PAR LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
Depuis quelques années l'usag'e de la lumière électrique a pris une extension considérable, ses applications déjà si nombreuses se multiplient tous les jours, et elle tend à jouer un rôle de plrs en plus important dans la marine, l'industrie, l'éclairage des villes et même Tart militaire, c'est ce qui nous a eng*ag*é à parler d'une ophthalmie dont elle est la cause et que nous croyons avoir été pou observée.
Mais hâtons-nous de dire que nous n'entendons nullement ici faire son procès à la lumière électrique et que cette affection ne s'est produite que dans des conditions particulières que nous allons expo-
ser, mais pour cela nous croyons utile de commencer par donner quelques détails sur les appareils d'éclairag-e électrique en usag*e à bord des bâtiments de l'Etat.
Ces appareils, sous le rapport de la dimension et des usagées, peuvent être rang'és dans deux catég*ories.
L'une comprend des appareils de g'rande taille installés sur le pont des bâtiments.
L'autre renferme des appareils plus portatifs destinés à être rais à bord des embarcations.
Les lampes qui les g-arnissent développent une lumière dont l'insensité va de 300 à 1,600 becs carcel et au delà. Les appareils les plus récemment construits peuvent même produire un arc voltaïque équivalant à 4, 000 becs; pour l'observateur placé à un mètre du foyer lumineux, son intensité serait comparable à celle de la lumière solaire.
Nous n'avons à entrer dans aucun détail sur les systèmes de lampes employés dans ces appareils, nous dirons cependant que c'est la lampe Serin la plus g'énéralement en usag'e, et nous ne donnerons de toute l'installation qu'une idée générale, juste ce qu'il en faut pour que l'on puisse jug'er des conditions dans lesquelles se trouvent les personnes conduisant les expériences.
L'arc voltaïque jaillit au milieu d'un tambour en métal. Ce tambour, du côté de l'espace à éclairer, est fermé par une g"lace plane et transparente
Du côté opposé, c'est-à-dire dans le fond du tambour, est disposé un miroir parabolique à surface brillante. Les cônes de charbon sont disposés de telle sorte dans l'intérieur du tambour que l'arc lumineux se produit au foyer du miroir. La surface réfléchissante projette donc au loin un faisceau de rayons parallèles.
En un point delà circonférence du tambour est pratiquée une fenêtre dans laquelle est vissé un tube.
Ce tube contient un verre dépoli sur lequel au moyen d'un appareil d'optique vient se projeter l'image de l'arc lumineux. En observant par ce tube la personne qui conduit l'expérience peut donc se rendre un compte plus ou moins exact de la façon dont se comporte l'appareil.
Les grands appareils possèdent deux rég*ulateurs : un rég*utal eur à m ain qui se manœuvre au moyen d'une manivelle et un rég-ulateur automatique Serin,
Les appareils portatifs destinés à être mis dans les embarcations ne possèdent fg*énéralen:ient que le rég-ulateur à main.
Le rég*ulateur automatique ne fonctionne que pendant que l'are voltaïque jaillit, il est clair aussi que ce n'est qu'à ce moment que la lunette d'observation peut rendre quelque service.
Au début de l'expérience, l^ofticier qui la conduit doit faire usag'e du rég-ulateur à main pour amener
les deux cônes de charbon à distance convenable, et pour juger de ce qu'il fait, il est forcé de se tenir devant l'appareil, c'est-à-dire en face du miroir, et de reg*arder à travers la g'iace.
Quand donc la lumière jaillit subitement, il la reçoit dans les yeux à un mètre de distance environ et est complètement ébloui. Pour peu que la lumière vienne à s'éteindre, que Tappareil marche irrégulièrement par suite de quelque défectuosité, soit dans les charbons, soit dans le mécanisme, il est encore obligé de recourir au régulateur à main et de s'exposer au même accident.
Lorsqu'il s'agit d'appareils ne possédant que ce dernier régulateur, on conçoit facilement que cet accident doit se reproduire avec une fréquence encore beaucoup plus grande.
Pour parer à cet inconvénient, il existe des verres préservateurs ; ces verres réglementaires dans la marine ne sont autre chose que des conserves, et ces conserves sont distribuées aux personnes que leur service appelle auprès de ces appareils.
Mais si ces conserves sont suffisantes pour les personnes appelées simplement à stationner à portée de la lumière, il n'en est plus de même pour celles qui surveillent la marche de l'appareil.
Nous avons vu que, lorsque la lumière étant éteinte, elles font usage du régulateur à main et sont forcées de regarder par la glace. Comme les expériences ont lieu naturellement la nuit, voir ce
qu'elles font à l'œil nu leur est déjà difficile, et cela leur devient à peu près impossible lorsqu'elles ont leurs conserve». Elles les ôtent donc et les remettent aussitôt que la lumière jaillit. Mais il est trop tard, le mal est déjà fait et la rétine a été violemment et brutalement ébranlée par ce passag*e subit d'une obscurité profonde à une lumière très vive.
Voilà donc à peu près dans quelles circonstances ont contracté leur affection les deux officiers qui font le sujet des observations suivantes s
Observation I.
Le..,, janvier 1878, M. R..., lieutenant de vaisseau, embarqué sur le Suffren en qualité d'officier torpilleur, se présenta le matin à la visite se plaig'nant de souffrir des yeux.
La veille au soir il avait assisté aux expériences d'un fanal électrique qu'on venait de monter, et était récité pendant deux heures environ exposé à l'influence des rayons lumineux, sans avoir pris la précaution de se g*arantir les yeux par les verres rég"lementaires.
Le fanal était un arc voltaïque développant en intensité lumineuse la puissance de 1,600 becs carcel.
Les rayons étaient réfléchis par une surface très- Nodier. 2
brillante et arrivaient directement à l'observateur après avoir simplement traversé une g'iace plane située à 0 m. 40 environ du foyer lumineux.
Lors des premiers essais, le rég*ulateur n'ayant pas très bien fonctionné, une lumière éblouissante succédait subitement à des intermittences de complète obscurité pendant lesquelles Texamen par la fenêtre latérale n'était pas possible.
M. R... avait donc été oblig'é de reg*arder par la g'iace et avait eu les yeux exposés à cette succession d'éclairs pendant les deux heures d'essai.
Les expériences terminées, cet officier alla se coucher, mais il avait quelques douleurs dans l'œil et un peu de céphalag*ie. Le lendemain matin à la visite on constate la roug*eur et l'injection de la conjonctive dans les deux yeux. Il y a du larmoiement; la sclérotique est lég-èrement hyperemiée; le cercle périkératique est apparent; on ne constate rien de particulier dans la cornée et la chambre antérieure; l'iris a sa coloration normale, mais il y a du myosis.
Le malade accuse quelques mouches volantes et une photophobie très marquée. Il existe en outre quelques douleurs sus orbitaires et du picotement au niveau de la conjonctive. Les deux yeux offrent identiquement les mêmes symptômes. Les tég-uuents ne présentent aucune trace d'érythème.
Outre le diag-nostichyperémie de la rétine, on porte celui de conjonctivite, et on prescrit contre l'hyper-
remiée rétinienne un rég'ime léguer et le repos dans un endroit obscur, contre la conjonctivite un collyre très-léger au sulfate de zinc.
Le soir, même état, application de compresses tièdes.
Le lendemain matin, 2' jour de la maladie, il n'y avait pas beaucoup d'amélioration. Le malade avait encore passé une nuit ag'itée. Il souffre toujours, la conjonctive est encore très injectée; l'iris toujours contracté ne présente aucune altération ni dans sa forme, ni dans sa coloration. Instillation du même collyre et compresses tièdes. Toute cette journée se passa dans le même état.
Le surlendemain, 3*" jour, le malade va mieux; les conjonctives sont beaucoup moins roug'es ; l'iris n'est plus contracté, le cercle périkératique a presque entièrement disparu. Les douleurs ont cessé presque complètement. La photophobie persiste encore, mais à un très faible degré.
Devant cette amélioration, on se borne à des applications décompresses émollientes.
Le malade mang-e de bon appétit; le soir il va beaucoup mieux et enfin le 4^ jour il est complètetement g'uéri. La g*rande lumière le g-ênait encore un peu et il dut porter des conserves pendant quelques jours.
A un an d'intervalle environ, sur le même bâtiment, le même médecin fut témoin d'un second fait analog*uequia été l'objet de l'observation suivante :
Observation If.
Le 14 février 1879, eurent lieu, dans le canot à vapeur du Su ffren^ des expériences de lumière électrique.
L'appareil placé dans l'embarcation portait une lampe dont le puissance ég*alait celle de 300 becs carcel.
M. V..., lieutenant de vaisseau, qui dirig*eait l'opération, avait oublié ses verres et resta pendant deux heures que durère ntles essais expcî^é la lumière et la reg*ardant en face à de fréquents intervalles, toujours pour rég-ler la distance des charbons.
Pendant les expériences il n'éprouva rien de particulier, mais en rentrant à bord il se sentit la tête lourde et éprouva un peu de céphalalg*ie. Il prit ces lég'ers symptômes pour de la fatig*ue et alla se coucher. Une fois au Ht il commença à sentir des picotements dans les yeux et eut un sommeil très ag*ité. Le lendemain matin, à cinq heures, il eut une selle et commença à souffrir davantag-e, les picotements devinrent plus violents et il se produisit un larmoiement abondant.
15 février. M. V... reste couché. L'examen de l'appareil oculaire donne les sig»nes suivants :
La conjonctive de l'œil gauche est roug^e et hyper-
émiée. L'œil droit ne présente rien d'anormal, si ce n'est un peu de larmoiement par sympathie. Toute la conjonctive g'auche est enflammée, elle ne présente pas de phlyctènes. Les vaisseaux scléroticaux sont g-org-és de sang* surtout vers le bordsclérotico-cornéen où se dessine le cercle périkératique. La cornée est nette et claire. On ne constate rien d'anormal dans la chambre antérieure. L'iris offre sa forme et sa coloration habituelles,, elle présente du myosis. La vue est distincte. Il y a une photophobie intense. Le malade accuse de la céphalalg'ie frontale et des douleurs lancinantes siégeant principalement au niveau des paupières. Le pouls est à 72. Il n'existe sur les tég-uments aucune trace d'érythème.
M. V... voit beaucoup mieux de Tœil g'auche que de l'œil droit ; c'est donc avec l'œil g'auche qu'il a presque exclusivement reg'ardé; c'est aussi celui qui a été le plus exposé, tandis que l'autre est resté dans l'ombre presque tout le temps de l'expérience. Cette circonstance explique l'unilatéralité de la lésion. Le fait précédent, ainsi qu'un second (1) qui s était produit dans l'intervalle, ayant fait naître quelques doutes sur la nature de l'afTection, on fit la prescription suivante :
Purg*atif avec calomel. . . . 0 g-r. 80. — aloès 0 gr. 20.
(1) L'observation dont il aurait pu être l'objet n'a jamais été faite.
Instillations avec le collyre suivant :
Sulfate d'atropine 0 g-r. 01.
Eau distillée 30 g*r.
Onctions de pommade belladonée autour de l'orbite, compresses d'eau tiède, repos dans un lieu obscur.
Le 16. Le malade a passé une bonne nuit. Le purg'atif a produit plusieurs selles. Les douleurs oculaires ont presque complètement disparu.
M. V... ouvre l'œil sans peine. 11 n'y a plus de photophobie, l'arborisation vasculaire de la sclérotique s'est presque entièrement dissipée. La conjonctive ne présente plus qu'une lég-ère roug*eur. La pupille est lég'èrement dilatée par l'atropine. On cesse tout traitement et on n'applique que des compresses émollientes.
Le soir même, M. V... peut reprendre son service et n'éprouve plus le moindre trouble visuel même à la g'rande lumière.
Voilà les deux seules observations que nous avons pu réunir (1).
Il est probable cependant que sur les bâtiments de g'uerre, où. les expériences de lumière électrique sont si multiphées, des accidents de cette nature ont dû se produire plus d'une fois. Il est permis de supposer que l'attention n'ayant pas été éveillée du côté
(1) Je le dois à l'obligeance de mon ami et collègue M. E. Rochard qui les a recueillies pendant sa campagne à bord du Suffren.
de la cause productrice de cette affection, elle se sera perdue au milieu des autres conjonctivites traitées à bord.
Si nous comprenons ces deux observations, nous voyons que des deux malades qui en font le sujet, le premier a présenté des accidents beaucoup plus tenaces que le second. Dans les deux cas les expériences ont eu une durée ég'ale, environ deux heures. Dans le premier cas, l'intensité de la source lumineuse était ég^ale à 1 ,600 becs carcel, dans le second à 300. Bien que cette circonstance puisse expliquer comment les accidents ont eu une durée plus g-rande chez le premier officier, je crois qu'il faut aussi chercher la raison de cette différence dans le mode de traitement employé. C'est une question sur laquelle nous nous proposons de revenir quand nous aurons traité de la pathog énie de cette affection.
PATHOGENIE.
L'affection dont nous avons rapporté deux exemples comprend deux choses en apparence bien distinctes :
D'abord, l'hyperémie rétinienne caractérisée par les mouches volantes, la photophobie, les douleurs sus-orbitaires qui en sont les symptômes.
Ensuite, du côté de la conjonctive, des accidents consistant en roug'eur et congestion de cet org*ane accompag-nées de picotement et de larmoiement, accidents faisant penser, à la première inspection, à Texistence d'une conjonctivite.
Les accidents observés du côté de la rétine sont connus depuis bien longtemps, ils se produisent toutes les fois que l'œil reste exposé à une lumière intense et ont, du reste, disparu immédiatement dans les deux cas qui nous occupent. Aussi n'est-ce pas sur eux que portera principalement notre examen, mais sur les accidents conjonctivaux ; et la première question qui se pose est celle-ci :
Dans le cas présent, a-t-on affaire à une inflammation de la conjonctive à une véritable conjonctivite?
La lumière électrique étant ici la cause manifeste et indiscutable des accidents observés, examinons si, par son action directe sur la conjonctive, elle peut produire une conjonctivite.
Toute source de lumière, et la lumière électrique ne fait pas exception à la règ*le, contient trois sortes de rayons :
Des rayons éclairants; Des rayons calorifiques ; Des rayons chimiques.
Nous croyons ne pas avoir à tenir compte des rayons éclairants. Les rayons calorifiques, dans le
cas qui nons ocv3upe, sont parfaitement négligeables et de ce fait mis hors de cause.
Restent donc les rayons chimiques.
« Les excitations électriques de la peau peuvent produire des congestions cutanées par action réflexe. Tous ceux d'entre vous qui ont électrisé des malades dans les hôpitaux ont certainement remarqué les rougeurs cutanées produites dans la région où se trouvent appliqués les excitateurs. La lumière intense déterminée par l'électricité peut provoquer aussi à distance des congestions cutanées réflexes, sans qu'on puisse invoquer l'intervention de l'action de la chaleur ». (A. Vulpian, Leçons sur l'appareil vaso-moteur, t. I, p. 248.)
On a des exemples d'érythèmes produits sur les tég'uments par la lumière électrique, et il existe dans la science une obser^^ation de M. le professeur Gharcot, si remarquable et intéressant tellement notre sujet, que pour cette raison nous nous croyons autorisés à l'extraire des comptes rendus de la Société de biologie (t. V, 2® série, 1858, p. 63) et à ia reproduire in extenso,
La voici :
« Le 14 février dernier, deux chimistes s^étaient réunis pour faire en commun des expériences sur la fusion et la vitriflcation de certaines substances par l'action de la pile électrique. Ils firent usage d'une pile de Bunsen forte de 120 éléments. Les expériences durèrent environ une heure et demie, Nodier. 3
mais dans cet espace de temps l'action de ia pile dut être fréquemment interrompue et celle-ci ne fonctionna pas en tout plus de ving*t minutes. A ia distance à laquelle les expérimentateurs se tenaient du foyer (5() centimètres environ), ils ne pouvaient pas être et n'étaient pas en réalité sensibles à l'élévation de température. Néanmoins le soir même et pendant toute la nuit qu'ils passèrent sans sommeil, ils éprouvèrent dans les yeux un sentiment de fatigue très pénible et virent presque continuellement des éclairs et des étincelles colorées.
Le lendemain ils portaient l'un et Tautre à la face un érythème de couleur pourpre avec sentiment de g-êne et tension. Chez M. W..., dont le côté droit de la face était seul exposé au foyer lumineux, la rougeur occupait tout ce côté depuis la racine des cheveux jusqu^au menton, et les étincelles ne s'étaient montrées que devant l'œil droit.
Chez M. M..,, qui s'était tenu la tête baissée et dont la face proprement dite avait été protégée contre le foyer par la saillie du front, celui-ci était seul envahi par i'érythème. Sur Tun comme sur l'autre expérimentateur, l'aspect de la peau dans les endroits atteints était exactement celui d'un coup de soleil. Une légère desquamation s'établit au bout de quatre jours et dura cinq ou six jours en tout.
« Cet effet de la lumière électrique est des plus curieux et la pathologie y trouvera peut-être la raison du coup de soleil proprement dit. Tout le monde
sait qu'une température élevée n'est pas une condition nécessaire pour la production de cette dernière affection; car il y a tels individus qui en sont atteints par un temps frais et dès les premiers jours du printemps. C'est là un fait analog*ue à celui que nous venons de rapporter. Tous deux concourent à démontrer que dans le rayonnement de Ja lumière, ce ne sont pas les rayons calorifères qui attaquent la peau.
« Faut-il invoquer l'action des rayons éclairants? Non, ou du moins Tintensité de la lumière ne paraît jouer en ceci qu'un rôle secondaire. En effet, dans les expériences où M. Foucault est parvenu, en réunissant plusieurs machines de RhumkorfT, à produire des étincelles dont la longueur croît avec le nombre des bobines et où il a pu, au moyen d'un interrupteur à double efïet, doubler le nombre des étincelles sans diminuer leur énerg'ie, cet observateur a été atteint de maux de tête et de troubles de la vision très marqués et très tenaces et d'érythème, bien que la lumière ne fût pas plus intense que celle d'une étoile qu'on reg*arde cependant sans fatig-ue.
« M. Despretz a constaté que la lumière obtenue avec 100 couples de Bunsen détermine des maux d'yeux et que celle de 600 couples produit très rapidement l'erythème.
a Restent les rayons dits chimiques. C'est cet ordre de rayons qui paraît être Tag'ent principal essentiel des accidents. îl suffit, en effet, pour préserver les
— moyeux, ainsi que Fa vu plusieurs fois M. Foucault, de faire passer la lumière électrique à travers un verre d'urane, lequel retient une g'rande partie des rayons chimiques. Il n'est pas douteux qu'en protég'eant la lace à l'aide de ce même verre d'urane, on empêcherait aussi la production de l'érythème. L'action si rapide et si énergique de la lumière électrique sur tég*ument externe et sur la réline se comprend d'autant mieux que les rayons chimiques y sont comme on sait relativement plus abondants que dans la lumière solaire. »
Après avoir lu cette observation, on est conduit à se demander si l'ophthalmie qui nous occupe ne reconnaîtrait pas une cause identique à celle de l'érythème observé sur les tég*uments; en d'autres termes, si l'action de la lumière électrique se manifestant sur la peau par une inflammation érythémateuse ne se traduirait pas au niveau de la conjonctive par une conjonctivite.
Nous devons commencer par dire que telle n'est pas notre opinion.
D^abord, dans les cas en question, les deux phénomènes ne sont pas connexes.
Dans nos observations il y a hyperémie conjonctivale mais pas trace d'érythème cutané ; c'est l'inverse dans celle que nous avons empruntée à M. le professeur Gharcot. Cette circonstance est loin d'avoir la valeur même d'une simple preuve ; et on aurait pu constater le contraire sans pour cela prou-
ver grand chose, soit pour, soit contre notre opinion. Ce n'est qu'un simple' rapprochement qui prouve seulement que les phénomènes peuvent exister isolément, prenons-le donc comme tel et poursuivons.
Si maintenant nous examinons en eux-mêmes les phénomènes morbides dontlaconjonctiveestlesièg'e, nous voyens qu'ils manquent du caractère •essentiel constituant une conjonctive lég'itime. L'anatomie patholog*ique,en effet, nous enseig*ne que toute inflammation véritable est accompag^née d'un exsudât, et ici l'exsudat manque absolument. Il y a simplement un larmoiement dû à la sécrétion exag*érée de l'appareil lacrymal par action réflexe.
En comparant ces phénomènes avec ceux observés du côté des tég*uments, nous voyons: d'un côté, de l'hyperémie, de la roug*eur diffuse accompag'née de picotements, symptômes peu tenaces et disparaissant avec la plus g^rande facilité, s'évanouissant même pour ainsi dire du jour au lendemain comme dans la deuxième observation ; de l'autre de largues plaques érythémateuses accompag'nées de desquamation et dont l'évolution dure en moyenne neuf ou dix jours.
En outre, si on met en opposition la délicate structure de la conjonctive avec les couches stratifiées d'épithéhum corné qui forme au derme comme une cuirasse, on doit de plus en plus s'éloig*ner de l'opinion qui consisterait à considérer ces deux or-
dres de phénomènes comme étroitement unis par leur pathog'énie.
Or, nous ne croyons guère aux conjonctivites causées par les insolations. Il se peut que lorsque la face externe des paupières est frappée, on observe de la rougeur de la conjonctive, du larmoiement, mais ne peut-on expliquer plus naturellement ces symptômes par l'existence d'une stase sang-uine produite par la lésion de voisinag-e.
Pour toutes ces raisons réunies, nous pensons que lesphénomènes observés du côté de lia conjonctive ne sont pas du même ordre que, les lésions érythémateuses décrites par M. le professeur Gharcot du côté des tég*uments, et que par conséquent, il faut en chercher la cause ailleurs que dans l'action directe de la lumière électrique.
Nous donnons tout de suite notre opinion qui est que nous avons affaire à une hyperémie par stase 011 si l'on veut à une hyperémie passive de la conjonctive dont il faut chercher la cause dans la lésion rétinienne.
Mais pour défendre cette opinion et exposer les raisons qui nous ont conduit à l'adopter, il est nécessaire de rappeler en quelques mots la disposition des vaisseaux qui se distribuent à la conjonctive, à l'iris et à la partie antérieure de la choroïde, et les conditions physiolog-iques qui peuvent faire varier les cours du sang- dans ces vaisseaux.
Les artères qui fournissent à l'iris et à la choroïde peuvent se diviser en 3 classes :
1° Les ciliaires courtes; 2^* Les ciliaires long"ues ou iriennes; 3° Les ciliaires antérieures.
Les ciliaires courtes naissent directement de l'ophthalmique et sont destinés à toute la portion de la choroïde située en arrière du muscle ciliaire, elles ne nous intéresseront pas.
Les ciliaires iriennes et les ciliaires antérieures pourraient être réunies en un groupe, le groupe des ciliaires antérieures, par opposition avec les ciliaires courtes que l'on pourrait appeler postérieures.
Les ciliaires iriennes, au nombre de deux, naissent de l'ophthalmique, s'anastomosent pour former le g'rand cercle de l'iris, d'où partent des rameaux destinés à former le petit cercle de cette membrane.
Les artères ciliaires antérieures, en nombre indéterminé, sont des branches des artères musculaires. Après avoir donné quelques rameaux à la partie antérieure de la conjonctive, elles perforent la sclérotique pour se jeter dans le g-rand cercle de l'iris.
Les artères ciliaires iriennes et antérieures offrent ceci de particulier, c'est qu'avant d'arriver à leur destiaation elles traversent toutes le muscle ciliaire.
Sur le systè me vasculaire de l'œil humain, Ânatomische untersuchung'en uber die blutg-efasse
des menscg*lichen angles. — Denkshriften der ma- Ihematîsch — naturwissenshaftlichen Classe des Kaiserlichen Akademie der Wissenschaften zu Wien 1865, par le D' Th. Leber. Extrait par l'auteur, Journal de Tanatomie et de la phisiologiey année 1866, p. 143.)
La conjonctive est parcourue par deux ordres d'artères ; celles destinées aux culs-de-sac et à la partie la plus excentrique sont des branches des palpébrales ; celles au contraire qui fournissent à la rég*ioQ antérieure sont, comme nous l'avons vu déjà, des rameaux des ciliaires antérieures.
Le système veineux de la conjonctive étant calqué sur son système artériel, cela nous dispense d'entrer pour lui dans de nouveaux détails ; mais il est loin d'en être de même en ce qui concerne l'iris, le muscle et les procès ciliaires.
a Pendant que la circulation dans les artères de la choroïde est assez indépendante de celle du corps cihaire et de l'iris, il en est autrement pour la circulation veineuse. Nous voyons sortir de la choroïde à l'équateur de l'œil les grandes veines dites vortiqueuses ou tourbillonnantes. Ces veines .reçoivent des rameaux, non seulement de la choroïde, mais aussi des procès ciliaires, du muscle ciliaire et de riris. » (Th. Leber, loco citato.)
La voie efFérente |a plus considérable est en effet constituée par les vasa vorticosa ou veines tourbillonnantes. Ces vasa verlicosa, qui forment quatre
systèmes comprenant tout le lacis veineux qui rampe dans la choroïde, viennent aboutir en arrière et latéralement à quatre troncs veineux ou troncs des veines choroïdiennes, en avant aux plexus veineux des procès ciliaires, plexus qui tirent leur origine du système veineux de Tiris.
« C'est dans la partie antérieure et supérieure du plexus constitué par ces arcades que viennent s*ouvrir les veines très nombreuses et assez volumineuses de l'iris. C'est au sang* déversé par ces dernières dans leur cavité qu'elles sont redevables de leur calibre considérable. » (Sappey. Traité (Tanatomie descripive^ t. III. p, 738.)
Mais il y a encore pour le sang* une autra voie de retour.
Une partie des veines du muscle ciliaire émerg-e dç sa partie postérieure pour se jeter directement dans les vasa vorticosa, l'autre sort de sa face antérieure et pénètre dans le canal de Schlemm.
Ce canal improprement appelé de ce nom est situé entre le corps ciliaire, qui est en arrière, et la cornée et la sclérotique en avant, au niveau où ces deux membranes sont contig*uës. Ce n'est à vrai dire qu'un plexus veineux circulaire à mailles très fines dans lequel nous avons vu se jeter les veines du muscle ciliaire; mais il est de plus en communication d'un côté avec le système veineux de l'iris et des procès ciliaires, de l'autre avec les veines
Nodier. 4
ciJiaires antérieures, par de nombreuses branches qui perforent la sclérotique.
« Il n'y a qu'une petite partiedu sang veineux de la couche vasculairequi possède encore une autre voie pour sortir de la cavité intra-oculaire. Une partie des veines du muscle ciliaire entre dans le canal de Schiemm, pour perforer ensuite la sclérotique près du bord de la cornée et se réunir avec les veines ciliaires antérieures. Les vaisseaux du muscle ciliaire sont donc seuls en communication directe avec les veines ciliaires antérieures. Pour les vaisseaux des procès ciliaires et de l'iris, cette communication n'a lieu que par des anastoQioses nombreuses que font ces vaisseaux avec ceux du muscle ciliaire. » (Th. Leber. loc. cit.)
Si maintenant nous récapitulons les données qui nous sont fournies par l'anatomie, nous voyons que le sang» amené dans l'iris et la rég'ion ciliaire par les artères cihaires iriennes et antérieures dispose de deux voies pour en sortir.
L'une larg-e et directe et constituée par les 60 ou 70 plexus veineux qui accompagnent les procès ciliaires et vont s'aboucher directement dans les vasa vorticosa.
L'autre consiste dans les branches que nous avons vu se rendre du muscle ciliaire, des procès ciliaires et de l'iris au canal de Schlemm, et dans les rameaux qui sortent de ce même canal pour per-
forer la sclérotique et se jeter dans les veines ciliaires antérieures.
La première est , pour ainsi dire , la seule physiolog-ique et normale, son développement et la direction de son trajet présentent un vif contraste avec l'exig'uité et les détours de la seconde. En un mot, la première est à la seconde comme une grande route îar^e et directe pourrait l'être à un chemin de traverse étroit et tortueux. Il est bien clair que c'est par celle-là que le sang* s'eng'ag'era toujours de préférence ; mais si pour une raison ou pour une autre elle devient moins perméable, on conçoit aussi sans peine que le liquide tendra à refluer dane le canal de Schlemm et delà par les perforantes dans les veines ciliaires antérieures et le système veineux conjonctival.
Maintenant que nous connaissons la manière dont se fait la circulation dans la rég*ion qui nous occupe, nous devons examiner les modifications que peut subir cette circulation dans certaines circonstances notées dans nos observations. Pour cela il nous faut interrog'er la physiolog^ie.
(( La pupille se dilate quand l'objet fixé est très éloig'né, elle se rétrécit dans les cas inverses. » (M. Duval, Cours de physiologie^ 4^ édition p. 626). . Le rétrécissement de la pupille, d'après M. Roug'et, est dû à la contraction des fibres musculaires circulaires de l'iris |(M. Roug-et n'admet que celleslà) et en outre à la turg'escence de ses vaisseaux.
(H. Chrétien. La choroïde et l'iris; thèse de concours, Paris 1876, p. 93et suivantes.)
Les expériences de Waller et Arsl (Chrétien, p. 98, loco citato) ont prouvé que cette turgescence n^était nullement nécessaire à la production du rétrécissement pupillaire et que les modifications de calibre des vaisseaux iriens n'apparaissaient qu'après les modifications d'ouverture de la pupille. Quoi qu'il en soit, on peut considérer les deux phénomènes comme sous la dépendance l'un de l'autre. Pendant la contraction du muscle irien, il y aurait donc dans les vaisseaux une stase sang*uine qui peut en être reg'ardée comme la conséquence.
Pour ce qui est du mécanisme de l'accomodation, nous n'avons pas à entrer dans les nombreuses théories qut en ont été données, non plus qu'à examiner le rôle qu'y peuvent jouer les différentes parties du muscle ciliaire, le muscle à fibres longitudinales ou muscle de Brucke , et celui à fibres circulaires ou muscle de Rouget. Nous déclarons que nous nous rallions à la théorie de ce professeur, théorie qui est, du reste, généralement adoptée en France.
La voici en quelques mots, telle que M. M. Duval la donne.
« Ch. Rouget, en faisant connaître le muscle ciliaire interne ou annulaire, a montré que ce muscle en se contractant, comprime les troncs veineux irido-choroïdiens, force tout le sang à passer par
— soles procès ciliaires et détermine ainsi l'érection, la rig^idité de ces org*anes, phénomène sans lequel les muscles ciliaires ne pourraient avoir aucune action sur la lentille cristalline. Aucune des théories de l'adaptation ne pouvait expliquer à l'aide des faits connus une action directe sur le cristallin; cette action directe appartient au muscle ciliaire annnlaire; l'obstacle au cours du sang* par les veines, que déterminent les premières contractions de ce muscle, amène l'érection des procès ciliaires, et, dans cet état, ces org'anes deviennent aptes à transmettre au cristallin, en la rég^ularisant, la compression exercée par le muscle ciliaire. » (M. Duval, loc. cit., p. 524.)
Ainsi donc, quand nous fixons un objet rapproché, le muscle ciliaire se contracte en même tem^ps que les fibres circulaires de l'iris, puisque dans ce cas l'ouverture pupillaire diminue. Au contraire, quand l'objet observé est éloigné ou que nous reg*ardons, comme on le dit, dans le vide, les deux muscles entrent en même temps en relâchement.
Ces deux actions sont donc synchrones, et cela revient à dire que le muscle ciliaire et les fibres musculaires de l'iris ne forment à vrai dire^ au point de vue physiologique, qu'un seul système musculaire, le système irido-choroïdien, dont toutes les parties travaillent et se reposent en même temps. Du reste, les fibres ciliaires comme les fibres iriennes n'entrent en contraction que sous l'influence d'un ré-
flexe, dont le sièg'e unique semble devoir être localisé aujourd'hui dans la partie céphalique de la moelle, et notamment dans les tubercules quadrijumeaux. (M. Duval, loc. cit., p. 6*25 et 105.)
Lorsque l'œil est exposé à une vive lumière on voit se reproduire les phénomènes dont nous avons déjà parlé; l'écran rétinien excité transmet son impression au centre du réflexe ; celui-ci entre en jeu à son tour et amène la contraction du système musculaire irido-choroïdien. La pupille se rétrécit, les procès ciliaires s'érig*ent, leurs plexus veineux deviennent turg-ideS) la circulation en retour devient plus difficile, et les veines irîennes aug'mentent de calibre.
Si l'intensité de la lumière n*est pas exag'érée, si son action n'est pas trop prolongée, il ne se passe rien que de très normal et de très physiolog-ique. Mais si nous nous reportons à nos observations, nous voyons que là il n'en a pas été ainsi.
Il s'ag'it en effet d'observateurs qui sont restés exposés pendant un temps assez considérable, deux heures environ, à une lumière dont Fintensité est presque comparable à celle des rayons solaires. De plus, ils ont été soumis à l'impression d'éclairs succédant à des intervalles d'obscurité profonde. Enfin, chose que je considère comme une circonstance ag*g*ravante, il leur est arrivé à plusieurs reprises d'être surpris par l'apparition de l'arc voltaïque^au
moment où ils regardaient le point d'où il devait jaillir.
De telle sorte que l'appareil rétinien a été profondément ébranlé et frappé de chocs répétés d'une violence pour ainsi dire brutale.
En pareille circonstance, la nature a dû faire appel à toutes ses forces pour protég*er l'org'ane visuel et arrêter ce torrent de lumière. Les fibres musculaires de riris ont atteint leur maximum de contraction, et il en a été de même pour celles du corps ciliaire.
Il y a donc une excitation delà rétine et une excitation intense produite sans doute par les rayons chimiques, comme le veut M.Foucault. Cette lésion durable a persisté bien après la disparition de la cause qui lui avait donné naissance; elle a déterminé et l'hypérémie de la rétine et l'excitation prolong'ée du centre réflexe, qui tient sous sa dépendance les mouvements de l'iris et du muscle ciliaire. 11 s'est passé, si l'on veut bien nous passer l'expression, une télanisation partielle de ce point de la moelle, et il en est résulté une contraction spasmodique des fibres musculaires de l'iris et du corps ciliaire.
Dans de telles conditions, quelles sont les modifications éprouvées par la circulation?
Si nous nous reportons à ce que nous avons dit plus haut de la disposition des vaisseaux dans ces rég-ions, nous voyons que le sang- continue à affluer
parles artères ciliaires iriennes et antérieures, mais que la circulation de retour est fortement entravée. Le muscle ciliaire violemment contracté comprime presque complètement les troncs veineux iridochoroïdiens, d'où stase presque parfaite dans les plexus veineux des procès ciliaires, et de là dans les vaisseaux de l'iris. Le sang* trouvant fermée sa voie naturelle de retour, c'est-à-dire les vasa vorticosa, se précipitera vers le seul chemin qui lui reste. Jl pénétrera donc dans le canal de Schlemm, et de ce canal, au moyen des perforantes, dans les veines ciliaires antérieures. Pour peu que la contraction du muscle ciliaire se prolongée, nous voyons donc que tout le sang* qui, à l'état normal, tendrait à s'échapper par les ce vasa vorticosa », est forcé de refluer par une voie qui n*est pas la sienne jusque dans le système veineux de la conjonctive. Et la stase partant de l'iris et des procès ciliaires s'étend de proche en proche au canal de Schlemm, aux perforantes, et tend à gagnev par les ciliaires antérieures toute la conjonctive.
Il y a une objection que l'on peut faire à cette théorie.
Nous avons vu que les artères ciliaires iriennes et antérieures sont forcés de traverser le corps ciliaire pour arriver à leur destination. Ne peut-il pas se faire que ce muscle, en se contractant, comprime les artères et y suspende la circulation. Dans ce cas, la contraction du muscle ciliaire remédie-
rait d'elle-même aux inconvénients qu'elle pourrait faire naître. Nous répondrons à cela que le fait n'a jamais été prouvé et qu'en attendant nous ne pouvons accepter une manière de voir qui est en désaccord avec tout ce que nous enseig*ne Fanatomie du corps humain. La nature a pris soin partout d'assurer de la façon la plus complète le fonctionnement de la circulation artérielle, et quand la texture des artères ne lui a pas suffi pour atteindre ce but, elle a eu recours à des dispositions particulières, comme dans la rég'ion diaphrag*matique, par exemple. Pourtant ce ne sont pas les artères perforantes qui manquent dans l'économie, et les ciliaires qui nous occupent sont des vaisseaux de ce g'enre. 11 n'en est pas de même des veines et c'est pour cette raison qu'à côté du système profond on trouve pour ces vaisseaux un système superficiel dont on pourrait peut-être considérer le canal de Schlemm comme Fanalog^ue dans la rég'ion qui nous occupe.
C'est en nous appuyant sur les données de l'anatomie et de la physiolog*ie que nous avons formulé notre opinion, qui est que les accidents observés du côté de la conjonctive ne doivent pas être rapportés à une conjonctivite occasionnée par l'action directe de la lumière électrique, mais sont dus à une hyperémie par stase ou plutôt par reflux, dont il faut chercher l'orig'ine dans la lésion rétinienne.
A l'appui de cette manière de voir, nous pouvons Nodier. 5
rappeler ce fait de l'injection de la conjonctive survenant habituellement après un travail appliquant et ayant nécessité un effort d'accommodation long* e t soutenu.
Nous pouvons encore rapprocher du fait qui nous occupe, une observation de M. Galezowski. Cet oculiste rapporte un cas d'intoxication chronique par l'opium oii est notée, comme symptôme, la cong*estion conjonctivale, cong-estion évidemment sous la dépendance du spasme du muscle accommodateur. {Recueil d' ophtalmologie, publié sous la direction de X. Galezowski. 2' série, année 1876, p. 216.)
Enfin, nous citerons l'opinion de M. leD'' Guig'net sur certaines conjonctivites symptomatiques.
« Dans ces maladies profondes de l'œil, qui sont toutes de nature inflammatoire ou cong-estive, il y a toujours dans leur état aig'u, fréquemment dans leur état chronique, et notamment lors de leurs retours en accès subaigus, une réaction sur la conjonctive. Elle s'offre a différents deg'rés, dont le plus modéré est une injection périkératique, le second une injection qui s'est étendue aux culs-de-sac, et le troisième une injection qui comprend toute la muqueuse. Les autres symptômes de g*onfïement de sécrétion, de g-êne ou de douleur, sont en rapport avec le degré de cette cong'estion. Tous les caractères de cette conjonctivite indiquent qu'elle est symptomatique d'une autre affection..., elle n'a pas le mode d'extension de la conjonctivite idiopathi-
que, de plus elle s'accompag-ne de symptômes appartenant à une maladie profonde..., et cependant on commet tous les jours la faute très préjudiciable de prendre un iritis pour une conjonctivite, même uneirido-choroïdite, même une attaque aig*uë de g*laucome, non seulement dans les cas récents, mais encore dans les cas chroniques. » {Recueil d' ophthalmologie cité. 2* série, année 1876, p. 11.)