INTRODUCTION
L'étude des combinaisons des sels entre eux est un sujet inépuisable et toujours intéressant; elle permet de faire ressortir les analogies et les différences qui existent entre les divers corps et permet de vérifier ou modifier les classifications des corps simples.
Aussi les chimistes se sont-ils livrés de tout temps à l'étude des sels doubles. C’est à des travaux de cette nature que l’on doit la classe des aluns et on a pu démontrer ainsi l’analogie des métaux appartenant à la série magnésienne.
Les combinaisons des sels haloïdes entre eux ont aussi excité la sagacité des chimistes.
Cette étude fut entreprise méthodiquement par Bonsdorff en 1827. Il voulait démontrer queles chlorures, ne pouvant pas être assimilés aux autres sels puisqu'ils ne contenaient pas d'oxygène et n'étaient que des composés binaires, devaient, en se combinant entre eux, donner de véritables sels analogues aux composés ternaires formés avec l’oxygène. Il les appelait des chlorosels.
Bonsdortf, considérant le chlore comme un élément semblable à l'oxygène, supposait que les combinaisons du chlore avec les métalloïdes jouaient le rôle d’acides; tandis que l’union du chlore et des métaux, formant de véritables bases, pouvaient se combiner avec un chlorure acide pour donner naissance à un chlorosel.
Malheureusement, les chlorures des métalloïides sont difficiles à obtenir purs. Ils sont très instables et se dissocient tous en présence de l’eau, ce
qui empêche de les faire réagir sur les chlorures métalliques pour préparer C. 1
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des sels doubles. Bonsdorff a supposé que, de même que les oxydes de certains métaux peuvent être considérés comme des acides et les autres comme des bases, les chlorures des métaux alcalins et alcalino-terreux jouaient le rôle de base, et que ceux des deux dernières familles, platine, or, mercure, jouaient le rôle d'acide.
Ce sont ces derniers que Bonsdorff a choisis et dont il a étudié méthodiquement toutes les combinaisons avec les autres chlorures.
Cette théorie, qui considérait les chlorures doubles comme de véritables sels, ne fut pas admise par Berzélius. Dans son Traité de Chimie, il considère les chlorures comme des sels doubles analogues aux sulfates doubles.
Dumas, au contraire, admettait la théorie de Bonsdorff. M. Dehérain, dans sa Thèse, 1859, entreprit de démontrer le bien-fondé de ces vues théoriques. Dans des expériences ingénieuses, il déplaça un chloracide par un autre chloracide et une chlorobase par une autre chlorobase, et 1l démontrait que ces chlorosels se comportaient entre eux comme des sels simples, vis-à-vis de la loi de Berthollet.
Ces discussions théoriques ont engendré de nombreux travaux sur les combinaisons des chlorures entre eux et le nombre des chlorures doubles connus est très considérable.
Lorsqu'on aborde cette question, on s'aperçoit que les combinaisons des chlorures des métaux précieux, or, mercure, platine, ont été étudiées avec grand soin et que beaucoup d’auteurs se sont occupés de cette classe de composés. Les travaux sur les chloroplatinates, chloroplatinites et chlorures doubles de mercure sont exposés dans tous les Traités de Chimie, ce qui s'explique par la grande importance de ces composés.
Les savants qui ont découvert et étudié les métaux rares se sont aussi occupés des combinaisons de leurs chlorures avec les chlorures alcalins. Mais, lorsqu'on étudie les métaux ordinaires appartenant à la série du fer et du cuivre, les travaux sur leurs chlorures doubles sont rares et généralement anciens. Ils sont, en outre, épars un peu partout et l’on ne peut arriver à les connaître que par des recherches laborieuses.
En faisant ces recherches, j'ai remarqué que les combinaisons des chlorures métalliques avec le chlorure de lithium ont été jusqu’iei peu étudiées. On se contente, la plupart du temps, de signaler ces composés en leur attribuant des qualités analogues à celles des chlorures doubles formés par le chlorure de potassium et les chlorures métalliques.
C’est ce qui n’a suggéré l’idée d’étudier les combinaisons des chlorures des métaux de la série du fer et du cuivre avec le chlorure de lithium.
L'exposition des résultats de cette étude fournira le sujet de cette Thèse.
Dans une première Partie, j'exposerai les modes de formation, les propriétés générales, la constitution des chlorures doubles que j’ai obtenus en combinant les chlorures métalliques du manganèse, fer, nickel, cobalt, cuivre, cadmium, étain avec le chlorure de lithium.
Je décrirai en même temps les précautions qu’on doit prendre pour recueillir et conserver ces composés ainsi que les méthodes d’analyses que J'ai employées pour déterminer leurs formules.
Je ferai à propos de chacun de ces métaux et à côté des composés nouveaux que j'ai obtenus la description des chlorures doubles connus formés par ces métaux avec les chlorures alcalins.
Ce rapprochement permettra au lecteur de se rendre compte des rapports et des différences qui existent entre ces composés.
Dans une seconde Partie, je ferai ressortir ces ressemblances et ces . différences par la comparaison de ces chlorures doubles entre eux et avec les chlorhydrates de chlorure formés avec ces mêmes métaux.