CHAPITRE XIV
nilaire le diacre et TVIaae llidresiarqne prèlét^ k tous les aocieiM commentateurs , et élevés sur les ruines de saint Ambroise et de saint Jérdme.
Pour venir ans Interprètes latins, M. Simon est de si bon goût , qu’il ne parait estimer véritablement qne le diacre Hilaire, schismatique luciférien , et Pélage l'hérésiarque. Voici ce qu'il dit d'Hilaire ' : Sixte de Sienne n donné en peu de mots la véritable idée de ses Commentaires sur saint Paul, quand il dit, qu'ils sont à la vérité courts pour ce qui est des paroles, mais qu’ils méritent d’étre pesés pour ee qui regarde le sens. Et il ajoute, yMe cela seul devait fai rejuger qu’ils n’élaientpas de saint Ambroise, dont le style est bien différent de celui-là ; ou visiblement il fait tomber la différence autant sur la gravité du sens, qui mérite d'être pesé, que sur la brièveté du discours; en quoi il donne un double plaisir à sa maligne critique ; l'uu , d'insinuer que saint Ambroise n’a pas cette gravité et ce sens qui mérite d’étre pesé; l'autre, de donnera un schismatique, favorable selon lui-inéme aux |iélagiens, nn éloge fort au-dessus de tous ccu.v qu'lia donnés aux orthodoxes; ajoutant même qu'il y a peu d’anciens commentaires sur les épitres de saint Paul, et même surtout te nouveau Testament , qu’on puisse comparer à celui-là.
Quand II dit qu’il y en a peu qu'on lui puisse égaler, il déclare dija qu'il y en a peu qui le surpassent, pas même ceux de saint Jérâme, dont il semble faire tant d'état. Et en effet , après avoir donné A ce Père en apparence les plus grands éloges dn monde, en disant ' que la connaissance des langues, celle des anciens commentateurs grecs et latins qu’il avait tous lus, et enfin * celle des coutumes et des usages des peuples d’Orient, lui fournissaient les moyens de s’élever audessus de tous les autres commentateurs, dans • la suite ii ne songe plus qu'à le déprimer ; ce qu’il fait même selon sa coutnme avec dérision , en le louant -.Cette observation est à la vérité docte; mais le raisonnement de ee savant critique (saint JérAme] n'est pas concluant Il contlnne ce langage moqueur dans ces paroles ; La grande érudition de ce Père parait encore sur ce pas-
LA TRADITION
sage du Deutéronome; mais .son raisonnement n’est guère plus concluant que le précédm'. Il affecte prcs<pie partout de ne rapporter de ce Père que ce qu'il y blême. Il relève surtout scs contradictions , dont il rend des raisons peu avantageuses à ce saint ; et il semble qu'il ait voulu effacer, par un seul trait, toutes les lonanges dont il a paru vouloir l'honorer, en disant : qu'oprrs tout peut-être eût-il été mieux que ce docte Père eût fait paraître moins d'érudition dans ses commentaires, et qu’il y eût eu un peu plus de raisonnement '.
Jusqu'ici on juge aisément que la palme des commentateurs demeure a Hilaire. Loin de lui savoir mauvais gré de favoriser les sentiments de Pélage , M. Simon , nu contraire ’ , comme on le dira bientèt , en prend occasion de lui donner des louanges. Pélage même est, après Hilaire, celui des commentateurs qu'il recommande le plus. Il est vrai qu'il semble excepter ses erreurs; mais on verra qu’il les réduit à si peu de chose , qu'a peine un juge équitable le comptera-t-il parmi les hérésiarques. S’oilà donc lesdeux auteurs de M. Simon; et je ne sais lequel des anciens, selon lui , nn leur pourrait comparer dans l'explication des livres saints. Celui qu'on prise le plus parmi les Grees est saint Chrj'sosléme ; mais qu'en peut-on espérer , puis((ue son commentaire sur saint Matthieu , qui est le plus beau et le plus accompli de ses ouvrages, n'apprend pas la lettre? Saint JerAme ne raisonne pas ; saint Ambroise, comme on vient de voir, est mis beaucoup au-dessous du diacre Hilaire et d'ailleurs il est méprisé de saint Jérôme ; car c'est ce qu'on trouvera soigneusement étalé dans la critique de ce Père. Que reste-t-il donc à l'Église , sinon Hilaire et Pélage, qui joints avec Socin et Grotius , lui apprendront le sens littéral? Et tout cela sur ce fondement, qu’l’/ faut faire justice à tout te monde t? Car c'est par la qu'on s'autorise à louer Pélage comme l'un des plus excellents commentateurs. Voilà cette belle équité des critiques de nos jours : elle tend a donner tout l'avantage aux ennemis de l'Église pour l'intelligence du sens littéral , et A foire que tous les Pères, jusqu'A saint Jérôme, soient obligés de leur céder ; encore qu’à faire justice à ce docte Père, les commentaires tant vantés par notre critique d'Hilaire et de Pélage ne paraissent qne des ouvrages de novices, en comparaison de ceux de ce grand maître.
< P. 4SI. — • P. ur, SSS. — ' P. 207. — ' P. 2J9.