Fille renferme souvent, comme du reste tous les filaments de la plante, des gouttelettes huileuses jaunes.

En plus de ces trois types de sporanges, qui se trouvent plus ou moins abondants dans toutes les grandes cultures, on rencontre encore souvent dans les filaments du mycélium aérien des sporanges très réduits, dépassant à peine la grosseur d une spore normale et rouge sandragon sur des supports de meme couleur. Ces sporanges sont dépourvus de columelle et renferment dix à douze spores de même couleur rouge, très petites et sphériques. Des formes intermédiaires montrent nettement que ce sont des sporanges rudimentaires.

Enfin les cultures sur porte-objets, dans une décoction de prunes, montrent également, de très petits sporanges, mais d’un aspect différent. L'état le plus rudimentaire consiste dans un court filament dressé, surmonté d'un petit sporange sensiblement sphérique, à columelle à peine indiquée et renfermant une seule grosse spore sphérique jaune. A coté, plusieurs sporanges renferment les uns une grosse spore ronde jaune et plusieurs très petites, les autres ont des spores nombreuses, rondes, petites, toutes semblables, et une columelle saillante, légèrement conique. Les membranes de ces appareils ont une teinte bleuâtre légère à travers laquelle on distingue très nettement les spores.

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