‹ suvres complètes de Henri Heine De tout un peuChapitre 34 sur 34 · ESQUISSE AUTOBIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

ESQUISSE AUTOBIOGRAPHIQUE

des essais d’établissement, par l’amour et d’autres maladies, Rirent continuées, l’an 1819, à Bonn, à Gœttipgue, à Berlin. J’ai résidé pendant trois ans et demi à Berlin, où j’ai vécu dans l’intimité des hommes les plus distingués dans les sciences, et où j’ai soutïért de toute sorte de maladies, entre autres, d’un coup d épée dans les reins, qui me fut administré par un certain Scheller, de Dantzig,

dont je n’oublierai jamais le nom, parce qu’il est le

seul homme qui ait su me blesser de la manière

la plus sensible. — J’ai étudié pendant sept ans dans les universités que je viens de nommer, et ce fut à Gœttingue, où je retournai, que je reçus le grade de docteur en droit, après un examen # privé et une thèse publique, où le célèbre Hugo, alors doyen de la faculté de jurisprudence, ne me lit pas grâce de la moindre formalité scolastique. Quoique ce dernier fait vous paraisse assez futile, je vous prie d’en prendre note, parce que, dans un livre qu’on vient de publier contre moi, on a soutenu que j’ai seulement acheté mon diplôme académique. De tous les mensonges qu’on a imprimés sur ma vie privée, c’est le seul que je voudrais voir démenti. Voyez l’orgueil du savant! Qu’on dise de

moi que je suis bâtard, fils de bourreau, voleur de - grand chemin, athée, mauvais poète : j’en ris; mais ça me déchire le cœur, de voir contester ma dignité doctorale (entre nous, quoique docteur en droit, la jurisprudence est précisément celle de toutes les sciences que je sais le moins). Dès l’âge de seize ans, j’ai fait des vers. Mes premières poésies furent publiées à Berlin, l’an 1821. Deux ans pliis tard parurent de nouvelles poésies avec deux tragédies. L’une de ces dernières fut jouée et silflée à Brunswick, capitale du duché de Brunswick. L’an 1825, parut le premier volume des Reisebilder; les trois autres volumes furent publiés, quelques années •après, chez MM. Hoffmann et Campe, qui sont toujours mes éditeurs. De 1826 à 1831, j’ai résidé tour à tour à Lunebourg, à Hambourg et à Munich, où j’ai publié des Annales politiques , avec mon ami Lindner. Pendant les intervalles, j’ai fait des voyages dans des pays étrangers. Depuis douze ans, j’ai toujours passé les mois d’automne au bord de la mer, ordinairement dans une* des petites îles de la mer du Nord. J’aime la mer comme une maîtresse, et j’ai chanté sa beauté et ses caprices. Ces poésies sont contenues dans l’édition aile-

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mande des Reisebilder . Je les ai retranchées dans l’édition française, où j’ai aussi retranché la partie polémique, qui se rapporte à la noblesse de naissance, aux teutomanes et à la propagande catholi- ' lique. Quant à la noblèsse, je l’ai encore discutée dans la préface des Lettres de Kahldorf , que je n’ai pas écrites moi-même, comme le croit le public allemand. Pour les teutomanes, ces vieilles Aile magnes , dont le patriotisme ne consistait que dans

une haine aveugle contre la France, je les ai pour-

suivis avec acharnement dans tous mes livres. C’est une animosité qui date encore de la Burschensckaft , dont je faisais partie. J’ai combattu en même temps contre la propagande catholique, les jésuites de l’Allemagne, tant pour châtier des calomniateurs qui m’ont attaqué les premiers, que pour satisfaire à des penchants protestants. Ces penchants, il est vrai, ont pu quelquefois m’entraîner trop loin; car le protestantisme n’était pas pour moi seulement une religion libérale, c’était aussi le point de départ de la révolution allemande, et j’appartenais à la confession luthérienne, non-seulement par acte de baptême, mais aussi par un enthousiasme batailleur qui me lit prendre part aux luttes de cette Église \

( militante. Tout en défendant les intérêts sociaux

du protestantisme, je n’ai jamais caché mes sym- ! pathies panthéistiques. Cela m’a fait accuser d’athéisme. Des compatriotes mal instruits ou malveillants ont depuis longtemps répandu la nouvelle que j’ai endossé la casaque saint-simonienne; d’autres me gratifient de judaïsme. Je regrette de

n’être pas toujours en état de récompenser de tels

services. Je n’ai jamais fumé; je n’aime pas non plus la bière, et ce n’est qiFen France que j’ai mangé la première choucroute. En littérature, j’ai tenté de tout : j’ai fait des poèmes lyriques, épiques et dramatiques: j’ai écrit sur les arts, sur la philosophie, sur la théologie, sur la politique... Que Dieu me le pardonne ! Depuis douze ans, je suis discuté en Allemagne; on me loue et on me blâme, mais toujours avec passion et sans cesse. Là, on m’aime, on me déteste, on m’apothéose, on m’injurie. Depuis presque quatre ans, je n’ai pas entendu

un rossignol allemand.

C’est assez. Je deviens triste. Si vous demandez encore d’autres renseignements, je vous les donnerai très-volontiers. Je préfère toujours que vous les demandiez à moi-même. Parlez bien de moi.

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parlez bien de votre prochain, comme le recommande l’Évangile, et recevez l’assurance de l'estime et de la considération distinguée avec laquelle je suis, etc.

Henri Heine.

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