‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 304 sur 518 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Que saint Augustin a lu quand il fallait les Pères grecs;

et qu'il a su profiter, autant qu'il était poasiMe , de l'original pour convaincre les pélagiens.

Voilà ce qui regarde l'ignorance qu'on veut attribuer à saint Augustin de l'original du Nouveau Testament. Pour ce qui est de saint Chrysostùmc et des autres commentateurs grecs, j'avouerai , sans licaucoup de peine, que ce n'était pas la coutume alors que des évêques aussi occupés que saint Augustin dans la prédication de la pa- I rôle de Dieu , dans la méditation de l'Écriture , et dans le gouvernement ecclésiastique , employassent beaucoup de temps à les lire. Car, au fond , je ne vols pas que les Ijitins fussent plus obligés à lire les Grecs , que les Grecs à lire les I..atins. En Jésus^brist, Il n'y a ni Romains, ni Grecs, et Dieu est riche envers tous ceux qui l'invoquent. L'Évangile , pour avoir été écrit en grec , n'en est pas plus aux Grecs qu'aux Latins. C'est une extravagance de s'imaginer que le petit secours qu'on tire du grec, donne plus d'autorité aux uns qu'aux autres. Autrement, il faudrait encore aller aux Hébreux pour l'Ancien Testament, et leur donner plnsd'autoritéqu'aux chrétiens. Ce quiestbicn assuré, c'est que saint Augustin lisait les Grecs, et les lisait avec une entière pénétration, lorsqu'il était nécessaire, pour défendre la tradition. Ainsi (|uand Julien lui objecta un passage de saint Chrysostême contre le péché originel , il sut bien remarquer qu'il ne l'avait pas traduit selon le grec', et que le traducteur, quel qu'il fût , avait tourné sa traduction d'une manière désavantageuse à la propagation du péché d'Adam. Mais il ôte cet avantage aux pélagiens, en recourant à l'original ; et il épuise tellement toute la matière , qu'encore aujourd'hui les théologiens n'ont point d'autre solution pour ce possagede saint Chrysostôme, que celle de saint Augustin. Le fait est constant ;

■ Lib. 1 conlr. Jut. esp Ti n* 33 , p. 610.

ET DES SAINTS PÈRES. LIV. VII

sans prévenir ce qn'on en verra dans les chapitres suivants , il suffit de voir ici que Julien n'a pu imposer & saint Augustin par une infidèle version. Au reste , ce saint docteur rapporte , quand il le faut , le texte grec tant celui de saint Chrysostôme , que celui de saint Basile et de saint Grégoire de Nazianze ; il le traduit mot a mot ; il en pèse tous les mots avec autant d’exactitude que pourraient faire les plus grands grecs , et il montre à nos faux savants comment on peut suppléer au défaut des langues.

Mois pour prouver les sentiments de l'Église grecque , cc Père a des arguments bien au-dessus des minuties auxquelles M. Simon et ses semblables vaudraient assujettir la théologie. Nous les verrons dans la suite , et bientèt ; nous verrons, dis-je, que saint Augustin, bien éloigné de M. Simon et des critiques scs Imitateurs qui imaginent des oppositions entre les anciens et les modernes, entre les Grecs et les Latins, les conciliaitau contraire par des principes certains , qui ne dépendent ni des langues, ni de la critique ; ce qui néanmoins n'cmpécha pas que pour confondre les pélagiens par toutes sortes d’autorités, et par toutes sortes de méthodes, il .n'ait aussi , comme on vient de voir, tourné contre eux le grec dont ils abusaient.

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