‹ Sur Quelques Microdosages Biochimiques Essentiels Par La Cellule PhotoélectriqueChapitre 1 sur 35 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

«Le Laboratoire ne peut plus être opposé à la clinique comme il l'était autrefois. Il doit au contraire être considéré comme une investigation clinique poussée très loin, à l’aide de moyens moins directs et plus compliqués», écrit le professeur G. LÉCLERC.

C’est dire que la part de l'interprétation est grande et par suite les causes d’erreur sont nombreuses. Pour les éviter, il faut que toutes les phases de l’analyse aient été exécutées correctement.

Simplifier les méthodes analytiques, tout en sauvegardant l'exactitude des valeurs numériques des résultats, élaborer des techniques microanalytiques, qui nécessitent de minimes prises d’essai, sont deux buts de la Chimie Biologique médicale actuelle.

Le Biologiste technicien doit donc faire face, avec de faibles ressources, à un travail relativement abondant, donnant des résultats de grande précision.

Convaincu que l’analyse biochimique revient tout naturellement au pharmacien, dont l'éducation scolaire et scientifique est particulièrement poussée en ce sens, nous avons accepté volontiers, encouragé par notre cher maître, M. le Professeur À. Sarrory et par son chef de travaux, M. Jacques MEYER, l'effort de ce travail dans l'espoir, qu’il contribue à remettre en honneur, dans nos officines, la pratique des analyses médicales.

Actuellement il n’est plus guère d'usage que le pharmacien pénètre les services médicaux, ceci principalement en Suisse, notre chère patrie et en Allemagne. En France, où

nous avons eu la chance d'élaborer ces recherches, par lintroduction de l’Internat en Pharmacie, cet inconvénient n’est plus aussi manifeste et c’est dans ce pays hospitalier que nous avons appris, par notre expérience, que le pharmacien aurait tout à gagner «à se laisser pénétrer par le grand souffle de la vie, par l’activité, qui animent les services hospitaliers», mais aussi que le médecin absorbé par la clinique, par des considérations d'ordre psychologique et thérapeutique, aurait tout avantage à chercher une collaboration plus étroite, plus intime avec son collègue de la faculté sœur, ayant une formation toute particulière pour l’expérimentation «in vitro», dont le malade et le médecin même ne pourraient que tirer profit.

L'intérêt d’une telle collaboration ne peut échapper à personne, surtout à l’heure actuelle où la nécessité de répéter les mesures régulièrement et à court intervalle s’imposera de plus en plus, parce que les valeurs biologiques sont essentiellement variables et que l’on ne peut établir une grandeur moyenne, que quand on a tracé une courbe journalière et non quand on a déterminé un seul point de cette courbe. Des séries de détermination doivent donc être effectuées pour connaître et interpréter la composition des liquides vitaux, sang, urines, etc. qui reflètent les principales fonctions e! disfonctions de l’organisme.

D'autre part les techniques de laboratoires, les méthodes d'investigation évoluent avec une telle rapidité, se multiplient par des procédés nouveaux, par des appareils mieux adaptés ou nouvellement créés, que seul le chimiste ou le biologiste spécialisé et érudit est capable d'appliquer et d’expérimenter avec le sens critique approprié. Les méthodes de dosage sont nombreuses pour chaque élément vital et, de l’une à l’autre, peuvent sur le même échantillon donner des résultats différents, du fait des erreurs systématiques propres à chacune d'elles ou des erreurs fondamentales, inhérentes à la technique même.

Pour que l’analyse biochimique soit à la hauteur de la tâche que réclame d’elle le médecin-clinicien, il faut:

1) Qu’elle fournisse des résultats entachés d’une erreur moyenne assez faible pour ne pas masquer les variations journalières à étudier.

2) Qu'elle opère sur des quantités de sang faciles à prélever et ceci d’une manière fréquente et que les prélèvements soient facilement acceptés par le malade.

3) Qu'elle présente une rapidité d’exécution suffisante, pour fournir les résultats analytiques au moins dans les 24 heures qui suivent le prélèvement.

4 Que le prix de revient de l’analyse soit aussi faible que possible pour pouvoir multiplier les déterminations, à mesure des nécessités, pour effectuer des dosages en série, autant que possible.

Pour que l’analyse biochimique vaille la peine d’être effectuée, le pharmacien ou le biologiste doit viser à exiger des techniques à appliquer:

1) la simplicité et la rapidité d'exécution, pour réduire au minimum toute erreur accidentelle,

2) la simplification de l’appareillage utilisé, réduisant les frais,

3) l’économie des gestes, de la matière à analyser et des réactifs,

4) l’exactitude des résultats, non pas scientifiquement rigoureuse, mais largement suffisante pour la clinique et permettant constamment la comparaison et une concordance suffisante entre les valeurs d’une série d'analyses de même nature.

Le problème ainsi posé, on conçoit facilement l'intérêt des techniques microchimiques et microbiologiques, qui prennent de plus en plus la place prédominante dans les laboratoires d’analyses médicales. Ceci comme nous venons de le voir par les exigences du médecin et du pharmacien au profit du malade, «car la possibilité de doser des principaux éléments du sang ou des liquides organiques, avec quelques

gouttes de ces liquides, est susceptible de faire faire a la clinique elle-même des progrès importants».

Les méthodes microchimiques pour le sang et les urines, que nous avons pu élaborer et que nous présentons ci-dessous semblent répondre aux multiples conditions et desiderata exposés antérieurement. Elles peuvent être réalisées au moyen de doses très petites de prélèvement, elles ont la facilité d'exécution des méthodes colorimétriques ordinaires et n’en ont pas les inconvénients: car nous recommandons et nous trouvons seulement à l’aide du colorimètre à cellule photoélectrique, «dont la sensibilité permet des dosages sur de très petites quantités de solutions chargées d’une matière colorante, ne laissant pas plus d’indétermination dans l'esprit de l’expérimentateur que la lecture d’une graduation sur une burette: l’aptitude et l’individualité de l'œil à juger ies couleurs n’interviennent en aucune manière».

La précision des résultats fournis est donc largement suffisante et constante, acceptable pour les besoins actuels de la clinique.

Au début de ce travail, c’est un devoir bien agréable pour nous d'adresser à notre cher maître, Monsieur le Professeur À. SARTORY, Doyen de la Faculté de Pharmacie de Strasbourg, l'expression de toute notre gratitude pour l’accueil shaleureux, qu'il nous a réservé dans ses laboratoires. Nous avons eu le plaisir d'y rencontrer quelques compatriotes, ce qui nous a rendu notre séjour à l’Université de Strasbourg particulièrement agréable. S'il nous a été ainsi permis de former un chaîinon dans la longue série de chercheurs étrangers, attirés vers l’Alsace, terre féconde en travaux et découvertes scientifiques, c’est le mérite de ce savant, qui par sa bienveillance et son esprit de large compréhension a toujours su attirer et captiver la jeunesse estudiantine. Son souvenir restera inséparablement lié à celui que nous garderons pour toujours de cet instructif séjour en Alsace.

Notre reconnaissance va aussi à MM. les Professeurs P. CORDIER et R. SarToRY, qui ont bien voulu faire partie de notre Jury de thèse. |

Nous devons beaucoup, pour l’élaboration et la rédaction de ce travail, à Monsieur J. MEYER, Chef de travaux pratiques à la Faculté de Pharmacie de Strasbourg, qui nous a inspiré ce sujet et dont nous avons été le disciple pendant deux années. Nous lui exprimons ici toute notre reconnaissance.

Arrivé au terme de nos études universitaires, nous ne voudrions pas oublier ici nos chers Maîtres de l’Université de Berne, ni Monsieur RICHTER, mon père, pharmacien à Kreuzlingen, qui nous a initié le premier à l’art pharmaceutique de l’officine.

Grâce à leurs enseignements et à leurs conseils nous avons pu acquérir tout le bagage nécessaire pour affronter les études pharmaceutiques nous permettant non seulement d'obtenir une culture scientifique, mais encore d’exercer la pratique professionnelle à la satisfaction de la clientèle et du Patron à chaque occasion.

De 2 Sr naee l

SPP

LA à

Plan.

Nous avons effectué des recherches pour doser des éléments du sang et de l’urine. Pour limiter notre travail il fallait au préalable fixer un choix entre ces diverses substances donnant au médecin des indications utiles dans les cas pathologiques. Nous avons donc sélectionné entre les différents éléments biologiques pour retenir des produits, dont la méthode colorimétrique ou néphélométrique s'impose, «de facto», étant donné le manque de techniques, rapides et exactes, volumétriques ou gravimétriques.

Nous n’avons pas jugé utile par exemple, d'élaborer une technique pour le dosage de la glycémie ou du sucre dans les urines. La première peut être facilement et correctement déterminée au moyen des méthodes de HAGEDORN-JENSEN (1), de FonNTÈSs et THIVOLLE (2), de BANG (3) et de Foix et Wu (4). Pour tout détail concernant les microdosages des substances glucidiques réductrices du sang, nous renvoyons au travail de R. Back (5). Pour le dosage du glucose dans les urines, on a couramment recours soit à la méthode de BERTRAND, soit à la méthode polarimétrique.

Nous ne considérons non plus les dosages de l’azotémie et de l’urée urinaire, où les méthodes de CULLEN-VAN SLYKE (6) ou de Forx et Wu (7) à l’uréase, celle d’AMBARD-HALLION (8) à l’hypobromite, celle de Fosse (9) ou de Nicroux et WELTER (10) par le Xanthydrol ont donné des résullats pratiquement utilisables.

Nous n’avons pas jugé utile d'élaborer des méthodes de dosages de la chlorémie, vu que ces microdosages nous on! semblé assez difficilement réalisables. Nous rappelons les méthodes de BANG (3), de CHARPENTIER-VOLHARD (11), de

ST. RuszNyAK (12) ou de RAPPAPORT (13) qui demandent beaucoup de précaution et d'expérience pratique pour l’obtention de résultats concordants. (Voir bibliographie: CHABONNIER, GUILLAUMIN, PAGET) (14). Nous rappelons une technique colorimétrique indiquée par PoLreEs (15), méthode qui doit encore être soumise à l’épreuve dans l’avenir. Une technique à recommander pour le dosage de la chlorémie est celle de PARGEEr de l’Institut de Chimie Clinique de Lausanne.

Cette méthode a cependant l’inconvénient de nécessiter l'emploi d’un appareil pour mesurer la conductivité électrique d’une solution, muni d’un pont de WHEATSTONE, de cellules conductométriques, dont les prix de revient sont peu économiques pour des laboratoires d'analyses.

Ayant eu l'intention de travailler un sujet donnant des résultats pratiques et pouvant rendre des services plus tard dans les officines et les laboratoires de Pharmacie, notre choix s’est arrêté à trois éléments dosables dans le sang et à trois autres substances à déterminer dans l’urine.

Ces composants choisis par nous, justifient pleinement l'emploi de méthodes colorimétriques ou néphélométriques, étant donné que des techniques simples et rapides d’un côté, rigoureuses de l’autre, n’existent pas à notre connaissance ni au moyen de procédés chimiques, volumétriques ou gravimétriques, ni à l’aide des réactions physiques.

Notre travail comporte donc les trois composants du sang suivants, caractérisés et dosés par la méthode colorimétrique à l’aide de la Cellule photoélectrique:

L’Hémoglobine,

Le Cholestérol,

La Bilirubine, et les trois composants de l’urine suivants quantitativement déterminés par le même instrument:

L’Albumine,

L’'Acétone ou les corps cétoniques,

L’Alcool,

Le problème ainsi posé, il fallait tout d’abord choisir entre les différentes méthodes couramment employées pour les recherches quantitatives des divers corps chimiques ci-dessus mentionnés, pour déterminer celle, qui nous donnait le meilleur résultat et qui se prêtait le mieux comme terme de comparaison avec nos techniques colorimétriques. C’est donc cette méthode chimique que nous avons ensuite utilisée comme réaction témoin. Nous avons dosé ainsi la quantité de substance en expérience et connaissant alors la teneur de cette solution examinée, nous avons effectué le dosage colorimétrique à la cellule photoélectrique à l’aide d’une seconde réaction.

Ceci exigeait donc une nouvelle série d’expériences pour sélectionner la méthode colorimétrique ou néphélométrique de choix, permettant d'obtenir des résultats consciencieux et comparables avec ceux préalablement établis par la méthode chimique optima.

Notre travail est donc établi sur le plan suivant: Dans le premier chapitre nous donnons la description de lappareil à cellule photoélectrique que nous avons pu expérimenter, ainsi que les principes théoriques et les modes opératoires des méthodes concernant ces instruments.

Les chapitres suivants, du 2° au 7°, sont réservés à l’exposé de nos travaux personnels ayant trait aux six composants du sang et de l’urine, précédemment énumérés.

Chacun de ces chapitres se compose par conséquent:

d’un Avant-Propos clinique sur la substance pathologique en question,

d’une Explication sur le rôle physiologique et biochimique de cette substance,

d’un Exposé général, très succinct, des différentes méthodes qualitatives et quantitatives recommandées dans la littérature compétente actuelle pour caractériser et doser la substance analysée,

de la Description détaillée de la méthode chimique choisie par nous, pour établir le taux de la solution expérimentale, devant nous servir ensuite de témoin,

d'un Exposé exact sur la méthode colorimétrique ou néphélométrique employée au cours de nos expériences définitives pour établir les courbes d’étalonnage des substances biologiques à analyser. Ces graphiques, une fois établis, permettront ensuite, en connaissant le degré d’opacité d’un liquide correspondant, d’en déterminer le taux exact. par simple lecture.

Notre travail se termine par un résumé des considérations générales et des conclusions, qui se sont dégagées de nos recherches.

Des graphiques et une bibliographie ayant trait à chaque composant sanguin ou urinaire étudié, complètent notre exposé,

Page 1