‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 186 sur 518 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Que Tesprit de M. Simon est de ne louer la tradition que pour aRAiblir l'txrilure. Quel aoio il prend de montrer que la Trinité n'y est pas établie.

M. Simon se plaindra qu'on l'accuse à tort d'affaiblir la tradition , puisqu'il en établit la nécessité dans sa préface, ut qu'il l'appelle partout au secours de la religion , principalement en deux endroits duchap. vt de son livre t. J'avoue qu'en ces deux endroits il semble favoriser la tradition ; mais Je soutiens en même temps qu'il le fàit frauduleusement et malignement , et que le but de sa critique en ces endroits, et partout, est d'employer la tradition pour faire tomber les preuves qu'on tire de l'Écriture. Et afin de mieux connaître son erreur, il faut supposer que tous les Pères et tous les théologiens, après V incent de lailins, demeurent d'accord que parmi les lieux

thi'ologiqties , c'est-à-dire, parmi les sources d'on la théologie tire scs arguments pour établir ou pour éelaircir les dogmes de la foi , le premier et le fondement de tous les autres est l'Écriture canonique , d'où les théologiens , aussi bien quetous les Pères , supposent qu'on peut tirer des arguments convaincants contre les hérétiques. tradition , c'est-à-dire , la parole non écrite , est un second lieu d'où on tire des arguments .- Primo divina tegù auctoriinte, tum deinde Ecclesim eatholicæ tradilione ' , comme parle Vincent de Lérins. Mais ce second lieu , ce second principe de notre théologie , ne doit pasétre employé pour affaiblir l'autre , qui est l'Écriture sainte. C'est pourtant ce qu'a toujours fait notre critique ; et le chap. VI ,où il semble vouloir établir la tradition , en est une preuve. Il y étale au long la dispute qu'on a supposée entre saint Athanase et Arius sur la sainte Trinité , et voici à quelle fin : c’est afin , dit-ll “ , de mieux connaître la méthode des catholiques et des anciens ariens. Cette dispute particulière c.st donc un modelé du procédé des uns et des autres, et des principes dont ils se servaient en général dans la dispute : c'est pour cela que M. Simon produit relle-ci ; et l'on va voir que le résultat est précisément ce que J'al dit, que l'Écriture, et ensuite la tradition, ne prouvent rien de part et d'autre.

Je pourrais avant toutes choses remarquer que cette dispute n'est point de saint Athanase : M. Simon en convient. Elle n'approche ni de In force ni de In sublimité de ce grand auteur; et c'est d'abord ce qui fait sentir la malignité de notre critique , qui pour nous donner l'idéi^dc la faiblesse desargumeiits qu'on peut tirer de l'Écriture contre Arius, choisit, non point saint Athanase, qui ne poussait point de coup qui ne portât , mais le faible bras d'un athlète incapable de prolller de l'avantage de sa cause. Voilà déjà un premier trait de sa malignité. Voici la suite. Et d'abord il fait dire aux deux combattants qu'ils ne sa veulent appuyer que sur l'Écriture : Moi, dit Arius, je ne dis rien qui n'y .soit conforme; et moi, répond le faux Atiianose, 7'ai appris de l'Ecriture divinement inspirée, que te Fils de Dieu est étemel '. SI donc ils no prouvent rien par l'Ecriture , à laquelle ils se rapportent , on voit qu'ils demeureront tons deux en défaut. C'est précisément ce que M. Simon fait arriver, puisque, les faisant entrer en dispute par l'Écriture, il les fait paraître tous deux égalemeut embarrassés ; en sorte qu'après avoir dit tout ce qu'ifs savent de mieux , ils passent dans d'autres matières un peu éloignées * , comme des gens qui , s'étant tâtés, sentent bien qu'ils ne peuvent se > romm. i«i/. |>. J21. — ’P «ctK<|. — ■ P »i.--<P.«*

nEFK.NSE DE LA TRADITION

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faire aucun mal. Tant il etl vrai, conclut notre auteur ‘ , gu'ii est tli/fieile de tirer des conclusions de V Ecriture sainte , comme d'un principe ctair et évident.

Tout ce jeu de M. Simon n'aboutit visiblement rju'a faire voir contre toute la théologie qu'on ne peut rien rouclure des livres divins, et que ce lieu , qui est le premier d'où l'on tire les arguineiits théulogiques , est le plus faible de tous, puisqu'on n'avance rien par ce moyen. Et quand il dit qu'iV est dijficite de tirer des conetusions de t’Ecriture , comme d'un principe clair et évident, ce difficile est un terme de ménagement, par lequel il se prépare une excuse contre ceux qui l'accuseraient d'affaiblir les preuves qu'on titre de l’Écriture contre l'hérésie arieune ; mais nu fond il se déclare lui-mtme , et , malgré ses précautions, on voit qu'il n'a raconté cette dispute que pour montrer qu'on ne gagne rien avec l'Écriture contre ceux qui nient la Trinité.

Ainsi , par les soins de M. Simon , les ennemis de ce mystère sont à couvert des preuves de l’Écriture. Il a voulu faire ce plaisir aux sociniens. J’avoue qu'il ne leur donne pas plus d'avantage sur le catholique, que le catholique en a sur eux ; mais M. Simon n’ignore pas , et même H étale ailleurs ' le raisonnement de ces hérétiques, qui soutiennent que pour exclure de notre créance une chose aussi obscure que la Trinité , c'est assez qu'elle ne soit pas prouvée clairement.

Il n’en demeure pas là, il fait encore revenir les deux lutteurs. Us retournent, dit-il à la charge ; mais pour avancer aussi peu qu'auparavaut, puisqu'après avoir observé soigneusement que fa dispute n'était appugée de part et d’autre que sur des passages de t’Écriture, et avoir fait objecter ce qu'elle a de plus fort , selon notre auteur, il en conclut * que cela fait voir, que si Von ne Joint une tradition constante à cette méthode, il est difficite de trouver ta religion clairement et distinctement dans les livres sacrés, comme Von en peut juger par tout ce qui vient d’itre rapporté.

De cette sorte, la tradition ne parait Ici qu'ailn de faire passer la proposition ; qu'en matière de dogme de foi , et eu particulier sur la foi de la Trinité , on n’avance rien par l’Écriture ; et c’est pourquoi l’auteur qjoute ‘ : Mais après tout, bien que ta ptupari des raisons (TAthanase prises de l'Écriture fisssent pressantes, Ariusn’en demeure point convaincu : ce qui n'a d'autre but que de faire voir que l'effet des preuves de l'Écriture est , après tout , de laisser chacun dons son opinion , sans qu’il y ait dans ces preuves de quoi convaincre un arien.

‘ r.M.-’ r. ses, etc. - 1 P. M.— 4 P. 97. - 5 P.9S.

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