‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 251 sur 518 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Quatre fruits de l'aniour extrême de saint Augnstln pour récriture : man'ière admirable de ce saint à la manier : juste louante de ce Père , et son amour pour la vérité : combien il est injuste de loi préférer Maidooal.

C’est par cette ardeur extrême que saint Augustin a obtenu une intelligence profonde de l’Écriture, qui parait en quatre choses principales.

La première, que lui seul nous a donné dans le seul livre de la Doctrine chrétienne plus de principes pour entendre l’Écritare sainte , je l’oaerai dire , que tous les autres docteurs , en ayant réduit en eRet toute la doctrine aux premiers principes , par cet abrégé , qu'elle ne prescrit que la charité , et ne défend que la convoitise ; par où aussi il a établi les plus belles règles que noos ayons pour discerner le sens littéral d’avec le mystique et l’allégorique ; à quoi il a ajouté la véritable critique pour profiter des lanaues origi-

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unies et des versions. Cela donc lui est venu de la sainte avidité avee laquelle i7 j’e.rt attaché , nonscutement au fond et à la substanee, mais eneore , comme il vient de dire , au vénérable style du Saint- Esprit : avidissime abbipui vesïba- Bii.EM sTVLi » SpiBiTUSTi'i ; et c'cst dc là qu’il est arrivé que ee grand docteur, après de légères oppositions , a été enfln le premier qui a prolUé du travail de saint Jéréme sur les Écritures, ce ejui a donné l’exemple à toute l’Église de préférer sa version à toutes les autres. C’est ce qu'on voit non-seulement dans ses livres de la Doctrine elirétienne, mais encore dans ses Miroirs sur l’Écriture, qu’il a toas extraits dc la docte traduction de ce l*ére, qui fait aujourd'hui notre Vulgatc.

La seconde chose qui nous marque In profonde pénétration de saint Augustin dans l’Ecriture, c’est dc nous en avoir fait connaître en divers endroits les véritables beautés , non point dans un ou deux passages , mais en général dans tout le tissu de ce divin livre, et de nous avoir, par exemple, fait sentir l’esprit dont elle est remplie en dix ou douze lignes de sa lettre à Voliisien, plus qu’on ne pourrait faire en plusieurs volumes. C’éliüt encore le fruit de ce zèle ardent qu'il a fait paraître pour le stv ie de l’Écriture ; ce qni fait aussi qu’il en a tiré, pour ainsi dire, toute l’onction, (xtur la réimndre dans toas ses écrits.

En troisième lieu, par la même ardeur de pénétrer l’Écriture sainte , il n reçu celte grâce d’avoir pressé les hérétiques par ce divin livre de la manière du monde la plus excellente , et non-seulement la plus vive, mais encore la plus Invincible et la plus claire; en sorte que j’oserai dire qu’on ne peut rien ajouter , ni à la solidité de ses preuves , ni à In force dont il les |>uusse ; ee qui a été reconnu par toute l’Église , et même dans les derniers temps; puisque c’est pour cette raison, comme on le récite encore aitjourd’hui dans les leçons de son office , que les docteurs qui ont traité In théologie avec une méthode plus serrée et plus précise, se sont attachés principidement a suint Augustin ; et que saint Qiarlcs Itorromée, dans sa lettre à l’Église de .tlilon , publie avec joie que cette Église a engendré par l’instruction et par

baptême, eu lu personne de suint Augustin , eefiu qui a éteint le manichéisme, étouffé le schisme de Donat, abattu les pélagiens , et fait friotnpher la vérilé.

Enlin , le dernier effet dc la connaissance des Ecritures dans saint Augustin, c'est lu profonde compréhension de toute lu mutiére Ihéologique. Je ne veux point , à l’exemple de M. Simon , élever un l’ère au-dessus des autres ptir des comparaisons odieuses, niùsou imitation prononccrconime des arrêts sur la préférence. Cest une entreprise

aussi Insensée qu’elle est d'ailleurs Inutile. Mais c’est un fait qu’on ne peut nier, que saint Athanasc , par exemple , qui ne le cède en rien à aucun des Pères , en génie et en profondeur, et qui est, pour ainsi parler, l’original de l’Église dans les disputes contre Arius , ne s’étend guère au delà de cette matière. 11 en est à peu près de même des antres Pères dont la théologie parait renfermée dans les matières que l'occasion et les besoins de l'Église leur ont présentées. Dieu a permis qne saint Augustin ait eu à combattre toutes sortes d'hérésies. Le manichéisme lui a donné occasion de traiter à fond de la nature divine , de la création , de la Providence , du néant dont toutes choses ont été tirées, et du libre arbitre de l'homme , où il U fallu chercher la cause du mal ; enfin , de l'autorité et dc la jiarfaite conformité des deux Testaments; ce qui l’obligeait à repasser toute l’Écriture, et à donner des principes pour en concilier toutes les parties : le donatisme lui a fait tmiter expressément et à fond l’efllcacc des sacrements, et l’autorité de l’Éiglise. Il a plu à M. Simon de décider, par sa puissance absoliÆ , qu’il n’a rien dit sur la Trinité qui n’ait été traité plus à fond parles auteurs grecs '. Rien ne serait plus facile que de le confondre par lui-méine ; mais en lui laissant cette affectation de décider sur les Pères et dc les commettre, je dirai que saint Augustin nyanteuà combattre les ariens en Afrique, il a si bien profité du travail des Pères anciens dans les questioas importantes sur la Trinité , que les disputes d'.Arius avaient rendues célèbres par toute l’É:glise , que par.sa profonde méditation sur les Écritures il a laissé cette Importante matière encore mieux appuyée et plus éclaircie qu’elle n’était auparavant. 1 1 a parlé dc l’ineamation du Fils de Dieu avec autant d’exactitude et de profondeur qu'on a fait depuis à Éphèse ; ou plutôt il a prévenu les décisions dc ee concile dans la profession de foi qu’il dicta à Léporius, et dans deux on trois chapitres de ses derniers livres ; en sorte qu'il n'a pas été besoin qu’il assistât à cette sainte assemblée , comme il y avait été nommément apiwlé, puisqu’il en avait expliqué par avance toute la doctrine. Nous allons parler dans un moment de la secte pélaglenne, entièrement renversée par saint Augustin. Sans prévenir ee qu’on en doit dire plus amplement dans la suite , on sait qu'elle n donné lieu à ce docte Père de soutenir le fondement de l’humilité chrétienne; et en expliquant à fond l'esprit dc la nouvelle alliance, de développer par ce moyeu les principes de la morale chrétienne, en sorte que tous les dogmes, tant s|)éeulntifs que pratiques, de religion ayant été si

KT DES SAINTS

prorondcmcnt expliqués par saint Augnstin , on peut dire qu’il est le seul des anciens que la divine Providence a déterminé , par l'oocasion des disputes qui se sont offertes de son temps , à nous donner tout un corps de théologie , qui devait être le fruit de su lecture profonde et continuelle des livres sacrés.

Il faut encore ajouter la manière dont il manie la sainte doctrine , qui est toujours d'aller è la source et au plus sublime, puisque c'est toujours aux principes. Quand il prêche , il les fait descendre comme par degrés Jusqu’à la capacité des moindres esprits ; quand il dispute, il les pousse si vivement, qu'il ne laisse pas le loisir aux hérétiques de respirer. De là viennent deux manières de les expliquer, l’une plus libre et plus étendue; l'autre si pressante , qu'il ne laisse Jamais languir son discours. Mois il est dans l'un et dans l’autre également concluant , et on en peut faire l'essai , principalement dans ses sermons sur les paroles de Notre-Seigneur et sur celles de l’Apétre , dont notre critique n'a pas daigné parler, ou l’on trouve le même fond que dans scs autres traités, mais d'une manière si différente , qu'on sent d’abord une main habile et un homme consommé , qui , maître de sa matière comme de son style , la manie convenablement suivant le genre de dire ou plus serré, ou plus libre où il se trouve engagé. J'en dirai autant, malgré la critique, des traités sur saint Jean, qui ne diffèrent des livres dogmatiques et polémiques de saint Augustin que par la différence naturelle de cette sorte de livres d'avec les sermons. C'est donc d'un maitre si intelligent, et pour ainsi dire si maître , qu'il faut apprendre à manier dignement la parole de vérité , pour la faire servir dans tons les sujets à l'édillcation des fidèles, à la conviction des hérétiques, et à la résolution de tous les doutes , tant sur la foi que sur la morale.

Et pour aller Jusqu’à la source des grâces de Dieu dans ce Père , il lui avait imprimé, dès son premier Age , un amour de la vérité , qui ne le laissait en repos ni nuit ni jour, et qui, l'ayant toujours suivi parmi les égarements et les erreurs de sa jeunesse , est enfin venu se rassasier dans les saintes Écritures, comme dans un océan immense, où se trouve la plénitude de la vérité , qu'il avait si ardemment et si inutilement recherchée , avant que l'autorité de l'Église catholique l'eùt enlln amené à cette étude. Dire après cala d'un si grand homme , qu'il n'a pas assez médité l'Écriture sainte, avec laquelle il a passé les nuits et les jours , et dont il a toujours fait ses chastes délices ; et que , pour avoir peut-être plus particulièrement éclairci quelques minuties, si on peut ainsi parler de ce divin livre , un motlerne, | our ha-

PÈRES. LIV. IV. Ht

bile qu'il soit, ait pu être élevé au-dessus d'un Père si autorisé , comme s’étant plus appliqué fua hâfi néditer tur l’Écriture; c’est, sans vouloir diminuer la gloire de cet interprète , qui mérite beaucoup de louanges , et qui serait le premier à rejeter celle que veut ici lui donner M. Simon ; c’est , dis-je , vouloir égaler le disciple au maître , et s'engager dans des sentiments aussi pleins d’absurdité que d'irrévérence.

Il ne s'agit pas d'examiner si Maldonat a bien ou mal fait de suivre ou de ne suivre pas saint Augustin dans des choses peu essentielles à la piété : mais il s’agit de savoir s'il est permis à un critique , sous prétexte qu'il débitera avec plus de témérité que de science un peu de grec et un peu d'hébreu ,' de prendre contre les saints Pères et contre saint Augustin cet air méprisant , ou , ce qui est encore plus insensé , de les traiter de novateurs. Voila où Je réduis la difOculté , et c'est sur quoi M. Simon doit satisfaire le public.

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