CHAPITRE XXVIII
ProdigieuM opposition de la doclrioe d'Épivoptus, de Grotius et de M. Simon avec celle de» chrétien».
[ De cette sorte * , ou volt clairement qu’il n’y
* Contm Üfan. in,3.
* Dao» l'esprit de ceux qui n'en auraient pu examiné à fond la nature et le* clrcon»Unces. ÊdiL de Parti.
* Just. Dial. adv. Triph. p. 374.
* Ibid. p. STtl.
^ Cet endroit, tnl.s entre deut crocbets ut encore (Uns t« Diuertatian sur CmUuM.
Dh'KK^SE DE LA TRADITION
» rien de si opposé que l'esprit des chrétiens de Is primitive Église , et celui de nos critiques modernes. Ceux-ci soutiennent que les passages dont se sont servis les apAIres sont allégués i>ar forme d’allégorie, ceux-là les allèguent par forme de démonstration ; ceux-ci disent que les apdtres n’ont employé ces passages que pour confirmer ceux qui croyaient déjà , ceux-là les emploient à convaincre les Juifs , les gentils , les hérétiques , et , en un mot , ce qu’il y avait de plus incrédule ; ceux-ci Ment la force de la preuve aux prophéties, ceux-là disent qu’ils n’en ont point de plus fortes; eeux-ci ne travaillent qu’à trouver dans le prophéties un double sens qui donne moyen aux infidèles et aux libertins de les éluder, et ceux-là ne travailicnt'qu'à leur faire voir que la plus grande partie convenait uniquement à Jésus-Christ ; ceuxci tâchent de réduire toute la preuve aux miracles , ceux-là en joignant l’une et l’autre preuve trouvent avec les apôtres quelque chose d’encore plus fort dans les prophéties, d'autant plus qu’elles étaient elles-mêmes un miracle toujours subsistant, n’y ayant point, dit Origène ', un pareil prodige que celui de voir Moïse et les prophètes prédire de si loin un si grand détail de ce qui est arrivé a la fin des temps. ]
Mais ce qu’il y a de plus remarquable , c’est qu'Origène ’ et les autres Pères déclaraient que s'ils entraient dans la preuve des prophéties pour en établir la force invincible , c’était en suivant ce commandement de Notre-Seigneur : Sondez les saintes Écritures ^ ; c’étaiten imitant les apôtres , qui ont réduit les prophéties en preuves forntclles < ; en repoussant toutes les chicanes et les objections des Juifs ; de sorte que renoncer à la force de cette preuve , c’est renoncer à l’esprit que toute l'Église a reçu dès son origine de Jésus-Christ et de ses disciples.
CH.VPITRE .\.\IX.
Suite de U tradition suir la force des propliéties ; conclusion de cette remarque en découvrant sept articles cliez M. Simon où l'autorité de la tradition est renversée de fond en comble.
Si l'Église est née dans ces principes, si elle a été bâtie sur ce fondement, elle s’est aussi conservée par la même voie. Tout est plein dans l’antiquité, je ne dis pas de passages, mais de traités faiLsexprèspoursoutenirlapreuve des prophéties, comme invincible et démonstrative; témoin le livre d’Eusèbe qui porte pour titre ; Démonstration évangélique y et qui n’est qu’un tissu des
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» Jtiéfn. V. a».
prophètes ; et cet admirable discours de saint Athanase où il prouve que la religion a d’évidentes démonstrations de la vérité contre les Juifs et les Gentils; témoin encore les discours de saint Chiysostôme contre les Juifs *, principalement depuis le troisième , et eeux de saint Augustin contre Fauste , où l’on trouverait un traité complet sur le sqjet des prophéties, et une infinité d’autres de tous les lieux et de tous les temps que je pourrais rapporter.
Il faut bien que H. Simon , qui ne songe qu'à la critique , ne les ait pas lus , ou les ait lus sans attention , pour s'étre si aisément laissé séduire par Épiscopius et par Grotius. On ne doit pas s'étonner qu'Épiscopius , à qui les principaux mystères de la religion et la religion elle-même est indifférente , en abandonne les preuves ; que Grotius , qui n’avait point de principe , et qui avait si peu de théologie, qu'en sortant de celle de Calvin il n'a rien trouvé de meilleur que celle des sociniens , soit entré dans leur esprit : mais on ne peut assez déplorer que M. Simon, nourri dans î'F-glise catholique, et élevé à la dignité du sacerdoce, ait appuyé ces deux auteurs, et qu’il ait été à leur exemple si fort entêté du rabivinisme et de la critique pleine de chieaneou il s'est plongé, qu’il ait oublié les Pères et les traditions les plus constantes du christianlme. Quand après cela il fera semblant de louer la tradition , nous lui dirons qu’il nous veut tromper sous cette apparcnee, puisque déjà nous la lui avons vu détruire par sept moyens : le premier, en disant qu’elle a varié sur la matière de la grâce du temps de saint Augustin ; le second, en soutenant qu’elle nous trompait en établissant du temps de ce Père la nécessité absolue do la communion ; le troisième , en permettant d'expliquer le sixième chapitre de saint Jean sans y trouver l’eucharistie , contre le sentiment de tous les Pères , do son propre aveu ; le quatrième , en affaiblissant , sous prétexte de favoriser la tradition, toutes les preuves de l’Écriture que la tradition elle-même proposait comme les plus fortes ; le cinquième , en détruisant l’autorité de l’Église catholique , sans laquelle il n’y a point de tradition ; le sixième , en décriant la théologie, et non-seulement la scolastique, mais encore celle des Pères dès l’origine du christianisme ; et le septième, qui surpasse tous les autres en Impiété, en affaiblissant avec les sociniens et les libertins la preuve des prophéties , qui est la chose du monde la plus constamment opposée à la tradition et à tout l’esprit du christianisme.
' Omt. I cl II, arfj'. G<Ht. fl dt ïncarn.
* Orat. iii, t i, p- 491-
KT DES SAINTS PERES. LIV. IV. SS T