‹ Sur un cas d'amyotrophie diffuse: Consécutive à une commotion par éclatement d'obusChapitre 3 sur 32 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

La guerre récente a permis d'étudier et de résoudre le « problème des commotions ».'Il est prouvé actuellement qu'en dehors des commotions par choc direct ou indirect, il existe de véritables commotions par seule détonation d’explosif. De nombreux auteurs ont étudié et mis au point cette question. André Léri, en particulier, dans son ouvrage « Commotions et Emotions de guerre » a remarquablement résumé cette étude, cherchant surtout à distinguer ce qui revenait à la commotion vraie et ce qui dépéndait de la seule émotion. Mairet et Durante se sont particulièrement efforcé d'étudier la nature des lésions produites par ces commotions et d'en expliquer le mécanisme.

Il eut été intéressant, par une expérimentation nouvelle, de contribuer à l'étude de cette pathogénie des lésions produites par les commotions par éclatement d'obus. Après ces cinq années de guerre, le peu de temps dont nous disposions ne nous permettait pas de nous consacrer à des études longues et absorbantes.

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Nous avons donc voulu simplement apporter notre contribution à l’étude de ces commotions sous forme d’une observation nouvelle. Cette observation nous a paru intéressante à publier, d’abord parce que le syndrome d’amyotrophie diffuse consécutive à une commotion n’a été décrit que dans de rares observations ; ensuite parce que les observations publiées jusqu'à ce jour ne concernent que des adultes. Or, si, pour ces adultes, tous soldats, commotionnés sur le champ de bataille, l'étiologie des lésions ne pouvait pas être douteuse, ici, ces lésions, survenant chez un enfant, dans des circonstances telles que la cause pouvait passer inaperçue, pouvaient certes prêter à confusion et égarer le diagnostic.

A ce double titre donc il nous a paru intéressant de rapporter cette observation, et à cette occasion, résumer nos connaissances actuelles sur cette question des commotions par détonation d’explosif. C’est cette étude qui fait l'objet de notre thèse.

Elle nous a été suggérée par M. le Professeur Haushalter, dans le service duquel nous avons eu l'occasion de prendre cette observation, alors que, faisant partie de la première série d'étudiants mis en sursis par le Service de Santé, après l'armistice, nous y exercions provisoirement les fonctions d’intTenne

À cette occasion qu'il nous soit permis de rappeler ici le charmant accueil que nous avons recu de M. le professeur Haushalter à notre retour des armées. Une absence de plus de cinq années de tout milieu médical, — cinq années où tout travail intel-

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lectuel avait été délaissé, où la vie la plus matérielle qu'il fût possible avait été menée — avait forcément influé sur notre savoir. C'est une rééducation tout entière qu'il s'agissait de refaire. La bienveillance de M. le professeur Haushalter a puissamment contribué à cette rééducation. Nous l'en remercions infiniment.

M. le professeur Simon fut également un de ces maîtres qui s'efforcèrent patiemment, avec indulgence, de combler le fossé bien profond qui nous séparait de l’avant-œuerre. Ses lecons et ses conseils contribuèrent à nous réadapter à la vie médicale. Les quelques mois passés dans son service comme externe furent pour nous l’occasion d’un gros profit. Notre reconnaissance lui est acquise.

À tous nos maîtres de la Faculté nous cffrons l'hommage de notre respectueuse reconnaissance. Nous remercions MM. les professeurs agrégés J. Parisot et Fairise d’avoir bien voulu faire partie du jury de notre thèse et n'oublions pas les conseils précieux qu'ils nous ont si aimablement donnés au cours de nos études.

Que tous nos camarades trouvent ici l'expression de notre sympathie, nous demeurons fidèles au souvenir de ceux rnorts au champ d'honneur et saluons

pieusement leur mémoire,

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OBSER V ATION

Simone G..., âgée de 5 ans 1/2, habitant Saint-Laurent (Meuse), entre à l'hôpital de Nancy, service de M. le professeur Haushalter, le 29 juin 1919. Elle y est amenée parce que depuis plusieurs années, elle présente une impotence fonctionnelle complète au début, ayant été en s'améliorant, accom- :

pagnée d’une atrophie musculaire généralisée.

Antécédents héréditaires. — Famille de paysans de la Meuse.

Grands-parents de la malade : Rien à signaler.

Parents : Père, cultivateur, 31 ans, apparence de bonne santé, sujet aux bronchites, réformé pour cette cause.

Mère, 26 ans, solide, a eu elle-même 6 frères et sœurs, tous bien portants.

La petite malade est l’aînée de deux enfants normaux et bien portants.

Pas de fausse couche.

Antécédents personnels. — Née à terme, le 5 novembre 1913 ; vigoureuse.

Pas d'incidents durant la grossesse.

Nourrie aux seins pendant 3 mois ; à la suite d'une émotion violente, la mère a dû cesser l'allaitement.

Premières dents vers 8 mois.

Toute petite, était très remuante ; à 6 mois se tenait bien assise et ne pouvait plus demeurer emmaillotée, sortant elle-même de son maillot. Avait 11 mois au début de la guerre. À ce moment commençait à marcher en se tenant à la jupe de

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sa mère ou à la main. Se cramponnait après les meubles. Arrivait à se mettre debout seule et à faire quelques pas. Si on la dressait près d’un banc, elle en faisait le tour, en se tenant toute seule. Il fallait la surveiller beaucoup, car de son berceau ou de sa voiture elle cherchait à descendre. Son berceau étant placé près du lit de ses parents, elle rejetait ses couvertures avec ses petits pieds, puis venait trouver ses parents sans aucune aide.

Le 24 août 1914, les habitants du village s’enfuient devant les Allemands, derrière les troupes Françaises.

La mère et l’enfant avec une autre personne partirent dans une tapissière, les hommes suivant derrière avec le bétail.

L'enfant était dans sa petite voiture qui lui servait de lit, cette voiture était chargée sur la tapissière.

Sur la route d'Etray, ils se sont trouvés avec les troupes et convois militaires. Un avion les ayant survolés et repérés, ils subirent un violent bombardement. Les projectiles tombaient tout autour d'eux. Le cheval s'étant abattu, la tapissière versa. Dans un affolement compréhensible, la mère enlève la petite fille de sa voiture et la prenant dans son tablier, s'enfuit à travers champs.

Pendant 5 kilomètres, dit la mère, ce fut une fuite éperdue, les obus tombant sans cesse autour d'elle, quelquefois à 2 ou 3 mètres ; des arbres étant abattus au devant d'elle, d’autres personnes fuyant. comme elle, tuées à ses côtés, le bétail n'étant naturellement pas épargné.

Bref, il semble d’après les témoignages des parents, confirmés par plusieurs habitants de Saint-Laurent qui, comme eux, fuyaient devant l'ennemi, que le bombardement qui les surprit sur cette route fut d’une extrème violence. Pendant cette fuite l'enfant criant, manifestant une grande frayeur, serrait sa mère, répétant: «Maman, maman!» La mère ne peut préciser si au début l'enfant avait perdu connaissance.

Jusqu'au 5 novembre, les malheureux ont erré dans toute la Woëvre, couchant dehors, sur les routes, sous la pluie, la plupart du temps trop heureux quand ils pouvaient trouver une grange.

Rarement la mère pouvait trouver dans les villages qu’elle traversait un endroit pour changer la petite. Quant à la nour-

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riture, les vaches fatiguées fournissaient un lait échauffé qui à de rares occasions seulement était bouilli.

Soumise à cette nourriture, la petite, dès le 5° jour, contracta une violente diarrhée qui dura un mois. Pendant cette période, naturellement, elle maigrit beaucoup.

A Lignières, heureusement, nos fugitifs étaient recueillis par de braves gens et la petite pouvait recevoir les soins nécessaires. C’est à partir de ce bombardement, sans que la mère puisse préciser le début, et dans son affolement du moment, son inattention est excusable, que l'enfant cesse de remuer. La mère constate que l'enfant ne peut, même en la maintenant sous les bras, se tenir debout. Ses petites jambes plient de suite et refusent de la porter. De plus, ses mains sont constamment agitées d'un petit tremblement. Mais la mère ne se souvient pas si ces phénomènes datent du jour même du bombardement ou de quelques jours après.

À partir de cette époque, la petite a cessé de remuer les jambes et dese relever étant couchée. Au débat, elle se servait également difficilement de ses bras. Au printemps 1915, par exemple, elle ne pouvait saisir un jouet ; vers juin 1915, les mouvements sont un peu revenus dans les bras et dans les mains. Depuis fin 1916, elle peut se traîner sur un tapis en se servant de ses bras.

Donc, alors qu'au début elle était complètement inerte, les progrès ont été constants et progressifs depuis fin 1916 et une grande amélioration est survenue dans tous les membres.

Jusqu'à ce moment-là, elle présentait de l'incontinence. Depuis elle est devenue propre et commenee à manger seule.

L'intelligence n'a jamais été atteinte. L'enfant a parlé vers deux ans. Durant cette période de guerre, l'enfant n’a jamais eu de maladie sérieuse, jamais de convulsions. Quelques rhumes plus ou moins longs, du fait que la famille habitait à Ippecourt une misérable maison, trouée par les obus, dans laquelle il lui était difficile de se préserver du froid et même des courants d'air.

Etat actuel. — Petite fille blonde, bien proportionnée. Facies intelligent. Intelligence tout à fait normale, même déliée. Pas de troubles des organes des sens. Pas d’incontinence. |

ADS MAN ceEù

Se tient assise sur une chaise sans s'appuyer. Exécute tous les mouvements des membres supérieurs. Aucune force de, pression dans les mains. Etant assise, arrive à soulever avec effort légèrement les jambes. Pieds froids.

L'ossature paraît grèle, la musculature peu développée en général. Cependant la forme du corps est conservée, l’atrophie musculaire étant masquée avec du tissu adipeux.

Au thorax, on perçoit le grand pectoral, le sterno-mastoïdien, le trapèze.

Membres inférieurs : Tissu cellulo adipeux flasque.

Omoplates peu saillantes. Les muscles dorso-lombaires se laissent déprimer. Ensellure légère.

Les muscles de la paroi abdominale saillants se laissent déprimer. Ne se tient absolument pas debout. S'affaisse.

Reste assise par terre, les bras croisés.

Couchée sur le dos, pour se relever, exécute quelques mouvements du tronc et des bras sur place, mais sans pouvoir se soulever même de un centimètre. Couchée sur le ventre, se replace sur le dos en s’aidant des bras.

Assise la tête penchée sur les pieds, elle arrive avec difficulté à se relever.

Se cramponne pour se relever après une chaise, mais sans y parvenir.

Déplace les membres inférieurs par des mouvements de reptation lente. | A2

Atonie musculaire complète.

Dentition inférieure : rien d’anormal. Supérieure : Les 4 incisives réduites à l’état de moignon érodé au ras de la gencive avec cupule centrale. Canine gauche : Sillon transversal au tiers inférieur avec érosion en coup d'ongle. Canine droite : Vastes érosions occupant les deux tiers de la surface.

Sensibilité tactile normale. Sensibilité douloureuse normale. Sensibilité thermique normale. Réflexes tendineux abolis. Réflexes cutanés normaux. Pas de troubles des sphineters. Les pupilles réagissent normalement. Wassermann négatif.

Liquide cephalo-rachidien légèrement hypertendu, clair, ‘sans lymphocytose, ni hyper-albuminose.

Rien à signaler aux différents appareils.

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Examen électrique. — Certains muscles ou plutôt groupes de muscles présentent dans le-même membre la réaction de dégénérescence ({abolition de l’excitabilité faradique, forte diminution de l'excitabilité galvanique) tandis que d’autres ont conservé leur excitabilité. Il ne semble pas possible de trouver une systématisation quelconque. Voici d'ailleurs ce que donne l'examen électrique, courant faradique :

Membre supérieur droit. — Réagissent : le biceps, le deltoïde (faiblement), les fléchisseurs des doigts, léminence thenar et l’'éminence hypo-thenar. Ne reagissent pas : le triceps, les extenseurs des doigts (sauf pour le pouce et l'index), le pectoral.

Membre supérieur gauche. — Ont conservé l’excitabilité : le pectoral, le biceps (un peu diminué), les fléchisseurs des doigts, les muscles thenars et hypo-thenars. Ne réagissent pas : le deltoïde, le triceps, les extenseurs des doigts.

Thorax et abdomen. — Réaction normale pour les muscles droits de l’abdomen, intercostaux, trapèzes, sus et sousépineux, grand dentelé, rhomboïdes, sous-scapulaires.

- Muscles de la face. — Réaction normale.

Membre inférieur droit. — Réagissent : les muscles de la face postérieure de la cuisse ; les adducteurs (réaction très diminuée), les muscles innervés par le sciatique poplité interne. Abolition de l’excitabilité pour les fessiers, le triceps fémoral ; le nerf sciatique poplité externe, tous les muscles antéroexternes de la jambe ; jambier antérieur, extenseurs, péronniers latéraux.

Membre inférieur gauche. — Réagissent : les muscles de la face postérieure de la cuisse, les muscles innervés par le sciatique poplité interne, légèrement le jambier antérieur. Ne réagissent pas : les fessiers, le triceps. les adducteurs, le nerf sciatique poplité externe et les muscles antéro-externes de la jambe, sauf le jambier antérieur.

En excitant le sciatique au niveau de son point d'émergence des deux côtés, on provoque une contraction des jumeaux.

Courant galvanique. — Au courant galvanique, on trouve une diminution de l’excitabilité pour tous les muscles ne réagissant plus au faradique, mais cette diminution de l’exci-

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tabilité galvanique est plus ou moins forte suivant les groupes de muscles. | Voici d’ailleurs les chiffres trouvés :

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