ŒUVRES UE II EMU HEINE
taille, à la mine hautaine et au Iront élevé ? C'est Wolf, qui a dépecé Homère et qui sait faire des hexamètres germaniques.
Et à la table là-bas, ce petit homme, toujours en mouvement, ce visage dont les muscles s’agitent sans cesse d’une façon convulsive, ces gestes comiques et sinistres tout ensemble? C’est le conseiller du tribunal de la Chambre, Hoffmann, qui a écrit le chat Muir; et ce personnage de taille élevée et d’expression solennelle, assis en face de lui, est le baron de Luttwitz, qui a donné, dans la Gazette de Voss , le compte rendu véritablement classique du chat Murr.
Voyez-vous aussi cet élégant à la tournure dé-
gagée, qui prononce l’allemand du bout des lèvres, à la façon des Courlandais, et qui se tourne dans
ce moment vers un homme sérieux, de haute taille,
habillé d’un surtout vert ? C’est le baron de Schilling, qui, dans la Feuille de dimanche de Winden, a tant mis en émoi « les chers petits-fils de Teut. » L’autre, le personnage grave, est un poète, M. le baron de Maltitz.
Mais devinez-vous qui est cet homme à la mine déterminée, debout près de la cheminée? C’est
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votre antagoniste, Hartmann, du Rhin, bien digne de son nom en affet, un homme (Mann) mais un homme dur (Hart), un homme de bronze et fondu d'un seul jet.
Mais qu’ai-je à faire de tous ces messieurs? J’ai faim. Garçon , la carte ! Voyez-moi cette liste de mets splendides ! Comme leurs noms ont un accent mélodieux et caressant, as music on tke Waters! Ce sont des formules magiques, mystérieuses, qui nous ouvrent l’accès du royaume des esprits. Et du Champagne avec cela! Permettez-moi de verser une larme d’émotion! Mais vous, homme- sans cœur, vous îfavez aucun sens pour toutes ces splendeurs! vous ne demandez que des nouvelles, de misérables caquetages de citadins. Je vais vous satisfaire.
Mon cher monsieur Gans, qu’y a-t-il de nouveau? Il secoue sa vénérable tête grise et hausse les épaules. Adressons-nous plutôt à ce petit bonhomme joutllu ; ce drôle a toujours ses poches pleines de nouveautés, et une fois qu’il se met en train de les raconter, il continue toujours comme la roue d’un moulin. Qu’y a-t-il de nouveau, mon cher musicien de la Chambre ?
Rien du tout. Le nouvel opéra de Hellwig, Les
œuvres ni: h en ni iieine
Ouvriers mineurs , a peu répondu à l’attente, dit-on. Spontini compose maintenant un opéra, dont Korefï a écrit le lihretto. Son sujet, à ce qu’on assure, est tiré de l’histoire de la Perse. Bientôt nous aurons aussi YAucassin et Nicole tte de Korefï', avec la musique de Schneider. Celle-ci est encore soumise, dans ce moment, à quelques retouches. Après le carnaval, on attend aussi Dicton , opéra héroïque de Bernard Klein. Madame Bohrer et Boucher ont de nouveau annoncé des concerts. Quand on donne le Freys-
chutz , il est toujours difficile d’obtenir des billets.
Le chanteur Fischer, qui est ici, ne se présentera pas en public, mais il chante beaucoup dans les sociétés particulières. Le comte Brühl est encore trèsmalade; il s’est cassé la clavicule. Nous craignions déjà de le perdre, et il n’aurait pas été facile de trouver un intendant de théâtre aussi enthousiaste que lui de l’art allemand. Le danseur Antonini a été ici, il demandait pour chaque soirée cent louis qu’on lui refusa. Adam Muller, l’écrivain politique, est venu également à Berlin, ainsi que le fabricant de tragédies, Houwald. Madame Woltmann est probablement encore ici ; elle écrit des Mémoires; Dans l’atelier de Rauch, on travaille toujours
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aux bas-reliefs des statues de Blücher et de Schar-
nhost. Les opéras représentés pendant le carnaval
sont indiqués dans les journaux. La tragédie du
docteur Kühn, intitulée : Les Habitants de Damas ,
sera représentée encore cet hiver. Wach est occupé
d’un devant d’autel, que notre roi donnera à l’église /
de la Victoire, à Moscou. Madame Stich est depuis longtemps relevée de couches ; elle reparaîtra sur la scène demain, dans Roméo et Juliette . Caroline Fouqué a publié un roman en lettres; c’est elle qui a écrit les lettres du héros, tandis que celles de la dame sont du prince Charles de Mecklenbourg. Le chancelier d’État est en convalescence ; c’est le docteur Rust qui le soigne. Le docteur Bopp, nommé professeur de langues orientales à l’Université, a fait sa première leçon sur le sanscrit devant un nombreux auditoire. De temps en temps, on confisque encore ici des numéros de la Feuille de Convei'sation , de Brockhaus. Du dernier ouvrage de Goerres,
A /[aires des provinces rhénanes , personne ici ne
dit mot ; à peine sait-on qu’il existe. Le jeune garçon qui a tué sa mère à coups de marteau était fou. Les agitations des mystiques dans le nord de la Poméranie font grand bruit. Sous le titre: La Puce ,
Hoffmann publie maintenant chez Willmann. à Francfort, un roman qui renferme, dit-on, beaucoup d’allusions politiques. Le professeur Huhitz s’occupe toujours de traductions de grec moderne, et taille maintenant des vignettes pour Y Expédition de Souvarow contre les Turcs , imprimé par ordre de l’empereur Alexandre I* r qui veut en faire un livre populaire à l’usage des Russes. C’est chez Christiani que C. L. Blum vient de publier ses Lamentations des Hellènes , qui renferment beaucoup de passages poétiques. La réunion des artistes dans l’Académie a été très-brillante, et la recette a été employée pour une œuvre pie. Walter, acteur du théâtre grandducal, vient d’arriver de Carlsruhe, et se présentera dans les Aventures de voyage de Stubert. Madame Hermann reviendra ici au mois de mars, où madame Stich partira alors pour un voyage. Jules de Voss a écrit une nouvelle pièce : Le nouveau Marché. Sa comédie, Quentin Metsys , sera représentée la semaine prochaine. Le Prince de Hombourg , par Henri de Kleist, ne sera pas représenté. On a renvoyé à Grillparzer le manuscrit de sa trilogie Les Argonautes , qu’il avait envoyée â notre intendance.
« Garçon, un verre d’eau ! »
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N’est-ce pas qu’il en sait des nouvelles, le musicien ! C’est à lui qu’il faut nous en tenir. Il pourvoira la Westphalie de nouveautés, et ce qu’il ne sait pas, la Westphalie n’a pas besoin de le savoir davantage. Il n’est d’aucun parti, d’aucune école; ce n’est ni un libéral, ni un romantique, et s’il lui échappe quelque médisance, il en est aussi innocent que l’infortuné roseau auquel le vent arrachait ces paroles : Midas, le roi Midas a des oreilles d’une !