CHAPITRE V
Idée de M. Simon sur eaint Augustin , à qui U Oiit le procès comme à un noTSleur dniis la foi , par les règles de Vinoeut de Lériiu : tout l’OeciileDt est intéressé dans cette ouisurc.
Il ne notts écoute pas, et il importe de bien remarquer l’idée qu’ii donne partout de saint Augustin, et qu’il donne par conséquent de tout l’Occident , qui l’a suivi. Pour trouver cette belle idée de M. Simon , il n'y a qu’à ouvrir son livre en quelque endroit qu’on voudra , et dès le commencement on trouvera qu’en rapportant un passage de la Philocolie d’Origène, II déclare que ceux qui ont itautres sentiments de la prédestination favorisent l’hérésie des gnostiques, et détruisent avec eux le libre arbitre ' ; et pour ne point laisser en doute qui sont ceux A qui il en veut, il ajoute ces paroles : Ctite doctrine était non-seulement d’Origène, de saint Grégoire de Nttzianze et de saint Basile, qui ont publié la P h iloealie , mais généralement île toute C Église grecque, ou plvt&t i>z toutes les Églises du houdb, avant saint Augustin qui aurait peut-être préféré à ses sentiments use laADiTioN St cossTANTE , s’H avoit lu avec soin • P. 77.
les ouvrages des écrivains ecclésiastiques qui l’ont précédé.
Voilà saint Augustin un insigne novateur, qui a changé la doctrine de toutes les Églises du monde, qui s’est opposé à une tradition constante, et qui, pour n’avoir pas lu avec assez d’attention les ouvrages des éerimins ecclésiastiques qui Font précédé, leur a préféré ses opinions nouvelles et particulières ; et cela sur une matière capitale , puisqu’il ne s’agit de rien moins qpe de/auorij«r Fhérésie des gnostiques, et de détruire avec eux le libre arbitre. Saint Augustin est donc novateur dans une matière aussi essentielle au christianisme que celle-ià. M. Simon ne s'en cache pas , et c’est pourquoi il entreprend de lot faire son procès selon les règles de Vincent de Lérins , c’est-à-dire , selon les règles par lesquelles on discerne les novateurs d’avec les défenseurs de l’ancienne foi et , en un mot , les catholiques d’avec les hérétiques. Il se déclare d’abord dans sa préface , où , après avoir accusé saint Augustin de s’être éloigné des anciens commenlateurs et d’avoir inventé des explications dont on n’avait point entendu parler auparamnt, il ajoute aussitAt après que Vincent de Lérins rejette ceux qui forgent de nouveaux sens , et qui ne suivent point pour leur règle les interprétations reçues dans F Église depuis les apôtres ; d’où il conclut que sur ce pied-là on préférera le commun sentiment des anciens docteurs aux opinions particulières de saint Augustin. Il oppose donc à saint Augustin ces règles sévères de Vincent de Lérins, qui en effet sont les règles de toute l’Église catholique ; il oppose , dis-je , ces règles à la doctrine de saint Augustin , sans se mettre en peine de tout l’Occident , dont il avoue que ce Père a été l’oracle. Il parle toujours sur le même ton , et , non content d’avoir dit que ce furent en partie lés nouveautés de saint Augustin qui donnèrent occasion au sage Vincent de Lérins de com/loser son Traité, où il indique ce docte Père comme un novateur qui avait des opinions particulières ' , il continue en un autre endroit A lui faire son procès , même sur la matière de la grâce, dont il a été le docteur. Car en rapportant un passage de Jansénius , évêque d’Ypres, où il dit avec un excès insoutenable ’, que saint Augustin est le premier qui a fait entendre aux fidèles le mystère de la grâce, c’est-à-dire, le fondementdc In religion, et avec la doctrine de la grâce chrétienne , le vrai esprit du Nouveau Testament , cela, poursuit-il ne nous doit pas empêcher d’examiner la doctrine de .saint .Augustin (sur la grâce, car c'est
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DÉFEISSE DE LA TBADITION
celle-là dont il s'agissait ) se/on tes règles de Vincent de Lérins, gui veut, avec toute l’antiquilé qu'en matière de doctrine elle soit premièrement appuyée sur F autorité de l'tcriture, et en second lieu sur ta tradition de l'Église catholique : d’où il conclut que l’évéque d’ Ypres en publiant que ce docte Père a eu des sentiments opposés à tous ceux gui C ont précédé , et meme à tous les théologiens depuis plus de cinq cents ans, te rendait suspect.
Mais laissons Jansénius avec ses excès, doAt il ne s'agit pas en cet endroit; laissons ces théologiens dont , au dire de M. Simon, la doctrine depuis cinq cents ans était opposée à celle de saint Augustin ,cequejecrois faux et erroné , et disons A ce critique : Si Jansénius rend saint Augustin suspect, en publiant que ce docte Père a eu des sentiments opposés à tous ceux qui l'ont précédé; s’il lui fait combattre les régies de Vincent de I-érins contre les novateurs : vous qui dites la même chose que Jansénius, vous qui accusez partout saint Augustin d’avoir introduit des explications dont on n’avait Jamais entendu parler, et d’avoir suivi des sentiments opposés non-seulement aux Pères grecs , mais encore à tous les auteurs ecclésiastiques qui avaient écrit devant lui , vous travaillez à le mettre , et avec lui tous les Latins qui l’ontsuivi, selon vous, durant tantde siècles, au rang des auteurs suspects et des novateurs rejetés par les règles inviolables de Vincent de Lérins ; en un mot , au rang des hérétiques ou des fauteurs des hérétiques, puisque vous lui faites favoriser l’hérésie des gnostiques , et détruire avec eux le libre arbitre.