Sur une tombe [microforme]
La reliure serrée peut causer de l’ombre ou de la distorsion le long de la marge intérieure
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SUR UNE romer
A la douce mémoire de
Hean-Buptiste Zappa
élève de Vernification
au Collège de Montréal,
rappelé À Dien
en la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel
16 juillet 1906.
Tu n'es plus, jeune ami, a. la triste vallée Où l'innocence même arrose te ses pleurs
Le chemin des vertus; au ciel s'est envolée Ton âme toute blanche en son avril en fleurs,
Et nous, nous gémissons près de ta tome ouverte, Nous pleurons nos espoirs si tôt évanouis ;
Eh quoi! Dieu brise-t-il la tige encore verte ?
Les boutons tombent-ils sans s'être épanouis ?
Dans nos cœurs nous révions d’une carrière immense Où tu t'élancerais prêtre de l'Eternel,
Portaut dans une main le livre de science
Et dans l'autre le Sang qui coule sur l'autel,
Ton esprit de lui-même aux clartés immortelles Qui du regard de Dieu descendent jusqu’à nous, Comme un aigle à l'aurore, étendait ses deux ailes, Et de toute vertu ton cœur était jaloux.
Au sentier du devoir tu marchais sans faiblesse, Aux hommes souriant et souriant à Dieu ;
Et les tiens admirsient ta précoce — Et le ciel pour cela les enviait un peü.
Oui, tandis que pour toi, de lendemains sublimes Nous tissions, impiudents, un avenir sans fin,
Le Seigneur vit nos vœux des rayonnantes cimes Et les réalisa par un trépas soudain.
Quand tu glissais reur dans l'onde transparente Ven. ais-tu bien, dis-moi, qu'en ce nouveau Jourdain, Ton âme délivrée allait, suivant sa pente,
Se réunir à Dieu dans l'éternel Eden ?
Pensais-tu que Jésus pour sourire à sa Mère, Lis radieux et pur, te cueillerait au soir,
Et que tu t'en irais ne laissant sur la terre Qu'un immense regret dans un immense espoir?
Non, je n’en puis douter ; à ses élus, Dieu même Fait entrevoir le ciel et laisse pressentir
Quant sonnera pour eux la minute suprême
Qui finissant l'exil leur permet de partir,
Un soir, t'en souvient.il, nous marchions côte-à-côte ; Nos pas s'harmonisaient dans un rythme discret ; Nous portions le front haut et l'âme encor plus haute, Car vers Vous, à Seigneur, tout notre être aspirait,
Un souffle de printemps Palp:tait sur nos tempes,
, Qu'embaumait le parfum des plaines, des ormeaux, Et sur la cour des grands à la lueur des lampes Les arbres mollement balançaient leurs rameaux.
Autour de nous, épars au sein douteux de l'ombre, Des groupes d'écoliers s’entretenaient gaîment ; Rayonnant dans la nuit des étoiles sans nombre Comme des yeux rêveurs songeaient au firmament,
Nous allions débordant de cette joie intime,
Dont Dieu seul est la source au fond des cœurs humains ; La terre s’éclipsait dans un rêve sublime
Qu'enlevait jusqu'au ciel l'aile des chérubins.
‘*OQ Keigneur, disions-nous, votre grandeur voilée Sous le bleu transparent de la voûte étoilée Se découvre à nos yeux ; Et votre nom, aux champs infinis de l'espace, En des lettres de feu que nulle main n'efface Est écrit glorieux,
On le lit imprimé dans la beauté des choses,
Sur le front du soleil et sur le fiont des roses, Partout duns l'univers ;
Le jour l'annonce au jour et l'étoile à l'étoile,
Le vent même en souflant le chante dans la voile Qui vogue sur les mers.
Le zéphyr au matin le crayonne sur l'onde, Et le printemps l'écrit sur la terre féconde, Dans les hois, sur les monts ; Les fleurs en s'endormant le murmurent entre elles, Le grilion le redit dans ses cris doux et grèles, Le soir dans les vallons.
Mais ici-bas, Seigneur, nulle part Votre image “N'apparaît aux regards qu’à travers votre ouvrage, Infidèle miroir ; L'œil de l’homme jamais ne vous vit face-à -face, De votre main partout il adore la trace, Humble croyant sans voir,
Pourtant, vous le savez, dans le fond de natre âme, O Die bon, un désir éperdu vous réclame ; Pleurs, vœux, soupirs mélés En jaillissent souvent qui vous disent : «Q Père, ‘* Combien de temps encor laisserez-vous sur terre Vos enfants exilés ? ”
La vie est un trésor : acceptez-en l’offrande ! La terre est trop petite et notre âme trop grande Pout jouir loin de Vous ; Vienne le dernier jour, béni l'instant suprême, Où l’on s’approchera de notre couche bléme, Pour prier à genoux !
Par les mains de la mort notre âme libérée, Superbe dans son vul vers la voûte éthérée, Délirante d'amour,
Dans un divin langage, inconnu des poètes, Chantera la bonté, la beauté que Vous êtes, Au céleste séjour,
Ce n'est pas, 6 Seigneur, que l'effort nous rebute,
Nous aimons le travail, nous aimerions la lutte Et nous saurions souffrir ;
Mais pour vous posséder à jamais, sans partage,
Pour vous voir autrement qu'à travers un nuage Ne fau -il pas mourir ?
Pardonnez un désir qu’inspire votre grâce :
À d’autres, enchantés de ce monde qui passe, Accoidez d’en jouir ;
Mais pour nous, 6 mon Dieu, qu'u., attrait invincil.le
De ce monde des sens vers le monde invisible S’eflorce de ravir ....,1
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Ces vœux sont exauc!s +... En paix, ami, rej'ose ; Ainsi que le vieillard tu remplis 4es destins ;
On ne demande rien, à l'aurore, à la rose,
Que de charmer les yeux, d'embellir les matins.
sd
Dieu recherche avant tout la vertu, l'innocence,
Et ne regarde pas à la longueur des ans :
Ayant l'éternité, l'infini, la puissance,
Il ne poursuit qu'un bien : le cœur de ses enfants.
Le tien lui fut offert dès l’aube de la vie,
11 lui reste à jamais dans l'ombre de la mort ; Car tu l'avais remis dans les bras de Marie, Qui sut le garder pur, qui sut le rendre fort.
Encor tout empourpré du sang des sacrifices, Encor tout embrasé des flammes de l'autel, Au séjour désiré des divines délices
Vous l’avez introduit, 6 Reine du Cirmel,
Maintenant qu’affranchi de ce corps de poussière, Assuré du salut, tu reposes en paix ;
Maintenant qu’entouré de gloire et de lumière Du triomphe des saints tu jouis à jamais ;
+ De tes amis en deuil et de ton père en larmes, De ta mère épuisant la coupe des douleurs,
De ceux qui des vertus t’enseignèrent les charmes, De ceux qui sur ta mort ont répandu des pleurs.
Jeune élu, souviens-toi ; souviens-toi du poète Dont la lyre ne sait que prier et gémir
Et qui vient d’une main attendrie et discrète
Poser sur ton tombeau ces fleurs du souvenir,