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Sur une Asclépiadacée comestible du Loas

M. H. Bâillon. — Sur une Ascle'piadacée comestible du Laos. — J’avais donné le nom de Telectadium edule, dans la riche collection du D r Ilarmand, à une curieuse plante de cette famille dont il dit qu'elle « pousse sur tous les rochers et bancs des rapides, dans le bassin du Sé-Moun, contribuant à donner au paysage un aspect caractéristique, » et qu’elle « est mangée par les Laotiens, malgré son amertume ». C’est, dirait-on, une plante dressée, peu élevée, à bois mou et à branches creuses. Ses feuilles sont opposées ou assez souvent verticillées par 3 ou 4, de la forme lancéolée de celles du Saule blanc, longues d’un décimètre au plus, larges d’un centimètre environ, glabres, soit atténuées aux deux extrémités, soit obtuses au sommet. Les inflorescences sont terminales, racémiformes ; mais ce sont en réalité des cymes à bractées opposées, unipares par avortement unilatéral. Les fleurs sontgrandes (environ 2 cent.), probablement blanches. Elles ont un grand calice de 5 sépales foliacés, lancéolés, indépendants, imbriqués en quinconce, avec 5 glandes intérieures alternes, bilobées. La corolle a un tube assez étroit, avec limbe plus ou moins étalé, hypocratérimorphe ; ses lobes recouverts par leur bord gauche, et le tube se renfle inférieurement en une sorte de sphère qui répond aux organes reproducteurs. La couronne répond aussi à ce renflement ; elle est formée de cinq lames verticales, irrégulièrement

triangulaires, comprimées latéralement, fixées à la corolle par leur bord extérieur et portant leur angle aigu, en haut et en dedans, au-dessus de l’androcée. Celui-ci est formé de 5 étamines à filets indépendants, obliques, étroits, qui s’insèrent sur la corolle au-dessous des lames de la couronne. Leurs anthères sont collées en cône, plates, ovales-aiguës, avec deux loges introrses qui ne descendent pas jusqu’en bas du connectif et qui n’atteignent pas non plus tout à fait le sommet aigu de celui-ci. Le pollen granuleux se colle sur les deux moitiés d’une épaisse lame obovale, carénée sur sa ligne médiane, qui surmonte chacun des corpuscules globuleux de la base de la dilatation stylaire. Ces corpuscules sont d’abord blanchâtres, visqueux. La lame qui les surmonte est d’apparence gommeuse, jaune, anhyste ; elle tapisse 5 sillons profonds qui séparent les unes des autres 5 crêtes verticales saillantes de l’appareil stylaire. Les ovaires sont indépendants et oo -ovulés. Le fruit est ovoïde-acuminé (long de 5 cent.), à péricarpe mince, fragile, glabre. Les graines sont nombreuses, ovoïdes, comprimées, noires, lisses, surmontées d’une petite aigrette blanche qui ne dépasse pas leur longueur.

Depuis lors, je me suis demandé si l’on ne pouvait faire rentrer cette singulière plante dans le genre Cnjptolepis et si je ne devais pas en faire un C. ediilis. Dans l’état actuel, si insuffisant encore, de nos connaissances sur les Asclépiadacées, la réponse de la plupart des botanistes serait sans doute négative ; et le genre Telectadium serait jugé suffisant, tant par son port, sa tige non volubile, la situation de ses inflorescences, le renflement basilaire de sa corolle, la direction radiante des lames de sa couronne, la brièveté et le peu d’épaisseur de son péricarpè, etc. Si j’hésite encore à me prononcer, c’est que la logique voudrait peut-être qu’unissant le Telectadium aux Cnjptolepis, on leur adjoignît aussi les Ectadiopsis.

Arrêtons-nous un instant à ces derniers. On dit leur tige dressée, tandis que celle des Cryptolepis est volubile. 11 n’y a pas que VE. nigritana dans l’herbier de Welwitsch et de Baikie qui soit une plante dressée. L'E. Welwitschii

(n° 4203) Test aussi, avec des feuilles qui rappellent celles du Telectadium. Ses cymes sont sessiles dans leur aisselle. L ’E. lanceolata (n° 4207) a des feuilles lancéolées, relativement plus courtes et plus larges, aiguës. Ses cymes contractées occupent aussi l’aisselle des feuilles. L'E.myrtifolia (n° 4206) a à peu près les mêmes feuilles sessiles; mais ses cymes contractées occupent le sommet des rameaux. On dit bien que les écailles de la couronne sont squamiformes dans les Ectadiopsis ; elles peuvent l’être aussi dans les Cryptolepis : leur configuration y est variable. Et sera-t-il toujours certain que la forme de ces écailles est suffisante pour distinguer les uns des autres des genres d’Asclépiadacéesdont le nombre va se multiplier d’une façon inquiétante?

Le n° 4197 de la collection Welwitsch a des fleurs A’Ectadiopsis, des feuilles et des branches sarmenteuses de Cryptolepis. Notre C. Brazzæi a des feuilles lancéolées, les fleurs des espèces précédentes et des rameaux flexibles et volubiles. C’est une de ces plantes dans lesquelles les deux types génériques se confondent.

Nous connaissons bien des genres d’Asclépiadacées, considérés comme très naturels, dans lesquelles certaines espèces ont les écailles de la couronne plus courtes, et certaines plus longues. Ce dernier cas est celui des Pentopetia de .Madagascar, qui ont souvent, mais non constamment, ces écailles grêles, allongées, comme celle des Tacazzea. Nous ne ferons des Pentopetia qu’une section du genre Cryptolepis.

Il y a d’ailleurs beaucoup de véritables Cryptolepis qui restent à décrire. Le C. Balansæ, du Tonkin, est aussi une des plus belles espèces qui soient dans ce cas, et encore une des plus polymorphes. Ses feuilles peuvent être lancéolées, acuminées, atténuées aux deux extrémités, mais aussi beaucoup plus larges, dans une variété ( calophylla ) où elles sont elliptiques ; l’acumen très prononcé. Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est leur nervation : les nervures secondaires, nombreuses, parallèles, presque transversales, se dessinent sur un fond glaucescent. Les cymes sont lâches, dichotomes. Toute la plante est d’ailleurs glabre. Les corolles sont d’un blanc sale.

Dans l’Afrique tropicale, la mission de Brazza a trouvé (n° 126) une espèce très remarquable, volubile, glabre, et à petites feuilles ovales-aiguës, avec des cymes pédonculées, latérales, lâches et pauciflores. Le fruit est formé de deux longs follicules grêles et glabres, divergents, forniqués. La face inférieure des feuilles est blanche (C. laxa).

Il en est de même du C. micropliylla de la collection de Wehvitsch (n° 5940), dont les rameaux feuillés, très-grêles, simulent des feuilles cumposées-pennées,à folioles opposées. Les feuilles ovales-aigües n’ont que 2, 3 centimètres de long. Les cymes sont latérales, pauciflores (à 2, 3 fleurs seulement), avec un pédoncule et des pédicelles très-grêles, arqués, et les fleurs, dont la corolle est acuminée dans le bouton, ne dépassent pas un centimètre de long.

Les vrais Atherandra sont des Cryptolepis périgynes, dont le réceptacle floral devient concave et est bordé intérieurement de 5 glandes autour du gynécée. Reste à savoir si ce caractère de l’insertion conservera toujours dans cette famille une valeur générique.

Il y a aussi à Madagascar d’autres types qui réprésentent le genre Cryptolepis. Ils appartiennent à deux sections Gonocrypta et Acustelma, qu’avec les idées actuelles on n’hésiterait peut-être pas à élever au rang de genre. En voici la caractéristique sommaire.

Le G. Grevei est un arbuste glabre de la côte occidentale, probablement sarmenteux. Il a des feuilles ovales-aiguës, membraneuses, souvent tombées à l’époque de la floraison, et des cymes irrégulièrement corymbiformes, terminant des rameaux grêles. Chacun de ses sépales est doublé de 2 glandes, et les appendices de la couronne, fixés à la corolle audessous des sinus, sont triangulaires, aplatis latéralement ; l’angle supérieur aigu. Les sépales, comme les pétales, sont chinés de noir, et la corolle companulée se dilate inférieurement en une chambre à 5 angles obtus auxquels se superposent les lobes du limbe.

L’A. Grandidieri, également delà côte occidentale, sarmenteux et glabre, a de courtes cymes ombelliformes, sortant des nœuds de la tige avec quelques feuilles subfasciculées,

obovales, glabres, blanches en dessous. Les calices ont plusieurs glandes intérieures ; les lobes de la corolle sont aigus, et les pièces de la couronne, fixées dans les sinus, ont la forme de courtes aiguilles subulées. C’est le passage des écailles des Cryptolepis asiatiques aux longues squames subulées des Pentopetia.

M. H. Bâillon. — Sur le Craspidospermum. — Lamarck a, dans son herbier, confondu sous le nom de Rauvolfia striata (Dict ., VI, 83), deux plantes qui sont l’une un Ochrosia et l’autre le Craspidospermum verticillatum Boj. Les échantillons qui se rapportent à ce dernier, sont, dit-il, de Stadmann (1780) et « de l’Ile de France «.Peut-être y at-il là une erreur de localité, car le Craspidospermum paraît être uniquement malgache. Il y a un échantillon de Commerson dans l’herbier Jussieu, et dans l’herbier du Muséum, deux échantillons de Bojer, des environs de Tananarive, et deux d’Hildebrandt, du Betsiléo (n. 3602,3936).

Le n° 611 de la collection Ilumblot est une forme à feuilles plus petites. La plante a aussi été récoltée à Madagascar par les R. Deans-Cowan et Baron. Mais ce dernier a réuni sous un même numéro deux Apocynées de séries différentes. Celle en fruit est seule du genre Craspidospermum , avec deux loges au fruit et des graines peltées, à bord frangé. Sur le frais, il y a probablement un petit épaississement glanduleux de la base de l’ovaire, comme dans les Arduina. Le tube de la corolle est glabre en dedans au niveau de l’ovaire seul. Plus haut commence un duvet qui va jusqu’au-dessus de l’androcée. Jeune, le style est à deux branches subulées. Plus tard se forme au-dessous d’elles le vrai tissu stigmatique qui deviendra finalement pulpeux ; et le manchon cylindrique auquel il correspond est creux à sa partie inférieure.

M. II. Bâillon. — Sur le groupe des Tacazzéées. — Le genre Tacazzea peut donner un nom à un petit groupe secondaire de Périplocées, groupe dont la valeur serait simplement celle d’un genre. Mais les Asclépiadacées ne sont pas suffi-

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