CHAPITRE III
Raisons générales qui montrent que M. Simon affecte de
donner en la personne de saint Cbrysostdme un défenseur à à'estorius et à Théodore.
Il montre ici trop d’affectation, et un manifeste attachement à donner un défenseur à Nestorius et à son maître Théodore , et Je n'ai que trop de raisons de m'attacher à cette pensée. Ces raisons sont générales ou particulières. Pour les générales , nous sommes accoutumés à lui entendre louer
ET DES SAUNTS PEHES. LIV. IV.
les hérétiques. Il a loué, plus que tous les Pères latins , Hilaire le luciférien ' : il a loué , jusqu'à un esces qu’on ne peut souffrir, Pélage l'hérésiarque ‘ : il a loué, et trop souvent, les soclniens, et Grotius qui les a suivis ’ : il a loué Théodore de Mo|>sueste, dont il a préféré les sentiments à ceux de l'Église j et il affecte encore ici de lui donner pour protecteur saint Chrj sostôme *.
Dans son livre, où II a traité des religions de l'Orient , il a affecté de faire passer la dispute contre Nestorius et Eutiehes pour une dispute de chicane et de subtilité , qui consistait dans des minuties , et dans le langage plutét que dans les choses. Il vise ici an même but. Nestorius, selon lui , ne parle pas plus clairement que saint Chrj sostème, pour la distinction despeisonnes en Jésus-Christ. Ce Père a parlé le langage de cet hérésiarque , et celui de Théodore son maître : avant (jVi’il fût condamné , c’était une chose comme indifférente ; et l’on a condamné les hérétiques pour des expressions où saint Chrysostème était tombé naturellement , sans qu'on ait songé à l’en reprendre.
Il dit bien ’ que saint Chrysostème n'a dit deux personnes que pour marquer deux essences ou natures véritables en Jésus-Christ ; mais c’est apros avoir insinué que deux natures emportent deux personnes, et que c’était la raison du langage de saint Chrysostôme aussi bien que de celai de Nestorius j outre que nous devons être accoutumés à voir sortir le froid et le chaud de la bouche de notre critique , l’un pour insinuer ses sentiments , et l’autre pour se préparer des échappatoires. On sait , au reste , que Nestorius devient à la mode panni les critiques protestants , dont plusieurs se sont fait honneur de le défendre , du moins très-certainement parmi les soclniens. Les doctes en savent la raison : c’e.st qu’ils font , comme lui , Jésus-Christ Dieu par habitude ou relation , par affection , par représentation. Voilà le vrai langage de Nestorius et de Tliéodore de Mopsueste ; et les extraits que nous avons de l’un et de l’autre , dans le concile d’Éphèse et dans le second de Constantinople ^ , qui est le cinquième des généraux , en fout foi. Le langage de Théodore de Mopsueste était de faire un Dieu de Jésus-Christ ; mais improprement, abusivement , au même sens que Moïse était le Dieu de Pharaon ; et c’est encore l’idée des soclniens. Qui doute donc que M. Simon ne soit entré aisément dans le dessein de défendre un homme que des auteurs de nos Jours, qu’il estime tant, veulent, à quelque prix que ce soit , sauver de l’anathème.
■ P. isa et «liv.
> P. 330 et «Ut.
* OUeutts, Uv.’ III.
* Ctme. Sphti. Att. t. Con». t, coII. t.