‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 144 sur 518 · IV PROPOSITION · texte numérisé non relu

IV PROPOSITION

DlcaToalail châtier ces peuples et punir leurs impiétés.

C'étaient des nations abominables , et dés le commencement adonnées A toute sorte d'idoi,!trie, d'injustices et d’impiétés; race maudite depuis Cham et Chanoan , A qui la malice avait passé en nature , par ses habitudes corrompues Comme il est écrit dans le Uvre de la Sagesse * ; « Seigneur , vous les aviez en horreur , parce qui « leurs actions étaient odieuses, et leurs sacriflees « exécrables. Ces peuples immolaient leurs pru- . près enfants A leurs dieux ; ils n'épargnaient ni « leurs hétes ni leurs amis; et vous les avez per- > dus par la main de nos ancêtres , parce que leur

• malice était naturelle et incorrigible. »

Tels étaient, dit le Saint-Esprit dans ce divin livre , les anciens habitants de la terre sainte. Et c'est pourquoi Dieu les en chassa par un juste jugement , pour la donner aux Israélites.

V* PBOPOSITION.

Dieu avait supporté ces peuples avec une luogue patkiice.

> Les iniquités des Amorrhéens ne sont pas

• encore accomplies , . dit le Seigneur à Abraham *.

Quelque volonté qu'il eût de donner A un serviteur si fidèle et si chéri , l'héritage qu'il avait •promis A sa loi, il en suspend la donation actuelle, par un conseil de miséricorde.

Mais encore combien durera ce débu? Quatre

' I. BCJ. XT,7,S, Betseq.

> Gen. im, U, 16.

i Ibid. XV, in (?l leq.

4 Safi XII, 3, 4 et seq.

* Cru. XV, 16.

4ÜS

POLITIQUE

cents ans, dit-il ' , pendant lcs<|uels ii exerce I7 putienec de son |ieuple , et attend scs ennemis à la pénitence. En attendant, dit-il,’ tes enfants

• senint affligés quatre cents ans. • Tant il a de peine à déposséder de leur terre, des peuples méchants et maudits.

.Arbitre de l’univers, qui vous obligeait à tant de ménagements , vous qui ne craignez personne? comme ii est marqué dans le livre de la Sagesse *.

• Et qu'avait-oii à vous dire , quand vous eussiez

• fait |iérir une des nations que vous avez faites? " Mais c'est que vous voulez montrer que vous ■ faites tout avec justice , et (|ue plus vous êtes

• puissant, plus vous aimez à pardonner. »

VI* paoposmos.

bleu ne veut pas que l'on (lé|wssé<le les anciens liabiiaols de.s terres , ni que l'un compte pour rien les liaisons du sang.

Quoique maître absolu de toute la terre pour la donner A qui il lui plait , Dieu ne se sert pas de ce droit et de ce domaine souverain , pour déposséder de leur pays les peuples qui en avaient la jouissance paisible; et il ne les en dépouille, pour le donner A son peuple , que par un juste châtiment de leurs crimes.

Cest par cette raison qu’il donne cet ordre e.xprès aux Israélites ’ : • Vous passerez par les

• conflns de vos frères, les enfants d'Ésaü , qui . occupent le mont de Séir , et qui seront effrayés

• de votre passage. Mais prenez gai-dc soigneusc-

• ment de ne faire aucun mouvement contre eux.

• Car je ne vous donnerai aucune parcelle de eette « montagne cpie j'ai donnée en possession aux

• enfants d'Ésaü ; pas même autant qu’en pour-

• rnit couvrir le pas d'un homme. » Vous garderez avec eux toutes les lois du commerce et de la société. • Vous achèterez leurs vivres argent . comptant , et leur payerez jusqu’A l’eau que vous

• puiserez dans leurs pulls, et que vous boirez

• (dans un pays où elle est si rare ). Vous ne passc-

• rez point sur leurs terres, mais vous prendrez .un chemin détourné ,. de peur d'avoir occasion de querelle avec eux.

. Usez-cn de même envers les Moabites et les

• Ammonites . » descendants de Lot , cousin d’ Abraham , et comme lui sorti de Tharé , leur père commun. Ne combattez point contre eux; car

• je ne vous donnerai aucune partie de leur terre , parce que je l’ai donnée aux enfants do Lot *. »

Les anciens habitants de ces terres , que Dieu avait données aux enfants d’Ésaü et A ceux de Lot , sont appelés des géants , et d'autres noms * e>M. XV, is,

> S-ip. III, 13, II, 13, i«.

I Orui. Il, 4, s, a. U Pnr. XX, 10 ' ItiH. a, la

odieux ’,qui, dans le style de I Elerilure, signifient des hommes robustes et de grande taille , mais sanguinaires, injustes, violents, oppresseurs et ravisseurs. Et l'Écriture le marque, |K>ur montrer que Dieu les avait livrés A une juste vengeance , quand il les chassa de leurs terres ; encore que ce ne fût pas avec un eommandemenl aussi exprès, et une providence aussi particulière , qu’il la lit paraître a son peuple dans la conquête de la terre suinte.

En un mot. Dieu veut que l'on regarde les terres comme données par lui-même A ceux qui les ont premièrement occupées, et qui en sont demeurés en possession tranquille et immémoriale; sans qu'il soit permis de les troubler dans leur jouissance , ni d'inquiéter le repos du genre humain.

Dieu veut aussi que l'on conserve le souvenir de la parenté , et des origines communes , si éloignées qu'elles soient.

Ainsi , quelque éloignés que fussent les Israélites de Lot et d'Ésaü , et même sans considérer qu'Esaü avait été un mauvais frère, il veut toujours qu'on se souvienne des pères communs, et qu’Ésaü, comme Jacob, venait d'Isaac; parce qu’il est le pere et le protecteur de la société humaine , et qu'il veut faire respecter aux Iiommes toutes les liaisons du sang, pour rendre, autant qu'il SC peut , la guerre odieuse par toute sorte de titres.

Vll" PBOPOSITIO».

Il y a d’autres justes nwtifa de faire la guerre, les «les d’iioatililê injustes, le refus du passage demandé il des conditions éuuitaliles, le druit des gens violé en la per. suiine des ambassadeurs.

Outre le motif du commandement exprès de Dieu comme juste juge , qui ne parait qu'une fois dans l'Écriture , en voici encore d'autres.

Quatre rois conjurés entrèrent dans le pays du roi de Sodomc, du roi de Comorrhe , et de trois autres rois voisins ’. I,es agresseurs furent victorieux , et se retiraient chargés de but in , et emmemint leurs captifs , parmi lesquels était Izit , neveu d'.Abraliam, qui demeurait dans Sodomc. Mais Dieu lui avait préparé un libérateur. Son oncle Abraham poursuivit d'à ravisseurs, les tailla en pièces , ramena Iz)t , les femmes captives , avec un peuple innombrable et tout le butin. Dieu agréa sa victoire , et le fit bénir par son grand pontife , le célèbre Mclchisédcch , la plus excellente ligure de Jésus-Christ.

Og , roi de liosan , vint aussi A main armée à la rencontre des Israélites , pour les attaquer ; et

• n^ul.U. 10,11,12, I2,20etic(|.

* Uftt. XIV , ; st-q

V it

TIRÉE DE L’ÉCRITURE. LIV. I.K

ils le laillércnt en |iièeos , comme un ogresseur injuste, et lui (irireut soixante villes, malgré la hauteur de leurs murailles et de leurs tours'.

Aussi ne doit-on pas épargner les agresseurs Injustes. Et pour le refus du passage, le traitement rigoureux , mais juste qu'on lit é Séhun , roi d'Hcsébon , est un exemple bien remarquable.

Les Israélites envoyèrent des ambassadeurs à «Séhon, roi d'Hésébon’ (pour lui faire cette

• paisible légation) : iSous passerons par votre

• terre, mais nous ne prendrons aucun détour

• suspect , ni à droite ni ù gauche : nons maiehe-

• rons dans le grand chemin. Vendez-nous nos « aiiments , et jusqu’à l'eau que nous boirons ;

> nous ne vous demandons que ie seui passage. >

Pour le rassurer davantage, on iui propose i'exemple de la conduite qu'on avait tenue avec les autres peuples ’ : « C'est ainsi qu'en ont usé

• les enfants d'Esaü et des Ammonites. Nous ne •< voulons point arrêter; et nous ne voulons que

• venir jusqu'au Jourdain, à la terre que notre " Dieu nous a donnée. »

l.e grand chemin est du droit des gens , pourvu qu’on n'entreprenne pas le passage par la force, cl qu'on le demande à condition équitable. Ainsi on déclara justement la guerre à Séhon , dont Dieu endurcit le cœur, pour ensuite lui refuser tout pardon; et il fbt mis sous le joug.

Voilàdonc deux justes motifs de faire la guerre : l'injuste refus du passage demandé à des conditions étjuitabies, et l'hostilité manifeste qui vous rend agresseur injuste.

Il faut rapporter à ce dernier motif ce qu'a fait le peuple de Dieu pour s'affranchir d'un joug injustement imposé , pour venger sa liberté opprimée, et pour défendre sa religion par l’ordre exprès de Dieu. Et tel a été le motif des guerres des Machabées; ainsi qu'il a été rapporte ailleurs t.

Enlln elui du droit des gens violé en la personne des ambassadeurs , est un des plus importants.

■ Naas , roi des Ammonites , étant mort , et son

• fils étant monté sur le tràne , David dit : Je « montrerai de l’amitié à Hanon , comme son père

• m’en a fait paraitre*.'» Les Ammonites, qui connaissaient peu le cœur généreux et reconnaissant de David, persuadèrent à leur roi que ces ambassadeurs étaient des espions, qui venaient reconnaitre le faible de la place, et exciter les peuples à la rébellion. .Ainsi il leur fit un traitement indigne; et sentant combien ils avaient

' Drut. III , I , U et eeq.

^ JbtJ. Il, w,r7, a*.

* Ci-devant, liv. vi , art. iii , ii* prupoaiUon t li. X, I, 2 et »ep.

offensé David , iU se liftèrent contre lui avec les rois voisins. Mais David envoya contre eux Joab , avec une armée, et marcha lui-méme en per* sonne, pour achever cette guerre, qui lui fut heureuse.

C'est à quoi se réduisent les motifs de la guerre , qu’on nomme étrangère, qui sont marqués dans l’Écriture.

ARTICLE II

Destnjusfes motifs de la guerre.

PREMIÈRE PBOPosmorr.

Premier iDotif: les OMiquétea arnbiüeuses.

Ce motif paraît bientôt après le déluge en la pt'rsonnc de Nemrod, homme farouche, qui devient, par son humeur violente, le premier des conquérants *. Mais il est expressément marqué, qu’il était des enfants de Chus, fils de Cbam, le seul des enfants de Noé qui ait méritéd’étremaudit par son père.

Le titre de conquérant prend naissance dans cette famille : cl l'Éerilure exprime cet événement , en discuit « qu'il fut le premier puissant de « la terre; » c’est-à-dire, qu’il lut le premier que l'amour de la puissance porta à enviihir les pays voisins.

Ii‘ PROPOSITION.

Ceux qui aimenl la guerre, et la font pour contenter leur axubitioo, sont déclarés ennemis de Dieu.

■ Je redemanderai votre sang de la main de « toutes les bétes, et de celles de tous les hom- « mes qui auront répandu le sang humain , qui « est celui de leurs frères. Qui répandra le sang

* humain , son sang sera répandu ; parce que

• l'homme est fait à rimoge de Dieu *. •

Dieu a tant d'horreur des meurtres , et de la cruelle cfTusion du sang humain , qu'il veut en quelque façon qu’on regarde comme coupables jus- (fu'aux bétes qui le versent. Il semblerait , a entendre ces paroles , que Dieu voudrait obliger les animaux farouches à respecter l'ancien caractère de domination qui nous avait été donné sur eux , quoique presque effacé par le péché. Le violement en est réputé au.x bétes comme un attentat : et c'est une espèce de punition où H les assujettit, de les rendre si odieuses , qu'on ne cherche qu’à les prendre et à les faire mourir.

La raison de cette défense est admirable : > C'est , dit-il , que l’homme est fait à l'image de O Dieu. » Cette belle ressemblance ne peut trop paraître sur la terre. Au lieu de la diminuer par

> r,<n. X, A, », fO. 11.

* /&«/. IX, s, A

430 POLITIQUE

les meurtres , Dieu veut au contraire que les liuamics SC multiplient : • Croissez , leur dit-il ' ,

• et remplissez la terre. ■

Que si ravir à un seul homme le présent divin de la vie, c’est attenter contre Dieu, qui a mis sur l'homme l'empreinte de son visage ; combien plus sont détestables à ses yeux ceux qui saerilienttant de milllonsd’bommcs et tant d'enfants innocents à leur ambition I

III* paoposiTiox.

Caractère des conquérants ambitieux, tracé par le Saint Esprit

Après que Nabuchodonosor, roi de Ninive et d'Assyrie , eut défait et subjugué Arplutxad , roi des Mèdes * , « son empire fut élevé , et son cœur

• s'enfla ; et il envoya à tous les peuples qui habi-

• talent dans laCilicie , à Damas, vers le Liban et

• le Carmel , aux Arabes , aux Galilécns , dans les

• vastes plaines d'Esdrélon , aux Samaritains , et

• aux environs du Jourdain , et a toute la terre de

• Jessé jusqu’aux limites de l'Éthiopie. Il dépécha « ses envoyés à tous ces peuples , pour les obliger a de se soumettre à sa puissance. Mais ces nations « (jalouses de leur liberté) renvoyèrent scs ambos-

• sadeurs les mains vides , et sans leur rendre au- ■« cun honneur. Alors te roi d’Assyrie entra en ■ indignation , et jura qu'il se défendrait contre

• tous ces peuples , • ou plutAt qu'il se vengerait de leur résistance.

Voilà le premier trait d'un oonquirant injuste. Il n'a pas plutAt subjugué un ennemi puissant, qu'il croit que tout est à lui ; il n'y a peuple qu'il n'oppresse ; et si on rcibse le joug , son orgueil s'irrite. Il ne parle point d’attaquer, il croitavoir sur tous un droit légitime. Parce qu'il est le plus fort , il ne se regarde pas comme agresseur j et il appelle défense , le dessein d'envahir les terres des peuples libres. Comme si c'était une rébellion , de conserver sa liberté contre son ambition , il ne parle plus que de vengeance ; et les guerres qu'il entreprend ne lui paraissent qu'une juste punition des rebelles.

Il passe outre ; et non content d'envahir tant de pays qui ne relèvent de lui par aucun endroit , il croit ne rien entreprendre digne de sa grandeur, s’il ne serendmaitredetout l’univers. C’est la suite du caractère de cet injuste conquérant. > La parole fut répandue dans le palais du roi " d'.Assyrie, qu'il, se défendrait et se vengerait.

• Et appelant ses vieux conseillers, scs capitaines

• et ses guerriers , il leur déclara , dans une

• assemblée tenue exprèsen particulier avec eux,

’ Cen. IX , 7 • Judith. 1 , 6,0 i*! seq.

• que sa volonté était de soumettre à son empire

• toute la terre habitable '. •

Ce n'etait point un conseil qu’il demandait à cette grande assemblée , II n'a pour conseil que son orgueil indomptable : et, sans consulter davantage, pour en venir à l'exécution, • Il donne ses " ordres, à Holofeme, chef-général de sa milica

• (grand homme de guerre ) : et, dit-il, ne pnr- ■ donnez à aucun royaume, ni à aucune place « forte : que vos yeux ne soient touchés d'aucune

• pitié , et que tout fléehisse sous ma loi •

C'est le seeond trait de cet orgueilleux caractère. Ce Superbe roi n'a pas besoin de conseil , l'assemblée de ses conseillers n'est qu'une cérémonie, pour déclarer d'une manière plus solennelle ce qui est déjà résolu , et pour mettre tout en mouvement.

Mais voici un dernier trait. Cétait de ne respecter ni connaître ni Dieu ni homme , et de n'épargner aucun temple , pas même celui du vrai Dieu , qu’il eût voulu mettre en cendres avec tous les autres, au milieu de Jérusalem. Car • il avait « commandé à Holofeme d'exterminer tous les

• dieux , afln qu'il n'y eût de Dieu que le seul Na-

• buchodonosor, dans toutes les terres que scs ar-

• mes auraient subjuguées >

Cela se fait en deux manières : ou en s'attribuant ouvertement tes honneurs divins ainsi qu’il est arrivé presqu'à tous les conquérants du paganisme : ou par les effets, lorsqu'avec un orgueil outré, sans songer qu'il y ait un Dieu , on SC rapporte scs victoires à soi-méme , A sa force , et à scs conseils, et que l’on semble dire eu son cœur : • Je suis un Dieu , > et je me suis fait moiméme : comme il est écrit dans le Prophète *.

Ou , pour répéter les paroles d'un autre Nabuchodonosor ‘ : • N’est-ee pas là cette grande Ba-

• by lone , que j'ai bâtie dans la force de ma puis- « sance , et dans l'éclat de ma gloire , pour être

• le siège de mon empire? ■> Sans songer qu'il y a un Dieu, à qui on doit tout.

Tel est le caractère des conquérants ambitieux , qui , eni vrés du succès de leurs armes victorieux , se disent les maîtres du monde , et que leur bras est leur Dieu.

IV* PBOFOSITIOX.

Loritqur Diru smibk âccordt'r tout à «le tels couquérants , il leur iif^iiare un cliâliinoiit rlguureux-

A J'ai donné toutes les terres et toutes les mers •I à Nabuebodonosor roi de Babylonc, mon servi*

* Judith. Il , i , 2 , 3.

> Jbid.ü,6.

* Ibid. III, 13.

4 F.2ech. XXVIII, 3, 3- & Xten. nr , V.

Digitizec , , juglt

TlllÉR DE L’ECRITURE. LIV. IX.

• leur ' , » a ministre de mes justes vengeances. ' Ce n’est pas à dire qu’il les ait données afin qu'il ! en fût le légitime possesseur ; c’est-à-dire que , ] par un secret jugement , il les a abandonnées à j son ambition , pour les occuper et les envahir. Rien n’échappera de scs mains : « et jusqu’aux ' « oiseaux du ciel (c’est-à-dire ce qu'il y a de plus ' «. libre), y tombera • . |

Voilà en apparence une faveur bien déclarée : j mais le retour est terrible. « Le marteau qui a

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